Elle m'a été communiquée par M. Théodote Sakhokia
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«c reçut comme il convient, mais ne les informa pas du malheur « qui lui était arrivé. Les jeunes hommes épousèrent celles qu'ils «c prenaient pour ses filles et les emmenèrent chacun dans la maison « qu'ils avaient construite.
« Un an s'était écoulé. Alors, Noé alla faire visite à celui de « ses gendres qui avait épousé le chien devenu femme et lui en «c demanda des nouvelles. Le gendre se plaignit beaucoup de sa « femme. € Mon beau-père, dit-il à Noé, à cause de ma femme, « ma vie est un enfer continuel; elle est plutôt un chien qu'une « femme. Tout le temps, elle s'acharne contre moi comme un vrai « chien. >
« Cela ne me surprend pas, pensa Noé en lui-même, car elle « était un chien et il est bien naturel qu'elle se conduise comme «c un chien.
« Puis Noé lui tint ce langage en guise de consolation : « Ayez « de la patience, mon gendre, car la crainte de l'enfer et des « diables qui y foisonnent, n'a pu corriger le mauvais caractère de « la femme, ni incliner son cœur à la bonté. Et celui qui règne « en enfer, exaspéré par les agissements insupportables de la « femme, n'a-t-il pas dit : « Si la femme était bonne, Dieu lui- « même aurait épousé une femme. *
c Ensuite, Noé alla prendre des nouvelles de son deuxième gen- «c dre. Ce dernier, les yeux pleins de larmes s'adressa ainsi à son « beau-père : «Ta fille m'a rendu bien malheureux; elle est la « stupidité même. Il n'est possible d'agir sur elle ni par le raisonne nement ni par les châtiments. Si je me hasarde à lui adresser « quelque remontrance, elle ne devient que plus obstinée ; elle « a l'entêtement de l'âne et même, elle rue, tout comme un âne. » « Gela ne m'étonne pas, pensa Noé en lui-même, et il chercha à «c consoler son beau-fils en lui disant : « Le chien lui-même n'ose « pas mordre la femme, sachant qu'elle est comme une furie. Aie « patience, et puisqu'elle a des caprices du genre de ceux de l'âne, « elïorce-toi de supporter ses caprices. »
« Enfin, Noé se rendit chez son dernier gendre. Celui-ci l'accueil- « lit avec une joie inexprimable et lui dit : « Combien je vous « suis reconnaissant, mon cher beau-père ! Si vous saviez comme « je suis heureux d'avoir épousé votre fille ! J'ai plutôt la sensa- « tion d'être au paradis que sur la terre, car je jouis du bonheur « parfait avec une femme si douce, si sage et si complaisante.
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< C'est un véritable ange. > Je ne m'étonne pas que tu sois
< satisfait d'avoir épousé un ange, pensa Noé ; et avec une pa-
< terne Ile affection, il embrassa l'ange qui passait pour sa fille. < Voilà pourquoi il s'est propagé sur la terre trois sortes
< de femmes, qui par leurs caractères, ressemblent aux chiens,
< aux ânes ou aux anges. »
Ne trouvez-vous pas, chers lecteurs, que les légendes, les chants anciens et modernes dont je vous ai cité quelques exemples aident singulièrement à connaître rintellectualité et l'individualité d'un petit peuple dont le caractère, imprégné de mœurs patriarcales et bibliques, estplein de charme. Ce peuple, il faut plutôt le considérer comme conservateur de ses traditions et de son esprit national que comme retardataire. A son contact, ceux qui avaient une propension à le taxer de barbare et de sauvage, trouvent en lui une poésie qui séduit, un courage qui impose l'admiration et le culte de l'honneur qui élève ceux qui le professent. Toutes ces qualités s'épanouissent avec quelque chose de naïf, d'imprévu, de franc, d'original, de grand, de simple qui leur donne la saveur que les amateurs d'art goûtent dans les peintures des primitifs. Ces légendes bibliques, le paysan, de même que le noble, les aime. Ces chants comme Souliko, où l'amour est célébré avec une délicatesse si exquise, sont répétés avec autant d'enthousiasme, autant d'émotion, par le rustique habitant des champs que par le prince. N'y a-t-il pas encore là-bas quelque survivance des temps de la chevalerie et des troubadours? Je suis tenté de le croire.
Avant de terminer, disons que l'histoire de la Géorgie apparaît comme une suite ininterrompue de guerres qui durèrent plusieurs siècles. Néanmoins, combien est belle la miraculeuse aurore de ce peuple, aurore dont sainte Nina est l'astre; combien est brillant son apogée de gloire avec des monarques tels que David et Thamar; combien tragiques sont ses périodes d'épreuve avec des martyrs comme Khétévane. Mais dans la bonne et dans la mauvaise fortune, elle a toujours conservé, cette Géorgie, l'intégrité de son noble caractère national et, surtout, son éternelle beauté.
Le rôle de la Géorgie a-t-il pris fin alors qu'elle a été réunie à la Russie? Non, puisqu'elle a donné des généraux qui sont des héros et des poètes qui sont des génies. De la sorte, elle a perpétué et perpétuera ses traditions, car son âme est faite de bravoure
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et de poésie. Son rôle, désormais, sera de briller d'un éclat incomparable, puisqu'elle est le plus beau joyau de la couronne impériale. Ce joyau semble fait de rubis qui réunissent en leur coloris la vivace richesse du sang et l'éclat rutilant du vin des enfants de Tlbérie. Sang généreux, qui a coulé et coulera toujours dans les veines de guerriers, protecteurs héroïques du sol natal, et de poètes, célébrant les gloires et les beautés de la patrie ! Vin de Géorgie, le plus antique au monde, inventé par Noé après qu'il fut sorli de son arche sur le mont Ararat, alors que le premier arc-en-ciel brilla au firmament de la Géorgie !
Depuis, sa terre féconde et privilégiée s'est couverte de vignes et a été peuplée par les plus beaux des enfants des hommes.
6014. — L -Imprimerie» icunieè, B, nu- Saint-Bcnuîl, 7. — Motteroz, directeur
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