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ITALIE ET ECOSSE

Corbeyran de Cardaillac-Sarlabous était le fils aîné d'Odet de Cardaillac et de Jeanne de Binos, mariés le 26 avril 15 13. Nous

(1) La branche des Cardalilac-Sarlabous. qui s'éteignit dans la famille de .Mun, au X\TL siècle, était issue de la tige-mère des Cardaillac de Lomné, en Bigorre, qui tire son origine de la Maison de (Cardaillac du (Comminges. dans le bourg de Cardaillac (Cardalhac. Cardelhac. ("ardilhac. ainsi quil est indifféremment écrit dans les vieux actes), aujourd'hui Cardeilliac, canton de BouIogne-sur-Gesse (flaute-daronne.)

La plus ancienne mention connue des personnages de cette Maison est une charte de donation, faite à l'Ordre de S'-Jean de Jérusalem, avant 1123, en présence de Bertrand, évèque de Commingcs, par Romieu de (>ardaillac — « ... dédît libéralité)- Sanclam Fidem de Cubertiiris pro remcdio anima; sua; et farentum suoriDn... » — (Archives de la Haute-Ciaronne. fonds de Malte ; actes ig et 22. — Rouleau du XIL siècle.)

— Nous remercions Messieurs Camille Anchier, archiviste paléographe, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale, et flenri du Bourg, dont la collaboration précieuse nous a permis de donner à ce travail toute la documentation qu"il comportait. Nous devons une mention particulière à notre ami Edouard Forestié, lauréat de Tlnstitut, à l'ouvrage duquel — « In capitaine gascon au XVI' siècle » — nous avons eu bien souvent recours, nous appropriant plusieurs de ses références.

ignorons le lieu ainsi que l'époque exacte de sa naissance, les documents relatifs à son enfance nous faisant totalement défaut ; mais, nous pensons n'être guère éloigné de la vérité en fixant approximativement cette date aux alentours de isiS- l^n effet, dans une lettre (i) qu'il adressa, en M7<j, à Charles IX, Corbeyran dit être au service des rois de France depuis « trente ans et plus ». 11 aurait donc débuté dans le métier des armes vers 1^35. Or, Vergés (2) nous apprend, avec une concision fort regrettable, que notre héros (( commença à servir clans les guerres d'Italie », fait que viennent d'ailleurs contirmer les lettres (3) par lesquelles Charles IX nomme, en M63, Sarlabous gouverneur du Havre pour les bons services qu'il a rendus (( au faict des (( guerres et es affaires qui se sont présentées tant en nostre (( royaulme que en Pyinonî, Italyc, Escosse et autres endroictz. ))

N'en devons-nous pas conclure qu'il prit part à cette troisième guerre entre François F' et Charles-Quint (1S36-M38) qui débuta par l'occupation de la Savoie et du Piémont par les PYançais ?

11 aurait eu 21 ans, à ce moment, ce qui rend très plausible notre conjecture au sujet de la date de sa naissance.

Les termes mêmes des Lettres royales que nous venons de mentionner nous permettent de penser qu'il dut figurer dans la campagne d'Italie de 1^42:1 M44, pendant laquelle se livra cette fameuse bataille de Cerisoles où se distinguèrent tout particulièrement les Gascons et parmi eux. Monluc, en compagnie duquel nous le retrouverons plus tard.

Les bons services que Corbeyran avait rendus en Italie furent une des raisons de son envoi en Hcosse,où sa présence est signalée par une pièce officielle en i ^ ^ 3.

Quelques mots sur les origines de cette guerre nous semblent ici indispensables en raison du rôle important que remplira plus tard dans ce pays notre personnage. Jacques \', roi

(i) Bibliothèque Nationale. F. ïr. ms. i ^^^ 1. fol. 26. — PiècLS justificatives n" I, qu'on trou\era dans le t. Il de l'Histoire Généalogique de la Maison de Cardaillac-Fomné.

(2) Essai géncalogiquc. Archives du Grand Séminaire d'Auch. ms.

(3) Bibliothèque Nationale. P. Orig. 596; dossier 13906, pièce 18, Pièces justificatives n° 2.

d'Ecosse, qui avait épousé en secondes noces Marie de Lorraine, fille de Claude de Lorraine et d'Antoinette de Bourbon, et sœur des Guises, était mort en 1542, ne laissant pour lui succéder qu'une fille au berceau, Marie Stuart. La régence fut exercée par le comte d'Arran. Le roi d'Angleterre Henri \'I11, irrité de voir rinfiuence française grandir en Ecosse, désireux de favoriser dans ce pays l'introduction de la nouvelle religion anglicane, et toujours hanté par le rêve de réunir sur une seule tête les deux couronnes de la Grande Bretagne, voulait négocier le futur mariage du jeune Edouard, son fils, avec xMarie Stuart. Mais la reine mère Marie de Lorraine, encouragée par les Guises, opposa un refus absolu, et devant les exigences menaçantes de lAngleterre, chercha l'appui de la France, surtout après que l'Ecosse envahie par les Anglais eut subi, le 10 septembre 1S47, une sanglante défaite à Pinkie. Pour prévenir toute tentative de l'Angleterre contre Marie Stuart, il fut alors convenu qu'on enverrait celle-ci en France, où elle serait fiancée au dauphin François. Dans ce but, Henri II, récemment devenu roi par la mort de son père PYançois I", après avoir d'abord expédié en décembre 1547, à titre de premier secours, un petit corps de troupes rapidement formé, sous les ordres du colonel de La Chapelle-Biron, fit organiser, au printemps suivant, par le duc d'Aumale, une imposante armée de 6.000 hommes, comprenant 4.000 Gascons, Normands et Bretons, les lansquenets du Rhingrave Philippe, ainsi que les compagnies italiennes de Piétro Strozzi, et en confia le haut commandement à André de Montalemberi d'Essé. La flotte et le convoi qu'elle escortait abordèrent à Leith le 17 juin 1548. Marie de Lorraine, dans la crainte d'être cernée par les Anglais, avait amené Marie Stuart à Dumbarton; c'est dans ce port que cette dernière s'embarqua à bord de l'escadrille de Villegagnon et le 13 août elle atterrissait sans encombre en France, à Roscoff.

Lord Grey, commandant de l'armée anglaise, recula devant ces njuvelles forces jointes aux Écossais, ne conservant que le fort d'IIaddington, où il laissa une forte garnison. Mais les troupes françaises ne recevant que fort irrégulièrement leur solde indisposèrent les habitants en vivant à leurs dépens; à la faveur de ce mécontentement et des émeutes quil provoqua, les Anglais reprirent l'offensive.

Sur les instances pressantes de la reine douairière, Henri II

dépêcha en Ecosse d "abord Raymond de Pavie, avec un régiment de 1.200 Gascons et Provençaux, puis, en mai 1S49, <^^s renforts plus importants sous la conduite de Paul de Labarthe. sieur de Termes, qui allait remplacer d"Essé comme lieutenant général. Le résultat de cette nouvelle expédition fut la prise d'Haddington. le 19 septembre. La guerre se termina, l'année suivante, par le traité de Boulogne, signé le 24 mars m^o. Les troupes françaises revinrent en France ainsi que leurs principaux chefs, sauf quelques capitaines, qui. avec un petit nombre de soldats, restèrent en Ecosse pour y tenir garnison et continuer à veiller à la sûreté de quelques places fortes.

Parmi les plus importantes de ces dernières était Dunbar: c'est à Corbeyran que fut confiée la charge de la défendre, suivant ce que nous apprend un dossier du Cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, qui fait mention de (( Provisions expédiées en faveur dudit sieur de Sarlabous par le roi Henry d'une compagnie entretenue dans le château de Dombarre. au royaume d'Ecosse, données à Fontainebleau le 8 décembre i^ V3, duement scellées )) (i). \^ergès eut connaissance de ces lettres de provisions puisqu'il dit, très exactement, en parlant de Corbeyran qu" « il fut fait sieur du château de Dombarre par brevet du roy Henri H. roy de PYance. du x décembre îs^3 » (2). En voyant attribuer à Sarlabous. après la guerre, un tel poste de confiance, on ne peut douter qu'il se conduisit d'une façon particulièrement brillante durant la dernière campagne et donna des gages de sa valeur.

Le capitaine de Dumbar resta en exercice pendant quatre années consécutives sans interruption: mais les détails manquent sur la manière dont il s'acquitta de cette fonction. On ne signale, d'ailleurs, durant cette période, aucun événement militaire marquant.

Le fils et successeur d'Henry Mil, Edouard \'I. mourut le 6 juillet I ^ ^ 3 : la couronne d'Angleterre passa alors à Jeanne Grey, qui, après un règne de dix jours, dut se démettre en faveur de la fille qu'Henri \'I1I avait eue de Catherine d'Aragon, Marie Tudor. Or. cette reine était catholique et avait épousé, en

(i) Bibliothèque Xat. Carres de d'Hozier. .Ms. i 5 [. loi. 342. (2) Essai généalogique : ms. Sém. Auch.

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juillet i^=;4, Philippe II d'I^^spa^nc; les protestants d'I^cossc ne furent donc plus soutenus par leurs anciens alliés, tout aLi moins dans les premières années du nouveau règne. Toutefois la cession de la régence que Marie de Lorraine obtint en avril isS4 du comte dWrran, occasionna de nouveaux troubles en iicosse, car, une fois maîtresse du pouvoir, la s(eur des Guises servit à un tel point la politique de la cour de France et favorisa tant ses compatriotes, à qui elle distribua toutes les places et dignités, qu'elle devint bientôt impopulaire et que le pays s'agita de nouveau.

D'autre part les rapports entre la PYance et l'Angleterre, si. empreints d'amitié au début du règne de Marie Tudor, s'étaient fort tendus dans la suite, surtout après le voyage que Philippe II avait fait dans ce pays au mois de mai 1SS7 pour décider la Reine, sa femme, à lui prêter, contrairement aux clauses formelles insérées dans son contrat de mariage, un appui effectif dans la lutte qui mettait alors aux prises Espagnols et Français. Dans la crainte de voir l'Ecosse soutenir ces derniers et afin d'obtenir sa neutralité, Philippe II et Marie Tudor avaient dépêché djs ambassadeurs àCarlisle où ils rencontrèrent les envoyés écossais. De son côté, Henri II pressait instamment Marie de Lorraine d'envahir l'Angleterre, surtout après que Marie Tudor eut rompu la paix en juin 15S7 et envoyé 8.000 hommes sous les ordres du comte de Pembroke rejoindre l'armée espagnole du duc de Savoie, Philibert Emmanuel, qui venait de franchir notre frontière du Nord. La régente convoqua les Etats au monastère de Newbothill et tenta de réveiller l'antipathie nationale des Écossais en exagérant quelques petites incursions dont s'étaient rendus coupables les Anglais sur les frontières d'Ecosse (i). Mais elle rencontra dans cette assemblée une telle résistance, en particulier de la part du clergé, que, sur l'avis de ses conseillers français, principalement du sieur d'Oisel (2), elle résolut de recourir à la ruse pour obtenir la déclaration de guerre qu'elle n'avait pu arracher à ses sujets ni par la persuasion ni par les menaces. Elle envoya donc d'Oisel et Sarlabous,

(i) Maitland (William), The History and antiquities ofScotland. London. 1.75-7,, in-fol. t. II, p. 899. (2) Henri Clutin ou CLutin, s'"d'Oisel, de Villeparisis et de Saint Aignan.

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avec un détachement français, de Dumbarà Eyemouth (i) pour y réparer les fortifications et reconstruire le fort. qui. suivant les clauses du traité de Boulogne, contirmées par une convention spéciale conclue à Norham le lo juin mu entre l'Angleterre et rÉcosse. avaient été rasés (2).

Elle projetait d'emmagasiner dans ce fort, comme en un lieu sûr, des canons et des munitions de guerre, dont on pourrait se servir à l'occasion, sans avoir à les faire venir de l'intérieur, ce qui ferait gagner du temps et éviterait les difficultés du transport en cas de contlitl^). Mais elle poursuivait avant tout un autre but ; elle pensait bien qu'Eyemouth étant très proche de Berwick, la garnison anglaise de cette dernière place ne pourrait supporter une telle menace, qui était en même temps une infraction aux traités de paix, qu'en conséquence elle chercherait à s'y opposer en envahissant le territc^re écossais; ce serait le prétexte de déclaration de guerre si ardemment désirée. Le gouverneur de Berwick ordonna en effet plusieurs incursions et il y eut effusion de sang (4). Sarlabous et d'Ôisel n'en réussirent pas moins dans leur mission, car nous vo^'ons. dans le traité de Câteau-Cambrésis, 2 avril 1559, un article qui exige de nouveau la démolition des fortitications d'Eyemouth récemment construites (s ).

Corbeyran resta encore quelques mois en Ecosse, mais nous savons qu'il était rentré en France avant la tin de l'année 1SS7, par^cette mention d'un <( Mémoire baillé au s'' de Rubbay » du 6 février i^S3 (n. s.). (( Par la dépesche que le s"" d'Oysel a faicte (( au Roy. du X\'1I^ jour de décembre, qu'il a adressée à Brest

(i) Eylmouth. situe à 14 kil. N. N. 0. de Berwick, sur la mer du Nord, à l'embouchure de la rivière TEve.

(2) « Dosellium ergo et Charlebusium. cum prœsidiis copiarum gallicarum repente Dumbarrum versus jussit progredi. ut Haymuthaeam arcem. quoe non procul a Bervico distat. munitionibus et novis praesidiis non sine magno anglorum damno lirmarent. > kesley (John). De origine, muri-

bus et rehus gestis Scotoriim lihri decem Romœ. 1578, in-4°, p. 530.

\'oir aussi : Alaitland (William) The History... of Scoilaud. p. 899.

(3) Buchanan (William) The History of Scolland, faithfiilly rendered in English. kondon. 1690. in-fol.. livre xvi. p. 1 19.

(4) Maitland, op. cit., p. 899.

(5) Ibid., p. 908.

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(( au S"" de Carné, au retour des navires qui avaient apporté par (( deçà les cinq enseignes de gens de pied qui s'estoient em barce qués audict Brest, Sa Magesté se sera trouvé advcrtye de ce (( qui s'estoit offert es occurances de deçà après le partement (( du capitaine Sarlabous jusqucs audict jour )) (i).

Corbeyran était évidemment venu en France pour rendre compte au roi des événements d'Ecosse et des efforts faits par la régente IVlarie de Lorraine pour favoriser les vues d'Henri 11. Il dut arriver à la cour vers la lin de l'année 1557 et Y séjourna quelques mois. Ses services, appréciés comme ils le méritaient, reçurent alors une flatteuse récompense : par lettres du 16 juin 1S5S le roi lui accorda les provisions de l'oflice d'échanson de sa maison (2). C'est au mênne moment que son jeune frère Raymond, après s'être déjà distingué au siège de Calais, se couvrait de gloire, aux côtés de Monluc, à Thionville. Ces deux grandes victoires du duc de Guise, réparant les désastres de l'année précédente, obligeaient Philippe II à signer, les 2 et 3 avril 1SS9, l^i paix de Cateau-Cambrésis : nous gardions nos dernières conquêtes. Calais et les Trois-Évêchés.

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