XXXV - En route pour la Bretagne
Le jour suivant, nous prenons le train pour Saint-Brieuc et là
nous descendons à la Maison-mère des Filles de la Providence, où nous sommes accueillis de charmante façon par la Révérende Mère générale, Mère Saint- Sylvestre qui a résidé 20 ans au Canada.
Pendant notre séjour à Saint-Brieuc, nous avons visité plusieurs villages environnants. Presque partout les Filles de la Providence enseignent dans les écoles, ou dirigent des pensionnats. Dans l'ensemble elles donnent l'instruction à plus de trois mille élèves. De grands travaux de construction sont en cours d'exécution au couvent de Saint-Brieuc et tout dénote une prospérité que nous ne sommes plus habitués à voir au Canada.
Le 15 octobre, nous sommes à Kermaria, à le Maison-Mère des Filles de Jésus (des Soeurs de Morinville). Bâti à quelque distance d'un centre comercial, le couvent et ses dépendances forment un beau village, avec, au centre, son église construite en pierre de granit qui défie les siècles.
Environ 400 religieuses professes et novices composent la population.
L'aunênerie constitue une maison séparée, spacieuse. C'est là où j'ai reçu une très cordiale hospitalité, tandis que Mlle Garnier était accueillie au couvent.
Un soir, le 16 octobre, un des aumôniers me tendit la "Croix de Paris" où l'on pouvait lire le résultat des élections fédérales au Canada. Et comme il me demandait mon appréciation, je ne pus faire autrement que de lui manifester mon contentement .
La nouvelle se répandit, je ne sais trop comment jusqu'au couvent. Si bien, qu'à la fin du souper, la religieuse qui servait le repas, déposa sur la table une bouteille de champagne en disant: "En l'honneur de la victoire libérale au Canada!!" C'était court et éloquent et combien gentil! Comme vous le pensez bien, nous avons vidé notre coupe à la santé de nos amis Canadiens
Le lendemain, la Révérende Mère générale, nous fait conduire à Sainte-Anne d'Auray, centre d'un pèlerinage célèbre, Nous visitons la Basilique qui renferme la statue miraculeuse et une relique de Sainte-Anne. Nous admirons l'esplanade aux processions et le grandiose monument élevé à la mémoire des Bretons morts pour la patrie pendant la guerre 1914-1918.
Enfin, dans l'après-midi, nous prenons le train de Paris où nous arrivons à 5 heures du soir.
La capitale de la France grandit et se développe continuellement. De nouveaux quartiers sortent de terre, de nouvelles églises s'édifient ici et là et de tous côtés on perçoit une circulation formidable qui terrorise le nouvetu débarqué. 11 faudrait plusieurs mois pour visiter et connaître un peu Paris. Durant notre court séjour, qui d'ailleurs n'est pas le premier, nous nous bornons à quelques visites: Notre-Dame, la Sainte Chapelle, Notre-Dame-des-Victoires, le Sacré-Coeur de Montmartre, la Tour Eiffel, les Tuileries et ses splendides jardins etc.
Et que dire du Métro, ou chemin de fer souterrain? C'est une autre ville sous terre, où se manifestent les réalisations.les plus hardies du génie humain,
Nous voici, maintenant à Cerdon, Ain, gros village encaissé dans une gorge profonde des montagnes du Revermont. C'est là où nous avons établi nos quartiers d'hiver. Nous habitons avec notre tante, vaillante encore, malgré ses soixante-dix ans.
Cerdon est entouré de montagnes d'un pittoresque vraiment merveilleux, Au fond de la vallée, on aperçoit les verts pâturages.
A mi-côte les vignobles, et sur les sommets plus élevés, les rochers
à pic et les forêts dont l'automne a tacheté la ramure, de teintes rouges et dorées. Au-dessus de l'église du village et 1à surplombant de sa masse imposante, on aperçoit le mont Carmier dont voici l'histoire,
En 1854, les habitants de Cerdon, menacés par une terrible épidénie, promettent, s'ils sont épargnés, d'élever une stetue en l'honneur de 1a Sainte Vierge. De plus, ils s'engagent à faire brûler des cierges ou des lampes, tous les jours devant l'image de 12 Vierge érigée sur le mont Carmier. Leur demande ayant été exaucée par la Reine du ciel, la statue fut portée triomphalement et placée par les habitants au sommet du Mont.
Depuis cette époque, tous les jours sans exception, des équipes de jeunes filles, montent chaque soir, à tour de rôle, pour allumer les flambeaux. |Tous ceux qui connaissent ce long et dur trajet à parcourir surtout après une journée de travail, ne peuvent qu'admirer la foi vive
et la fidélité des paroissiens de Cerdon.
La première fois que j'entendis le récit de cette édifiante histoire, je restai un peu sceptique et me disai intérieurement: Tout de même, quand Ïl pleut, ou que le temps est vraiment mauvais, il doit ÿ avoir une interruption, dans cet acte de piété.
Or, depuis non arrivée, {1 y eut des jours de pluie diluvienne. Un soir particulierement, il faisait un temps affreux, et comme l'on dit communément: "on aurait pas mis un chien dehors". J'ai voulu me rendre compte de la fidélité des Cerdonnais à leur promesse, Je descendis dans la rue et à ma stupéfection, je vis effectivement la lueur des cierges qui brülaient devant la statue vénérée.
Ainsi donc, par pluie, par neige, par beau et mauvais temps, les jeunes filles accomplissent le voeu de la population, avec une fidélité et une persévérance admirables. Et cela depuis près de cent ans! Et il faut voir ce qu'elles ont à grimper pour accomplir ce geste de dévotion et de reconnaissance.