‹ En OrientChapitre 132 sur 161 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tête des momies et qui forme de 110s jours un siège nubien. La population entière nous accable ensuite de demandes de baghchichs , enfants nus , vieilles femmes, nubiennes nous poursuivent jusqu’à la dahabieh.

Une promenade faite au milieu des rochers qui resserrent le fleuve, rochers du plus beau granit syénite dont les éclats jonchent le sol, nous amène à une anse sablonneuse dans laquelle une caravane du Sennaar vient de décharger ses marchandises. Le rivage est couvert de sacs remplis de gomme et de dents d’éléphants attachées deux par deux : quelques négresses sont assises à l’écart, faisant partie de la cargaison, avec des singes attachés près d’elles. Hier nous avions rencontré une cange remplie de ces esclaves qu’on menait au Caire. Les conducteurs de la caravane sont des hommes superbes, aux traits d’une régularité parfaite, aux grands yeux noirs, au teint brun mat, à la démarche pleine de distinction.

Nous passons ensuite à l’île d’Eléphantine. Les temples ont été complètement démolis il y a vingt ans ; le nilomètre est en ruine, et quelques blocs de granit avec des cartouches royaux (celui d’Alexandre le Grand entre autres) témoignent seuls des anciennes splendeurs.

Ce qui l’emporte pour nous sur ces débris à peine reconnaissables, c’est la population nubienne qui a colonisé Eléphantine, et dont les sollicitations sont fort importunes il est vrai. Au premier rang des demandeurs se tiennent les jeunes filles dont l’unique vêtement est une ceinture formée de petites lanières de cuir attachées l’une près de l’autre ; c’est en général la toilette des demoiselles nubiennes. Les femmes possèdent le luxe d’une robe et façonnent, en écorce de palmier, des paniers aux dessins rouges et noirs. Elles tressent leurs cheveux en petites nattes graissées, qui tombent sur lç

front et autour de la tête comme autant de baguettes. Les enfants sont très-maigres et le singulier aspect de leur costume nous fait comprendre le voisinage de la barbarie complète.

Au retour nous trouvons les environs de la dahabieh convertis en un champ de foire, d’où l’on appelle à bord tantôt l’un, tantôt l’autre des marchands, où l’on est interpellé par tous et où l’on parvient, après force démêlés, à conclure quelques achats curieux qui garnissent notre petit salon.

Le soir, quatre aimées et quatre musiciens arrivent sur le rivage et, à la lueur des falots, exécutent leurs danses, dont la pensée assez grossière est loin d’être rachetée par l’exécution monotone et peu gracieuse. Les danseuses, pour surcroît de légèreté, avaient déposé leurs chaussures et leurs anneaux de cheville ; les pieds quittent cependant rarement la terre, la pantomime étant plus expressive qu’animée. Leurs robes étaient étroites et longues, et leur coiffure se composait d’un fez garni d’une plaque d’or qui lui donnait l’apparence d’un casque. Nos matelots ont joui beaucoup plus que nous de ce divertissement improvisé.

Le lendemain nous devions partir à quatre, heures et demie du matin, mais les ânes se font attendre jusqu’à six, et l’entêtement de nos montures nous donne souvent lieu de regretter nos coursiers de Syrie. Au soleil levant nous franchissons la nécropole, et la route s’engage alors dans une vallée sablonneuse, bordée de débris de granit enrichis parfois d’inscriptions hiéroglyphiques.

Il faut plus d’une heure pour traverser ce triste et aride désert. On atteint alors un village groupé à l’ombre de beaux sycomores , près du fleuve, resserré entre les rochers qui parsèment son lit. Nous nous y croisâmes avec un Ababdeh portant une forte empreinte

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