‹ En Petite-RussieChapitre 8 sur 9 · I. Mademoiselle île la Guéronnière · texte numérisé non relu

I. Mademoiselle île la Guéronnière

cataractes. En effet, le territoire des Zaporogues était situé au sud des cataractes du Dnièpre. Les îles nombreuses que forme ce fleuve leur servaient de refuge; à l'occasion, ils établissaient des camps retranchés dont les fortifications consistaient en des travaux de terre. Mais, avant de vous donner plus de détails sur les Zaporogues, je charge un Petit-Russien, le célèbre peintre Répine, de

CHAUMIERE DU VILLAGE DE GOUPALOVKA, GOUVERNEMENT D KKATÉR1NOSLAY. (Photographie du baron de Baye.)

vous les faire connaître. C'est lui qui a peint le tableau que vous avez sous les yeux et qui est tout un enseignement. Cette toile ne vous fera pas seulement saisir les détails du costume et des mœurs, mais elle offre aussi un intérêt historique.

Alors que les Zaporogues, au xvie siècle, avaient pour ataman, c'est-à-dire pour chef, un nommé Sirko, le Grand Turc leur envoya l'ordre de se soumettre : « Moi l'ombre du soleil, le reflet de la « lune, le petit-fils et neveu de Mahomet, etc., etc.. »

INTÉRIEUR D'UNE CHAUMIÈRE. — VILLAGE GOUPALOVKA, GOUVERNEMENT D'ÉKATÉRINOSLAV.

(Photographie du prince Ouroussoft.)

Les Zapo rognes s'étant réunis, répondirent à cette injonction par quantité d'injures correspondant aux titres dont le Grand Turc avait fait suivre son nom. L'expression donnée à chaque personnage reflète à quel point il est heureux de renchérir sur son voisin pour trouver des épithètes plus sarcastiques à l'endroit de l'étranger qui osait se permettre de leur donner des ordres.

Les détails de celte toile sont pleins d'exactitude. Vous voyez, par exemple, les têtes rasées portant seulement cette longue mèche de cheveux appelée tclioub. Les types qui figurent sur ce tableau sont de véritables cosaks. En effet, l'artiste a tenu à être scrupuleux et il a banni toute fantaisie dans la longue préparation de son œuvre. Les personnnages qu'il a représentés, il les a choisis, les uns au village Kalcha (gouvernement de Tchernigoff), qui appartenait alors à M. Tarnowsky, fondateur du musée petit-russien 4, et a pris les autres parmi les cosaks du Kouban.

En effet, en 1774, sous le règne de Catherine II, les guerriers zaporogues furent envoyés au Kouban, Caucasie du nord. Ouant à ceux qui ne voulurent pas se soumettre, ils émigrèrent en Turquie où ils reçurent des terres du Sultan. Leurs descendants s'y trouvent encore près de Brousse, et ils sont connus sous le nom de Nékrassoftsy, nom qui dérive de celui de Nékrassoff qui fut un de leurs atamans.

C'est donc au Caucase et en Turquie que l'on peut voir les descendants des Zaporogues. Il n'en reste plus dans cette région pacifiée où ils ont jadis joué un rôle si important.

Vous savez d'où vient le nom des Zaporogues, vous connaissez leur costume et leur aspect, je vous dirai maintenant ce qu'ils étaient.

Les Zaporogues formaient une chevalerie non sans analogie avec celle des Templiers. Il est bien difficile de préciser l'époque de leur apparition. Les premières notions à leur sujet datent du xve siècle. La Pologne ne connut leur existence qu'au xvi" siècle. Le Dnièpre était la voie dont ils se servaient habituellement pour faire des incursions chez leurs ennemis. Us continuaient contre P>yzanceles invasions à la manière des bandes slaves organisées par les Varègues et défendirent valeureusement leur territoire contre leurs voisins d'Orient et d'Occident. Ils parlaient une langue slave et

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pratiquaient, la religion grecque orthodoxe. Beaucoup de Petits- Russiens, pour se soustraire aux vexations de leurs voisins, quittaient leur pays pour se joindre aux Zaporogues dont le nombre croissait annuellement par suite de l'afflux de contingents venus de Grande-Russie, de Pologne, de Moldavie, de Valachie, de Bulgarie et, parfois même, de la Tatarie avec laquelle ils guerroyaient constamment. Tous ces réfugiés, tous ces mécontents, tous ces amoureux de liberté étaient bien accueillis, mais à la condition d'embrasser l'orthodoxie. Tous ceux qui vivaientà la Sêtché, c'està-dire au camp, devaient rester célibataires. Le camp était absolument interdit aux femmes. La devise des Zaporogues était : obéissance absolue au chef, mépris de la mort et des dangers, partage égal du butin, libre élection de l'ataman.

Gomme vous le voyez, les Zaporogues ne constituaient pas une race, mais une confrérie, une association, ils formaient une sorte de république.

Dans un pays parsemé de vastes marais impénétrables où ils pouvaient se dissimuler, les Zaporogues, qui avaient aussi pour abri les roseaux et les rochers du Dnièpre, devinrent le fléau des Tatars. En effet, c'est tout d'abord contre les Tatars de Crimée et les Turcs que les Zaporogues combattirent comme champions de la chrétienté. Ensuite, vers le règne de Sigismond III et lors de la proclamation de l'union des deux églises, les Zaporogues s'insurgèrent contre la Pologne et se constituèrent les défenseurs de l'orthodoxie. Les hostilités contre les Polonais commencèrent «à la lin du xvr siècle et se terminèrent vers 1654. Alors, le célèbre hetman Bogdan Kbmelinstzky demanda protection à la Russie; la Petite-Russie devint dès lors vassale et fut complètement annexée à l'Empire par Catherine la Grande.

Samuel Wélitchko, un ami de Kotchoubey et un ancêtre du poète contemporain très estimé, Basile 'Wélitchko, fut au xvme siècle l'historien de la Petite-Russie et le représentant des sentiments slavophiles qui dominaient dans le peuple, et ce peuple regardait le gouvernement russe comme un libérateur.

Quand les Zaporogues vinrent à Pétersbourg saluer l'impératrice Catherine, on leur montra l'Ermitage et les diamants de la tzarine, puis on leur demanda s'ils leur attribuaient une grande valeur. « Assurément, tout cela vaut beaucoup, répondirent-ils, « mais moins qu'une bonne pluie au mois de mai. »

Le rôle historique des Zaporogues avait pris fin, mais leur souvenir se retrouve dans la poésie de ces pays qui furent témoins de leurs exploits. Ecoutez donc ces échos lointains, mais vivants, qui vous feront connaître leur passé glorieux. Et d'abord, les vers consacrés par Gheftchenko à Ivan Pidkova.

« Autrefois, en Ukraine, les canons grondaient; les Zaporogues « vivaient en maîtres, ils ne cherchaient que gloire et liberté. Ces « temps ont passé. Dans la steppe, il n'est resté que des tombeaux, « des tombeaux qui se dressent comme des montagnes. Là sont « couchés les ossements blanchis des cosaks.

« Ces tombeaux qui noircissent l'horizon racontent au vent les « hauts faits des guerriers qu'ils recouvrent. Les descendants de « ces héros, eux qui portent la faux du moissonneur, célèbrent la « gloire de leurs ancêtres.

« Oui, jadis en Ukraine, partout joie et douleurs éclataient à la « fois. L'eau-de-vie et l'hydromel coulaient abondamment dans les « verres.

« Oui, la vie fut belle dans notre Ukraine. Ce souvenir soutece géra notre cœur.

« Au delà du golfe, voilant le soleil et le ciel, surgit un immense « nuage noir. La mer bleue mugit, hurle et bondit comme un « fauve, elle envahit l'embouchure du Dnièpre.

« Allons, enfants, montez sur vos bateaux, la mer s'amuse, « hâtons-nous de voguer sur ses ondes. »

« A ce cri, les Zaporogues couvrirent, en chantant, le golfe de « leurs bateaux.

« Mer, bouillonne ; vagues, dressez-vous; ciel et terre, dispa- « raissez; que l'on ne voie que vous, montagnes humides.

« Quel cœur ne se serrerait pas devant un tel spectacle. Quant « aux cosaks, ils se sentent dans leur élément et ils voguent, « accompagnés d'un vol de mouettes.

« L'ataman seul sait où il les mène. L'ataman, la pipe aux « lèvres, parcourt fiévreusement le bateau de long en large, il « regarde de tous côtés. Les cosaks se demandent à quel exploit « il les conduit.

« L'ataman tord ses moustaches et s'entortille l'oreille de son « tchoub, soulève son bonnet et s'écrie : « Périssent les ennemis! « Ce n'est pas, vaillants compagnons, vers Sinope que nous niions,

« mais vers Tzargrad, chez le Sultan même, pour lui faire une « visite! »

« Bravo! pèreataman », crient les cosaks. Il répond: « Merci, mes « braves ! » Et l'ataman couvre sa tête, et de nouveau la mer en « furie pousse les bateaux.

« Puis, silencieux, l'ataman mesure du regard l'immensité des « flots ! »

La poésie que je viens de vous traduire vous a montré les Zaporogues sur mer. En voici une de Schogoleff, retraçant un épisode qui vous peindra quel était le caractère de ces guerriers.

« Le Zaporogue quitte son camp (sétché).

« Il part pour son pays natal.

« C'est Là qu'il a laissé père, mère et aussi sa fiancée.

« Il met son bonnet sur sa tête et fait flotter les pans de son « cafetan.

« Il a traversé la steppe (diko polé).

« Il crie à son cheval :

« Holà mon coursier, mon cher coursier. Nous voici en pays de « l'Hetman. Nous avons de l'eau jusqu'à la bride et de l'herbe « jusqu'aux genoux. »

« Il poursuit sa route.

« Il quitte Krementchouk.

« Il traverse la rivière Vorskla.

« Il entre à cheval dans le village.

« Il longe la rue.

« Il frappe de sa lance une porte cochère.

« En criant : « Pougou ! pougou ! »

« Sa tante sort et reconnaît le cosak.

« — Hé! bonjour, ma tante!

« Où sont donc mon père et ma mère?...

« Pourquoi ne viennent-ils pas à la rencontre de leur fils? »

« — Ton père et ta mère, mon enfant, t'ont attendu longtemps, <( bien longtemps!

« Ils se sont ennuyés de t'attendre.

Aussi tous deux sont-ils morts. »

« Dès que le cosak entendit ces mots, il fit le signe de la croix.

« Il jeta un regard scrutateur sur sa maison.

« — Mais, ma tante, que me diras-tu de celle que j'ai aimée, « que me diras-tu de Catherine?

« Peut-être a-t-elle pris mari?

« Peut-être déjà a-t-elle des enfants?

« Qu'elle soit heureuse, très heureuse,

« Si elle est encore en vie!

« — Elle n'est pas morte, mon cosak, mais, dans son noir cha- « grin, elle a pris le voile.

« C'est au monastère qu'elle se trouve maintenant.

« Ô! qu'elle était belle, quand elle a placé sur son gracieux « visage, le voile noir! »

« Le guerrier écouta et ne dit mot.

<( Il saisit sa pipe entre ses dents, fouetta son cheval, poussa un « grand cri :

« Holà! Holà! mon coursier, mon cher coursier. »

« Il se pencha jusqu'à la selle et il partit comme une flèche « pour retrouver les espaces immenses de la steppe ! »

Vous avez une idée de ce qu'étaient les Zaporogues, passons donc à une autre matière, car le temps ne me permet pas de m'étendre plus longuement à leur sujet.

Puisque nous sommes dans l'ancien pays des Zaporogues, sur les rives de l'Orel, il convient d'indiquer qui les a remplacés dans la région, de quels éléments est composée la population actuelle. Les grands villages qui s'y trouvent datent de la colonisation opérée sous Catherine II. Les habitants sont des Petits-Russiens, et comme ils sont assez éloignés de la voie ferrée, ils ont conservé le costume si délaissé ailleurs.

A Kotovka, j'ai pu voir, grâce à M. d'Alexéïelf, une réunion de jeunes gens et de jeunes filles dans leurs costumes nationaux. Ils ont chanté, ils ont dansé, mais en formant toujours deux groupes à part.

Les hommes portent des chemises au plastron finement brodé, ouvertes sur la poitrine et fermées au col par un petit ruban. Us renferment les pans de cette chemise dans un pantalon très large, plissé à la taille qu'ils enserrent d'une ceinture de couleur voyante. Ce détail de toilette distingue les Petits-Russiens des Grands-Russiens, dont la chemise forme blouse. Leur cafetan ou justaucorps

est en drap foncé et ils sont coiffés d'un bonnet de peau d'agneau dont la laine frisée est généralement d'une teinte grise.

Les jeunes filles ont plus que les hommes le goût des couleurs voyantes, mais comme ces couleurs éclatantes et bariolées leur vont bien !

Un corsage (corsetka) ajusté, à basques plissées, laisse voir les larges manches de leur chemise qui sont garnies de broderies où

TRAVAIL DU CHANVRE. — KOTOVKA, GOUVERNEMENT l/ÉKATEIUNOSLAV. (Photographie du baron de Baye.)

le rouge domine. La jupe est remplacée par les plakhta, étroites bandes de laine tissées au village, attachées à la taille; elles pendent jusqu'au genou et laissent dépasser le bas de la chemise orné d'un entre-deux brodé avec fils tirés. Les pieds sont chaussés de bottes de cuir vert, jaune ou, de préférence, rouge.

Des colliers en grains de corail ou de verre de couleur garnissent le cou et pendent sur la poitrine. En langue petite-russienne, ces parures sont nommées monista, et les monnaies qui les accompagnent, doukatchi, mot qui signifie ducats. Ces médailles sont

EN PETITE- liliSSIE

suspendues par des bélières plus ou moins ouvragées. Les médailles en or sont, rares; celles en argent, dorées d'un côté, sont plus abondantes. Les plus anciennes que j'aie rencontrées sont du xvne siècle. Il en est à l'effigie de Pierre le Grand, de Pierre II, des impératrices Elisabeth, Anna et des deux Catherine. On en rencontre également d'allemandes, de polonaises et

PAÏSANNES DE KOTOVKA.

(Photographie du baron de Baye.)

d'autrichiennes, et cela s'explique par le contact de ces populations avec l'Occident. Du reste, les plus nombreuses datent du dernier siècle, et il en est de très récentes, en métal blanc, qui satisfont à peu de frais ce goût de la parure et que l'on achète dans les foires. Une des danseuses de Kotovka exhibait un de ces ornements d'un travail grossier, décoré d'un côté d'une tète de femme, une République, et de l'autre d'un aigle à deux tètes entouré de celte singulière inscription en lettres latines :

Importation de marchandises diverses.

EN PETITE-HUSSIE

Les jeunes filles portent sur la tête comme une auréole de fleurs mélangées de clinquant. Par derrière, cette couronne est ornée d'un flot de rubans multicolores qui tombent sur le dos autour d'une abondante natte de beaux cheveux. Vous savez que les femmes, après leur mariage, cachent complètement leurs cheveux.

En général, et je l'ai déjà indiqué, les jeunes filles dansent

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KOTOVKA, GOUVERNEMENT D'ÉKATÉRINOSLAV. — DANSE PETITE-BTISSIENNE. (Photographie du baron de Baye.)

ensemble, deux par deux; il en est de même pour les jeunes gens.

Alors que cette fête se déroulait sous nos yeux, le paysage qui lui servait de cadre était empreint d'une tonalité pleine de charme et de douceur, il était comme un décor souriant; les couleurs tranchées et bariolées des ajustements revêtaient une note gaie; les danses étaient pleines d'entrain; les visages s'épanouissaient, laissant voir de magnifiques rangées de dents.

Aux danses animées et joyeuses, succédèrent les chants, les chœurs.

Gomme ces Slaves de l'Ukraine aiment, comprennent et interprètent bien la musique ! Mais aussi, combien les accents de cette musique sont-ils d'une beauté mélancolique. Il émane d'elle un reflet du caractère national, un reflet du passé historique de ce peuple. Ses chants d'amour ressemblent a des soupirs; ses chants guerriers disent d'Apres désirs de vengeance, ses chants

KOTOVKA, GOUVERNEMENT D'ÉKATÉRINOSLAV. — DANSE PET1TE-RUSSIENNE. (Photographie du baron de Baye.)

nationaux sont remplis de plaintes. Le souvenir de la séparation de ceux qui s'aimaient évoque la pensée des incursions dont le pays eut jadis tant à souffrir; de la mort qui, dans les combats héroïques contre les envahisseurs, planait sur ses habitants; des captivités si fréquentes que l'espace et le fer de l'ennemi rendaient trop souvent éternelles.

L'action inéluctable du temps a l'ait certes subir aux hommes et aux choses des changements qui les ont profondément transformés, qui ont créé un monde nouveau; mais, en dépit de ces modi-

tications, il subsiste ici comme un parfum du passé que l'effet des siècles n'a pu faire disparaître, qui ne s'est pas évaporé; ce parfum, c'est cette poétique mélancolie dont le charme est si séduisant et si captivant.

Le Petit-Russien est intelligent; il n'est pas dépourvu de finesse; lorsque ses qualités naturelles sont cultivées, qu'il a reçu de l'ins-

KOTOVKA, GOUVERNEMENT D ÉKATÉRINOSEAV. — EN PAYSAN PETIT-RUSSIEN. (Photographie du baron do Baye.)

truction, s'il s'adonne aux sciences ou aux arts, il lui arrive souvent de réussir.

Vous énumérer tous les Petits-Russiens qui ont acquis de la renommée dans le passé ou dont le nom est aujourd'hui avantageusement connu, serait trop long. Mais il est impossible de parler de la Petite-Russie sans citer Gogol, ce génie immortel qui incarne si bien ce que l'esprit petit-russien a de plus exquis, de plus délicat, de plus charmeur, de plus-élevé et aussi de plus sar-

castique. Si ses œuvres ont été écrites en russe, c'est en Petitl'Uissien qu'il a pensé. Le fait est des pins intéressants à noter. Pendant sa jeunesse, il éprouvait un inlassable plaisir à écouter les chants des kobzars; et l'inlluence de ces poésies contribua beaucoup à former son talent si original, si plein de saveur, de sève et d'envergure. Gogol est surtout un satirique ; c'est aussi un novateur ;

KOTOVKA, GOUVERNEMENT D'ÉKATÉRINOSLAV. — DANSE PETITE-KUSSIENNE,

(Photographie du baron de Baye.)

mais, par-dessus tout, c'est un maître, un grand maître et, on peut le dire, le fondateur de l'école réaliste. Dans sa prose cadencée, il dépeint, tel un poète excellent, de façon incomparable, la splendeur vraiment divine des nuits de l'Ukraine, l'imposante majesté du Dnièpre, le charme mystérieux de la steppe. Les descriptions qu'il a données de son pays natal sont d'incontestables chefsd'œuvre et par le talent qu'il y déploie, et par la constante sincérité, et par le don de traduire les beautés naturelles. Quant à ses pein-

EN PETITE- UUSSIE

tures de mœurs, outre leur valeur littéraire, elles offrent quantité d'enseignements à l'ethnographe et au psychologue.

Né dans une famille de noblesse provinciale où les traditions et les légendes cosakes étaient pieusement conservées, Gogol posséda à un très haut degré et ne cessa de cultiver, de développer en lui les qualités qui sont l'apanage des enfants de la steppe. En lui, s'incarnent l'esprit, le caractère et les aspirations de la noblesse cosake.

Son souvenir demeure vivant en Petite-Russie, car le gouverne-

l'AliURES PETITES-RUSSIENNES. .

(Photographie de la princesse Mirsky-)

mentdePoltava s'enorgueillit de l'avoir vu naître. On rencontre un peu partout des bustes de lui; des écoles, des théâtres portent son nom; mais ce souvenir, semble-t-il, persiste surtout dans ces campagnes riantes où il a puisé ses plus hautes inspirations; Gogol se perpétue principalement parmi ces populations cosakes qui sont lières d'avoir donné à la Russie un génie si grand, si populaire.

Il convient aussi de ne point passer sous silence cet enfant du peuple, ce serf émancipé que fut Gheftchenko1.

La vie des cosaks a été remplie d'exploits héroïques, d'entre-

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