AVANT
Juin 1915. — Devant Angres, 4 heures du soir. — La plaine repose. — Les hommestaupes sont assoupis au fond des boyaux. Au ras de la tranchée, des coqueHcots se balancent au soleil. De temps en temps, une marmite passe avec un bourdonnement étrange, irrégulier, semblable au roulement d'un railway aérien, et va s'écraser plus loin.
Les toiles de tente, tendues des parapets
aux pare-éclats, procurent une ombre chaude;
dans chaque rais de lumière bourdonnent
des essaims degrosses mouches qui s 'acharnent
sur des débris.
Au creux des alvéoles, aménagés dans la terre, et surélevés du fond de quelques centimètres, mes camarades d'escouade dorment.
Moi je veille, par ordre, et aussi par dégoût du sommeil. Ah ! ce que j'en ai écrasé depuis le début de la campagne !.,.
Je glisse un œil au créneau : à gauche la fosse Galonné, devant Souchez, à droite le plateau de Notre-Dame-de-Lorette.
Mon régiment a fait son devoir. Plus tard, sur son drapeau, on écrira d'abord :
Les Éparges Loreite
Je t'aime mon régiment !...
Parisien isolé parmi les rudes Vosgiens qui te composent, les premiers jours, j'ai pu me croire un isolé, un étranger. Mais bien vite, mon cœur s'est mis à battre à l'unisson de ceux de mes camarades. Malgré leur écorce rugueuse — tout le monde ne peut naître entre la Bastille et la Madeleine — j'ai senti les affinités de la race commune, Certes