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PAYSAN OUGRE (ILLINSKOÉ, GOUVERNEMENT DE PERM

Illinskoë, dans le domaine des Strogonoff, en examinant la riche collection de M. Téplooûkholf, une des plus importantes de la Russie. Cet archéologue considère les plus anciens bronzes affectant de grossières formes humaines ou animales comme des idoles tchoudes, les plus récents comme des idoles vogoules.

Le premier apôtre deces idolâtres fut, au xir siècle, saintÉtienne de Perm. Grâce à l'évoque de cette ville, j'ai pu voir la crosse (en

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russe possok)y c'est-à-dire le bâton de pasteur, de ce premier missionnaire.

Cette crosse en ivoire ajouré présente un grand intérêt par son travail et son style. Certains personnages figurés portent le même costume que ceux de la tapisserie de Bayeux.

Dès mon séjour à Elabouga, j'avais fait la connaissance des tarentass, véhicules très asiatiques, qui, pour nous autres Occidentaux, sont des instruments de supplice. J'avais endossé pour les excursions, l'arraiak, vêtement très sibérien fait d'une étoffe tissée de poils de chameau, imperméable et préservant, écartant certains animaux abondants en Sibérie.

En quittant Perm, j'ai abandonné la voie d'eau, pour traverser l'Oural par la ligne qui était (primitivement) une amorce du premier projet transsibérien. Parti à 8 heures du soir de Perm, j'étais le lendemain matin, dès 9 h. 1/2 à la station Asiat, c'est-à-dire en Asie.

Le trajet dans les gorges de l'Oural est très joli, mais on ne se croit pas dans une chaîne de montagnes dont certains sommets atteignent jusqu'à 1 ,900 mètres. On pense que Sibérie est synonyme de pays où la désolation, les frimas et les neiges sont éternels. Cette notion a été trop généralisée et ne s'applique qu'à l'extrême nord. L'arrivée en juillet dans cette région ouralienne, où la végétation est luxuriante, où la sévérité des forêts de pins de Sibérie est corrigée par une étonnante abondance de fleurs au coloris riche et varié, vous montre une Sibérie pittoresque et vivante. Dans les défilés, se succèdent les usines où les innombrables minerais sortis du sein de la terre sont livrés à l'activité humaine, pour les faire entrer dans l'arsenal des facteurs du progrès moderne. Les richesses lapidaires de la contrée sont étalées dans les wagons par les conducteurs de train, pour tenter les voyageurs avant leur arrivée au centre du commerce local des pierreries.

M. Clerc, le savant secrétaire général de la Société ouralienne des Amis des sciences, était venu au-devant de moi à la station Verkneïvinsk, et c'est avec lui que je suis arrivé à Ekaterinbourg.

C'est merveille, messieurs, après avoir traversé des pays ta tares, Votiaks, Tchouvaches, Tchéremisses, Bachkirs, Permiaks, peuplés d'éléments finnois, turcs, mongols, de trouver une charmante ville russe et purement russe ; cependant quelle grande distance la sépare des capitales ! Il n'y a que des Russes et des Américains pour opérer un tel tour de force !

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Après avoir vu l'Asie en Europe, on voit l'Europe en Asie. En y pénétrant, la première cité que vous rencontrez est russe, je dirai même occidentale.

Il serait difficile d'exprimer l'enthousiasme de la réception que nous a valu notre qualité de Français. A notre arrivée, la gare était pleine de personnes accourues à notre rencontre, pour crier vive la France !

Plus tard la Société ouralienne des Amis des sciences a donné une séance solennelle et la ville un banquet. Sous toutes les formes, les toasts les plus chaleureux ont été portés à la France. Parmi les démonstrations sympathiques que nous avons recueillies tout le long de notre route, nulle n'a été plus cordiale et plus grandiose.

La Société ouralienne des Amis des sciences, qui entre parenthèse célèbre actuellement le 25e anniversaire de sa fondation, a publié plusieurs mémoires et le résumé de ses autres travaux dans notre langue. Ce fait mérite d'être signalé. Cette compagnie savante, qui possède un beau musée, n'avait pas encore eu l'occasion de recevoir solennellement des Français. En 1887, lors de l'exposition d'Ekaterinbourg, elleavaitdonné une séance extraordinaire en l'honneur des délégués des gouvernements allemands et italiens; antérieurement elle avait reçu Nordenskiôld. L'été dernier, elle s'est montrée très heureuse de fêter les délégués d'une nation amie.

Ekaterinbourg est le centre d'un pays usinier où le sol, sans cesse interrogé dans un but industriel, révèle fortuitement la présence de gisements archéologiques. Ces indices pourraient amener de belles découvertes.

M. Clerc me guida dans les trois excursions que je pus faire. La première fut consacrée à la visite d'une curieuse agglomération de blocs rocheux superposés que l'on nomme c Kamenié palati >, c'est-à-dire palais de pierre. Vous les voyez sous plusieurs faces. La nature seule a créé ces groupements bizarres autour desquels on trouve les traces de l'habitat des hommes préhistoriques (silex travaillés, poteries). De cet endroit élevé on embrasse une belle vue sur le lacet le village Chartach. Ce village, comme beaucoup d'autres des environs, est peuplé de raskolniks ou vieux croyants, dont les ancêtres ont jadis émigré en Sibérie, lors des persécutions religieuses.

Ladeuxième excursion se fit en traversant le lac Verk-Icets, formé par la rivière Icet. Il mesure à peu près 12 kilomètres de longueur,

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kilomètresi/2 de largeur et atteint sur certains points 8 mètres de ofondeur. 11 est entouré des immenses propriétés de la comtesse embok Fermor. La fabrique, qui porte le même nom que le lac,

e trouve à une de ses extrémités et à l'autre le petit village de ■alkina où feu le savant MalakofF avait, avec M. Clerc, découvert m gorodisché et un important gisement de l'âge de la pierre.

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Chaque année, le survivant de ces inventeurs en rapporte d'importantes collections et notre exploration nous a valu une riche moisson d'échantillons des temps préhistoriques, qui seront prochainement exposés au musée Guimet.

La troisième excursion, plus longue, se fit par chemin de fer et par tarentass. Nous avons gagné Verkneïvinsk, station située à 90 verstes nord d'Ekaterinbourg. Là dans une petite Suisse, sur les bords d'un lac, est située une importante usine, dont la comtesse Slembok Fermor est aussi propriétaire. Après une courte station chez M. Doudine, directeur de ce centre industriel, une tarentass nous emporte au lac Chighir. Pour y parvenir nous traversâmes de grands villages habités par des ouvriers russes employés aux fabriques. Le lac Chighir, but de notre excursion, a été partiellement desséché pour extraire le sable aurifère gisant sous une épaisse couche de tourbe.

Celte couche contenait d'innombrables vestiges de l'industrie humaine représentée principalement par des objets en os, en bois et en (erre cuite. Mais dans ce lieu solitaire, éloigné des archéologues, les ouvriers se soucient peu de rechercher et de ramasser autre chose que de l'or. Aussi un grand nombre d'antiquités a été négligé.

Il semble que les anciens habitants de cette localité n'aient pas connu l'usage des métaux. D'autres gisements lacustres contenaient non seulement des idoles en bronze, mais aussi des moules pour les fabriquer. L'origine du principe décoratif et de la conception religieuse caractéristique de ces bronzes dits Tchoudes, très nombreux au musée d'Ekaterinbourg, doit être recherchée dans la Sibérie centrale vers la région qui s'étend autour d'Irkoutsk. Si l'histoire de la Sibérie est encore si peu éclairée, comment en serait-il autrement de son archéologie?

Reprenant notre route par la voie ferrée, nous quittons Ekaterinbourg pourTiumen. A la station Bajenovo, les paysans apportent d'anciennes boîtes d'allumettes remplies d'émeraudes brutes, qu'ils offrent aux voyageurs. Ces pierres proviennent d'une forêt voisine qui fournissait jadis le combustible nécessaire à l'ancien atelier monétaire d'Ekaterinbourg, alors qu'on frappait les pièces dites zibelines, pour la Sibérie. Ce nom vient des deux zibelines qui ornent l'une de leurs faces.

La ville de Tiumen compte 36,000 habitants, elle se trouve un

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îu au sud de la région occupée par les Vogouls. C'est ici la limite ttrême de la ligne de chemin de fer. Pour parvenir à Tobolsk, il ut s'embarquer sur le Tobol dont le lit, peu profond en cet

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