CA
EN N0RWEGE.
d'un nouveau chapitre. Je me pame devant. II en est qui n'ont pour ainsi dire pas de fond et sont tout en rebords debordants, d'autres auxquels c'est le fond qui manque le moins — pardil la tete y valse — seulement, le pourtour est a peine accuse. La-dessus panachent des plumes invraisemblables, des flots de rubans verts et jaunes, un veritable parterre de fleurs bleues et rouges qui tirent l'ceil. Et quelle tournure ont ces femmes! Raides comme des soldats a la parade, elles me rappellent les Allemandes.... Je cherche en vain cette ligne courbe si elegante, si suggestive, qui est toute la grace de nos petites Francaises.... Ici les hanches, les epaules et la taille sont sur la meme ligne droite. Ces Norwegiennes, je les definirais volontiers : « des parallelipipedes auxquels on a attache des bras et des jambes ».... Par exemple, ce qui est joli en elles, ce sont leurs cheveux blonds dores, qui semblent avoir emmaganise des rayons de soleil provencal. Et puis, leurs yeux bleus sont d'une douceur toute particuliere.... Ce sont eux qui font le charme de cette race... fenetres par lesquelles leur ame bonne et tendre regarde au dehors.
Les curiosites de Christiania son t limi tees. ... La grande distraction est de flaner dans la Karl Johans Gade (la rue Charles Jean), bordee par de beaux hotels. II y a aussi la Terrasse Victoria, avec ses deux elates de magasins superposes et ses maisons decoratives, surmontees de tours gothiques.
CHRISTIAN! A
La-bas, sur une hauteur, a l'ouest, se dresse un monument d'une laideur excessive, dont l'architecture grecque jure avec le ciel toujours gris, c'est le Palais- Royal. De par la Constitution, le Roi est oblige, tous les ans, d'y venir passer deux mois. Cette residence
Victoria-Terr ass.
renferme une salle des fetes, ornee de colonnes corinthiennes, qui est somptueuse, et une salle a manger, dans le style pompeien, tout simplement merveilleuse.... Nous n'avons vraiment pas de chance. A 1'entree, nous trouvons une inscription, queje vous livre telle quelle, pour votre dessert :
« Le Palais peut etre visite tous les jours de semaine, les jours de pluie exceptes. »
Sapristi ! a ce compte-la on ne doit pas le visiter souvent car, si j'en crois les on-dit, il pleut bien 300 jours par an a Christiania!
Statue de Charles XIV.
Nous nous bornonsa faire le lour de la statue equestre
de Charles XIV, qui est sur la place C'etait decide-
ment un brave homme, ce Bernadotte. II renia son pays d'orig-ine, c'est vrai, mais il etait d'un patriotisme eclaire dont ses sujets lui tinrent compte.
Sur le socle je lis :
Folkets kjaelighed min Belonning.
CHRISTIANIA
Bsedeker en mains, je traduis :
L'amour du peuple est ma recompense.
Le pare qui entoure le palais est d'une douceur recueillie, avec ses arbres seculaires, laissant egoutter lentement la pluie, et ses allees solitaires, d'une perspective melancolique.
C'est decidementun temps de choix pour aller visiter le Musee des Beaux-Arts et le bateau des Wikings.
Le musee des Beaux-Arts est dans le style de la renaissance italienne. A l'interieur, il serait d'une banalite desesperante, s'il ne renfermait quelques tableaux absolument hors pair.
De Kristiankrbhg (prenez un gargarisme avant de prononcer), une Distribution de pain sous la. neiqe, traitee avec une emotion intense : des visages resignes de vieilles, qui ont etc durement eprouvees par la vie, des figures haves et soufTreteuses de pctits enfants qui, les pieds sur le tapis blanc de la neige, tendent des mains suppliantes vers la. porta liberatrice. De Kristiankrohg encore, considerez attentivement cette femme a laquelle deux pecheurs viennent annoncer la mort de son mari, perdu sur quelque recif des Lofoten. Begardez bien les visages de ces hommes de mer; leur expression rude et franche est tout unpoeme.
Bestez quelques instants devant le portrait de Bjornson, peint par Wirenskiold. Toute une tranche de vie est inscrite sur cette toile.en traits saisissants.
EN NOHWEGE.
Surtout, arrefez-vous longtemps de'vant V Infanticide d'Eyolf-Soot. Ce tableau est merveilleux de realisme farouche et de couleur. Toute une existence de douleur et d'accablement desespere passe dans lesyeux tragiques de cette femme, de cette mere qui vient d'accomplir un crime epouvantable.
Derriere le batiment central de FUniversite, dans un jardin boise, se trouvent les cabanes en bois qui renferment les vaisseaux des Wikings. Grace a Fargile bleue, dans laquelleils etaient enfouis, ils ont pu arriver jusqu'a nous dans un etat presque parfait de conservation .
Devantce monument j'ai eprouve une emotion melee de surprise. Mes lectures ne m'avaient pas prepare a cette vision de force brutale, unie a une grace exquise dans la forme. II semble que ce vaisseau vive encore et qu'il nous chante les farouches Sagas.
C'etait surces bateaux de trente metres de long, aux bordages solides, que ces colosses roux allaient porter la terreur sur nos cotes de Normandie, on Islande, a Constantinople et jusqu'en Amerique, par eux decouverte avant Christophe Colomb.
La ville de Christiania ne presente pour le touriste qu'un interet mediocre, mais en retour ses environs sont tout a fait charmants. Sous un clair soleil, qui a chasse bien loin les vilains nuages de la matinee, nous allons a la toute fin de journee visiter le chateau royal d'Orcashall. Sur la route, c'est un defile interminable de voitures, toutes plus curieuses les unes que leg
CHHISTIAMA.
autres, un exode de gens endimanches, d'aspect tout a fait rejouissant. Dans un fouillis de verdure, les gens riches ont accumule des habitations d'un parfait mauvais gout : maisons pompei'ennes, villas mauresques. palais de marbre llorentins. Pourquoi n'ont-ils pas conserve tout simplement les traditions de leur architecture nationale? La oil ils out garde leur chalet sculple, abrite sous de beaux arbres, l'impression recueillie est ce qu'elle doit etre, en harmonie avec cette nature endeuillee, qui n'a qu'une courte efflorescence printaniere.
Orcashall est un rendez-vous de chasse royal plutot qu'un palais.
Je fais bon marche de son gothisme anglais, qui le fait ressembler a une piece montee; je prete un ceil distrait aux curiosiles de l'interieur, comme par exemple cette robe du sacre de la reine Louise, qui a Fair d'un « decrochez-moi ca » et ces uniformes de zibeline de Bernadotte, disposes sur des mannequins en osier.... Mais ce qui m'a beaucoup plu, c'est le panorama qu'on voit en tournant dans les pieces : la perspective fuyante de verdures adoucies par l'air humide, le relief d'iles entourees par l'eau bleue du fjord, un horizon de montagnes drapees de sapins, et la-bas, a l'arriere-plan, le developpement grandiose de Christiania, oil la note rouge brique domine.
Dans le pare merveilleux qui entoure le chateau, un architecte tres artiste a reconstitue les anciennes maisons nor^egiennes. Je suis reste en meditation pendant
EN N0RWEGE.
quelques minutes dans l'une d'elles, revivant la vie de ces homines du xn e siecle, forts et simples, tout pres de la nature. Je me suis assis pres de l'atre central, dont une marmite, lournant autour crune poulie grincante, venait lecher la flamme.
Vieille maison des environs de Christiania (Bigdoe).
Ce que j'ai trouve d'un archai'sme tres interessant, c'est, dans une fraiche clairiere du pare, la vieille dglise en bois transportee de Goll ici.
Rien ne donne mieux Fidee dc cette religion de terreur que ce sombre edifice, qui nous rappelle l'eglise de Fantoft, plus fantaisiste evidemment, mais moins
L'eglise en bois de Bigdcc (environs de Christiania).
CHHISTIANIA.
curieuse. M'habituant peu a peu a l'obscurite interieure, je decouvre des peintures sur bois d'une puissance de coloris encore etonnante, des piliers massifs comme des hetres, montant d'un seul jet jusqu'a la voiite, et aussi des bancs qui portent aux angles des figures grimacantes de sorcieres, du plus pittoresque effet.
Le jour qui baisse, nous chasse vers nos voitures. Nousvoici denouveau a sept heures dans la Karl Johans Gade. Des amis nous avaientdit : « Surtout, ne manquez pas d'aller diner au Grand-Hotel. » Le fait est que nous y avons fait un repas superbement original ; la cuisine est superieure : les hors-d'ceuvre sont d'une variete amusante, le chateaubriant, grille a point, nageant dans un jus rose, m'a rappele celui de Durand. Au dessert, on nous apporta des mures acides, couvertes de creme, dont mon palais reve encore. Cetait l'apotheose.
La soiree a Tivoli est obligatoire. C'est un grand etablissement qui rappelle les « Jardins d'ete » des Russes. L'entree est d'un bon marche inoui : dix ceres, soit quinze centimes. Seulement, vous savez, ne vous y fiez pas, c'est un traquenard. A peine avez-vous penetre dans ce paradis des houris, que les attractions se presentent de tous cotes, et c'est a chaque fois 50 ou 60 ceres qu'il faut debourser. Du reste, on ne regrette pas son argent. Le coup d'ceil est des plus pittoresques ; deux mille personnes, assises a depetites tables, buvant du the, du cafe ou des bocks, mangeant du saumon fume et des tranches de jambon : deux mille personnes,
ne faisant pas plus de bruit que dix Francais reunis et s'amusant tout de meme. Trois Norwegiennes, leurs tresses blondes sur le dos, sont campees devant nous, nous masquant la vue de la scene. Nous leur crions : « Site, site (1) », a la mode norwegienne, et comme elles ne veulent rien entendre et continuent a rester plantees comme des echalas, nous leur jetons de petits morceaux de sucre clans le cou. Souriantes elles se retournent, puis, tranquillement, sans se facher, s'assoient, et nous pouvons desormais assister au spectacle.
Le programme est suffisamment corse : des Loi'e Fuller de contrebande, des clowns qui marchent sur les mains, comme nous sur les pieds, des gymnasiarques qui se disloquent au trapeze : bref, toute la lyre.... Mais ce qui nous semble extraordinaire, ce sont les dames qui, sur la scene, font des exercices militaires. Ah ! mais non, il Taut voir cela, c'est a se tordrc. Ces braves figurantes developpent dans leurs avantdeux la lenteur de mouvements, qui est a la fois la qualite essentielle et le clefaut de la race.... Ce qui aussi nous met en joie, c'est 1'execution par l'orchestre des Deux Grenadiers de Schumann. Tout le monde connait cette belle page musicale, reproduisant 1'etat d'ame des deux grognards, qui, revenant de Russie, apprennent la debacle napoleonienne. II y a la un passage oil ils hurlent plutot qu'ils ne chantent la Marseillaise; c'est
(1) Assis, assis.
CHRISTIANIA
d'un mouvement endiable. Eh bien, j'aurais voulu que vous entendissiez Interpretation « a la norwegienne », donnee par le chef d'orchestre. Ces phrases vibrantes, il Ies a conduites d'un coup de baton majestueux, comme si c'etait la marche du sacre. Excellente preparation au sommeil qui, une demi-heure apres, venait nous visiter dans nos cabines !
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LE DEPART
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LE DEPART
La Forteresse de Christiania. — Vue sur la campagne. — La cuisine avapeur. — Adieu a la « Lusilania». — Conversation politique et litteraire avec un jeune ccrivain norwegien : Ibsen, Bjornson. — Au revoir.
8 aout.
Le lendemain, de bon matin, je vais a. la Forteresse voir le soleil se lever sur Christiania. A la porte, un soldat enbaudrierjaune montela garde. D'une politesse exquise, il me dit au passage un « G5d Morgen » (1) familier. Par exemple, il porte son fusil comme un manche a balai. Grand est mon etonnement de le voir tout a coup deposer son flingot par terre, mettrc son sabre sur ses genoux, tirer son shako, et, s'asseyant sur l'herbe, s'eponger avec un mouchoir a carreaux rouges.
Decidement,on ne se gene guere dans l'armeenorwegiennel Ca m'a tout l'air d'une garde nationale. N'empeche que si, un jour, l'ennemi attaquait ces braves gens, ils se defendraient heroiquement.
De la plate-forme du rempart, le coup d'ceil est superbe : une campagne noyee clans une brume chaude, doree, 'que le soleil met peu a peu en lambeaux,... et
(1) Bonjour.
sur une mer calme, rythmee d'ondulations legeres qui marquentla maree, des voiles blanches cueillant la brise pour gagner le large.
En quelques tours de roue, une voiture me conduit au cimetiere; les tombes bien entretenues, abritees par dessaulespleureurs etentourees de parterres fleuris, me rappellent celui de Trondjhem... . En sortant, je croise un groupe de dames salutistes, portant le chapeau ferme si etrange, que nous rencontrons sur nos boulevards parisiens.
La Norwege est Pun des centres d'action de l'Armee du Salut, et, a Christiania, il n'est pour ainsi pas de jour ou elle ne se livre a une demonstration exterieure, et c'est ici qu'on peut juger le liberalisme de ce peuple. Pendant que, nous autres, avec notre incorrigible esprit de blague, nousconspuons ceux qui ont le don de nous deplaire, lui, respecte les opinions du voisin, meme poussees jusqu'au dernier ridicule.
Nous avons encore une heure devant nous avant le dejeuner, nous Femployons a visiter la « Cuisine a vapeur » (Dampkjokken). C'est un spectacle curieux que celui de tous ces gens qui, avec une proprete meticuleuse, vont chercher leur portion a un guichet du rez-de-chaussee ou du premier etage et viennent la manger sur une grande table de marbre. Pour 25 ceres (35 centimes) on a droit a deux plats sainement prepares. Ce qui me frappe, c'est que ce ne sont pas seulement les ouvriers quiprofitent de cette institution philanthropique. II y a la aussi des gens aises pour les-
LE DEPART
quels il n'y a pas, parait-il, de petites economies. A midi, nous prenons conge de nos compagnons de la Lusitania. Us vontrejoindre Dunkerque par mer, pendant que deux amis et moi reviendrons par la Suede, le Danemark et l'Allemagne. Ce n'est pas sans une emotion tres viveque je serretoutes ces mains cordialement lendues.
Nous echangeons des cartes de visite, des photographies, de solennelles promesses de nous ecrire et de nous revoir.... Helas 1 Qui sait ce que nous reserve la destinee ! Cet au revoir est peut-etre un adieu definitif. Longtemps, je regarde les silhouettes de mes amis s'effacer a l'horizon.... Le dernier que j'apercois est le papa Bidard, qui m'a quitte sur cette parole legendaire : « Superbe voyage, monsieur, superbe voyage.... »
Reste seul a une table du Grand-Hotel, je me sens pris de melancolie en face de tous ces verres vides qui, tout a l'heure, se choquaient joyeusement.
Un homme jeune encore — trente ans a peine — yeux bleus tres doux, barbe d'un blond dore — s'approche de moi et me tend gentiment la main.
II se nomme.
G'est Br..., Tun des principaux representants de la jeune ecole litteraire norwegienne.
Je me nomme a mon tour... et nous voici qui, les coudes sur la table, comme si nous nous connaissions depuis dix ans, nous mettons a causer — en francais, bien entendu — des eternelles questions accessibles a tous les « intellectuels », comme on dit aujourd'hui.
Surtout nous occupe : le mouvement politique, artistique, litteraire et scientifique de la France et de la Norwege. Je n'apprends rien a ce jeune homnie de la marche des idees en France, c'est un esprit documents sur les pluspetits details nous concernant, mais en revanche il renseigne de tres pres mon ignorance sur son pays :
« La Norwege, me dit-il, est en ce moment dans une 1 situation critique. Le Parlement (Storthing) et le Roi s'entendent comme chien et chat. La plate-forme electorale porte sur la mise en application de la responsabilite des ministres.
« A cette heure, le differend est a son paroxysme, les dernieres elections ont ete favorables au parti radical qui, possedant la majorite des deux tiers necessaire de par la Constitution pour imposer la revision, est maitre de la situation. La campagne a ete des plus chaudes. Elle a ete dirigee par Bjornson, le grand ecrivain, dont l'eloquence enflammee a souleve les masses. Dans ses harangues ardentes, il a prononce, a plusieurs reprises, le mot de republique, et il est probable que si Oscar II ne cede pas sur cette question de la responsabilite ministerielle, et aussi sur celle de la representation diplomatique directe de la Norwege, 1'union qui existe entre les deux pays depuis 1814 prendra fin. Ce sont, en somme, deux freres ennemis, toujours sur le point de s'entre-dechirer. Au fond de cette incompatibilite d'humeur, qui va jusqu a la haine, il y a une question d'interet. La Suede regarde vers laBaltique, la Norwege vers lAtlantique, particulierement vers l'Angleterre,
LE DEPART
qu'elle copieen tout. Entre elles deux, sauf vers le sud, s'eleve comme une ban-iere une chaine de montagnes menacantes. Comment, ajoute Br..., voulez-vous que dans des conditions d'opposition pareilles, nous puissions nous entendre!... Mais la nature elle-meme conspire a nous diviser. ...»
Pendant que nous devisons ainsi, Ibsen entre au cafe. II n'y a pas a dire, au premier abord il est loin d'etre sympathique.... Ses yeux, dont l'acuite se derobe sous des lunettes d'or, sont fuyants, ses sourcils en broussailles contribuent a donner au personnage une expression hoffmannesque.
— Inutile de vous presenter, me dit Br..., c'est un ours mal leche.
Je tiens a savoir si tous les ouvrages que j'ai lus du grand ecrivain sont bien l'expression exacte de l'ame norwegienne.
« Pas plus que les livres de votre Zola ne sont la traduction de votre caractere national. Du reste, Ibsen, bien que Norwegien et ecrivant dans notre langue, est un etrangerpour nous, au meme titre que nous le sommes pour lui. Ayanthabite Paris, Rome ou Munich pendant une grande partie de sa vie, comment voulez-vous qu'il soit suffisamment renseigne sur nos vices et nos vertus? Ibsen est surtout un apotre revolutionnaire acharne. II n'a qu'une pensee : briser le moule de la societe actuelle, rendre a la femme son independance {Une Maison dePoupees, lesBevenants), donner a la person-
Halite humaine son plein developpement [Les Soutiens de la Societe). Rien ne coute a cet ecrivain pour arrive? a son but; il s'altaque aux lois,prend a parti les individuality marquantes, surtout couvre de ridicule les pasteurs (Brand) pour de la atteindre plus surement la religion elle-meme. Au fond, c'est un internationalists, un pur anarchiste, que la formule sauvage ; « Ni Djeu, ni maltre », ne fait pas reculer.
« Bjornson doit etre debeaucoup plus sympathique a votre ame latine, eprise des periodes cadencees et rythmees en une belle harmonic II n'a pas seulement l'eloquence coloree et vibrante, telle que vous l'aimez, vous autres, fils des Grecs, c'est encore un poele exquis, aimant son pays d'un ardent amour, revant pour lui cet avenir brillant de liberie qui a ete le phare lumineux vers lequel ont converge toutes nos pensees. »
Oui, Br... a raison. C'etait bien la l'ideal de notre belle jeunesse. Sur ces phrases de pourpre et d'or, refletant encore notre present etat d'ame, je quitle mon nouvel ami et je dis adieu a la Norwege. Non pas adieu, au revoir. Le pays est trop attachant, la race trop curieuse a etudier pour qu'un jour ou l'autre je ne revienne pas m'y retremper, m'y refaire une virginite nouvelle d'impressions.