XL - 1938 - Question d'une école séparée à Lamoureux
L'année 1938 débute par le débat sur une question d'un intérêt capital pour les Canadiens-français et les catholiques, Je veux parler de l'école Notre-Dame-de-Lourdes située à cinq milles à l'ouest de l'église.
Pour bien comprendre cette question importante, il faut en connaître l'histoire depuis les débuts. Or, voici quelques précisions à ce sujet.
L'école primitive de Notre-Dame avait été fondée dans les premières ennées de la colonie, vers 1890. Comme à cette époque, les contribuables étaient presque tous catholiques et qu'on ne songeait guère alors, à une forte immigration protestante, on avait établi une école publique, tout court. Cette école était catholique par le fait que tous ou presque tous les contribuables étaient des catholiques. Dans la suite, un certain nombre de Canadiens-français vendirent leurs terres à des Anglais protestants et ceux-ci peu à peu devinrent la majorité et imposèrent leur volonté. On supprina l'enseignement du français et du catéchisme, dès que les commissaires protestants furent élus, et des instituteurs anglais furent engagés. à
Les catholiques ne cessèrent point de réclamer leurs droits, mais durent s'incliner devant la force. De belles promesses leur étaient faites de temps en temps pour les tranquilliser. Un cours élémentaire de français était nêne autorisé depuis quelque temps; mais l'enseignement religieux
était relégué après les heures de classe. Et puis toutes ces bribes de concessions étaient à la merci des commissaires anglo-protestants.
Pour bénéficier de leurs droits intégraux, les catholiques demandèrent une école séparée où ils seraient libres d'enseigner outre le programme officiel, le catéchisme et le français. Sur ces entrefaites, M. MeNally, député-ministre de l'éducation, demande au Curé de la paroisse,
M. l'abbé H. Garnier, d'aller conférer avec lui, à son bureau d'Edmonton.
L'entrevue fut longue, mais très cordiale. M. MoNelly me confia qu'il avait reçu la demande des contribuables Canadiens-français catholiques, réclamant une école séparée afin de jouir de La plénitude de leurs
droits. "Mais, dit-il, outre l'opposition protestante, il y a une contre-pétition signée par trois ou quatre catholiques de Langue anglaise, qui s'opposent à une école séparée. Ils prétendent que la religion est enseignée à l'église et l'étude du français, ne les intéresse pas du tout.
“En conséquence, j'aimerais que vous alliez vous informer des sentiments véritables de ce groupe d'opposants et tâcher de trouver un terrain d'entente, afin de régler cette affaire à la satisfaction de tous les intéressés. Vous serez, me dit le Député Ministre, l'arbitre de ce différend... Apres enquête, si vous croyez qu'il est possible de continuer avec une seule école, il n'y en aura pas d'autre, Si, au contraire, il est préférable à votre avis, d'établir une école séparée pour la minorité catholique, j'accepterai votre décision. Je vous promets en outre de prendre toute mesure nécessaire afin de vous donner satisfaction."
“Mais, ajouta le Ministre, il faut se méfier de l'enthousiasme des débuts. Je sais par expérience que dans certains cas, des écoles séparée: ont dû fermer leurs portes, faute de soutien et de ressources nécessaires, une fois le premier emballement passé. J'atrendrai le résultat de votre enquête,"
Dès le lendemain, je m'empressais d'aller trouver le petit groupe des dissidents et Leur demander des explications.
Sur la question du français, je m'attendais bien à une ferme opposition. En effet. il fut nécessaire de parlementer longuement pour faire comprendre à ces bonnes gens, que la langue unique n'est pas l'idéal, e: que la connaissance des deux langues officielles serait de nature à rendre de grands services à leurs enfants. Libres à eux d'en profiter.
À propos de l'instruction religieuse, un de mes interlocuteurs me présente une objection cocasse. "Mes enfants, me fit-il, n'ont jamais appri le catéchisme à l'école et ils sont aussi bons catholiques que vos Canadiensfrançais."
J'attrapais la balle au bond et je lui répliquais aussitôt: "Il n'y a rien d'étonnant à cela, ces enfants ont un si bon père!" Et comme le bonhomme ne faisait guère plus que ses Pâques, et très humblement; À sentit la pointe et me déclara finalement: "Eh bien, allez trouve: vos Frenchies et arrangez cela, comme il vous plaira."
La partie était gagnée. Sans plus tarder, je fis connaître le résultat de mon enquête à M. MeNally qui me promit de prendre les dispositions requises afin de permettre à nos gens, d'aller de l'avant.
Grâce aux efforts et à la bonne volonté de la population catholique du district, particulièrement de MM. Isidore Paradis, Ernest Lamoureux Emilien Paradis, Hector Lamoureux, Euclide Paradis et ses trois fils, Armand, Wilfrid et Charles, le Département de l'Education accorda l'autorisation de construire l'école séparée qui porte le nom de "Ecole Paradis". Elle est située sur le coin S.0. du T. 55. R. 23.
Au moment où nous écrivons ces lignes, un grand District vient d'être constitué dens Lamoureux. L'école Saskatchewan, l'école Sainte-Claire se sont transportées auprès de l'église de Lamoureux. Qu'adviendra-t-il de l'école Paradis?
Quant à l'école Notre-Dame, elle n'a pas survécu et elle a définitivement fermé ses portes. Avant sa disparition, les commissaires protestants avaient essayé de faire changer le nom de Notre-Dame-de-Lourdes, écrit sur la façade. Au Département de l'Education, on refusa de faire ce changement.