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DEUXIÈME PARTIE

prince qui favorise, avec une véritable ardeur, le percement de l’isthme de Suez, qui protège les fouilles de M. Mariette et la fondation du musée du Caire, s’est acquis à juste titre les sympathies de l’Europe.

Deux changements radicaux ont été opérés par lui dans la constitution de l’Égypte. Jusqu’à son règne, le territoire tout entier appartenait au gouvernement, comme à l’époque des Pharaons (Exode, xlvii, 20). Le vice-roi a rendu à tous la liberté de posséder : il a partagé les terres en deux portions, l’une qu’il a remise aux sheiks, l’autre qu’il a distribuée aux habitants à la condition d’un impôt, égal pour tous, et réglé d’après l’étendue de la possession. Ces sheiks composent l’ancienne noblesse du village, dignité héréditaire qui tient à la fois du juge et du maire et relève directement du gouverneur royal.

La conscription était de même établie sur le pied de l’arbitraire le plus inique. Maintenant chaque village doitfournirun certain nombre d’hommes, choisisparle sheikparmi ceux qui ne possèdent rien et travaillent chez les autres pour vivre. Cette même classe fournit les corvéables, auxquels le sheik doit donner les provisions nécessaires, moyennant un impôt payé par les autres habitants. Ces corvées peuvent durer deux mois ; elles sont employées à des travaux de toute nature et non salariées.

Ce sont là de vrais progrès, il faut en convenir, mais le revers de la médaille est la grande versatilité du pacha. Les résolutions prises aujourd’hui peuvent être révoquées demain ; il s’est démis de ses terres, il pourrait les reprendre; il licencie ses troupes, il peut les rappeler. 11 vient de renvoyer presque toute sa garde, et l’on n’a pas oublié son irritation en apprenant le lendemain qu’elle était partie:

« Les ingrats m’ont abandonné , qu’on les rappelle,

qu’on les dépouille! » Et, l’ordre exécuté, ce fut sans un seul vêtement que les anciens soldats furent embarqués sur le Nil et reconduits chez eux. Administrés avec soin, les revenus de l’Egypte entretiendraient amplement la prospérité intérieure : mais le prince veut tout faire par lui-même et il est impossible qu’il suffise à tout. Ses fréquents déplacements ajoutent une difficulté de plus à la conclusion des affaires. Trop souvent on se demande en vain où est le vice-roi. On le cherche, on ne le trouve nulle part. Avant-hier il était au Caire, hier au Barrage, aujourd’hui à Alexandrie peut-être : on arrive, Saïd-Pacha est reparti pour un château plus éloigné. Il demeure rarement plus de trois jours au même endroit : ses serviteurs, ses ministres et les consuls étrangers se plaignent des retards et du désordre qui en résultent.

Au reste, ce n’est point uniquement à Saïd-Pacha qu’il faut s’en prendre si, malgré les réformes, le peuple ne paraît guère moins misérable qu’autrefois. L’arbitraire a été la règle constante de l’administration pendant une trop longue suite de siècles, pour que les agents subalternes y renoncent facilement, même quand le souverain donne des limites à son pouvoir. Les impôts ne sont pas toujours perçus avec équité ; la justice est expéditive dans ses procédés, et l’obstination du fellah, il faut en convenir, nécessite souvent l’emploi du bâton pour le payement des tributs ou l’exécution des corvées. Enfin beaucoup de traces de barbarie obscurcissent encore les premières lueurs de la civilisation (1).

Avant de nous éloigner du Caire, nous voulons en parcourir de nouveau les rues et revoir les tombeaux

(1) Ces lignes étaient sous presse quand la mort a frappé Saïd- Pacha. Son neveu, Ismaïl, parait décidé à favoriser le progrès : il va même jusqu’à s’engager à fixer d’avance sa liste civile et à supprimer les corvées. (Janvier 1863;)

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