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VOYAGE

du Baron de B aye

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Cette Volga si calme, était jadis la frontière politique entre l'Europe et l'Asie; lorsque le joug plusieurs fois séculaire des Mongols s'étendait à la Russie, la Volga amenait jusque dans son

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BOLGARl (GOUVERNEMENT DE KAZAN).

cœur des hordes barbares qui faisaient trembler les principautés slaves. Ivan le terrible, ce grand politique et ce premier tsar, a pris la revanche contre l'Islam tout-puissant jusqu'alors. Il a bien mérité non seulement de la Russie, mais encore de l'Europe entière menacée d'une invasion terrible.

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Les Tatares, dominateurs la veille, ont été esclaves le lendemain,

et aujourd'hui ce sont des habitants paisibles soumis au sceptre impérial.

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On visite aux portes de Kazan le monument commémoratif où les tètes des morts entassées sont un souvenir (toujours vivant) de cette victoire. Mais en parcourant la ville, on trouve la preuve que tous tes Tatares n'ont pas été massacrés, car il subsiste tout un quartier habité par eux, et beaucoup de villages des rives de la Volga et de la Kama sont exclusivement peuplés de leurs descendants.

Les Tatares de la Volga diffèrent essentiellement de ceux de Crimée; ces derniers, d'un type plus beau, il est vrai, ont absorbé divers éléments ethniques grecs, goths et autres, qui séjournèrent dans la Tauride.

La conquête de Kazan n'a pas eu comme unique résultat, la soumission des Tatares à la Russie, mais aussi celles d'autres peuples comme les Tchérémisses, les Tchouvaches, les Voliaks, les Mordvines et les Bachkirs. Ces nations tchoudes et finnoises formaient le fond de la population de cette contrée, avant l'invasion tatare qui les a un peu modifiées. Il y eut, en effet, à cette époque, des Finnois convertis à l'Islamisme. Les autres, qui étaient demeurés puions, furent en grande partie baptisés. Néanmoins actuellement ils ne le sont pas encore tous. Depuis la victoire d'Ivan le Terrible, les colons russes se sont répandus dans la Russie orientale parla Volga et la Kama; leurs prédécesseurs ne forment plus que des groupes au lieu d'une masse compacte. On doit rechercher ces derniers (pour les trouver purs) loin des centres et des grandes artères. Aujourd'hui il faut se hâter si Ton veut faire des collections et des éludes ethnographiques.

Dans cette Russie orientale où les Russes sont relativement de nouveaux venus, l'étude des antiquités et des populations locales vous conduit en Asie. Telle est l'impression que j'ai ressentie en me rendant sur l'emplacement de l'ancienne Bolgari, située au confluent de la Volga et de la Kama. Les antiquités bulgares ou tatares exhumées de ce sol, sont plutôt turco-mongoles que finnoises, elles sont purement orientales, elles sont enfin étroitement apparentées aux produits de la civilisation de l'Asie centrale qui brilla d'un grand éclat lors de la constitution de la Horde d'Or. Les ruines qui subsistent encore à Bolgari et qui vont passer sous vos yeux semblent appartenir au xin> siècle.

J'ai ressenti une même impression en visitant la célèbre nécropole d'Ànanino, près Elabouga, sur la Kama, et en étudiant les

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objets qui en proviennent. Ceux-ci sont également asiatiques, mais à un autre titre, car ils appartiennent à une civilisation entière- * ment sibérienne, probablement beaucoup plus ancienne, mais assurément plus septentrionale que celle que nous venons de signaler. Le désir de connaître cette localité renommée, pour ne pas dire classique, dans l'archéologie de la Russie, nous avait conduit dans le gouvernement de Viatka.

Là on rencontre, outre les Votiaks, des Tchérémisses ayant conservé, quoique baptisés, des pratiques païennes et d'autres Tchérémisses restés complètement païens.

Or, savez-vous comment ces derniers prêtent serment à l'Empereur ? Ils préparent de petits morceaux de pain et une courte tige de bois de tilleul. Saisissant cette baguette de la main gauche, ils en appuient l'extrémité sur leur cœur. De la droite ils prennent un couteau, piquent un morceau de pain, le trempent dans le sel et le portent à la bouche en ayant soin de le passer sous la branche de tilleul, puis ils profèrent ces paroles : « Si je ne suis pas fidèle à l'Empereur, que je devienne aussi sec que ce bâton. >

D'Elabouga, toujours par la Kama, je suis parvenu à Perm sur le bateau qui porte le nom de cette ville.

Dans le gouvernement de Perm, il y a des Permiakes, des Vogouls représentants actuels des anciens Tchoudes, il y a aussi les descendants des Ougres d'où se sont détachés les Hongrois. Voici un paysan appartenant à cette race.

Là, vous vous trouvez déjà dans la région ouralienne : si vous remontez la Kama, au nord de Perm, vous constatez qu'une de ses rives baigne les premiers contreforts de cette chaîne de montagnes. Vous êtes sans doute avec et au milieu des Russes, mais des Russes venus en pays finnois ou bien des Finnois devenus Russes. Archéologiquement et etlinographiquement, vous êtes déjà en Sibérie. N'y êtes-vous pas réellement? car les fleurs et les arbres de l'Oural vous entourent; car vous avez quitté la plaine sans fin, pour trouver un pays montagneux. Près de Perm, les bords de la Kama sont bien plus accidentés et d'un aspect bien plus pittoresque que ceux de la Volga. La rivière forme dans ses circuits des lieux naturellement fortifiés qui en commandent le passage et dominent la vallée. Les anciennes populations ont parfait l'œuvre de la nature, en creusant des fossés, en élevant des remparts de terre pour défendre ces promontoires dans la partie qui les rattache

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au plateau. Ces forteresses, nommées gorodisché par les archéologues russes, sont les équivalents de nos oppidum.

Les gorodisché du gouvernement de Perm, j'en ai visité plusieurs, étaient habités d'abord par les Tchoudes, ensuite par leurs successeurs. C'est en effet l'opinion que je me suis faite à

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