A MA MÈRE
Damas, 8 novembre 1858.
A vous, ma mère, ces lignes parties de la ville la plus lointaine que mes pas aient foulée, que le musulman vénère comme une de ses cités saintes et dont un des mérites, non le moindre à vos yeux, je suppose, est d’offrir un asile à l’émir Abd-el- Kader. Gomment et pourquoi y suis-je venu, c’est toute une histoire dont voici le mot. Partout sur ma route, lorsque j’ai demandé à voir de beaux palais, on m’a répondu Damas; de beaux jardins, Damas; de belles armes, Damas; de beaux bazars, Damas. Yous m’avouerez qu’il y avait dans cet écho de quoi lasser la patience la plus éprouvée. Enfin m’y voici et j’y ai gagné de changer en réalités toutes mes espérances, de connaître les charmes de la vie nomade et surtout d’avoir vu votre ami.
Hier soir je me réjouissais de trouver après ma longue route l’hôtel le plus remarquable, je crois, qu’il y ait dans ce monde. Le propriétaire, un Grec, a loué une des plus belles résidences damasquines, celle qu’habitait Ibrahim- Pacha lors de son séjour ici il y a vingt ans ; cour de marbre et de fleurs où l’on peut jouir des délices d’une contemplation rêveuse, délices auxquelles on est doublement sensible sous ce ciel brûlant et après une cavalcade de trente-cinq lieues. Ce matin j’ai fait demander