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DEUXIÈME PARTIE

des califes. Des hauteurs de la citadelle nous jetons un dernier coup d’œil sur le vaste panorama cpii nous semble plus admirable encore que la première fois. En effet, notre contemplation embrasse, sans trop s’égarer maintenant, l’ensemble des innombrables minarets; elle suit le cours du Nil, qui se perd à l’horizon pour la vue et non pour la pensée, et nous saluons à distance les Pyramides, dont l’ascension nous a permis d’apprécier l’immensité.

Redescendus dans la ville, nous retrouvons un souvenir à chaque tour de roue, et nous rendons au Caire ce témoignage que l’exaltation ressentie en parcourant ses rues pour la première fois, alors que tout semblait un mirage plutôt qu’une réalité, nous l’éprouvons toujours après les avoir vues et étudiées à loisir.

Le chemin de fer nous entraîne et nos veux cherchent encore longtemps les flèches de la mosquée de Méhemet-Ali. Puis apparaissent Kafrezayat, Damanhour, Alexandrie... Là nous retrouvons la Méditerranée houleuse et menaçante, et nous nous séparons pour la seconde fois de notre excellent Micaïl.

Je pourrais rappeler la traversée, souvent pénible et contrariée par la tempête; l’arrêt à Malte, fior cli mare , avec ses longues rues où le pittoresque espagnol s’est uni à la propreté anglaise, avec son vaste port, son musée riche en souvenirs des temps héroïques de l’ordre, son église de Saint-Jean au dallage de blasons; puis de nouveau la mer et le gros temps, une nuit de Noël, sombre, pluvieuse, tourmentée; sur les côtes de Sardaigne un navire en détresse, tirant coup de canon sur coup de canon et nous remplissant d’angoisse jusqu’au moment où, nous rapprochant des malheureux naufragés, nous les trouvons, il est vrai, dans l’impossibilité d’avancer, par suite de la rupture de l’hélice, mais

amarrés dans une baie tranquille, élégants, couverts de soie et de dentelles, comme s’ils avaient quitté Londres la veille et ne partaient pas pour l’Orient... Mais c’est à l’Orient que je veux m’arrêter, la vie positive ne nous ressaisira que trop vite en Europe.

L’Egypte était notre dernière étape : jusqu’ici elle est la seule où le mot d’avenir puisse être prononcé. Que deviendra Jérusalem? Que feront les chrétiens du Liban? A qui demeurera Constantinople? Voilà les incertitudes qui présagent à la Turquie, à la Syrie, à la Palestine, un avenir encore fécond en orages. L’Egypte y répond par des certitudes glorieuses. L’avenir pour elle, et l’avenir prochain, c’est le commerce et l’industrie venant affluer dans ses ports nouveaux, c’est le travail qui avance à pas de géant, malgré les sarcasmes des uns, l’incrédulité des autres, c’est l’union des deux mers effectuée d’une manière plus certaine, plus durable que sous Séthos ou Néchao.

Le premier mot de l’histoire de la civilisation humaine fut prononcé par l’Egypte. Inexécution du canal de Suez, sur cette terre deux fois prédestinée, est jusqu’ici le dernier mot des progrès de l’ère moderne.

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