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VILLAGE CÉLIXA, GOUVERNEMENT DE PENZA

(Photographie de la princesse Svialopolk-Mirsky.)

DE PENZA A MINOUSSINSK

m'en procurer une assez ancienne, où la toile disparaît presque

entièrement sous les broderies. Un ornement de reins, très joliment brodé et parsemé de jetons en cuivre, les uns à l'effigie de l'impératrice Anna, les autres à l'effigie de Louis XVI, accompagnait cette chemise. Les numismates pourraient enrichir leurs médailliers des dépouilles de costumes finnois.

Les Mordvines ont un instrument de musique nommé oufarn fait d'une peau de mouton; il ressemble vaguement à un biniou ou à une cornemuse. Le musicien souffle dans un os percé de trous, cet os doit être celui d'un aigle.

Le son sort d'une corne de bœuf.

Je vous dirai que les coiffures des femmes mordvines varient selon les régions. 11 en est de cylindriques comme celle que vous venez de voir, d'aulres sont ornées d'une ou de deux cornes.

Le gouvernement de Penza est un de ceux qui fournissent le plus de colons pour la Sibérie. Le nombre est difficile à préciser. Les uns font leur déclaration à l'administration et prennent un passeport.

On exige que chaque famille, composée en moyenne de cinq personnes, ait de 80 à 100 roubles et puisse en outre disposer de 13 à 15 roubles pour les frais du voyage. On connaît le nombre des colons répondant à ces conditions. Mais il en est d'autres qui partent furtivement, ils sont très nombreux et sans doute susceptibles

avdonU pavlovna pétaïkina,

jeune fille mordvike âgée de 16 ans.

village célixa.

gouvernement de penza.

(Photogr. de la princesse Sviatopolk-Mirsky.)

BERGER MORDVINE DOUANT DE L'INSTRUMENT DE MUSIQUE MORDVINE NOMMÉ Otlfam. GOUVERNEMENT DE PRNZA.

U DE PENZA A MINOUSSINSK

d'être punis. Mais, chaque année, l'empereur promulgue un ukase en faveur des colons se rendant secrètement en Sibérie.

Le paysan russe aime à posséder le plus possible de terre. Dans le gouvernement de Penza, il ne jouit que de 3 décitines, tandis qu'en Sibérie il en reçoit 15.

Du 1" janvier 1895 au 1er juillet 1897, 5,829 familles ont émigré du gouvernement de Penza avec autorisation.

Les Mordvines font d'excellents colons, ils exécutent avec une grande énergie des travaux fort pénibles. Lorsqu'on commande à un Russe une corvée trop dure, s'il la juge au-dessus de ses forces il répond : c Mais tu demandes de moi un travail de Mordvine. *

Le petit séjour que je fis à Ekaterinbourg dans la demeure hospitalière de M. Clerc, secrétaire général de la Société ouralienne des amis des sciences, me permit d'admirer le nouveau classement du musée de cette compagnie et d'étudier spécialement les antiquités récemment exhumées des tourbières du lac Ghighir. J'ai voulu retourner dans cette localité pour augmenter les collections rapportées l'an dernier1. Cette fois, j'ai été assez heureux pour y découvir une idole en bois, quelques objets archéologiques et y faire surtout une ample moisson d'ossements d'animaux qui permettront de déterminer la faune de ce gisement.

Près du lac Ghighir, à 8 verstes de Verkh-Neyvinsk, se dressent sept rochers nommés les Sept Frères. D'après la légende, lorsque Yermak, le conquérant de la Sibérie, se trouvait dans l'Oural, sept de ses frères voulurent lui barrer le passage; alors il leva la croix et les sept frères devinrent des rochers. D'après la même légende, la nuit on entend battre le cœur des sept frères.

Mais poursuivons notre route.

Par un heureux hasard, j'ai fait le voyage de Tchéliabinsk à Omsk sur le Transsibérien, avec M. Basile Ouchakoff, chargé de mission par l'empereur; mission très agréable à remplir, comme vous allez le voir. M. Ouchakoff se rendait à Disk, au pied de la chaîne des monts Altaï. Vingt-deux villages cosaks sont installés au sud de Barnaoul, dans le district de Bisk. Des terres exemptes d'impôt avaient été concédées gratuitement à ces Cosaks. Ils s'étaient taillé de belles parts et jouissaient d'environ 100 décitines par homme. Ils ont d'abord attiré des colons comme loca-

1. J*ai offert les séries que j'ai découvertes en 1895 et en 1896, dans les tourbières du lac Ghighir, au Muséum d'histoire naturelle.

DE PENZA K M1N0USSINSK

Lires, mais ces derniers, devenus de plus en plus nombreux, se ont refusés à payer. Pour ce motif, ont surgi entre Gosàks et colons

XOKbVINES, VILLAGE STANKI. — GOUVERNEMENT DE PENSA,

des contestations qu'une commission présidée par M. OuchakofT était chargée de trancher. D'après un ordre de l'empereur, les

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colons doivent demeurer dans leurs cantonnements et conserver les terres où ils se trouvent. De plus, bien que les Gosaks n'aient pas droit à une si grande étendue de terrain, l'empereur remplace ce que les colons leur ont enlevé par une égale quantité de terres appartenant à son cabinet. Vous savez que ces régious de l'Altaï sont la propriété du cabinet impérial. Voilà un fait intéressant et une manière d'arranger les choses à la satisfaction de tous. M. Ouchakoff est très au courant de l'intéressante question de la colonisation.

En 1897, 70,000 colons sont passés en Sibérie. L'année précédente leur nombre était de 180,000. Cette diminution a été voulue. En effet, les paysans avaient été prévenus que les terres vers lesquelles ils voulaient émigrer n'étaient pas encore préparées, c'està-dire que l'on n'avait pas encore étudié les régions pouvant convenir plutôt aux gens de telle ou telle provenance, de façon à diriger les émigrants vers des contrées ressemblant par le sol et le climat aux pays qu'ils allaient quitter. Ce travail préparatoire n'est pas assez avancé pour que la colonisation sur une grande échelle puisse s'opérer utilement. Le ministère de l'intérieur a instruit les paysans en répandant certaines publications de nature à les éclairer. Cette mesure s'imposait, car. la croyance s'était vulgarisée parmi eux que la Sibérie est un pays privilégié où l'on parvient aisément, où l'on vit sans difficultés, où coulent des fleuves de lait. D'autres croyances, non moins trompeuses, couraient les campagnes.

On m'a signalé, comme ayant précédé de quelques jours mon passage (12 août), des trains de colons comprenant cinq familles de Bulgares, des Petits-Russiens, des Mordvines et aussi des Finnois de la mer Baltique. 11 semble que, par un reflux, l'Asie reçoive, après des siècles, les descendants des populations qui jadis avaient débordé sur l'Europe.

En 1896, on a distribué plus d'un million de roubles aux colons, sans compter les dépenses supplémentaires consistant en repas donnés à certaines stations, en envois de médecins, de fonctionnaires chargés dans les grandes stations de veiller aux convois d'émigrés. Ces dépenses ont coûté un autre million.

M. Archipoilest un de ceux qui se soient le plus distingués dans la direction de la colonisation à laquelle il s'est voué depuis 1884. Il en connaît la statistique mieux que personne. Il résidait à Tiou-

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men, avant l'ouverture du Transsibérien, alors que les colons pénétraient par les fleuves; maintenant il s'est fixé à Tchéliabinsk.

Les nouveaux arrivants sont, autant que possible, échelonnés le long de la voie ferrée. Il faudra du temps et du monde pour meubler, si je puis m'exprimer ainsi, ces immenses terrains demeurés si longtemps déserts. On cherche à créer des villages composés de 40 à 900 hommes et pour les agglomérations qui ont atteint ce dernier chiffre, on ajoute 200 décitines de terres pour l'école, en outre, 100 décitines de terres pour le prêtre, le diacre, le bedeau ; enfin ceux qui servent à l'église reçoivent 300 roubles de la couronne. Je dois ajouter que les églises sontencore peu nombreuses. Entre Tchéliabinsk et Krasnoïarsk, on en construit 33. Un généreux donateur de la Russie d'Europe, de Pétersbourg je crois, a offert 500,000 roubles pour la construction de ces églises. En voici une à peine achevée, construite près la station Icilkoul. Avant de quitter cette station, je tiens à vous montrer un campement temporaire de Petits-Russiens dans la steppe.

Je pense vous intéresser également, en mettant sous vos yeux une habitation provisoire à côté de laquelle on a construit un four en terre glaise qui sert à faire cuire le pain nécessaire aux émigrants.

Je me souviens qu'à une station, je vis un grand et fort colon, sur sa poitrine découverte pendait, outre la croix, un petit sac d'étoffe. M. Ouchakoff, après avoir questionné cet homme, me répondit qu'il était né en chemise et que, selon une très ancienne pratique russe, il portait cette peau comme une amulette. On dit en Russie de quelqu'un qui est heureux, qui est favorisé par le destin : il est né en chemise1, comme on dit chez nous : il est né coiffé.

Ces colons, attirés vers la Sibérie par un entraînement, par un courant, par une poussée irrésistible, y parviennent avec une foi dans l'avenir qui tient du fatalisme et leur donne une force morale énorme jointe à l'assurance du succès de leur audacieuse entreprise.

Ces gens ont tout laissé : parents, amis, clocher, champs, isba, meubles, bestiaux, charrue, tout ce qui peut attacher au sol, ils ont tout quitté, ils emportent seulement, dans une sacoche, une

l.'Dans le proverbe nuée le mot chemise n'est pas traduit par roubaehka mais par jorotchto, qui est un terme beaucoup plus ancien.

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ignée de la terre natale. Précieux symbole! Tels sont les artisans cette œuvre colossale d'expansion et de peuplement, œuvre &nte, mission providentielle à laquelle la Russie moderne est ^destinée. Ces émigrés parvenus dans leurs nouveaux cantonne- *nts, là où ils doivent s'arrêter, jetteront quelques pincées de Lte terre pour la mêler à celle dont ils viennent de prendre posssion; simple et touchante cérémonie représentant la fusion de

SUR LE TRANSSIBÉRIEN

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