BACHKIR, PRÈS D'OUFA
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pas en doute sa destination funéraire (il serait le tombeau d'un prince Nogaïs).
Le village de Srednia Termouï est habité par des Méchériakes ; leurs ancêtres sont venus du gouvernement de Kostroma aux xvi' et xviie siècles en Bachkirie. Ils s'habillent comme les Tatares, mais leur langage et leurs traits diffèrent de ceux des Tatares.
Selon les uns, les Méchériakes sont des Finnois tatarisés; selon les autres, ils seraient un mélange de Mordvines et de Bulgares.
Revenons à Oufa; un moufti, chef spirituel de tous les mahométans de 18 gouvernements russes, y réside; sur ses cartes de visite son nom un peu russifié est surmonté d'une couronne de noblesse.
La ville d'Oufa est très pittoresquement située en amphithéâtre sur les collines escarpées dominant les vallées des rivières Oufa et Biélaïa. Non loin de la cité, une de ces collines, formant un angle aigu, a été fortifiée du côté qui la rattache au plateau. Elle se nomme a Tchertovo Gorodisché », c'est-à-dire forteresse du diable. Aucune recherche n'a été tentée en cet endroit; on n'y trouverait pas le diable, mais beaucoup d'antiquités. Le gouvernement d'Oufa mériterait d'être exploré au point de vue archéologique.
En prenant le train pour Samara, vous passez, au sortir d'Oufa, sur un joli pont jeté sur la rivière Biélaïa. La belle et riche ville de Samara est moderne, mais son musée renferme quelques pièces en bronze, fort remarquables, rappelant l'art ancien de Sibérie.
Nous passons encore, avant d'arriver à Syzran, sur un pont; mais cette fois sur le roi des ponts, jeté sur la Volga. Il mesure H50sagènes,plus d'une verste de longueur presque 1 kilomètre 1/2. C'est une œuvre géante suspendue sur le fleuve géant; la photographie a été prise au moment du passage d'un train.
Une réception aussi chaleureuse que celle d'Ekaterinbourg m'attendait à Syzran. Il faut avoir été témoin de l'enthousiasme soulevé par l'arrivée d'un Français venant de Sibérie, pour en comprendre toutes les manifestations et tout l'élan.
Mon ami, M. Polivanoff, fondateur et président de la commission scientifique du gouvernement de Simbirsk, me conduisit de Syzran à Mouranka, où il avait organisé des fouilles dans une vaste nécropole découverte par lui. Ceux qui dorment dans ces tombeaux sont des Finnois, selon les anthropologistes russes. La date de leur ensevelissement correspond généralement au règne de Jean III.
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Cette époque est indiquée par les monnaies tatares. En effet les tribus finnoises étaient alors soumises à la domination de la Horde d'Or ; elles se paraient d'une bijouterie très orientale. La présence,
dans les sépultures de femmes, de tresses soigneusement liées dans un étui d'écorce de tilleul, par des lanières de cuir ornées de fils d'argent est à la fois un document archéologique et ethno-
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graphique. Les Tchérémisses portent encore des nattes de cheveux arrangées autour d'un bâton, d'une façon analogue. Ils nomment cette coiffure c tiurik t. La même mode se retrouve aussi quelque peu modifiée chez les Mordvines et même chez les Ostiaks, comme vous le remarquez dans cette photographie.
L'exploration des tombeaux de Mouranka et mon retour en pays delà Volga, me ramenaient à l'étude de cette civilisation asiatique dont ce fleuve a été le propagateur en Europe et qui a fleuri sur ses rives.
Les nombreux Mordvines du gouvernement de Simbirsk abandonnent leur costume national pour s'habiller comme les Russes. Mais ceux du gouvernement de Saratoff ont conservé leur ancien ajustement; beaucoup de femmes portent des colliers en coquillages nommés « cyprea moneta ». Il existe deuxidiomesmordvabiendistincts.
En temps de choléra, m'a-t-on dit, pour préserver leur localité du fléau, les femmes mordvines se rassemblent la nuit, et les filles, les cheveux épars, attelées à la charrue, tracent en chantant un sillon autour du village. Mais les hommes doivent ignorer cette cérémonie pour qu'elle soit efficace.
Le voyage dont je viens de vous esquisser les grandes lignes s'est terminé par un séjour dans la ville tre.se de cheveux hospitaiière fo SaratofT. Sur le ba-
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TRESSE DE CHEVECI
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par des courroies.
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chameau », appartenant au Ministère des voies et communications, la Commission archéologique nous conduisit à remplacementde l'ancienne ville nommée Ouvek en russe, Oukek en tatare. Elle appartenait sans doute à l'empire de Kiptchak ou de la Horde d'Or, dont Saraï était la capitale.
FILLE OSTIAK. — BÉRÉOZOFF (TOBOLSK).
Ouvek a été détruite par Tamerlan en 1395. Les fouilles pratiquées en notre présence par la Commission archéologique ont amené la découverte d'anciennes substructions en briques, de mosaïques en stuc émaillé où le bleu céleste domine, de miroirs métalliques et de monnaies de la Horde d'Or.
Évidemment tous ces vestiges archéologiques, répartis le long
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de la Volga, sont des preuves multiples de l'extension en Europe de l'art de l'Asie centrale.
De Saratoff, j'ai gagné Moscou.
Les impressions de mon voyage sont trop nombreuses pour être énumérées. Les contrées que j'ai parcourues, méritent d'être mieux connues, mieux étudiées. Elles sont encore neuves et réservent aux ethnographes et aux archéologues d'innombrables découvertes pour l'étude de populations et de civilisations qui se sont répandues dans l'Europe centrale et occidentale.
Le ministère de l'instruction publique, en m'accordant la mission que je viens de remplir, m'a rais à même de connaître ou plutôt d'entrevoir d'immenses territoires où, avec l'appui de la Russie, la science française peut multiplier ses conquêtes. L'union des deux peuples, mise au service de la science, sera la manifestation la plus noble de la communauté de sentiments qui les animent.
o2ii. — L.-Impr. réunies, B, rue Mignon, 2. — May et Mottbroz, direct.
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