‹ En NorwègeChapitre 26 sur 27 · ID — EE · texte numérisé non relu

ID — EE

Nous sortons du dedale des ruelles obscures oil il

faut presque se mettre sur le dos pour apercevoir un

coin de ciel bleu.... Un beau coup de soleil sur une

place... nous sommes arrives devant la cathedrale.

LaNorweg-e ne fourmille pas de morceaux de sculpture,

aussi, quand on en trouve l'occasion, faut-il s'empresser

de les etudier.

L'exterieur de cette eglise, tout comme a Trondjhem,

presente un melange de gothique et de roman.... Le [__

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grand portail, par exemple, est d'origine ancienne et

dans ce style roman qu'on rencontre a chaque pas dans

les pays du Nord. Sur les portails lateraux je reconnais

le festonnage que j'avais deja vu a Trondjhem. Le chevel

est d'un joli gothique.

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L'interieur me foui'nit des jouissances d'art exquises.

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Des piliers lourds, en schiste bleuatre, soutiennent les

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STAVANGER

chapiteaux sculptes de la nef. G'est du roman tres pur. Le choeur est traite dans le style gothique. Quelques morceaux nous arretent au passage; les fonts baptismaux, fouilles avec une patience de benedictin, les deux chapelles laterales oil se trouventdes tableaux peints avec la naivete primitive de l'art flamand, et surtout la chaire en boissculpte, fourmillant d'eveques, de bour-

Portail lateral de la cath<5drale de Stavanger.

geois, de herauts d'armes et d'Eves un peu trop... deshabillees. Je sais qu'avec le genre rococo, qui tient du brie a brae, toutes les licences sont permises ; cependant j'estime que, dans l'espece, l'artiste est alle un peu loin. Ce n'est plus une chaire, e'est une patisserie bariolee de bleu, de rouge et de vert. (Test du dernier mauvais gout.

En sorlant de la cathedrale, je suis attire par les

EN N0RWEGE.

allees d'arbres qui, en une belle ordonnance, descendent rejoindre un square tout fleuri. Un peu plus loin, la vue se prolonge en une perspective de lac uni sur lequel nagent des cygnes majestueux et des canards au longbee.

Nous voicidevant leMusee, dansla NedreStrandgade, pres du Torv. Nous y sommes entres, ne nous imitez pas. II est quelconque et ne vaut pas une visite. Descendez plutotau Marche, qui est a quelques metres plus loin. II est d'un pittoresque acheve.... Des menageres, coiflees d'un bonnet qui a Fair d'un accent circonflexe, se hatent vers les etalages. II y a de tout dans ce marche en plein air, je devrais dire en plein vent : des fleurs d'une fraicheur eblouissante, des navets sillonnes de veines violettes, des choux-fleurs tout mignons, des groseilles a maquereaux et a grappes, des bigarreaux oil, dit un Roumain caustique, il y a plus d'os que de viande, et puis des fraises, de jolies fraises des bois, dont le parfum nous penetre delicieusement. Par exemple, elles ne sont pas donnees.

— Combien ce petit panier ? demande la duchesse.

— Deux couronnes pour vous, repond en norwegien le marchand.

— Sapristi 1 et si ce n'avait pas ete pour moi, combien alors? replique la duchesse au guide Cook qui nous traduit

Ce qui est en abondance etonnante ici, e'est le pois* son ; morues, harengs, hallibuths, rougets, grondins. II s'y trouve des poissons dores qui brillent comme des

STAVANGER

soleils, d'autres tout roses, dont les ecailles semblent tissees d'un rayon d'arc-en-ciel. La marchandise est presentee avec une originalite amusante. Les pecheurs, d'un mouvement gracieux d'haveneau, la cueillent dans un vivier situe a l'avant du bateau et I'offrent, toute ruisselante d'eau, an client resle sur lc quai : si on

Stavanger : Le marchc aux poissons.

tombe d'accord sur le prix, le marchand, en un tour demain, tord lecou h l'animal qui se debat et saute en Fair. II y a, parfois, un reste de convulsions palpitantes, les yeux sortent des orbites, tout saig-nants, des queues fretillent et s'emmelent : puis tout s'arrete, etl'acheteur met sur 1'epaule son long baton, ou les poissons sont enfiles comme des oignons.

EN NOKWEGE.

Le re tour des touristes a bord se fait avec une gaiete tres pittoresque, les mains pleines de bottes de radis, de teles de choux-fleursetd'artichauts, qui vont etre pures delices pour nous, prives de legumes frais depuis plusieurs semaines. C'est notre cuisinier qui va etre content ! Demain, il nous servira nos hallibuths sous le titre pompeux de « turbot a la reine ».

... A onze heures, nous repartons de Stavanger. Du fjord, sur lequel nous glissons lentement, le panorama de Stavanger est fin comme une aquarelle.... Mais avec ces maudites mers de Norwege on n'est jamais sur de la minute qui suit.

Vers midi, quel changement, mes amis! II passait par la, parait-il, la queue d'une tempete et ce que nous ressentions etait les ondulations de vagues eloignees, arrivees jusqu a nous en se poussant l'une l'autre. Voila une visite dont nous nous serions bien passes.... L&Lusitania se souleveen bonds brusques, elle cabriole comme un pur sang. Par moments, l'avant monte si haut qu'il nous masque le soleil, puis d'un coup sec il descend, s'affale dans le gouffre et, a ras d'eau, nous apercevons les lames qui deferlent et tordent leur ecume.... C'est superbe. Le ciel est d'un bleu leger cendre. Ceux d'entre nous qui n'ont pas le mal de mer, pour contempler a leur aise ce spectacle mouvant, se couchent sur des rocking-chairs mis en plein soleil.... Le personnel feminin s'aguerrit decidement de plus en plus.... II s'exerce sur le pont a des ecartements tres

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STAVAXGER.

gracieux de jambeset, quand le roulis s'accentue, se raccroche en eclalant de rire a un cordage ou a une poulie. II est de ces dames qui parlent de monter au beauprc pour mieux voir. Pour un peu, ma parole, de concert avec Pequipage, elles prendraient part a la manoeuvre.

Je n'oserais pas assurer qu*au dejeuner on fut au grandcomplet. Lemouvement de casserole s'accentuant, de tres braves deserterent la table. La vieille garde en profita pour avaler les bouchees doubles.

... Vers neuf heures, au moment de doubler le cap Lindesness — effroi des navigateurs — la mer se calme relativement; le tangage, tout a l'heure si violent, fait place a un leger roulis, histoire debercerceux qui rejoignent leurs couchettes. Je reste sur le pont en face de l'un des plus beaux points de vue qui se soient presented a moi pendant ce voyage. Le soleil se couche au milieu d'un fouillis de nuages gris bleuatre formant ecran. La partie du ciel qui se trouve en marge s'etire en rayons roses et verts. Des raies doreespassent entre les nudes et les stratifient en les inondant de clarte. Dans la sphere d'action du soleil qui baisse passent des flocons legers teintes de violet, et, pendant que ce merveilleux aspect se developpe a l'ouest, en un point de l'horizon la mer devient pourpre. Lenlement, comme si elle venait de se rafraichir dans l'eau, la lune monte, se degage et s'entoure d'un halo violet et rose... et, nous

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EN N0RWEGE.

autres, nous glissons sur le fleuve d'argent tisse de ses rayons.

Pendant que nous filons de doux reves, le commandant fait accomplir a son bateau des prodiges de vitesse et au reveil, nous sommes tout surpris de nous trouver dans le fjord de Christiania. A droite et a gauche se succedent en guirlande les riches villas installees sur la cote, et e'est autour de nous, pendant que nous avancons sur cette pelouse d'eau, des ilots emeraudes, des prairies marquetees de fleurs nuancees et toute une ilotte mobile de cotres elegants transportant, sous un vilain temps, a la campagnc, les gens de la ville.

CHRISTIANIA

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CHRISTIANS

Pluie diluvienne. — A Saint-Olafs Kirke. — Les chapeaux des Norwegiennes. — Curiosites de la ville. — Le chateau d'Orcashall. — Les anciennes maisons norwegiennes. — Au Grand Hotel. — Soiree a Tivoli.

7 aout.

II est onze heures quand du canot nous sautons sur le quai.

La ville a un aspect lug-ubre. Ce n'est plus de la pluie, ce sont les cataractes du bon Dieu qui, nous trempant jusqu'aux os, s'effondrent sur nous.... Et moi qui ai oublie mon riflard chez un marchand de Bergen ! II est vrai que par un temps pared!...

On ne dirait vraiment pas que nous sommes dans une ville de 160,000 ames. La chaussee est boueuse, les trottoirs sont coupes de trous pleins d'eau dans lesquels nous entrons jusqu'a la cheville. Par surcroit comme c'est dimanche, les magasins sont fermes... et puis, pas une voiture a l'horizon pour nous enlever et nous conduire a I'eglise catholique oil quelques dames

de nos amies desirent entendre la messe Puisque

EN NORWKGE.

nous n'avons pas meme un cafe en vue, une seule ressource nous reste : nous refugier sous une porte cochere et attendre le passage d'un vehicule quelconque. Une demi-heure se passe : rien. Enfin, au moment oil, desesperes, nous nous preparons a nous awacher ce qui nous reste de cheveux, un sapin lamentable, domine par un cocher, ruisselant d'eau comme un toit, se silhouette au coin de la rue. bonheur! il nous a vus et dirige de notre cote sa boite grincante, trainee par une haridelle asthmatique.

Saint-Olafs Kirke, lui montrons-nous sur le plan, et soulignant d'un geste energique, nous lui signifions qu'il a a faire filer Cocolte dare-dare.

Fort heureusement, nous sommes a cinq minutes de I'eglise. Voila qui sembl.e aller bien.... Pas si bien que cela pourtant : la messe etait a neuf heures, et il est midi! Une petite priere montee du occur et murmuree par de charmantes levres, pendant que des religieuses francaises, ravies de retrouver des compatriotes, nous font a nous autres visiter I'eglise, et nous voici d'attaque pour le dejeuner.

Allons, hue, Cocottel En route pour le restaurant Logen (laLoge maconnique), situe en face du Storthing. II parait qu'on y mange divinement. Peut-etre la reputation est-elle un peu surfaite, mais bast! comme nous avions un appetit royal, les plats ont passe avec... l'addition, qui etait grosse.

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CIIRISTIAMA.

Nous voici suffisamment lestes pour affronter ce chien de temps. 11 tombe toujours des hallebardes, mais la population n'en a pas l'air autrement surprise ; en toilettes de dimanche, elle se promene clans les rues avec un calme insouciant, qui est un reve pour les Francais un tantinet agites que nous sommes.

Christiania : La Karl Johans Gade.

Les femmes sont vetues a pouffer. Nous voyons passer des corsages verts sur des robes bleues et des robes vertes sous des corsages bleus. Et les chapeaux, quelle collection, mes amis! Aristote en aurait fait le sujet

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