‹ En Nouvelle-RussieChapitre 72 sur 107 · LIBRAIRIE NILSSON · texte numérisé non relu

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SOUVENIRS D'UNE MISSION'

La Russie peut être comparée à une grande mosaïque formée de peuples divers ; mosaïque dont le fond, dominant les détails, représenté l'élément slave. L'étude d'une agglomération si complexe, couvrant une si vaste superficie du globe, ne peut être opérée que partiellement, que par tranches. Différentes parties ont déjà fait, d'autres feront dans l'avenir, l'objet de mes voyages et le sujet de mes causeries gratifiées du nom trop pompeux de conférences. Aujourd'hui, je vous entretiendrai d'une section de la mosaïque, dont le dessin et les caractères sont des plus difficiles à saisir, dont les éléments sont des plus variés.

Lp Caucase, pris en particulier, est en abrégé, bien que plus compliqué, ce que la Russie elle-même est en grand.

Comme je l'ai dit maintes fois, il faut se hâter d'étudier ces races appelées à perdre leur originalité ou à disparaître, en face de l'œuvre d'extension, de pénétration, d'assimilation opérée par les Russes ; œuvre servie par des aptitudes, par un système politique, par un besoin de colonisation et surtout par cette force entraînante qui fait leur puissance et leur grandeur.

Ma première étape fut Ekatérinodar, son nom signifie < don de Catherine », comme celui d'Ekatérinograd veut dire c ville » et celui d'Ekatérinoslav € gloire de Catherine ». Toutes ces villes portent le nom de leur illustre fondatrice. Ekatérinodar, capitale de la province du Kouban, est donc une cité relativement récente, on pourrait dire une ville de Cosaks. Je ne vous y retiendrai pas, car nous nous occuperons plus spécialement des populations que les Russes désignent par le mot Inorodtzy9, nom difficile à tra-

1. Conférence faite à rassemblée générale de la Société de géographie commerciale le 18 avril 1899.

î. In= autre; rod =s race; t%y% suffixe.

duire, mais qui signifie en quelque sorte « races d'un autre sang ».

Les tribus caucasiennes sont nombreuses et diverses. L'empereur Nicolas ln avait une escorte formée de leurs représentants; elle était brillante par ses costumes aussi bien que par ses harnachements; elle devait suivre le cortège du tzar à son entrée solennelle à Varsovie ; mais la veille du jour fixé, la conduite des Caucasiens ayant laissé à désirer, on leur défendit de paraître. Mécontents, ils s'enfuirent et passèrent la frontière. Arrivés en Allemagne, on voulut les désarmer. Pour eux, la privation des armes équivaut à un déshonneur. Aussi ne se soumirent-ils pas; quoique peu nombreux (à peine une vingtaine), ils s'emparèrent d'une petite ville. Pour les déloger, il fallut se servir de la troupe contre laquelle ils se défendirent si vaillamment que les vaincre ne fut pas chose facile. La plupart d'entre eux furent tués et les autres envoyés comme prisonniers à Berlin. L'empereur, instruit de l'événement, ressentit une telle joie de savoir que ses gens avaient pris une ville allemande qu'il obtint leur grâce et les fit rapatrier.

Si nombreux au Caucase avant la conquête russe, lesTcherkesses ou Circassiens, obligés d'abandonner leurs montagnes pour la plaine, émigrèrent en masse. II en reste encore néanmoins au sud-est d'Ekatérïnodar, ce sont les Bjédouks, et j'ai voulu les visiter. A cet effet, je me servis d'une pérékladnaïa, voiture Sans ressorts, qui est au Caucase l'équivalent de la tarentas. Après avoir traversé la stanilza Pachkovskaîa, habitée par 9,000 Cosaks et 3,000 paysans russes, nous passâmes sur un bac le fleuve Kouban, et nous nous trouvâmes immédiatement sur le territoire des Bjédouks. Parvenu à l'aoul Lakchoukai, nous fûmes reçu par le prince Soultan-Salate-Guirey, descendant des khans de Crimée qui portaient aussi le nom de Guirey. Le prince, entoure de sa famille (femmes exceptées), nous souhaite la bienvenue devant la maison nommée en langue tcherkesse c khatichs », c'est-à-dire c pour les hôtes ». Les autres populations du Caucase la nomment c kounatzkaïa1 ».

Les Bjédouks se divisent en deux branches : les Tchitchinaievtzi et les Khanchi, séparés par la rivière Psékoupse. Nous sommes chez les Khanchi.

Jadis chrétiens, les Bjédouks sont devenus mabométans. La

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