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AU VATICAN

Le 29 janvier est le jour de réception au Vatican. Accompagné

à cette occasion par le F. Boucher, nous arrivons au Vatican à 11h.30. introduits dans une immense salle, nous attendons 1à quelques instants avec les personnes convoquées pour l'audience. Puis, on nous fait passer dans un riche salon. Au bout d'une attente assez longue, rangés sur une seule file autour de La selle, on nous commande de nous mettre à genoux

Le très Saint-Père Pie XI apparaît précédé d'un Prélat et suivi de plusieurs officiers de sa garde. Sa Sainteté marche lentement et présente son anneau à baiser à chacun de nous, adressant un mot ici et là; puis avant de sortir, se retourne et dit paternellement: "Je vous bénis, mes chers fils, vous, vos familles et les objets de piété que vous portez sur vous". Et tous les assistants s'écrient: Viva Papa!

C'est fini...c'est court, simple, mais combien impressionnant quand on pense que l'on a eu devant soi, le Vicaire de Jésus-Christ, le Chef suprême de l'Eglise catholique.

Cette scène demeure fixée à tout jamais dans l'esprit de ceux qui en sont les témoins.

Le 31 janvier 1936, par un soleil radieux, une température estivale, nous visitons la Basilique Saint-Pierre en détail. Pendant que le

temps est clair nous montons par des escaliers étroits jusqu'au sommet du Dôme; de la il y a une vue splendide sur la ville et toute la campagne romaine.

A l'intérieur, c'est une série de chapelles où reposent les restes des Papes et de plusieurs princes illustres et dévoués à l'Eglise. Les nombreuses statues qui ornent les murs ou les piliers sont de dimension colossale, mais elles nous paraissent très ordinaires, tellement leur taille est parfaitement proportionnée au reste de l'édifice,

Chacun sait que la Basilique Saint-Pierre est la plus vaste du monde, elle peut contenir, nous dit-on, plus de 45,000 personnes. Disons en passant qu'il n'y a ni chaises, ni bancs, on se tient debout ou à genoux pour prier,

Je ne fatiguerai pas le lecteur en essayant de décrire tous les détails et la splendeur de cette immense église. Tout cela a déjà été écrit et représenté par maints visiteurs et écrivains. Je me contenterai de dire seulement que pendant que now étions dans les galeries supérieures, surplombant à 200 pieds de hauteur le maître-autel, nous fûmes témoins du dévoilement de la statue de Dom Bosco, bénie par un Cardinal. De notre position élevée nous pouvions voir défiler l'assistance des fidèles et les dix mille Balilas, ou jeunes fascistes venus à la cérémonie,

Durant mon séjour de dix jours à Rome, j'ai visité une multitude d'églises: Sainte-Marie-majeure, Saint-Jean-de-Latran, Saint-Paul-hors-les murs, Saint-Laurent, Sainte-Agnés etc; les endroits où monuments historiques: Le Château Saint-Ange, le Colisée, le Forum, la Roche Tarpéenne, le Baptistère avec les portes qui vibrent, le Panthéon, Saint-Pierre-aux-Liens et la prison Mamertine, les Catacombes de Saint-Callixte, le train de Pie IX, le palais du Quirinal, le Musée impérial, le Capitole etc.

L'intérêt de ces visites est absolument captivant, surtout quand on connaît l'histoire romaine et l'histoire de l'Eglise.

Je quitte Rome, le coeur et l'esprit remplis d'impérissables souvenirs. Ce que je n'oublierai pas non plus, c'est l'hospitalité si généreuse et si cordiale des bons Pères Oblats qui m'ont reçu et traité comme l'un des leurs. Dans l'Ancien, comme dans le Nouveau Monde, leur charité ne connaît pas de bornes.

Mon billet de chemin de fer me donne droit de parcours jusqu'à Naples. J'en profite pour visiter cette ville qui possède un port magnifique et un ciel idéal: "Voir Naples et mourir"... Malheureusement, ce jourlà, le ciel de Naples ne justifie pas sa réputation. Il pleut une partie de la journée et le temps est brumeux. Après quelques visites aux monuments de la ville, je reprends le train pour Rome et dès le lendemain, je me dirige à petites journées vers la France, admirant sur mon chemin Pise et sa tour penchée, Gênes, patrie de Christophe Colomb, enfin tout le littoral méditerranéen. La grande Bleue nous apparaît resplendissante sous le soleil. Les villas défilent sous nos yeux, fraîches et pimpantes. Les orangers chargés de fruits d'or, jettent une note féerique à ce décor. Et la nuit venue on voit par la portière, s'éclairer des feux sans nombre, marquant les villes et les villas que nous venons de traverser. C'est à regret que je descends à Vintimille, pour prendre la direction du nord, sur le réseau italien, comme le demande mon billet d'excursion.

De bon matin, le lendemain, je monte dans le rapide de Turin. On quitte Vintimille au niveau de la mer. Peu à peu, la voie ferrée entre dans la région montagneuse, serpente dans la vallée et s'élève insensiblement

en spirale, jusqu'à une hauteur de mille mètres. Dans la plaine, nous avons quitté la région des orangers; sur la montagne nous trouvons la neige étincelante au soleil, qui nous aveugle à la sortie des tunnels. Puis le train redescend le long de la chaîne des Alpes hérissée de pics neigeux, où se reflètent toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

Je revois Turin, dans toute sa splendeur cette fois. Nous traversons les Alpes sous le mont Cenis et bientôt nous apparaît le riant paysage de France. Voici Aix-les-Bains; puis le train longe sur plusieurs kilomètres le lac enchanteur du Bourget, le lac où Lamartine allait rêver et composer ses belles poésies.

XAXIX - Dernières visites avant le retour au Canada

La semaine suivante, après ce splendide voyage en Italie, je vais à Belley dans le but de présenter mes hommages à l'évêque du diocèse. J'apprends à mon arrivée que Mgr Maisonobe vient de partir à Rome, accompagné de Mgr Chamoton, nouvellement promu Prélat domestique de sa Sainteté.

En leur absence, je me dirige au grand Séminaire. Dans un entretien avec le Supérieur, M. le Chanoine Mercier, nous parlons du Canada et de l'Alberta en particulier. Je connais, me dit M. le Supérieur, une personne en Alberta; ce serait vraiment une coincidence curieuse si vous la connaissiez vous aussi. C'est un Monsieur Bugnet... - Georges Bugnet? - Exactement! eh! bien quand vous le rencontrerez, vous me reppellerez à son souvenir, Je le fis fidèlement dans ma première correspondance à la Survivance et beaucoup plus tard de vive voix à Edmonton, à l'occasion d'une réunion patriotique. De telles rencontres nous prouvent que le monde est bien petit! J'ai eu, durant ce voyage, mainte occasion de le constater.

Notre vacance touche à sa fin et déjà nous pensons au retour et commençons à refaire nos males. Incidenment le nom de Genève est prononcé dans la conversation.

Cerdon, où nous sommes actuellement est à environ 65 milles de Genève. Je propose à M. le curé Mathon de faire ensemble cette excursion. “Je serai heureux de vous accompagner, me dit-il. Nous sommes à deux pas de la Suisse et j'avoue, à me confusion, que je n'ai jamais vu ce pays. Alors, c'est convenu, lui dis-je, nous partirons denain par le premier autocar."

En effet, le lendemain, nous sommes tous deux au rendez-vous et nous nous laissons emporter par l'omnibus, à l'assaut des montagnes et de la riante vallée du Rhône. Nous traversons la petite ville de Nantua située sur les bords du lac du même nom. Puis en approchant de la frontière, nous passons à proximité du Fort de l'Ecluse, célèbre par sa fière résistance durant la guerre 1939-1945.

Enfin nous apercevons Genève, ville de 140,000 habitants, située sur les bords du lac qui porte le même nom. Ce qui frappe nos regards en entrant dans la ville, c'est la multitude des cyclistes dans la plupart des rues. Ils circulent par pelotons avec calme et assurance, sans trop s'inquiéter de leurs dangereux confrères, les automobilistes.

Nous nous attardons sur les bords du Lec Léman, ou Lac de Genève, à contempler ses eaux claires et tranquilles. Des bateaux à voiles et à vapeur sont amarrés près du quai, attendant l'heure du départ. Comme

nous n'avons que peu de temps à disposer, nous visitons la ville en taxi. Nous entrons dans plusieurs églises, voyons le Bureau International du Travail, le palais de la Société des Nations, les Musées, les sculptures représentant l'histoire de la Réforme, ou naissance du Calvinisme, etc.

Après cette intéressante promenade, nous rentrons à Cerdon par l'autocar, par un temps superbe et chaud pour la saison.

Les quelques jours qui nous restent sont employés à terminer nos préparatifs du départ. Une fois de plus il faut quitter notre cher pays, nous arracher à cette emprise de tous les être connus et aimés. 11 nous faut dire adieu à nos parents, à notre chère tante qui a été si heureuse de nous avoir avec elle et fut si bonne pour nous.

11 feut dire un au revoir incertain à nos bons amis: à M. le Curé Mathon, aux bonnes religieuses de l'hôpital, à nos aimables voisins qui ont rendu notre séjour au pays si agréable.

Bref, il faut retourner où le devoir nous appelle.

Sur le chemin du retour au Canada. Avril 1936

Nous, quittons Cerdon le matin du Mercredi Saint et à 5h. 30 P.M. nous sommes à Paris. Nous logeons à l'hôtel Bonaparte à proximité de l'église Saint-Sulpice; ce qui nous permet de suivre pendant ces deux jours, les Offices de la semaine sainte,

Le samedi soir nous sommes au Hâvre et vers onze heures, nous embarquons sur le paquebot Ascania de la ligne Cunard.

C'est aujourd'hui la grande fête de Pques. Je suis le seul prêtre à bord et je célebre la messe dans Le grand salon des deuxièmes classes en présence d'une belle assistance,

La traversée s'effectue paisiblement et la mer est généralement calme pendant ces dix jours de navigation.

Montréal! La ville semble s'éveiller tout juste et sortir du Long hiver habituel. On aperçoit encore quelques bancs de neige qui ne manquent pas de remplir d'étonnement les immigrants venant d'Europe. Le 24 avril nous arrivons à Edmonton et après quelques jours de repos, nous faisons notre entrée, le 29 avril, au presbytère de Lamoureux.

La vie de paroisse recommence avec les occupations ordinaires agrénentées de temps à autre par un événement plus important.

Ainsi le 6 juin, 1936, son Eminence le Cardinal Villeneuve est reçu en grande pompe à Edmonton. Le clergé de la province et du diocèse particulièrement, accourt à cette réception. Le Cardinal est fêté chez les Pères Jésuites, à l'Université où un degré d'honneur lui est conféré, puis à Saint-Albert où il accomplit les cérémonies du sacre de Mgr Coudert. Enfin le 8 juin, un grand banquet réunit prélats, prêtres et laïques au Juniorat Saint-Jean dirigé par les Pères Oblats.

11 va sans dire que des discours éloquents furent prononcés en cette circonstance. Mgr Guy présidait et présentait les orateurs. Au moment d'annoncer le dernier orateur, (le Cardinal), Mgr Guy s'exprima en ces ternes: "Je suis heureux de vous dire que vous allez entendre maintenant le héros de toutes ces fêtes splendides auxquelles nous avons assisté ces derniers jours. Après vous avoir annoncé toute une pléiade d'orateurs, je suis littérelement enbarrassé de vous présenter son Eminence le Cardinal, car vraiment il n'est pas présentable!" Des applaudissements et des rires bruyants accueillirent ces paroles. Puis Mgr Guy ajouta dans le silence: "Nous sommes tous fiers et

heureux d'avoir avec nous le Cardinal archevêque de Québec.

Le Congrégation des Oblats est particulièrement honorée de le compter au nombre de ses Fils les plus distingués et de l'accueillir aujourd'hui au Juniorat Saint-Jean où Son Eminence se trouve, j'en suis sûr, parfaitement à l'aise, comme au sein de sa famille"

Une relique du Saint Curé d'Ars

Lorsque je fis le pèlerinage d'Ars, j'avais demandé une relique, du Saint Curé, per l'entrenise de Mgr Chamoton, vicaire général du diocèse de Belley. Cette faveur me fut accordée et c'est avec bonheur que j'ai apporté au Canada ce précieux souvenir ainsi que l'attestation authentique permettant la vénération publique de la relique. Mgr l'Archevêque O'Leary me donna l'autorisation d'exposer cette relique à l'église et me conseilla de faire une cérémonie de nature à promouvoir la dévotion au Saint Curé d'ars. Dans ce but je demandai au Rév. P. Larose,O.N.I., de venir prêcher pour la circonstance.

En conséquence, le 9 août 1936, un dimanche, le P. Larose parla sur 1a dévotion aux saints en général et à Saint Jean-Marie Vianney en particulier. Immédiatement après la messe, tous les assistants vinrent vénérer la relique qui fut placée alors temporairement au-dessous de la statue du Saint, et exposée à la dévotion des fideles.

Le 13 août Mgr J. H. MacDonald, évêque de Victoria, qui remplace notre archevêque malade, vient à Lamoureux et dans une belle cérémonie, administre le sacrement de Confirmation à 59 enfants de la paroisse, auxquels étaient venus se joindre 5 enfants de Fort Saskatchewan et 5 de Coronado, Ces cinq derniers étant arrivés trop tard, Mgr MacDonald se fit un devoir de recommencer les prières et les rites de la Confirmation en leur faveur, vers deux heures de l'après-midi.

1e Le 5 janvier 1937, nous apprenons la mort subite à Prud' homme de Mère Saint-Jean-Berchmans, des Filles de la Providence, Nous lui devons un souvenir spécial, car c'est elle qui vint avec Mère Sainte-Adélaide,

visiter Végreville, avant de décider une fondation et prendre charge de 13 prenière école au nouveau village. Elle fut aussi une des premières

Filles de la Providence envoyées au Canada et qui s'établirent à Saint-

Louis, en Saskatchewan.

La santé de notre archevêque Mgr 0'Leary ne s'améliore pas. Son Docteur lui conseille d'aller passer quelques mois dans les pays chauds. 11 part donc à Vancouver, puis dans les Îles de l'Océanie, à Honolulu.

Mgr MacDonald est alors nommé coadjuteur avec droit de succession, 11 vient occuper le siège archiépiscopal d'Edmonton le 10 mars, À son arrivée, il est reçu par une nombreuse délégation à la gare du C.P.R. Conduit à la cathédrale, plusieurs adresses lui sont présentées. Le lendemain, messe Pontificale à 10 heures. Plusieurs évêques sont présents, j'assiste Mgr Breynat pendant l'Office. Le soir, banquet au MacDonald, discours par plusieurs membres du clergé. Je parle au nom du clergé français, en l'absence de Mgr Pilon qui voyage dans la province de Québec,

Au mois d'avril, nous continuons le travail de peinture commencé l'automne dernier, à l'intérieur du presbytère. Les murs et les plafonds reçoivent une double couche de peinture à l'huile, aux deux étages, ainsi que la chapelle au sous-sol. La maison paraît neuve et pimpante après cette substantielle retouche. Lucien Desrosiers est venu me prêter son

aide et le secours de ses jeunes bras pour effectuer cet important travail. #

Pour la deuxième fois, nous avons à Lamoureux, la visite du Gouverneur Général du Canada. De même qu'en 1930, Lord Willingdon était descendu chez Lord Rodney, cette année le 18 août 1937, Lord Teedsmuir accomplit la même formalité. ù

Tous les Canadiens-français sont invités à la réception. Cette cérémonie fut toutefois assez simple, Aucune adresse ne fut présentée, mais toutes les personnes présentes défilèrent tour à tour, déclinant leur nom souligné par un bon “hand shake". Puis un goûter abondant fut servi sous les tentes dressées pour l'occasion. Un orchestre venu d'Edmonton agrénentait pendant ce temps, le repas servi par les Dames et les Denoiselles de la localité.

Le 28 octobre, nous sommes tous conviés à la cérémonie du sacre de Mgr Léo Nelligan à la cathédrale d'Edmonton. On remarque à cette occasion la présence de seize évêques et d'un grand nombre de prêtres. Le banquet du clergé et des laïques éminents a lieu comme d'habitude à l'hôtel MacDonald où des discours fort intéressants furent prononcés.

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