‹ En OrientChapitre 133 sur 161 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

de sa race. L’origine de cette puissante tribu, qui s’étend depuis la mer Rouge jusqu’à la Nubie, est encore douteuse : eux-mêmes se prétendent Arabes et descendants du prophète, tandis que leur teint presque noir, leurs dents proéminentes, leurs cheveux longs , crépus et tressés avec un soin tout particulier , accusent la race africaine. A demi nus ou couverts d’une simple toile blanche, armés du bouclier en peau d’hippopotame, de la lance et du grand sabre, ils offrent un type sauvage et plein d’énergie.

Au village on quitte les ânes pour monter sur les canges nubiennes : le passage est difficile pour une dahabieh; aussi, lorsqu’on ne s’avance pas jusqu’à la seconde cataracte, préfère-t-on laisser le bâtiment à Assouan et profiter des embarcations plus légères manœuvrées par les rameurs berbérins. Les cataractes sont formées par des récifs peu élevés mais fréquents ; éparpillés dans le lit du fleuve, ils ne laissent que d’étroits passages dans lesquels on est obligé de serpenter. Le Nil se resserre de plus en plus et ressemble à un lac dont on cherche en vain l’issue, fermée pour les yeux par des montagnes qui s’avancent jusque dans les flots. Ces promontoires sont des rochers entassés les uns sur les autres, qui hérissent les cimes, recouvrent les flancs et plus bas divisent le cours même du fleuve.

Tout à coup, au milieu de la nature tourmentée qui nous environne, apparaît à l’Est la gracieuse silhouette de Philæ : elle se présente alors à chaque courbe nouvelle avec quelques détails de plus, et ses colonnades, ses pylônes et ses palmiers offrent le contraste du calme parfait au milieu du chaos qui semble en défendre l’approche.

La force du courant oppose à la navigation des obstacles sérieux : deux fois les marins, se jetant à l’eau,

luttent contre l’impétuosité du fleuve, s’accrochent aux brisants, courent avec une surprenante dextérité sur ces roches escarpées et humides , nous liaient au-dessus des bas-fonds que nous sentons sous la barque, et nous aident à franchir les écueils les plus dangereux. Une dernière courbe nous amène à File et nous abordons à quelques pas du temple.

Pliilæ, jadis le sanctuaire d’Isis, n’a plus d’autre habitant qu’un vieux gardien: le village moderne qui envahissait le temple et ses abords a été détruit pour les dégager ; le terrain est raviné par des fouilles nombreuses. L’île est petite, et les sanctuaires, dépendants les uns des autres, en occupent presque la totalité. Pour avoir une idée exacte de ces ruines, il faut gravir l’élévation du Sud-Est. Le bras le plus large du fleuve coule à l’Ouest, entre Pliilæ et l’île de Biggeh, où se trouvent quelques débris d’une importance secondaire : derrière Biggeh se dresse le prolongement des cimes rocailleuses ; un bras plus étroit nous sépare de la rive Est, parsemée de quelques beaux palmiers. Au Sud, l’encaissément du fleuve continue, et ses bords resserrés forment la Nubie. C’est de ce côté qu’on parvenait au temple, l’île étant entourée d’un quai dont le débarcadère principal faisait face à cette contrée. Là commence une avenue annoncée par un obélisque et garnie des deux côtés d’une suite de colonnes; il en manque plusieurs dans la rangée, d’autres menacent de s’écrouler, et les chapiteaux variés qui les surmontent sont empruntés, pour le dessin, aux époques successives de Fart égyptien. Cette avenue triomphale, œuvre des Césars, conduit aux deux massifs du premier pylône, bien conservé et revêtu des sculptures habituelles du monarque immolant des captifs. Un petit arc de triomphe, du temps de Dioclétien, forme un angle avec le massif oriental. Un portique en-

Page 1