‹ En Nouvelle-RussieChapitre 33 sur 107 · ans aprèsfJ.-C · texte numérisé non relu

ans aprèsfJ.-C

belle comme un ange du ciel — comme un démon, astucieuse et

perverse.

C'est là qu'à travers les ténèbres de minuit — brillait une petite flamme d'or — qui frappait de loin les yeux du voyageur — et l'invitait au repos nocturne.

Et la voix de Thamar se faisait entendre — voix toute vibrante de désir et de passion — et pleine d'un charme irrésistible, — d'un indicible attrait.

ROUTE MILITAIRK GÉORGIENNE. — LE MONT KAZBKK, A 6 HKURES ET QUART DU MATIN. (Photographie du baron de Baye.)

A l'appel de l'invisible péri — venait guerrier, marchand ou pâtre — devant lui s'ouvraient les portes — un sombre eunuque l'accueillait.

Sur un lit de moelleux duvet — parée de brocart et de perles — elle attendait son hôte. — Pétillantes devant elle étaient servies deux coupes de vin.

Et les mains brûlantes s'enlaçaient, — les lèvres se collaient aux lèvres — et des accents passionnés, délirants — retentissaient là, toute la nuiU

EN GÉORGIE il

Comme si dans cette tour désolée — cent jeunes gens turbulents

et desjfemmes — s'étaient réunis pour un festin nocturne —pour la trizna des grandes funérailles.

Mais dès que l'aube matinale jetait ses rayons sur les monts —

aussitôt le silence et l'obscurité — régnaient de nouveau en ces lieux.

Seul le Térek dans le défilé du Darial — troublait le calme par son fracas : — le flot courait après le flot — le flot se précipitait sur le flot.

Et parmi la plainte deseaux, le cadavre muet — roulait entraîné hâtivement... A une fenêtre alors quelque chose de blanc apparaissait — et faisait entendre un adieu.

HOITK HILITAIHK GKORGIKNNK. — STATION KAZBKK. — LE TÉREK. (Photographie du baron de Baye).

Et cet adieu était aussi caressant — la voix qui le disait, aussi suave, — que si des extases du revoir — et des enchantements de l'amour, ils donnaient la promesse. >

Dans les vers de Lermontoff, il faut voir une exquise œuvre d'art, une invention de son génie fécond. Malheureusement ils ont influencé l'opinion des masses et ont dénaturé le grand, l'inattaquable caractère de Thamar. Dans le cours de notre récit nous montrerons, à l'aide de traditions locales, Thamar comme la plus belle et la plus pure figure de l'histoire de la Géorgie.

Partis à midi, nous arrivâmes le soir même, par une superbe lune, à la station Kazbek * pour y passer la nuit. Nous avions fait 50 verstes. L'aoul, c'est-à-dire le village de Stépan-Zminda, habité par des Géorgiens, est groupé autour de la maison des Princes qui, tout comme la célèbre montagne, se nomment Kazbek.

De nos fenêtres nous admirions le sommet et nous nous endormîmes après la lecture des vers de Lermontoff :

t Entre toutes ces montagnes, perçant les nuages, s'élève le

ROUTK MILITAIRE GÊORGIENME. — L'AOUL DE SION. (Photographie du baron de Baye).

Kazbek, roi puissant du Caucase, avec sa cime plus élevée que toutes les autres» coiffé de son turban immaculé et revêtu de ses vêtements dorés. »

Le lendemain, à 5 heures et demie du matin, alors que tout était encore obscur sur terre, là-haut le soleil rougissait déjà la tête du géant3 couronné de neiges éternelles. Voici la photo-

1. La station Kazbek, 5,681 pieds au-dessus du niveau de la mer Noire.

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