LETTRE DE M. ANATOLE LE BRAZ
Dans le pays oil s'est ecoulee mon enfance, il y avait une vieille ville, une tres vieille ville bretonne d'autrefois, assise entre deux remparts de collines verdoyantes, au bord d'une riviere salee. Deux fois le jour, la mer y penetrait par un estuaire sinueux et profondement encaisse comme un fiord. Des vols de mouettes, monies avec le flot, y rejoignaient des bandes de ramiers, echappees des colombiers d'alentour, et tout ce monde aile fraternisait si joyeusement dans ses ebats qu'on n'eut su dire quels etaient les sedentaires oiseaux terriens, quels etaient les fibres aventuriers des eaux. A la saison d'ete, derriere les mouettes et comme guidee par elles, se montrait de temps a autre la mature aerienne de quelque brick battant pavilion rouge, croise d'azur. Comme la distance ne permettait pas dedistinguer les haleurs, il avait, avec ses voiles carguees, Fair d'un navire de songe, s'avangant d'une allure lente, majestueuse, d'un mouvement quasi surnaturel. Les « retrailes » qui flanaient le long des quais, en compagnie des douaniers de garde, disaient d'un ton entendu :
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