Celle-ci a été organisée par Mme RudakofT
l'imposante majesté et de la beauté hiératique des mosaïques, des icônes de Sainte-Sophie de Kief aux mauvais essais de peinture et de sculpture des Uniates, il y a un abîme. Les etforts dépensés par les Latins ont donné de tristes résultats artistiques dans ces contrées conquises à la chrétienté par Byzance. Cette action des Uniates s'est exercée, non seulement en matière d'art religieux, mais aussi sur les cérémonies du culte. Pour n'en citer qu'un exemple, actuellement, les orthodoxes de la Petite-Russie sont baptisés par aspersion et non par immersion. Quant aux usages domestiques, il en est aussi qui furent modifiés par les Uniates. Ainsi, les Grands-Russiens
POTERIES PETITES-RUSSIENNES.
(Photographie de la princesse Mirsky.
ne mangeront jamais un pigeon, tandis qu'un Petit-Russien ne croira pas manquer à ses devoirs en se nourrissant de la chair de cet oiseau.
Il semble, quand on examine les portraits et les armures des hommes célèbres qui illustrèrent la Petite-Russie pendant la période des Iletmans, que pour les ajustements et les objets d'équipement, on n'échappa pas à l'influence de l'Orient.
Gomme l'exposition ethnographique constitue un enseignement pour les yeux de ce qu'est la vie rurale et de ce que sont les industries des habitants des campagnes,' nous en parlerons en môme temps que de nos excursions dans les villages.
Quittons donc cette grande ville de Kharkoff, de fondation ré-
cente, commerçante et riche, dont notre aimable consul, M. Girodroux, a su nous rendre le séjour agréable. Nous voici a la campagne et c'est à la campagne que se révèle le charme et l'intérêt que présente la Petite-Russie.
Durant notre séjour à Guiowka, propriété du prince Mirsky, nous visitâmes les villages. Au marché de Lubotine, nous commençons notre récolte de poteries et nous avons la chance de rencon-
UN KOBZAR. — VILLAGE DE LUBOTINE, GOUVERNEMENT DE KII VRKOFF. (Photographie du baron de Baye.)
trer un kobzar. Or, ils deviennent rares, ces chanteurs ambulants qui, durant des siècles, ont joué un rôle considérable en Petite- Russie. Les kobzars sont des aveugles qui, conduits par un enfant, vont de village en village, de foire en foire.
Le kobzar n'est pas un poète, car il n'a rien créé, mais il est le gardien du trésor de la poésie populaire et, de kobzar en kobzar, les chants les plus anciens se sont conservés et perpétués. On les a qualifiés de " rossignols des temps passés ". Le kobzar n'est pas un vagabond, ainsi que son aspect pourrait le faire croire; il
EN l'ETITE-UUSSIE
se regarde comme revêtu d'un sacerdoce ou, au moins, comme investi d'une mission supérieure et, quand il accorde son instrument, un silence respectueux règne autour de lui, qu'il se trouve au milieu de paysans ou bien de personnes d'une classe élevée. Dans les temps où les Petits-Russiens avaient à se détendre jour-
KOBZAR LYUNIQUE. — GOUVERNEMENT DE POLTAVA.
nellement contre les envahisseurs de leur territoire, les persécuteurs de leur foi et de leurs traditions, les oppresseurs de leur chère liberté, les kobzars, en contact constant avec le peuple, avaient sur lui un grand ascendant.
Les chants des kobzars rappelaient les hauts faits des aïeux, entretenaient les sentiments d'honneur et de lierté, stimulaient la haine contre l'ennemi en prêchant la guerre Sainte.
Le kobzar esta la fois un barde et un psalmode, car il accom-
EN PETITE-KUSSIE
pagne son chant avec un instrument. Le kobzar tire son nom de kobza, instrument à cordes, dont les sons doux, ne couvrant pas la voix, s'harmonisent bien avec le récitatif. On appelle aussi kobzars, par extension, les joueurs de bandoura (bandouristes) et les joueurs de lyra (lyrniques). La lyra ressemble à la vielle et émet des sons plus criards que la kobza et la bandoura.
CHAUMIERE DU VILLAGE DE KOTOVKA, GOUVERNEMENT I) ÉK ATEKINOSLAV. (Photographie du baron de Baye.
Voulez-vous avoir une idée des poésies que chantent les kobzars"? Voici la traduction de l'une d'elles :
(( Là-bas, sur la montagne, les moissonneurs moissonnent; au « pied de la verte montagne, chevauchent les cosaks.
<( Le premier à l'avant-garde, Dorochènko conduit ses vaillantes « troupes en bon ordre.
« A l'arrière-garde, c'est l'Hetman Sagaïdatchné l'imprévoyant,
« qui a échangé sa femme contre une pipe et du tabac. « Eh! re- « viens donc, Sagaïdatchné l'imprévoyant, rends-moi la pipe, « reprends ta femme. » Et il répond : « Je n'ai pas besoin d'une « femme, tandis que le tabac et la pipe sont nécessaires à un cosak « quand il part pour la guerre. »
Les trois quarts des habitants de la ville de Kharkoff sont des Grands-Russiens, tandis que dans le gouvernement de Kharkoff,
CHAUMIERE DU VILLAGE DE GAVRONTZY, PRES POLTAVA. (Photographie du baron de Baye.)
au contraire, les trois quarts de la population sont Petits- Russiens.
Mais en parcourant les villages de cette région, on constate, non sans regret, que le costume national y est de plus en plus délaissé. Le mode de construction des habitations est bien celui qui caractérise la Petite-Russie. La chaumière ne se nomme pas isba, comme dans le nord, mais khâta. Les murs sont laits de branchages adroi-
EN PCTlTE-ni'SSIE
tement tressés et enduits de chaque côté d'une couche compacte de limon. Les parois tant extérieures qu'intérieures sont soigneusement blanchies chaque semaine ou, au moins, tous les quinze jours. Les fenêtres sont étroites et, parfois, ainsi que les portes, encadrées de peintures voyantes.
La toiture est en chaume; sur un des côtés, elle forme un
CHAUMIERE DU VILLAGE DE GAVRONTZY, GOUVERNEMENT DE POLTAVA. (Photographie du baron de Baye.)
auvent soutenu par des montants de bois, sous cet abri, une saillie de la muraille sert de banc. Elles offrent un spectacle plein de charme, ces khâta pittoresquement disséminées en un large espace et cachées dans des jardins d'arbres fruitiers, où les tournesols dressent leurs larges tètes garnies de graines dont les paysannes sont si friandes. Et quand je vous dirai que les Petites-Russiennes aiment les fleurs, vous ne serez pas surpris d'en trouver près de toutes les portes. En été, les jeunes filles s'en font des diadèmes et
dans les chants populaires, naturellement, les fleurs ne sont pas sans jouer un rôle. Jugez-en :
« Balance-loi, ma nacelle, balance-toi sur l'eau. « Balance-toi comme un berceau et vogue vers les filles du « laboureur.