Né en 1814 : mort en
prises audacieuses et d'épreuves terribles, mais elle fut aussi caractérisée par une gaieté bruyante, exubérante, qui avait quelque chose de réconfortant.
Au contraire, l'existence du paysan, soumis au joug religieux et
Gogol (1809-1852).
politique de peuples voisins, pressuré par le propriétaire polonais et parle commerçant juif, menacé par les hordes musulmanes, rançonné par la classe guerrière des co.saks, l'existence du paysan, dis-je, n'a guère été marquée que par des épreuves. Les poèmes de Cheftchenko, écrits en [langue petitc-russienne, sont l'écho
des amertumes et des angoisses qui furent le lot des paysans; ils ont souvent l'allure d'une plainte dolente, d'un soupir douloureux.
La mélancolie en est la note dominante et cette mélancolie, traduite en accents admirables, s'harmonise bien avec l'état d'âme de ces populations rurales chez lesquelles les souffrances et les douleurs du passé ont laissé de si profondes empreintes.
Gogol et Cheftchenko, issus de deux classes différentes de La société, ont prouvé, dans leurs œuvres magistrales, que l'amour du sol natal était une passion commune au noble et au serf, qui se confondent dans le même culte d'admiration pour leur chère et belle Ukraine.
La Pelite-Russie était alors celle de l'ancien temps, elle se distinguait encore de la Grande-Russie. Catherine la Grande a transformé les steppes désertes de la Petite-Russie qui sont devenues une région d'une fertilité prodigieuse, un grenier d'abondance, mais elle n'a pu modifier les traits dislinctifs du caractère de ses habitants.' C'est ce qui nous a fait dire, il y a quelques moments, qu'il subsistait en Ukraine comme un parfum du passé que l'effet du temps n'avait pu faire disparaître.
Elle n'est pas très lointaine, l'époque où le Grand-Russien traitait le Petit-Russien deKhokliol, et où le Petit-Russien lui répondait en le qualifiant de Kotzar. Le mot Kotzar signifie bouc et les Petits-Russiens l'appliquaient aux Russes du nord parce que ceuxci se distinguaient par le port de la barbe, tandis que les Petits- Russiens ne laissaient croître que la moustache. Quant au mot Khokhol, c'était une allusion à la longue mèche de cheveux, le tchoub des cosaks de jadis. Les descendants de ces cosaks ne portent plus le tchoub et leurs mentons sont généralement pourvus de barbe; aussi, pensais-je que l'épithète de Khokhol était depuis longtemps tombée en désuétude. Quelle erreur! En effet, à mon retour de la Petite-Russie, je séjournai à Saint-Pétersbourg et, en décembre dernier, comme je me rendais en traîneau de la Perspective Newsky à la Grande Morskaïa, un groupe de jeunes gens me rappela, sans le vouloir, à mon rôle d'ethnographe en me criant d'un ton plein de gaieté : Khokhol! Pourtant, je portais la barbe, ma tête n'était pas rasée, elle n'était pas ornée du tchoub, mais elle était couverte d'un bonnet de peau de mouton de couleur grise, un vrai bonnet de Petit-Russien acheté àPoltava. Voilà pour
EN l'ETITE-KUSSlE
quelle raison un Français qui revenait de Petite-Russie fut pris pour un Petit-Russien authentique.
Je n'ai pu vous tracer qu'une esquisse sommaire et bien inco-
Cheftchenko (1814-1861).
lore de ce pays où le caractère slave apparaît avec de si intéressantes nuances locales, où la terre esl si prodigue de récoltes abondantes, de ce pays où se déroulent des plaines immenses, comme intinies, qui ne sont pas fermées vers l'Asie.
m EN PETITE-RUSSIE
Bien que j'aie fait mon possible pour être bref, j'ai à m'excuser auprès rie mes indulgents auditeurs et de mes bienveillantes auditrices d'avoir quelque peu abusé de leur attention. En manière d'absolution, je ne leur demande qu'un mot, je ne leur demande que de me dire tout simplement :
Nitchévo !
621i. — Lib.-Imprimeries réunies, B, rue Saint-Benoît, 7. — Motteroz, directeur.