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LE PAYS DE WAAS

Sans souvenirs historiques, sans richesses archéologiques, sans pompeux monuments, sans coins pittoresques — dans l'acceptation purement artistique du mot — le Pays de Waas ne doit sa grande renommée qu’à sa prodigieuse fertilité, à sa culture modèle, mise en valeur par une population d’une densité peu commune, même en cette Belgique si pléthoriquement peuplée.

Pour le visiter nous prendrons le Raïilway-Waas, un chemin de fer de familiale simplicité, roulant sans se presser entre de riches et monotones paysages,

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Sur la rive gauche se devinent au loin quelques bourgs plantureux : Saffelaare, Mendonck, Moerbeke — aux écoles modèles, — Wachtebeke.

Au sortir de Gand nous brûlons Loochristy, pour

admirer à quelques lieues de là le domaine seigneurial de la famille de Kerchove, le luxueux château de Beir-

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velde. Bâti en style Tudor, entouré de parcs, d'étangs, de bois, c'est une des plus belles propriétés de la Flandre.

Notre première étape en Waas sera Lokeren. Vivante et d'esprit cultivé, l'industrieuse petite cité ne nous

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montre guère de monuments mais c’est plaisir de la

voir si joyeuse en sa prospérité.

Saint-Nicolas, du moins, nous offrira quelques morceaux d'architecture, l’ Hôtel de Ville, entre autres, de profils élégants et une église du XVII: siècle, d’ensemble peu banal. Notons aussi, à l'Eglise de Notre Damede-Bon-Secours, les peintures de Guffens et Swerts.

En somme ce n’est guère, et la « capitale » du Pays

de Waas est presqu’aussi pauvre — artistiquement — que toutes ses sœurs de la région.

Et malgré cela le pays a du cachet, une certaine originalité particulière, une « personnalité ».

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La division multiple du sol, les champs enclos de haies vives, les hauts arbres, déroulés en longues lignées; les renflements sablonneux du sol — restes d'anciennes dunes à des temps préhistoriques — constituent un ensemble tout à fait spécial au seul Pays de Waas.

Avant d'aboutir à la Tête de Flandre, face à Anvers,

terminus de la ligne, arrêtons nous à Beveren pour y

faire, à pied, la promenade vers Doel, par des chemins ombreux, en un captivant paysage,rappelant les tableaux chers aux maîtres hollandais.

Puis, tout au long de la frontière, nous trouverons encore, parmi les polders bordés de saules gris, nombre de villages riants : Vracene, Saint-Gilles- Waas, Waasmunster, Kieldrecht.

Au moment de descendre le

cours del’Escaut, arrêtons-nous aux’ portes mêmes de Gand, dans ce faubourg de Gendbrugge, centre des établissements horticoles, où tout est serres, pépinières, fleurs et plantes rares.

Et d’abord allons, en pieux admirateur des beautés florales, nous incliner émus devant le monument du sculpteur Paul De Vigne, ornant la Place Communale.

Élevé à la mémoire de l’éminent horticulteur Louis Van Houtte, le savant chercheur, le novateur hardi, qui, un des premiers, créa de toutes pièces l’industrie horticole aujourd’hui si florissante, il est — ce monument — comme l’apothéose de cette horticulture, qui vaut à Gand une enviable célébrité.

On a souvent discuté la belle œuvre de Paul De Vigne; mal entourée par les maisonnettes, odieusement ridicules, d’une placette trop exiguë, elle souffre de ce lamentable décor.

C'est au centre de quelque parc grandiose, se détachant sur de luxuriantes frondaisons, parmi le dévalement de pleines corbeilles de fleurs, semées à profusion en de chatoyants parterres, que nous eussions voulu voir s'élever l’image de Louis Van Houtte, environnée de tout ce qui fut le but et la préoccupation de sa vie entière.

Un important village, que coupe la route royale vers Bruxelles, Melle, siège d’un pensionnat très connu, allonge ses ruelles au bord de l’Escaut que nous suivons jusqu’à Wetteren, où s'élève la Poudrerie Royale, établie en 1725.

Traversons le fleuve et poussons jusqu’à Laarne, pour y visiter un ancien manoir féodal, auquel on arrive par des chemins de terre, après avoir traversé le village, décoré d’une église assez caractéristique.

Nous remarquerons sur la place une bâtisse du siècle dernier, ancienne intendance du château, sans doute et par une majestueuse avenue de hêtres nous débouchons devant la bretèque d’entrée de la vieille demeure, entourée de fossés pleins d’herbes.

Que de fois nous l’avons parcourue, rêvant dans sa cour ombragée de tilleuls, sous les galeries à colonnes, par les salles décorées de tapisseries et jusqu’en ces greniers, conduisant aux tours crénelées, colossales et massives. 5

En retournant à Wetteren par un chemin plus direct, nous voyons le terrain changer d'aspect : de légères ondulations du sol, des bouquets de sapins maigres, rompent la monotonie de la vallée.

Vers le nord, de gros villages se prélassent au milieu des champs et des prairies. ;

Ce sont Calcken, Uytbergen, Schellebelle, Overmeire; près de ce dernier des étangs assez considérables ont parfois la visite des amateurs de tourisme.

Au bord même de l’Escaut, Wichelen penche ses maisonnettes, sous les arbres frôlant le fleuve. Puis nous découvrirons Appels, caché parmi les vieux

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troncs verdoyants, puis encore Zele, que nous aurions dû rattacher aux notes sur le Pays-de-Waas.

Un sentier courant le long des digues ombragées de marronniers nous conduira jusqu’à T'ermonde, en dominant des polders de riche et vigoureuse culture. Les

digues elles-mêmes sont envahies d'herbes emmêlées, allant se confondre avec les inextricables fourrés

d'ajoncs, tapissant le bord de l’eau.

Est-il besoin de rappeler qu’une école dite de Termonde trouve, à reproduire les sites pittoresques de la région et les mœurs, encore si typiques, des habitants, matière à des tableaux d’une belle vigueur ?

Et c’est un contraste curieux à observer que la grande différence du « faire », la « manière », la « vision », devrions nous dire, toute autre chez ces interprètes attitrés de l’Escaut que chez ceux de la Lys.

Là-bas, le rendu délicat et fin, la rêverie et le charme poétique. Ici, — les toiles si sincères de Courtens et de Rosseels en font foi — une virilité

forte, une allure énergique, plus véritablement « marine ».

Voici Termonde. Les nombreux bateaux qu’amènent l’'Escaut et la Dendre y mettent une animation que nous retrouverons tantôt, plus caractérisée encore à Baasrode, d’où les barques marchandes filent à pleines voiles sur Anvers,

Voyons à Termonde l’église Notre-Dame, de style ogival; elle contient quelques tableaux anciens : Un Christ en Croix de Van Dyck, et des fonds baptismaux romans, aux bas-reliefs étranges.

A l’angle de la grand’place, une tourelle à huit pans, sans doute le primitif Beffroi. Au fond de cette même place, les Halles. Construites vers le milieu du XIV: siècle, restaurées et remises « au goût du jour » en 1597, elles sont dominées par un beffroi agrementé d'un carillon sonnaillant sans trève. |

Termonde, très industrielle, est assez vivace, malgré son étouffante enceinte de remparts; elle est « tête de pont » vers Anvers et fait partie de la ligne de défense de notre grand port.

S'élargissant toujours jusqu'à Tamise, le fleuve baigne Saint-Amand, Mariakerke — pittoresque hameau de pêcheurs.

A Thielrode il reçoit un affluent venant du Pays de Waes, la Durme.

A Tamise nous ne voyons guère à noter qu'une église à tourelle élancée, puis une maison, dont la façade XVI: siècle est assez bien conservée, puis encore le pont de fer qui passa longtemps pour bien hardi, presque merveilleux.

Prenons le bateau à vapeur vers Anvers. L’excursion est charmante, par les derniers beaux jours surtout, lorsque les marronniers des berges ont pris des teintes dorées d’une incomparable finesse de ton.

Sur la rive droite voici Bornhem, ou plutôt l’embar-

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cadère desservant ce village, où subsiste encore le château des Marnix.

En face de l'embouchure du Rupel, Rupelmonde, résidence historique des Comtes de Flandre, dresse sur la rive un simple pavillon moderne, indiquant la place où s'élevait jadis une forteresse redoutable, dépôt des archives de la Flandre.

Cruybeke, Breght, Hoboken défilent à nos yeux et bientôt grandit et s'affirme la vue d'Anvers et sa tour de Notre-Dame,se découpant, svelte et gracieuse, sur le ciel enfloconné de nuageuses grisailles.

C’est un magique et inoubliable spectacle que celui d'Anvers, vu de la rade.

A travers le fouillis des steamers, des trois-mâts, des barques de tous modèles, arrivant, partant, louvoyant, accostant; parmi les lignes brouillées des mâts, des cordages et des cheminées, se distingue la muraille grise des quais, aux gros dés de pierre symétriques.

Ici le promenoir étend ses balustres, ses rampes et ses lanternes légères, dominant les embarcadères et les grues hydrauliques. Là bas se hérissent les longues toitures parallèles des hangars.

Partout un mouvement intense, incroyable, inouï; fourmillement humain, de passants affairés, armateurs discutant, débardeurs, douaniers et flaneurs, s’agitant, courant, hêlant, en une fièvre d’activité, parmi les sifflements des « vapeurs », les coups sourds des wagons entrechoquant leurs butoirs, le déroulement fracassant

pd — des chaînes, le bruit mat des ballots jetés en tas et le vacarme des barils roulés incessamment.

Ahuri d’abord; étourdi de ce qui paraît, de prime vue, l’image du désordre le plus anarchique; extasié bientôt en constatant l’entente parfaite, l’organisation modèle qui débrouille tout cela avec une facilité déconcertante :

Tel vous impressionne le port d'Anvers.

Et plus loïn, derrière cette représentation sublime de l’activité humaine, vous voyez les monuments pointant vers les airs leurs tours et leurs clochetons; vous devinez les artères cossues, les squares, les boulevards, vous pressentez les incalculables trésors artistiques entassés partout, en trois siècles de gloire et de richesse.

Nous prenons à Anvers le bateau de Flessingue, et ne cesserons pas de devancer ou de croiser des steamers et des navires, chargés à pleins bords.

Des élévations du sol nous indiquent les forts de Saint Philippe, de Calloo et de Lillo.

Plus loin, sur l’autre rive, Doel, dont les ingénieurs espagnols du XVI: siècle tracèrent les rues à angles droits. Un sémaphore campe sa charpente en fer au bout d’une diguette empierrée, derrière laquelle les petites barques de pêche trouvent un abri.

Le fleuve se déploie toujours et les bords semblent reculer. — Devant Terneuzen il est large d’une bonne lieue. — Sur les côtes basses de rares clochers perdus derrière des digues lointaines, décèlent seuls la pré-

sence de l’homme. Au dessus de nous les mouettes sillonnent les nues en de rapides passades, pour aller s’abattre sur les bancs de sable ensoleillés.

Nous approchons des côtes de Zélande.

Déjà nous distinguons quelques clochers, ceux de Flessingue, puis à l’arrière plan celui de Middelbourg, auquel un galbe élancé et fluet a valu le nom typique de Lange Fan.

Voici Flessingue et ses vastes installations maritimes, ses quais, ses bassins, ses docks, sa gare. Ils semblent bien vides, bien déserts; l'herbe envahit les carrelages et les déchausse. Les résultats pratiques n'ont guère, croyons-nous répondu aux sacrifices et aux efforts et, malgré sa situation privilégiée, le port de Flessingue paraît morne et lugubre.

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