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Du mot taunci, ami

rivière Biélaïa sépare leur territoire de celui des Chapsougues. Après un arrêt dans la maison des hôtes, garnie d'armes et de harnachements, le prince nous conduisit dans sa propre demeure. Il nous fit asseoir et se tint debout. Ce vieillard est encore vert malgré les ans; son maintien est plein de noblesse et de distinction, son visage empreint d'une belle expression. N'oubliez pas qu'il Tut un temps où ces Tcherkesses formaient la plus brillante des popu-

LE PRINCE SOULTAN-SALATE-CUIREY ENTOURÉ DE SA FAMILLE.

BJÉDOUKS, AOUL LAKCHOUKAÏ, PRES EKATBRINODAR.

(Photographie du baron de Baye.)

lations de la Caucasie du nord. Elle avait sa civilisation et donnait le ton et la mode aux autres tribus. N'est-ce pas eux qui ont fait adopter le vêtement désigné sous le nom de tcherkeske par les diverses populations réparties sur lès deux versants de la chaîne de montagnes? Les armes circassiennes étaient aussi très réputées. Il est temps d'étudier et de voir les rares Circassiens restés dans leur pays. Comme j'ai pu le constater, ils ont conservé leurs tradi-

tions chevaleresques. Le prince nous présenta son fils, son neveu, toute sa famille masculine et, par une faveur exceptionnelle, il fit apparaître un instant devant sa maison les princesses ordinairement invisibles. Elles se montrèrent dans leur beau costume, mais, comme au fond leur rôle est si secondaire, n'en parlons pas. Après de longs pourparlers entre le lieutenant Filatoff, l'interprète, et le prince, celui-ci, cédant à mes instances, consentit à s'asseoir. Tous les autres restèrent debout. Les marques de profond respect du fils et du neveu pour le chef de la famille étaient si nombreuses que j'en fus frappé. Il n'y a pas plus de cinquante ans, un fils n'osait pas regarder son père et, en sa présence, baissait les yeux jusqu'à terre. La naissance des enfants, me dit le prince, n'occupe pas les hommes. Un père ne voit pas son fils avant qu'il ait 20 ans. Il est élevé en dehors du milieu paternel, mais lorsqu'il atteint sa vingtième année, il est présenté à son père qui le reçoit entouré de toute sa maison et des nobles de sa famille. C'est l'occasion d'une grande fête.

De la haute dignité du père à la situation du fils, la distance est si grande, que le père ne doit jamais aller vers le fils, mais le fils vers le père, que le fils n'ose pas manger à la table de son père et encore moins s'asseoir en sa présence.

Pour me faire saisira quel degré le respect de la hiérarchie règne dans sa race, le vieux prince nous fit un récit émouvant, écoutons-le : Il y a deux cent cinquante ans, vivait dans cette région, un vieillard de la famille princière Bolotokoff nommé Tachiéousten. La guerre avec les Nogaïs venait d'éclater. À cause de son âge avancé, le prince ne pouvait plus porter les armes et devait rester à la maison. Ses grands fils partirent combattre. L'un d'eux se conduisit en brave, fut blessé, il eut les deux jambes brisées1. Ramené à son aoul, à son village, il dut rester au lit dans sa maison séparée de celle de son père. Les convenances interdisaient au père d'aller vers son fils.

Pourtant les vieillards du villagedisaientau prince père : < Pourquoi n'irais-tu pas voir ton fils, il est gravement blessé, il mourra, peut-être a-t-il quelque chose à te dire avant de quitter la vie? > Alors le vieux voulut bien se rendre dans la maison où gisait son fils. Dans cette maison, il n'y avait pas de plafond mais des poutres

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