‹ En NorwègeChapitre 12 sur 27 · MMM · texte numérisé non relu

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plombants. Une herbe seche, semee de ileurettes, les recouvre, de petits arbustes poussent leurs racines oil ils peuvent, des moutons y viennent paitre. Un toil, qui est a la fois un jardin, un petit bois et un paturage pour les troupeaux, voila qui n'est pas banal. II ne manque plus que des petits bancs pour s'asseoir et respirer le frais pendant les soirees du court ete.

... A la hauteur de la station telegraphique de Lodingen, nous avons Fagreable surprise de rencontrer une centaine d'eiders qui, nous presentant les plumes grises de leurs ventres, s'echappent de l'eau a grand tire d'ailes. Ces oiseaux sont domestiques comme les canards, il parait qu'ils se laissent enlever une fois leur precieux duvet, mais si on recidive, bonsoir I ils s'envolent, et on ne les revoit plus. Leurs nids de fucus, loges par eux dans le creux des rochers, sont garnis aussi de ce doux plumage. II rechauffe leurs petits pendant les durs hivers, en attendant d'aller faire le bonheur de quelque gros bourgeois porte sur son confortable....

... En doublant la pointe de la station telegraphique, nous avons la vision pittoresque de barques du pays, aux deux extremites relevees comme celles des anciens Normands. L'une,montee par desgaillardsbatis en hercules, coiffes du bonnet lapon carre, a la grand'voile rouge, taillee en rectangle, des anciens temps... etc'est une tache exquise sur Feau bleue, si bleue qu'on se

demande oil est le cie], si c'est lui qui, limpide, est audessus de notre tete, ou si ce n'est pas plutot a nos pieds celte nappe d'une claire transparence, toute en reflets soyeux.

... Et je revois encore dans cette journee de delices une petite aigrette rose, d'un rose leger, vaporeux,

Rencontre de barques laponnes.

teinte mourante d'une aquarelle vivante. Elle s'etait accrochee a un sommet neigeux, et la elle clignotait comme une etoile sainte. Peu a peu elle glissa, elle s'etendit surlapente molle, et, quandelle Feutconquise tout entiere, ce fut sur la montagne une radieuse vision de paillettes d'or, de douceurs irisees, de nacres opalines et de roses trainees, qui sonnaient l'hallali des pures splendeurs.

... A cette minute solennelle, un bouleversement se fit au fond de mon ame. Je crus entrevoir la Beaule

EN JNORWEGE.

eternelle dominant les espaces, superieure au temps, j'eus la perception de la magnifique harmonie des mondes

... M'etant assoupi, je vis dans un songe se lever la divine Freya, immortalisee par les Sagas. Elle souriait, de ses paupieres rosees s'echappaient des rayons d'or, et les deserts du Nord en etaient tout rechauffes, et les monts palpitaient. La joie etait partout, dans le coeur des hommes reconcilies comme dans la nature apaisee

... Et ce passage d'Ibsen (1) me revint en souvenir: « J'ai reve de construire des demeures claires oil les hommes seraient bien pour vivre, oil pere, mere et enfants passeraient leur existence dans l'heureuse certitude qu'il est doux d'etre sur terre. »

Vers cinq heures, Tromsoe est en vue. L'arrivee est charmante ; une mer epaisse, comme figeed'huile, verte des pentes herbues qui s'y refletent: un cadre de montagnes ouatees de nuages legers, et sous un ciel bleu de turquoise, un pays tout rose, comme couvert de poussiere de corail, avec des fonds de fleur de pecher.

Pendant que nous dinons, toute une flottille de barques du pays vient s'installer autour de nous.

... Je regarde cesyouyous. Montes par deux gamins,

• (1) Solness.

dont l'aine a bien dix ans, ils ont l'air de jouets d'en-

fants Ah! ce sont de rudes gaillards, que ces petils

Norwegiens ! Libres comme des ecureuils, de bonne heure ils apprennent a ne compter que sursoi. Le Roux

Tromsoe : Magasins a pilolis.

rencontre un jour un petit wagon, qui arrive au grand trot d'un poney. La voiture est conduite par un enfant de huit ans. II y a dedans des petits de quatre ans. Le cheval, trop pousse, tombe. Le wagon verse. En une seconde, tous ces marmots sont debout. Ils detellent leur bele, ils raccommodent le trait, remontent dans le vehicule, et fouette, cocher! on repart. Personne n'arrete pour porter sccours, et ces enfants ne se

EN XOBWEGB.

sonl pas attardes a geindre. lis se suffisent a euxmemes.

Quelle lecon pour nous, qui coupons les ailes a nos enfants !

C'est egal, la coquille de noix de ces mioches ne nous inspire pas confiance, et bien qu'il nous coute d'humilier ces petits hommes, ma foi, nous donnons la preference a une barque montee par deux hommes robustes... Bien nous en a pris, car, a un moment donne, nous nous echouons dans la vase... il nous faut gagner le rivage a dos d'homme, et je ne vois vraiment pas comment ces bonshommes de quatre sous nous eussent tires de la

Tromsce.

... Une agglomeration de 6,000 ames qui ressemble plulot a un village avec ses trottoirs tortueux, garnis de galets pointus, et sa chaussee marecageuse dans laquelle nous pateaugeons a qui mieux mieux... Le

nez en trompette, nous nous promenons Drole de

ville, tout de meme : des maisons en bois sculpte qui font tout ce qu'elles peuvent pour etre elegantes — que voulez-vous, on n'est pas pour rien le Paris du Nord 1 — et restent lourdes. II ne faut pas oublier que c'est d'ici que sont partis pour le Pole Nordenskiold, Nansen, Andree — pauvre Andreel... — et tout de suite une emotion nous prend

... Au ras du quai, des bateaux, voiles deployees,

sont accostes, et c'est sur les treillages a demeure des alignements de morues qui, lechees par le vent, sechent au soleil

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Derriere les doubles fenetres, des fleurs se hatent depousser, mais elles sentent deja le frisson polaire...

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EN NOHWEGE.

dans une aspiration de leur etre vers le principe de toute force

... Est-il done delicat le gout des femmes de Tromsoe qui s'ingenient a embellir leur demeure en tirant parti de lamoindrebranche de feuillage !... En passant devant l'hotel de ville, un tableau de genre tres suave : deux tetes blondes, eneadrees par une guirlande de campanules bleues et blanches, dont les branches, frileusement enveloppees de ouate, se rejoignent. Les yeux troublants de ces jolies filles refletent le bleu vague d'un reve. Nous leur sourions, de la main elles nous repondent par un geste gracieux, qui est tout un poeme... .

11 heures du soir.

... Une clarte tres vive baigne encore la ville

C'est l'heure de la sortie. Des jeunes filles se promenent deux a deux en se tenant gentiment par la taille. Des enfants, a la mine eveillee, dans les ruelles jouent aux boules... Derriere les rideaux de mousseline ou les stores transparents... des gens en pleine activite, mangeant, chantant, dansant.... Pendant ces belles nuits blanches de juin et de juillet, dans leur souci de jouir pleinement des joies de la lumiere, ils ne se reposent pas.... Songez done que, durant huit mois, ils vivront dans une nuit perpetuelle, interrompue seulement par les courtes splendeurs de 1'aurore boreale ! . . .

Minuit.

... Nous allons nous promener dans la campagne... Les jolis horizons de coteaux aux pentes adoucies!... En vain chercheriez-vous les grands arbres du sud, les Irenes a la puissante ramure, les peupliers montant comme des piliers de cathedrale, il fait decidement trop froid pour eux, mais, en retour, sont-ils assez mignons ces pins et ces bouleaux, qui Torment les dessous de bois d'ici !... Dans la cohue des fougeres arborescentes, dans une orgie d'angeliques merveilleuses, timidement se montre toute une flore exquisement coloree : une mer de renoncules qui ondule sous la brise, des bleuets tout azur, et aussi de petites, toules petites cloches violettes qui, chez nous, sonnent le retour de l'automne... Toutes les plantes qui aiment boire a meme l'humidite de l'air sont' ici dans leur element; magnidques de f'euillage, elles gravitent les unes autour des autres, melant leurs branches, formant un abri pour les berbes

toutes menues Un point nous frappe Pas un cri

d'oiseau, pas un vol de papillon, pas un bruissement d'insecte Un silence absolu, imposant

... Des jeunes filles, gaies comme des fauveltes, jouent a main plate, se renversent dans les foins qui embaument, des groupes enlaces sont assis sur le rebord des fosses.... Du lointain, nous arrivent par bouffees les derniers accords d'un orchestre aux sonorites douces et tendres.... Vision paradisiaque; unjour

EN NORWKGE.

degrade, avec de grands carres d'ombre par places. Ce n'est plus le crepuscule de nos pays, c'estle prolongement du moment delicieux qui, chez nous, accompagne les derniers rayons du soleil couchant....

Le fjord, vert comme une pelouse de pare anglais, ondulede frisons dores, reflets del'astre qui s'allume... Voici que, dans un calme ideal, en apparition de revc, glisse sur l'eau une goelette rouge et bleue... et je me demande si ce que j'ai devant les yeux n'est pas la baie de Naples ou le lac deCome.... Une jeune Norwegienne prend sa mandoline et commence une melopee douce comme un murmure.... Un gamin de quinze ans, d'un rythme tres lent, Faccompagne sur la flute, et, quand les notes se sont bien amorcees, quand le mouvement est dessine, une voix de fillette s'eleve pure et claire, comme du cristal, vers le ciel, qui graduellement s'eclaire.

. . . Je ferme les yeux pour emporler plus vif en dedans de moi-meme le souvenir de cette minute exquise, oil, dans un recueillement presque religieux, j'ai communie avec la nature tout entiere....

Etje remonte a bord.... Sur les tables trainent des journaux venus de France par le courrier anglais... et dans les groupes formes j'entends siffler : « Etatmajor pourri. — Vive l'armee ! — Brisson est un gredin. — Non, e'est Meline. — II est innocent. — Vous deraisonnez.... »

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