Le nom génois do cette ville est « Soldaïa
en Grimée; et à contempler leur visage, on a l'impression que Ton se trouve parmi de beaux Italiens.
Maintenant, une remarque qui s'impose, c'est que tous ces Tatars de Grimée, même ceux de la montagne et de la côte méridionale dont l'origine n'est pas turco-mongole, sont demeurés ou sont devenus très orientaux. Les premiers, ceux de la plaine, doivent être même regardés comme doublement orientaux, parce que leur histoire est celle d'un des rameaux de la Horde d'or, et qu'ils ont longtemps été soumis à l'influence de l'Asie. Quant au second groupe, celui des Tatars des montagnes et de la côte méridionale, il a été très profondément imbu d'orientalisme par le langage qui a remplacé les anciens idiomes, par la religion et par la domination musulmane, trois puissants facteurs d'assimilation.
Ajoutons que l'on retrouve dans la poésie de ce pays le sentiment si éminemment oriental que l'amour et la douleur vont de pair, qu'ils sont associés par un indissoluble et infrangible lien. Pour ce peuple, l'amour n'existe pas sans la douleur; et chanter l'amour, c'est chanter la douleur.
Vous allez en juger :
M' aime -t- elle ?
(CHANT POPULAIRE
« J'ai ferré mon cheval blanc et m'étant mis en selle, je lui ai c donné un coup de fouet.
c Depuis ma plus tendre jeunesse, je suis épris d'une belle aux c yeux noirs.
c Après avoir incliné mon bonnet de côté, j'allai au-devant c d'elle et la priai de se laisser embrasser.
c Bien que mon bonnet de couleur sombre s'harmonise mal c avec mes cheveux noirs, j'ai demandé à cette belle de déposer c un baiser sur sa joue d'un rose si charmant.
c La selle de mon blanc coursier étincelle d'ornements d'argent. c Mais cela suffit-il pour que cette jeune fille m'aime?
c Elle tient à la main une coupe de cristal doré; elle est drapée c d'un châle de soie. Quelle joie serait la mienne si, pour com- « pléter son ajustement, je pouvais être sa ceinture! »
Louanges à la bien-aimée.