‹ En pays de GascogneChapitre 6 sur 20 · HENRI 1\', JEUNE · texte numérisé non relu

HENRI 1\', JEUNE

nililidlliniuc Nationale, Di'partemeiil dos Estampes

tcichc si ingrate avec une inaltérable bonne humein\ une loyauté sans ombres et une bravoure sans rivales, déliant toutes les déconvenues, toutes les pertides intrigues nouées par la reine Catherine et tous les dangers qu'il n'a jamais daigné compter. Personne ne légale non plus en fermeté, en clairvoyance et en dignité. D'un mot et d'un sourire, il rappelle à celui qui paraît r<:)ublier ou ne vouloir s'en souvenir, ce qu'ils sont tous les deux. Aussi réussit-il là où tout autre eût échoué. Malgré la violence des passions de la guerre civile et au-dessus d'elles, le roi de Navarre jouit d'un rare privilège pour un chef de parti : aimé passionnément par les uns. il n'esi antipathique à aucun. On serait tenté de dire que déjà il était affectionné de tous. Ses séductions personnelles rayonnaient vraiment. 11 s'imposait comme le salut rationnel, la lin logique du chaos épouvantable où se mourait la FYance. Certes, ce sentiment ne pouvait être qu'inconscient, et en tout cas bien mal détini; le moment venu, sa réalisation se heurtera à de bien grosses difficultés et même à une opposition violente: il semble, toutefois, que son existence est démontrée par ce fait que difficultés et oppositions seraient demeurées insurmontables pour tout autre que ce prince, seul représentant de notre antique principe monarchique et dont la personnalité excitait autant de dévoûments exaltés et si peu de haines ! Ses compagnons de lutte l'appelaient le R(n des Ivji'cs et étaient fiers de lui; ses adversaires subissaient son charme et en convenaient. Dans les circonstances où elle se produisit, la conversion au catholicisme du roi Henri ne pouvait avoir de résultats heureux qu'avec lui. De tout autre, elle eût exaspéré amis et ennemis de la veille.

Les fanatiques les plus revêches parmi les protestants boudèrent bien, mais, en voj-ant les plus sages d'entre eux, dont la foi calviniste ne se pouvait discuter, comprendre ou se résigner tout au moins, ils lirent crédit de temps au roi de France D'autre part, les rancunes des vieux Ligueurs ne pouvaient continuer un appel raisonnable aux passions pour barrer la route à l'hérétique.

Mis en parallèle avec les derniers \'alois. Menri de Navarre obtient pour ses travers, une indulgence générale. On excusait même ses débordements, qu'il ne prenait pas la peine de cacher, mais où son impétuosité native mettait toujours une

KN PAYS 1)K (ÎASCOGNE 39

p:râcc réelle et fut préservée en tout eas par sa délieatesse de eette apparenee de eynisnie qui déi^rade si souvent les faiblesses des prinees.

La postérité a ratifié feni^ouenient de ses contemporains, et n'a voulu surtout retenir que cette vaillance audacieuse et héroïque, cette bonne humeur qui donnent une si particulière ori<;-inalité à sa physionomie et qui le rendent si populaire. Dans sa bonté, devenue proverbiale, le roi Henri se plaisait dans la fréquentation des humbles; son tact exquis et

sa majesté souveraine hrent que sa dignité n'eut jamais à souffrir de ces familiarités. En un mot, ce premier roi 1 Bourbon fut unique, surtout par lui-même, par les circonstances qui l'entourèrent ensuite, et enfin par les grandes choses et les solides institutions que son génie sut asseoir d'une façon stable au dessus du lamentable désordre où il dut se débattre jusqu'à son avènement à la couronne de France.

Un classement d'archives familiales nous a procuré la bonne fortune de mettre au jour une lettre missive du Roi de Navarre, adressée au sieur de Hricquemault. Sans rechercher la raison de la présence de cette lettre dans ces archives, nous constatons d'abord qu'elle n'offre, au point de vue historique, qu'un intérêt bien secondaire et qu'elle ne semble même se rattacher à aucun incident de haute portée. Le prince protite, comme il l'écrit, d'une occasion pour exprimer au destinataire combien sa u bonne volonté et son alïectyon par-

IlENRI IV

;P>ilili(itlir(ine Natioiialo, Di'pai'tciiiPiit des Estampes.

ticiilyèrc en son cndroyt » ont trouvé de Técho dans son cœur et 1 assurer qu'il ne manquera jamais de « s'employer pour lui )). \'oici, au surplus, la reproduction de cette lettre :

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^^^y'Ve' ly^eTiy /t fjer T-yû}^yte' mim^

KN PAYS nr: cascocxe 1 1

Avant de parler de la lettre, il paraît intéressant de dire quelques mots du destinataire, le sicui' de P)ricquemault. Il était le lils de l'^raneois de P)eauvais, sieur de Hriequeniault. l'un des premiers et des plus ardents partisans de la Kéformeen l-'ranee. (]elui-ei, né vers j^02, servit brillamment sous l-'raneois h'" et Henri ii. Mn iv4'^. il tenait garnison à Châtillon en Pieardie, comme capitaine de igo hommes de vieilles bandes françaises et gasconnes. Fort attaché au prince de Condé et huguenot fanatique, il décida Coligny à prendre les armes en 1^62 et se rendit en Angleterre, d'où, après avoir signé avec les ministres anglais le traité de ilamptoncourt, il put apportera lAmiral les subsides d'Elisabeth. A la troisième guerre de religion, il courut à la rencontre de Jeanne d'Albret, obligée à fuir ses l'^tats. et l'escorta jusqu'à la l<(^chelle (1^67). Réfugié à l'hôtel de l'Ambassadeur d'Angleterre, lors de la Saint-Barthélémy, il en ain^ait été arraché (i). Puis, traduit devant le Parlement comme complice de Coligny, il se vit condamné à mort, le 27 octobre l^-2. L'arrêt confisquait ses biens et le dégradait de la noblesse ainsi que ses enfants. Aussi fut-il pendu et non décapité, avec Arnaud de Cavaignes. La cour força le Béarnais d'assister avec elle au supplice de ses amis. Trois ans plus tard, Henri III fit réhabiliter la mémoire des condamnés. Renée de Jaucourt. femme du sieur de Bricquemault, lui avait donné trois fils : Jean, François et Gaspard.

L'aîné est celui auquel le roi de Navarre écrivait et rappelait ses sentiments de bienveillance et d'amitié. Trop de liens, trop de souvenirs unissaient Jean de Bricquemault au prince pour que ces sentiments ne dussent pas sortir de la banalité. Les détails du spectacle affreux imposé au F<oi par son beau-frère Charles IX, le dévouement de la victime et de son fils à la cause dont Henri était le chef principal, donnaient à Jean de Beauvais un rang à part parmi les premiers de ses amis. Après s'être distingué à l'affaire de la Roche-Abeille et au siège de Poitiers, Bricquemault avait suivi Coligny dans sa marche à travers les provinces méridionales d abord, puis à Paris. Au moment de la

(i) Haac : France protestante. La Biographie générale de Michaud, moins sujette à caution que Ilaag, dit que Bricquemault lut arrêté deux mois après la Saint-Barthélémy; 11 était alors âgé de 70 ans (art. de Vijlenave}.

Saint-Barthélémy, son hôte le sauva, il put s'enfuir jusqu'à Genève, où on le reçut habitant, le 22 septembre 1^72. Quatre ans plus tard, le roi de Navarre le nommait maréehal de camp et l'attachait à sa maison avec le titre de chambellan. En 1^77, on le trouve à la défense de Marmande contre Mayenne. Plus tard, il manoeuvre comme lieutenant du célèbre connétable de Lesdiguières, qu'il suit dans toutes ses expéditions et périt dans celle de Provence en ngo.

Il eut deux lils, Jacques et Marc, de son mariage avec Françoise de Laughac de Lespinasse.

En revenant à la lettre, une question se pose : Était-elle du prince, entièrement ou partiellement.- Ne provenait-elle pas plutr)t du scc]-c/jirc ic Li in.iin ? 11 n'est que superllu d'msister sur la valeur plus ou moins grande que prendra le document, si le manuscrit est démontré original, c'est-à-dire de la main du prince, ou s'il n'est qu'un simple reOet de sa parole, de sa pensée ou de son écritinx'.

Il est préférable d'étudier le rôle du sccrcLiirc de la nuin. du jeu de ses fonctions et d'en déduire, s'il est possible, quel fut lauteur matériel de notre relique.

Les secrétaires de la main datent très vraisemblablement du règne de Louis XI. 11 ne semble pas qu'ils aient été créés, tout d'une pièce, par la volonté royale: il paraît, au contraire, plus raisonnable de croire que. peu à peu, les rois de France prirent l'habitude d autoriser tel ou tel secrétaire, en possession de leur entière conhance, à contrefaire leur signature, dans des cas déterminés.

La signature du Roi figurait dans les diplômes mérovingiens, carolingiens et capétiens, principalement sous la forme d'un monogramme. Cet usage disparut avec les diplômes euxmêmes: on n'en constate la réapparition qu'au xiv^^ siècle, dans les lettres patentes. D'abord exceptionnel, cet usage devient régulier à partir du xvi" siècle.

De nombreuses lettres, émanées de la chancellerie de Charles W. sont munies de la signature royale: Philippe de Mézières. dans le Songe du \'ieil Pèlerin, reprochait au monarque de prodiguer la sienne. Louis XI signait encore plus fréquemment

que les rois ses prcclcccssciirs. A partir de son ix^^-ne, les si<;natures royales ne sont plus, cependant, toutes auto^^raphcs; beaucoup ont été tracées par la main de secrétaires autorisés à cr)ntrefaire la sii^nature du Koi et appelés, pour cette raison, sccrciaircs Je la main.

I.'auteiu' de Texcellent Manuel de Diploiuaiiqiie. M. Gir}-, aueiuel nous empriuitons ces rensei^-nenients. cite le témoi- <i-na^-e d'un secrétaire de Louis XI qui aHii-me que quelquefois le Koi autorisait son secrétaire 'l^illant, à si^^-ner à sa place ( i ).

M. Gir}' publie une lettre de Louis XL qui nous révèle comment, à cette époque, fonctionnait ce service :

(( Mons. du Boschaize, je vous envoie le double d'une lettre (( de créance que j'envoye à Mons. de Lombes pour aler devers (( la royne de Castelle. Escripvez la lettre de ma main, ainsi (( que vous avez accoutumé de faire, affin de l'envoyer inconti- (( nent. Lt à Dieu. L^script au Plessiez du I^arc, le XX'^ jour de « Juillet, Loys. Et plus bas, Courtin. »

Le précieux Recueil des Le lires niissiiws de lien) y /T. de M. Barbier de Xivrey, nous apprend, dans les annotations du corps de l'ouvrage ou dans son intéressante préface, que le secrétaire de la main du roi de Navarre était Jacques de Lallier, sieur du Pin, (2) qu'un document du Cabinet des Titres qualilie ainsi ; « Conseiller au Conseil privé du roi de Navarre, son secrétaire d'Etat, intendant et secrétaire général de ses linances. » Une note placée dans le volume des archives des atïaires étrangères, coté Correspondance polilique, Ms., F'rance,

(i) (Manuel de ''Diplomatique, pp. 770-771 et 781.

(2) Jacques de Lallier, sieur du Pin. fils de Jacques de Lallier, sieur du Pin. et de Catherine de Peirelade, se maria, le 8 mars i 572. avec demoiselle Suzanne d'IIautcville, dame de Boivis. Pa cousine, IsaHeau d'Ilautevillc, dame de Loré. fut d'abord la maîtresse du cardinal de Chàtillon, Odet de Coligni, qui l'épousa « après avoir renoncé à sa religion, à ses bénéfices, à révcché de Beauvais et au cardinalat ». Le sieur du Pin mourut avant le mois de décembre 1592 et ses charg-es en Navarre furent données à F^aymond de \'içose. baron de Casenove (Bibl. Nat., Cabinet des Titres Français, ^ 1 084. dossier 5 2 3 4). —Jacques de Lallier Du Pin. sieur de Mont, après l'avènement du Roi cà la couronne de France, ne remplit les fonctions de sccrclairc de la main qu'en Navarre, ainsi que nous le verrons plus loin.

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n" XIX. dit. en parlant des lettres du roi de Navarre, qu'il contient : (( celles des lettres de Henri, qui ne sont pas de sa main, (( ont été écrites par son secrétaire du Pin. qui avait le privilège (( de la correspondance en ccriliivc iiuitce et qui était, sous « Henri \\\ ce que fut plus tard s<;us Louis Xl\' le fameux préce sident Rose ». Du Pin imitait l'écriture de Henri avec une telle perfection, qu'il y aurait une extrême témérité à prétendre distinguer toujours ce qui est réellement l'autographe du Roi de ce qui est l'imitation par le secrétaire de la main.

(( Beaucoup d'autographes, dit B. de Xivre}-, sont certainement du secrétaire de la main, dont le talent consistait précisément à ne permettre guère de distinguer les traits de la main rovale de la sienne. L'honneur d'une lettre autographe, que le prince pouvait avoir souvent de l'intérêt a accorder dans les moments où il avait le moins de loisir. — dans un de ceirx où. comme le roi de Navarre l'écrivait à M. de Ségur. il n'avait pas le temps de se moucher. — rendait ce secrétaire indispensable pour ces circonstances et pour d'autres uù les usages d'étiquette exigeaient que la lettre fût autographe. Cette phrase : « Excusés si je ne vous escris de ma main ». suppose donc, outre le manque de loisir ou l'état d'indisposition allégués, l'absence du secrétaire de la main ou la surcharge même d'écriture qui accablait quelquefois celui-ci » ( I ).

Du Pin remplissait, d'une manière exceptionnelle, les conditions indispensables à sa charge de secrétaire de la main : lidélité dévouée, discrétion absolue, assimilation merveilleuse de son style, de ses pensées et de son écriture avec ce qu'on connaissait du prince. Le titre de conseiller du Roi sortait, pour lui. de la banalité ordinaire. Son iniluence sur son maître, la similitude de leiu^ manière de voir sm^ les principales questions, tirent que souvent le Roi préféra se priver des services d'un secrétaire aussi exceptionnellement doué pour lui contier les missions les plus délicates et les plus importantes. Que de fois, en l'accréditant auprès de divers personnages, ne vanta-t-il pas sa discrétion absolue, son dévouement sans limite, son intelligence et son jugement tout à fait supérieurs, et ne réclama-t-il pas pour lui la même confiance que son maître pouvait mériter. La reine

(i) H. de XivREv, t. 1. prclace. pp. xx-xxi,

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Marguerite reconnaît avec ainL-rlumc cette inllLience extrCMue et se heurte, dès qu'elle an-ivc a Nci'ac, contre l'hoslilitc j^i'cvcnue et insolente du secrétaire Du Pin. l-^lle fait une nai-ration si vivante des rapports difliciles L]u"elle eut avec le seci-étaii-e de son mari que nos lecteurs liront avec intérêt ce curieux passage de ses Méinoires :

« A l'heure que l'on voulait dire la messe, l'on levoit le

pont du chasteau, de peur que les eatholiques du pais, qui n'avoicnt nul exereiee de relii^ion. rouissent: ear ils estoient inlinlment désireux de pouvoir assister au saint saerilice. de quoy ils estoient depuis plusieurs années privés ; et poussés de ce saint et juste désir, les habitans de Pau trouvèrent moyen le jour de la Pentecoste. avant qu'on levast le pont, d'entrer dans le ehastcau, se glissant dans la chapelle, oili ils n'avoient point été descouverts, jusques sur la lin de la messe, qu'entrouvrant la porte, pour laisser entrer quelqu'un de mes gens, quelque huguenot, espiant à la porte, les apperccust et lalla dire au Pin, secrétaire du Roy mon mary. lequel possédoit inlininient son maistre et avoit grande auctorité en sa maison, maniant toutes les affaires de ceux de la religion; lequel y envoya des gardes du Roy mon mary, qui. tirant dehors et les battant en ma présence, les menèrent en prison, où ils furent longtemps et payèrent une grosse amende. Cette indignité lut ressentie inliniment de moy. qui n'attendois rien de semblable. Je m'en alloy me plaindre au Roy mon mary, le suppliant faire relascher ces pauvres catholiques, qui n'avoient point mérité un tel chastiment, pour avoir voulu, après avoir esté si longtemps privés de l'exercice de notre religion, se prévaloir de ma venue pour rechercher le jour d'une si bonne feste d'ouyr ma messe. Le Pin se met en tiers, sans y estre appelle, et, sans porter ce respect à son maistre de le laisser respondre, prend la parole et me dit : que je ne rompisse point la teste au Roy mon mary de cela, et c]ue, quoy que j'en peusse dire, il n'en seroit laict aultre chose; qu'ils avoient mérité ce qu'on leur faisoit, et que, pour mes parolles, il n'en seroit ny plus ny molngs; que je me contentasse que l'on me permettoit de faire dire une messe pour moy et pour ceux de mes gens que j'y voudrois mener, (^es paroles m'offensèrent beaucoup d'un homme de telle qualité, et suppliai le Roy mon mary, si j'estois si heureuse d'avoir quelque part en sa bonne grâce, de me iaire congnoistre qu'il ressentoit l'indignité qu'il me voyoit recepvoir par ce petit homme, et qu'il m'en list raison. Le Roy, mon mary,

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voyant que je m'en passionnois justement, le fist sortir et oster de devant mov. me disant qu il estoit lort marrv de 1 indisci'étion de du l'in, et que e'estoit le zèle de sa reliyion qui lavoit transporté à eela : mais qu'd m'en leroit telle raison que je voudrois; que pour ces prisonniers catholiques, qu'il adviserait avec ses conseillers du parlement de Pau ce qui se pourrolt faire pour me contenter. M'ayant ainsi parlé, il alla après en son cabinet, oi^i il trouva Le l'in. après avoir parlé à Luy. le changea tout: de sorte que, craignant que je le requisse de luv donner congé, il me fuit et me fait la mine (i) ».

Les Recueils des Correspondances du roi Henri de Navarre et de la reine Catherine de Médicis donnent de précieuses indications sur les diverses missions du secrétaire Du Pin dans le midi. — de janvier \^-2 à décembre 1^92. épi3que de sa mort.

Ces missions, nombreuses et délicates, expliquent dans une certaine mesure pourquoi Jacques de Lallier Du Pin ne ligure pas sur la liste des sccrc/jircs ic /j nuiji de France. Son fanatisme huguenot a pu être constaté, amsi que son habileté. Xe voulut-il pas suivre le prince dans sa dernière campagne.- Le trouva-t-on trop utile en Navarre .- Trop sectaire pour figurer à la Cour .- Bref, il resta, jusqu'à sa niort, en Navarre.

11 quittait son maître fréquemment et pour des périodes assez longues. Diverses raisons font penser qu'il n'était pas remplacé comme secret aire de la main. Maintenant que conclure de ces remarques au sujet de l'origine de notre autographe, auquel il manque la date et dont aucune indication de temps ne permet de baser une h3"pothèse un peu précise. La lettre appartient très probablement à l'époque du retour de M. de Bricquemault de Genève. Nous avons vu les très logiques observations de M. Barbier de Xivrey sur la part prise personnellement par le prince à ces rapports épistolaires. la question de la main étant mise de côté. Nous croyons que la situation particulière de M. de Bricquemault. tils de la victime de iqyj. a imposé au cœur généreux du Béarnais une démonstration absolument personnelle de son affection et qu'elle est bien une émanation

(i) Mémoires de Marouerile de 'IKilois. Edition ("ruessaro. pp. 1^9loi.

KN PAYS I)|; C.ASCOr.Xl'

spontanée. iVayant crautrc portée qu'un tL-nioi^-nai^-e voulu de profonde sympathie, l/omission rnénic de la date serait bien incompréhensible dans ime auti'e hypothèse et aurait été sans excuse de la part dun seerétanx\ ehar-é d'une ])ai-tieuliei-e communication.

Cliclii' Paul Privât (1

Plus de vingt ans ont passé sur sa tombe, et, malgré les sournoises atteintes du temps, on partage encore volontiers la même admiration que les amis de Frédéric Soutras exprimaient, au lendemain de sa mort, sur l'homme et sur l'œuvre. Car s'il y

(i) Reproduction d'un dessin de M. Lacoste, ancien professeur au collège de Bagnères-de-Bigorre (H.-Pyr.),

eut de plus grands poètes français, à son époque, s'il y eut des penseurs plus avertis, — plus avertis parce qu'ils étaient plus sceptiques, — on chercherait longtemps une tigure plus digne, une existence plus stoïque et u^e (jeuvre plus sincère, où l'auteur exprimât ses rêves et ses idées avec le seul et noble souci qu'ils pussent refléter exactement son âme. Et sa vie fut la matière de son œuvre.

Frédéric Soutras naquit le 19 mars iSi^;, à Bagnères-de- Bigorre, où sa famille, originaire de la Saintonge, s'était fixée depuis plus dun siècle. Bien que les Romains eussent apprécié déjà les vertus des eaux de cette ville, que des personnes illustres y eussent de tout temps fréquenté, elle n'avait pas encore reçu toutes les transformations qui devaient s'accomplir, au cours du xi\^ siècle, sous les yeux de Soutras même, et en faire la plus coquette des stations thermales.

Soutras grandit au milieu de la plus admirable nature, qui devait tout naturellement faire vibrer une âme de poète. Son éducation se lit à cette époque troublée de la Restauration, où les idées libérales combattaient l'esprit absolutiste et ultramontain; il en devait rester plus d'une trace dans son esprit.

(( Beaux jours, grands jours! — s'écrie-t-il en parlant de la (( Révolution de 1830. — Enfant, que le collège retenait encore, (( j'en reçus avec transport le reflet sur le front et je sentis que (( ce baptême de ma jeunesse me liait pour toute ma vie, quel (( que put être le refiux des idées ou des événements, à cette (( noble cause de la liberté, de l'intelligence et de la justice (i). »

Ses études terminées, il entra, comme professeur, au collège de la ville, dont il avait été l'élève. L'avenir dut lui sourire alors. Tandis qu'il s'initiait aux beautés de l'antiquité qui lui laissa une forte empreinte, — à la littérature nationale, où il cherchait à la fois des modèles et une philosophie, — tandis qu'il demandait à l'histoire une base solide à ses convictions politiques et suivait d'un (jcil attentif les événements qui tenaient en éveil le monde civilisé, sa sensibilité s'exaltait, d'autre part, au contact perpétuel des grandioses Pyrénées. Il les parcourait, « le sac sur (( les reins », seul ou entouré de joyeux compagnons, escaladant tour à tour les cimes sauvages, ou suivant les populeuses

( I ) /ic/ios de la mojilaoriw. p. vu,

KN I>AYS DE GASCOGNF-: ^ :^

vallées, tantôt frémissant dcnthoiisiasmc on s attL-ndris^ant devant telle idylle. Mais le penseur pereait vite sous le poète. Ou. plutôt, son eceur inelinait naturellement vers ses eompatriotes, eondamnés à la vie la plus rude. Leiu^ histoire, leurs mceurs, leurs légendes, leur industrie l'intéressaient, et après avoir questionné (( la jeune iille aux bords des eaux, le vieillard « sur les ehemins, le pâtre sur les eols )). il eherehait dans les arehives des renseignements certains, sur eux, leurs ancêtres et leur pays.

C'est alors (i''^4<»), qu'il commença d'écrire, pnin^ lui seul et au jour le jour, les poésies qu'il ne communiquait qu'a de rares intimes, à •ceux-là mêmes qui le pressèrent plus tard de les réunir en volume.

Des soucis plus pressants le réclamèrent bientôt. La ['^évolution de février le remplit d'espérance. Il était républicain, a peu près à la manière de Michelet. avec lequel il a plus dune atlinité, — plus par le c(L^ur que par le raisonnement. Le triomphe imprévu des idées qui lui étaient chères lui parut véritablement l'aurore d'une ère nouvelle : (( La Révolution du 24 février, (( écrira-t-il non sans quelque emphase..., — puissante, géné- (( reuse, universelle, nous allions presque dire divine, — convie (( tous ses enfants au banquet de la paix et de la fraternité » ( i ). Il fut nommé président de la Commission municipale et fonda une feuille éphémère : (( La Sentinelle du peuple », où il se tit le théoricien convaincu de la jeune République. Il s'efforçait, d'ailleurs, avec la plus grande sagesse, de discipliner son parti, de rallier le clergé à sa cause et déplorait les faiblesses et l'incohérence de l'Assemblée nationale.

Le 2 décembre l'atterra. II était si confiant dans la vertu de ses idées! Il avait si sincèrement souffert de la tyrannie, comme Jouffroy, qui, passant la frontière, vers 1820, en parcourant le Jura, se sentait délivré d'un poids accablant. Soutras ne pensa pas un instant que le coup de force de Louis-Napoléon dérivât directement des Révolutions de 1830 et de 1848 et de l'incapacité des hommes de 48. Mais il tenait pour inviolable le dogme de la liberté. Proscrit, réduit à chercher un asile dans une maison amie, il voulut du moins chanter son malheur. Le ^ décembre,

(i) Sentinelle du peuple^ 6 avril 1848.

au matin, ses amis purent lire les (( Slances à Robert Bloiini ». composées clans la nuit :

Et nous, et nous, sacrés par la \ictoire. Qui du progrès plantâmes les jalons.

Dans une nuit que jugera Thistoire.

De cinquante ans. Irère. nous reculons ! Pour la loi sainte et qu'on raille et qu'on tue, Grand comme toi. Ikuidin tombe martyr; l.a liberté nest plus quune statue...

\'a. tu fis bien, Kobert Bloum. de mourir ( i ).

11 ne fut pas de ceux que le nouveau i^-ouvernement crut pouvoir négliger : Soutras. républicain notoire, fut révoqué. 11 sentit un affreux déchirement a descendre de la chaire, du haut de laquelle il s'était efforcé de communiquer à son jeune auditoire sa foi et ses espérances. Mais cet enseignement si substantiel. dép;)urvu désormais de la sanction ofticielle. devait survivre a cette mesure brutale. Soutras accepta de professer la littérature à rétablissement libre, qu'ouvrit à Hagnères. quelques années plus tard, son ami Garière.

(( Ce n'était pas, — dit le D"" Dejeanne. — un discoureur habile (( et élégant, à l'élocution toujours facile. La voix était assourdie (( et fatiguée, mais le professeur, à l'aspect socratique, était (( clair, chaleureux, et savait communiquer à son jeune audi- (( toire le goût ardent qu'il avait lui-même pour les écrivains (( de notre vieille P^rance... Il faisait partager son admiration (( pour nos grands génies, son amour pour le pays qui les a vu (( naître )) (2).

Chassé de la politique militante, il se réfugia dans la littérature et dans le culte de ses chères Pyrénées. Il consacra clés lors le meilleur de son temps et de son talent a les chanter, a retracer leur histoire et à leur attirer de nouveaux admirateurs: nul événement de la vie locale ne le laissait indifférent, f.'ceuvre si laborieuse de l'hôtellerie du Pic du Alidi lavait immédiatement conquis. 11 fut des premiers actionnaires, il fut secrétaire du premier (Comité ; et à l'occasion de l'inauguration de la première

( I ) Echos, p. :; .

(2) Bulletin de la Sociclà l{a})70)id, 1884, Nécrologie, par le D' Dejeanne.

hôtellerie, il écrivait à son cousin le docteur Daudii-ac. la lettre suivante :

^^^i^ . Je /^ /r*e^ Ju^y ^/^^ ^r r^

Le jour de Tinauguration, l'assistance enthousiaste jeta sa cantate aux échos :

Où Taigle avait bâti son aire L/homme vient bâtir sa maison...

En i8s6, à la requête de ses amis, Soutras fit violence à sa modestie, et réunit en un volume, les (( PyrcnéciDics », les pièces composées depuis 1^40. En iSs^, d'accord avec son éditeur, Dossun, il édilia un véritable monument a la gloire de ses montagnes, sous la forme d'un volume in-folio, enrichi de planches nombreuses et d'une exécution typographique irréprochable. Dans ces (( Pyrénées illustrées », Soutras racontait, avec humour, ses pérégrinations à travers la région ; ses descriptions, légères, couraient capricieusement sur la trame solide de l'histoire ethnographique pyrénéenne, qu'il possédait parfaitement. Le prix même de cet ouvrage le rendait difficilement accessible.

Il fut résumé dans le (( Guide aux établissements thermaux des Hautes et Basses-Pyrénées, et de ta Haute-Garonne )). qui est le modèle des livrets destinés aux baigneurs et dont le succès fut, en effet très vif.

Il fut naturellement des premiers parmi ceux qui se réunirent, en i86s, pour fonder la a Société Ramoncl », (( destinée à encourager l'exploration des Pyrénées, au triple point de vue de l'exploration proprement dite, de la science et de l'histoire ». Dans le premier tiers du siècle, les sociétés savantes s'étaient multipliées sur tous les points du territoire. Pau avait, depuis 1841, sa (( Société des sciences, lettres et arts »: Tarbes. depuis ]8:;3. sa (( Société académique »: Bagnères fut le berceau de la « Société Ramoncl )>. qui, plus heureuse que beaucoup de ses émules, poursuit toujours, après un demi-siècle écoulé, sa carrière florissante. Soutras collabora assidûment au Bulletin et, par une heureuse exception, ses vers y tempérèrent parfois l'austérité habituelle des matières.

S'il avait dû s'incliner sous la main brutale du (( César triomphant », il n'avait abdiqué aucune de ses idées. Tout acte de la politique impériale était sévèrement censuré, comme entaché de la faute originelle du 2 décembre. Et. comme jadis il s'était attendri devant chaque aspect nouveau de ses montagnes, sa muse irritée llétrit, désormais, chaque atteinte à la liberté. Ce furent autant de strophes frémissantes que l'on se passait de main en main, sous le manteau, et qui s'entassèrent, au jour le jour, jusqu'à former la matière d'un nouveau recueil, les (( Kclios de la montagne »; ce recueil, qui devait paraître en 1870, par suite des événements ne vit le jour qu'en 1873 seulement.

\'int Sedan. Soutras ne pouvait que se réjouir de la proclamation de la République, née de la (( mort fangeuse » de l'Empire. Mais la plus douloureuse inhrmité lécartait, désormais, de la vie publique. Il avait toujours eu la vue faible. Un jour, les dernières lueurs s'éteignirent. Il subit cette épreuve avec stoïcisme et se replia davantage sur lui-même. Ayant prévu qu'un jour l'usage des livres lui serait ravi, il avait confié à une mémoire extraordinairement fidèle une immense lecture. Il portait, aussi, gravés dans son cœur, les paysages familiers qu'il avait tant de fois visités. Aucun détail ne lui avait échappé, et ce n'était pas sans douceur, qu'appuyé sur le bras d'un ami ou d'un enfant, il parcourait encore les environs de Bagnères ; il

reconnaissait chaque détour du chemin. Son ensei^^neinent ne fut pas interrompu: on peut même dire que le professeur tira de son inlirmité plus d'autorité encore.

(( Un vieillard, raconte un de ses élèves, se tenait sur le seuil, (( accompagné par un autre vieillard, qui le guidait et le (( conduisait jusqu'à la chaire qu'il devait occuper pour faire la (( leçon. Il marchait lentement, tàtant le parquet du bout de sa

(( grosse canne. 11 était (( aveugle.

(( Un professeur aveu- (( gle. quelle belle occa- (( sion pour faire des ni- (( ches... et, cependant, (( personne ne b )ugea.

(( (^est que Soutra^ était (( adoré des anciens: et (( les nouveaux, malgré (( eux, étaient saisis, em- « poignes, tant son as- (( pect était digne et sim- (( pie, tant la bonté se (( lisait sur sa physiono- (( mie, encadrée de che- (( veux blancs » ( i ).

Bien loin de s'alanguir ou de s'abandonner à une vague désespérance . la pensée de Soutras demeura active et attentive, et son coeur vibrait toujours pour les mêmes causes. Il était de ces hommes universellement respectés, dont les avis s'imposent à leurs concitoyens, comme supérieurs aux querelles de parti et ne relevant que de la raison et du souci de l'intérêt commun. A trois reprises, il siégea au Conseil municipal, non pas qu'il se fût présenté lui-même, mais parce que ses amis jugeaient sa présence nécessaire.

Reproduction d'une photoi,n'apliie, ohlij^eauiment

communiquée par Madame 0. Moulonyuct,

n('C Daudirac.

(i) Radical, 8 août 1890.

Plus recueilli à mesure qu'il avançait vers la tombe, enfermé par son intirmité clans le monde des idées, il ne livra plus au public que des œuvres impersonnelles, je veux dire d'où sa sensibilité était absente. Ce furent ses recherches historiques des dernières années. — in procès cri mine/ à Bagnères en i]2^ (1882). — Fors et anitumes de Bagnères-dc-Bigorre {1SS2). — Règlement municipal de Bagnères ( 1NS3).

Il mourut le 17 octobre 1884 et il parut a ceux qui le pleurèrent qu'ils perdaient un de ces hommes rares, que l'équilibre heureux de leurs facultés, — plutôt que des qualités éclatantes, mais inégales, — devrait pousser au premier rang. 11 faut la mort de ces hommes, pour qu'on perçoive clairement, par le vide qu'ils font, un mérite que leur modestie, étrangère à la brigue, laisse dans l'ombre trop souvent.

Et si l'on cherchait le trait dominant du caractère de Soutras, on mettrait sans doute au premier rang la bonté. Elle explique à la fois ses opinions, ses illusions et sa tolérance. Bien qu'indifférent en matière de religion, il respectait scrupuleusement les croyances de ceux qui l'entouraient. Il était naturellement austère et digne, parce que ses pensées étaient graves et qu'il ne concevait pas qu'on s'arrêtât à des frivolités.

Il ne prodiguait pas ses paroles, car il se fut fait scrupule d'affirmer sans certitude. 11 intervenait rarement dans une discussion : mais, dès lors qu'on recourait à son avis, il tranchait la question par quelques mots décisifs.

Plus discret que la plupart des romantiques, il n'a pas fait étalage de ses sentiments intimes. Ses œuvres ne contiennent point de « Xiiits ». mais elles témoignent suffisamment qu'il appréciait en artiste la grâce d'une taille ronde ou le piquant d'un œil mutin. Nous n'irons point chercher les motifs de son célibat : et ce sera une raison digne du poète de dire qu'il aimait trop les Pyrénées pour leur donner une rivale.

Si l'enveloppe était un peu froide, elle cachait une âme frémissante : il nous reste à la considérer sous les deux aspects du penseur et du poète.

On a eu tort, ce semble, de considérer avant tout le poète clans Soutras. Car, s'il l'est, et on n'en saurait douter, ce ne fut, a le bien prendre, qu'en raison des Pj'rénées. Il dut à une

nature exceptionnellement ]:)itt()resqLic. le thème siu' lecinel son hrisme s'échauffa. ( )n peut dire, il faut dire que son (cuvi-e puétique ne vaut que par les Pyrénées. (>ar tant de pièces politiques, qui remplissent les « J^chos de la luon/agnc », inspirées le plus souvent, par des événements sans lendemain, ne sont dictées que par la haine, haine d'idées pour d'autres idées, ut la haine, si elle peut soutenir un moment l'inspiration d'un poète, devient vite fastidieuse elle-même. Et, il suffisait, en vérité, que X'ictor Ilu^'o eût fulminé les (^hâ/iuicnls, sans que Soutiras embouchât à son tour mie trompette vengeresse. Mais, ti^ansporté en une région moins séduisante, soustrait à l'inlluence des hautes et pittoresques montagnes, Soutras. s'il n'eût vïcn eu à chanter, n'en eût pas moins touj<^urs été le pensem^ très attentif qui se courbait sur la misère humaine.

Xe lui demandons pas, toutefois, des théories très précises. 11 n'était pas un juriste; il n'était pas non plus un réformateur. 11 faut rassembler ses idées éparses. Elles relèvent plutôt du sentiment. C'est parce que son cœur compatit aux douleurs qu'entraîne l'état social présent, qu'il conçoit un régime différent.

Sa formation intellectuelle s'était faite durant ces années de trouble moral qui suivirent la chute de l'Empire et où la théorie républicaine se forma lentement, sous le couvert des idées libérales. Ees Benjamin Constant, les Manuel, les Béranger, les Koy, les Armand Carrel — toute l'opposition -- combattaient les excès des ultras, tandis que les théoriciens de la monarchie les Bunald, les de Maistre, les Lamennais formulaient un idéal théocratique et absolutiste qui rendait toute conciliation impossible.

La Révolution de Juillet ne fut qu'une étape. 11 ne suffisait pas que Louis-Philippe inaugurât une nouvelle monarchie, consacrée par le peuple à l'Hôtel-de-Ville. C'était l'état social même qu'il convenait de renouveler. Alors les théoriciens du socialisme, Saint-Simon, Proudhon, P^iurier, Pierre Leroux, Louis Blanc, Blanqui, exposèrent à l'envi leurs systèmes. Au Collège de France, Quinet et Michelet minaient le gouvernement. (]ormenin, Garnier-Pagès, Armand Marrast, Arago, Ledru-Rollin, tous partisans, avec nuances, de l'idée républicaine, travaillaient au triomphe de leurs idées, soit à la tribune, soit dans les journaux.

La génération dont Soutras faisait partie, grandit au milieu de cette fournaise. Le jeune homme glana ses idées un peu partout. Mais une pensée, une idolâtrie plutôt, domine toutes ses conceptions et Soutras ne serait pas de son époque s'il en était autrement. C'est le culte de la liberté, non pas considérée dans son application, mais en elle-même et en tant qu'idée pure, la cro3'ance aux vertus universelles et immédiates de cette abstraction, la revendication pour chaque individu du droit de raisonner et de s'exprimer dans tous les domaines, la politique, les arts et les lettres. Issue du (( Contrat social ». érigée en maxime par la Révolution, c'est dans le premier tiers du xix'^^ siècle que cette idée prend s<»n plein développement. C'est l'essence même du romantisme. Elle inspire Tceuvre entière de Soutras et c'est le critérium auquel il mesure les idées et les faits. Son C(cur compatissant s'y prêtait merveilleusement : une sympathie naturelle pour les simples et les hiunbles. une sorte de timidité envers les classes, dites dirigeantes, qui les lui fait considérer souvent avec injustice, l'y aidaient encore. Il touchait du doigt, dans ses vallées pyrénéennes, les plaies du paupérisme : la misère, l'ignorance et linconduite. — et s'en désolait. Comme Saint-Simnn. il ne s'intéressait qu'a la classe (( la plus nombreuse et la plus pauvre » et ses droits a proclamer ses revendications lui paraissaient sacrés. Partout où il y a des opprimés, des vaincus, des victimes. — en Pologne, à Menne. en Sibérie, — il trouve le sujet de strophes émues, d'apostrophes virulentes aux vainqueurs.

Pour lui la France date de 17X9 ( i ): il parle quelque part avec bien peu de sens historique du (( fatal moyen âge » (2) et n'oublie pas d'en sonder les oubliettes (3). Tout ce qui a précédé la Révolution, tout ce qui s'en écarte est suspect, morbide, détestable.

Que l'excès de la liberté engendre la licence et la licence, à son tour, la réaction: que Napoléon sorte de g^ et que ce soit là une loi historique, contre laquelle toutes les apothéoses de la hberté ne prévaudront pas, il ne semble pas que Soutras s'en

(1) Echos de la montagne^ p. 122

(2) Echos, p. I $7.

(3) Bagnèrcs, p. 63.

EN PAYS I)K GASCOGNE 6l

soit avisé avant ses dcrnicix's années: ou. peut-être, était-il désillusionné.

(>"est avec enthousiasme qu'il se souvient de sa jeunesse, ou Ton combattait avec passion les J^ourbons, la Congrégation, le parti-prêtre :

\'ous en Liiez aussi de la phalange austère.

Vous en étiez de ces vaillants, De ceux qui, pour le droit, sans brtnt. mais sans mystère.

Armaient leurs bras, ceignaient leurs tlancs.

Soldats, que l'atelier, le comptoir ou récole l.ançaient aux Bourbons restaurés ( i ).

Le gouvernement populaire de Juillet lui semble insuffisant ; le régime censitaire empêche le peuple de faire entendre directement sa voix et il arrive, dans fivresse des journées de février, à formuler cette pr(»p')siti(»n déconcertante à force d'utopie : (( Les Révolutions seules sont légitimes, parce qu'accomplies (( par le peuple tout entier, elles sont la manifestation éclatante, « l'explosion spontanée, unanime, irrésistible de la pensée, des (( besoins et des sentiments de tous » (i). Cela, c'est du 1-^roudhon. (( La Révolution est, dans l'ordre des faits moraux, un (( acte de justice souveraine, procédant de la nécessité des cho- (( ses, qui, par conséquent, porte en soi sa justification et auquel (( c'est un crime à l'homme d'État de résister ». C'est du Proudhon et c'est même aussi du Blanqui. (( La Révolution seule, (( en déblayant le terrain, éclaircira l'horizon... ouvrira les rou- (( tes ou plutôt les sentiers multiples qui conduisent vers l'ordre (( nouveau )). Soutras avec Blanqui, qui l'ei^it cru.- Liberté, liberté, que de crimes on commet en ton nom !

Mais le peuple tout entier est inhabile à diriger l'État.

De même que Saint-Simon proposait de contier le pouvoir spirituel aux savants, de miême que Blanqui et Pierre Leroux donnaient aux hommes possédant les « lumières » et l'instruction le soin de diriger l'organisme social, Soutras célèbre le prestige du penseur, du savant et du poète et le revêt de la

(i) Echos, pp. 64-66.

(2) SeiUinelle. 20 mai 1848.

mission redoutable de diriger Thumanité vers le bonheur : « Celui qui a opéré ces miracles... ce n"est m un roi. ni un délé- (( gué de la puissance souveraine... C'est un enfant de la France (( moderne, un lils du peuple, un de ces glorieux représentants (( du progrès... Toujours conliants. toujours sûrs d'eux-mêmes. (( car ils tiennent entre leurs doigts... cette baguette de la (( science plus puissante que les sceptres » ( i |. .Mais comme ces u glorieux représentants du progrès » ont la puissance, ils en ont aussi la responsabilité :

Quelle tâche avons-nous achevée et quel rôle Avons-nous donc rempli dans le drame éternel. Que Ihumanité joue à la face du ciel r Soldats. quavons-nous fait de nos glaives r F^oètes. De nos'rythmes ardents ; tribuns, de nos tempêtes ! Qu'avons nous abattu r Qu'avons-nous élevé r (2)

Il espéra beaucoup de la République de 4X. a La République (( était proclamée ! L'enthousiasme de la jeunesse débordait. (( les regrets des vaincus se cachaient sous des masques patrioti- (( ques. Pour les croyants de la veille, les perspectives de l'ave- (( nir étaient radieuses, illimitées, comme l'espérance. Les let- (( très, les savants, les artistes se pressaient autour du gouver- (( nement provisoire où la poésie siégeait avec Lamartine, la (( science avec Arago ! Tout le monde se donnait à la France (( régénérée, à la République » (3). 11 est permis de douter que ses illusions eussent longtemps persisté. Le coup d'Ltat arriva fort heureusement pour sauvegarder son idéal. Nonobstant ce service. Soutras maudit tout à luisir le nouveau régime et ses mesures d'oppression; mais, on aimerait, peut-être mieux, qu'il parût se souvenir un peu moins qu'il en avait été la victime.

Napoléon 111 est un lléau national, quelque chose de pire qu'Attila et que Gengis Khan (4). L'h^mpire est un cloaque où la turpitude le dispute à l'insanité, ou l'art languit, la pensée se meurt, les caractères s'émoussent et ou il ne reste plus a

(i) 'Pyrénées illustrées, p. 243

(2) T*yrénéennes. p. 115.

(3) Echos, préface.

(4) Echos, p. 1^6.

rhonnctc homme quïi se voiler la face et à ceindre ses reins en vue cUi combat futur. Ou'est-ce donc qm Taccahle.-

C'est rimmoralitc du monde! Crcsl Tinsulle

Au sévère penseur penehc sur un sillon;

C'est rhymne au crime heureux, le triomphe, le culte.

C'est la vertu foulée aux pieds comme un haillon ( i ).

Un jour vint ( iH-jo). où la démucratie des Ilautes-l^yrénées fut pourvue de l'organe qui lui manquait. L" (( Avenir du (icrs » devint aussi V (( Avenir des I laules-Pyrénêes )). Soutras rédigea un manifeste en faveur du nouveau journal et y exposa son (( credo )) politique.

Le hardi révolutionnaire de 4X, convaincu peut-être alors qu'on n'élève pas un régime de toutes pièces et qu'il faut des siècles pour transformer un état social, se réfugie dans des articles un peu vagues et qui semblent aujourd'hui les plus tièdes du monde :

(( Revendiquer jusqu'à restitution complète toutes les garan- (( ties, tous les droits qui nous furent enlevés dans une nuit que (( rhistoire jugera.

(( Restaurer la souveraineté populaire, qui n'a pas, quoiqu'on (( dise, abdiqué en décembre.

(( Substituer la volonté de tous a la volonté d'un seul.

(( Rendre au suffrage universel toute sa puissance en lui ren- (( dant toute sa liberté.

(( Combattre, llétrir, déshonorer les candidatures oflicielles (( qui sont à la fois une injure à la morale et au bon sens.

(( Attaquer l'arbitraire partout, dans toutes ses formes et sous (( tous ses masques.

(( Signaler tous les abus de pouvoir des fonctionnaires.

( I ) Echos, p. 60.

Cette pr<iclamation. dont Toriginal nous a été aimablement communiqué par M. Jean-Jacques Dumoret. se termine ainsi :

Nous hanscn'vojis: : Démocrates, nous avons tous désormais le devoir de nous rallier à cette vaillante feuille, de la soutenir et de la propager. C'est dans ses colonnes que nous devons affirmer nos doctrines, consigner nos griefs, formuler nos espérances ! c'est autour de ce drapeau que nous devons combattre pour la liberté et pour la justice ! Ce devoir sera compris, nous en avons la confiance, et nos villes et nos campagnes, secouées dans leur léthargie, renaîtront enfin à la vie politique, sans laquelle les peuples ne sont que des troupeaux ! Fréd. Soutras.

Voilà des vues bien généreuses et qui témoignent d'une suprênie confiance en la nature humaine. Toutes ces réformes nous ont été données. La S':)mme des libertés s'en est-elle accrue.- L'arbitraire, la tyrannie, les abus d'une minorité ont-ils disparu .- Ce serait le plus bel éloge qu'on pût faire de Soutras

de dire qu'il en serait ainsi, sans doute, si l'universalité des eitoyens possédait son intelligenee. son désintéressement et sa bonne foi.

I.a passion de la liberté, Soutras la portait aussi dans les lettres. Si le principe de la liberté dans l'art est légitime, si même il est compréhensible c'est une autre question, il suHit que rien ne soit plus romantique.

Quand il se mêla d'écrire, vers 1840, les hommes qui avaient marqué dans la littérature s'étaient jetés dans la politique et, s'ils produisaient encore, c'était avec une décadence marquée. Les jeunes gens, comme Flaubert ou Maxime Du Camp, s'avouaient découragés. Vigny donnait libre cours à son pessimisme amer. C'est alors la grande explosion du roman. Soutras dut à la vie provinciale d'échapper au courant nouveau; à son tempérament indépendant, de rester purement lyrique, c'est-à-dire d'exprimer en vers les impressions que lui laissaient les événements de la vie extérieure ou intérieure.

Mais, à moins d'être de ces hommes rares, capables d'imposer à tous, par une élégance ou une richesse de forme exceptionnelles, leurs moindres effusions lyriques, il convient que le poète, soucieux de sympathie, ne s'abandonne qu'à des sujets extrêmement compréhensifs, capables d'exciter immédiatement l'émotion générale. Ses chances d'intéresser sont d'autant moindres que les sujets qu'il traite sont plus particuliers. Aussi faut-il des dons exceptionnels pour ne parler que de soi-même, et Musset lui-même n"échappe-t-il pas toujours à la monotonie. Pareillement, ce n'est pas trop des ressources d'un art incomparable pour consacrer un livre entier, soit a l'apothéose, soit à la satire d'un homme, d'un régime ou d'une abstraction. Les « Châtiments » sont d'une lecture fatigante, même frappés sur l'enclume magnifique de \'ictor Hugo. Tandis qu'il existe quelques thèmes très larges, tels que la vie, la mort, l'amour et la nature, immédiatement sensibles à tout homme, chez qui ils excitent une émotion même rudimentaire, émotion qui s'exprime différemment en chaque individu, mais qui se traduit chez le poète par une explosion enthousiaste, un luxe d'images, une richesse verbale qui éveillent et avivent l'impression latente que chacun portait en soi.

Soutras eut la bonne fortune de passer sa vie dans une région merveilleuse, de savoir la contempler, d'en analyser les beautés, le pittoresque et de sentir palpiter en lui, à cette vue, Témotion sacrée. Comme il connaissait ses montagnes, nous l'avons vu. Non seulement il les avait parcourues en touriste, non seulement il s'était ému de leurs aspects divers, mais il avait percé ces apparences, il avait étudié ces populations, leur histoire, leurs mœurs, la structure et la géologie de leur contrée. Il en était résulté un amour attendri et raisonné, qui avait été la joie de sa vie, pour la nature consolatrice et magnifiquement belle, si tendre et parfois si terrible, supérieure, dans la sérénité de ses lois immuables, aux vaines agitations humaines.

Dites-moi si les chants des grands jours de victoire, Dites-moi si les cris de l'orageux prétoire,

Si tout ce bruit humain Vaut un rayon du soir sur les hautes collines, Un coucher de soleil plein de choses divines.

Une fleur du chemin... ( i ).

11 avait écrit en prose plusieurs volumes de descriptions et d'histoire qui ne sont, en somme, que l'accumulation des matériaux, dont les plus subtils devaient jaillir en strophes éblouissantes.

Laissons-le, donc, le bon poète, nous guider dans ses montagnes, laissons-le célébrer, à chaque page, leur magnificence, leurs colères, leur pittoresque, les hauts sommets, les cirques sévères et les couchers de soleil, les muletiers, les pâtres et les contrebandiers, la fraîcheur des sources et l'horreur des avalanches. Il les fixera dans ses vers en traits incomparables.

Il était assurément nouveau de chanter une seule contrée dans un seul livre, alors que Lamartine planait dans une nature banale, à force d'être idéalisée, et que Hugo célébrait, de son fauteuil, des pays qu'il ne devait jamais voir.

Mais Soutras a fait vibrer des cordes plus humaines. La grande compassion qu'il avait pour ses frères souffrants. Ta toujours inspiré, — que le malheur pèse sur un peuple ou qu'il

(i) Pyrénéennes^ p. 236.

soit isolé. I^^t il est telle strophe attendrie, qui nous fait aimer l'homme avant que d'admirer le poète.

Oh ! ne les plaignons pas ces trois blanches victimes, La vie a tant d'écueils au bord de tant d'abîmes. Et les pauvres, au bout de leur destin fatal, Ont quelquefois le bagne et toujours l'hôpital; CeuK-ci, chastes et purs, ont traversé nos fanges. Des h'ères endormis la neige a fait des anges (1 ).

Et ce sonnet si touchant — inédit — adressé par Soutras à son ami Garière, à l'occasion de la mort de sa lille, et que conserve pieusement M'"'' Managau :

;ltC^t<,-»^

^ {r/ejjo

'iêm).

De quelle forme Soutras a-t-il revêtu sa pensée } 11 possède parfaitement sa langue, et son style, nourri aux fortes études classiques, unit toujours la clarté à la correction et à l'élégance.

Il n'a pas assez travaillé son métier ou plutôt, son isolement ne lui a pas permis de s'initier aux ressources de la versification, dont les Parnassiens devaient tirer plus tard si bon parti. Il eut gagné à fréquenter nos poètes du xvi'^ siècle, les Marot, les Des Périers, les Ronsard. 11 n'use guère que de l'alexandrin, de l'octosyllabe. Il aime l'alternance des strophes, tour à tour lon-

(i) Pyrénéennes, Trois anges, p. i i8.

68 fiiN Pays de Gascogne

gués et courtes. 11 lui arrive rarement d'être aussi fin, aussi léger et aussi pimpant que dans les vers suivants :

A deux Ossaloises.

Par les ravins et les bois.

Pleins de voix Gourez, ô mes toutes belles, Qui donc pourrait vous saisir?

Le plaisir Attache à vos pieds des ailes ( i ).

Mais si retendue de sa lyre est limitée, la noblesse ou la vigueur du ton y supplée heureusement et voici deux exemples du meilleur Soutras :

Le Chasseur d'isards.

Allons, mes guêtres, Magdeleine, Mes bonnes guêtres de peau d'ours, Mon havresac, ma gourde pleine, Du pain et des noix pour deux jours.

L'oiseau chante : le vent d'Espagne Au loin disperse les brouillards; Ce soir, je gravis la montagne.

Je sais oia dorment les isards... (2).

Lés Sommets vieroes (à Henry Russell).

Qui te pousse, marcheur superbe?

Des ravins suivant les replis,

Vas-tu chercher, les yeux sur Iherbe,

Des inconnus parmi les lis?

Charme d'heureuses découvertes,

Remplis-tu, sur les pentes vertes.

Ton herbier d'un charmant butin?

Et des fleurs écrivant l'histoire,

xAurais-tu rêvé cette gloire

D'en nommer quelqu'une en latin?... (3).

(i) Pyrénéennes, p. 14c).

(2) Pyré7iéennes, p. 232.

(3) /" Bulletin de la Société Ramond. i" année, 1866. p. 37,

Ainsi, que Ton considère l'homme, ou sa pensée, ou son langage, on ne trouve rien que d "élevé, que de noble, que de bon. Ni Fambition, ni la cupidité, ni la vanité fréquente chez les hommes, conscients de leur valeur, ne ternirent ces qualités solides, mises au service dun idéal très haut. Ses idées restèrent invariables, parce qu'elles venaient du cœur plus que de la tête et que ce cœur, ne s'attachant qu'à bon escient, devait brûler toujours sur les mêmes autels.

Uu amour charmé pour son pays, une compassicm sincère pour les déshérités de la vie, tels furent les mobiles qui sollicitèrent son activité. A chanter les unes, à remédier aux autres, il a consacré le meilleur de son existence. Et s'il a tiré une vive jouissance intellectuelle du culte désintéressé des lettres, c'est qu'il y trouvait aussi une discipline et des lumières sur les questions qui le préoccupaient.

S'il s'abusa peut-être en politique ou en sociologie, c'est qu'en vérité les difficultés qu'il soulevait ne comportent pas de réponses, alors que les données et l'importance du problème varient avec chaque individu, avec chaque époque, — ou plutôt que ces difficultés sont si complexes et si fuyantes qu'on n'en peut proposer qu'une solution relative et momentanée. Mais cet homme de bonne foi fut toujours en cela guidé par des vues magnanimes : le bonheur de ses compatriotes, la confiance dans la raison humaine et cette ivresse de liberté, — qui fut la passion romantique.

11 n'a pas, comme les Mistral et les Aubanel, créé une forme nouvelle et magnifique du patriotisme local. 11 s'est borné à célébrer sa petite patrie, comme il la voyait et de la manière même qu'il se sentait pénétré par son charme.

Son influence, comme penseur et comme poète, n'a pas dépassé le cercle restreint où s'écoula son existence. Qu'importe, si elle fut toujours salutaire et respectable jusqu'en ses faiblesses, et si les vertus privées de l'homme y ajoutèrent la force persuasive de l'exemple.

Dea:^ Capitaines Gascons

au XVr Siècle

LES FRÈRES SARLABOUS

ï>zuy. Capitaines Gascons

au XVr Siècle

LES FRÈRES SARLABOUS

Parmi tant de brillants hommes de guerre et de vaillants capitaines dont peuvent, à juste titre, se prévaloir la maison de Cardaillac- Lomné et shonorer la Gascogne, deux surtout méritent une place à part, par leur bravoure allant jusqu'à la témérité, par la noblesse de leur caractère, par leur fidélité à leur parti et à leurs rois, par les exploits qu'ils ont accomplis, par les hautes charges qu'ils ont reçues et enfin par le rôle important qu'ils tinrent dans l'histoire générale de notre pays. Ce sont les deux frères Sarlabous : Corbeyran et Raymond (i). Sans vouloir établir entre eux un parallèle inutile, peutêtre est-il intéressant de rapporter ici l'appréciation de Brantôme : « Ces deux fi-ères Sarlabous ont l'estime d'avoir esté deux fort bons « capitaines de gens de pied, mais on estimait plus le jeune, l'aisné (( fut pourtant gouverneur du Havre pour y avoir très bien hasardé « sa vie à la reprise » (2).

Nous allons d'abord tenter de retracer la carrière de l'aîné, encore que la disparition de bon nombre de documents précieux nous impose des lacunes regrettables dans le récit d'une vie illustrée par de si multiples hauts faits.

(i) M. l'abbé Abadie. dans les « Minimes de Tournay », a retrace le rôle militaire important qu'a joué, plus particulièrement en Bigorre et en L.anguedoc, Raymond de Cardaillac Sarlabous. leur fondateur.

(2) Brantôme: Œuvres complètes, t. V, p. 339. Ed. L. Lalannc.

.s- r„nnn,nf

CORBEYRAN DE CARDAILLAC

Baron de Sarlabous ^

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