SCENE IV
Le petit Césaire, le Lieutenant, le Colonel, Marthe.
LE PETIT CESAIRE
(Presque pleurant) Partir! Pourquoi partir? Ne nous aimes-tu plus?
LE LIEUTENANT
{Visihlemeni ému) Oh! oui, petit Césaire, je vous aime encore... peut-être plus que jamais... et je me souviendrai toujours de vous tous qui m'avez accueilli» soigné, sauvé...
MARTHE
(Hésitante) Mais il faudra revenir...
LE LIEUTENANT
Revenir! Qui sait? Ce n'est pas au front que je retourne...
LE PETIT CESAIRE
Pas au front ? Mais où donc vaa-tu puisque tu es soldat ?
LE LIEUTENANT
Il est pour les soldats, mon petit Césaire, des devoirs bien plus rudes parfois que de se battre...
LE COLONEL VouB retournez au Canada?
LE LIEUTENANT
Oui, et je pars dans deux heures. Notre pays augmente son effort militaire, il faui combler les vides, voyez-vous, et l'on réclame des officiers qui ont vu le feu... Je suis déHJgné... (La voix encore plus triste) J'éprouve à quitter la France,
des regrets profonds, je m'arrache d'elle, de sa beauté, de sa vaillance, et j'en ai l'âme meurtrie... J'avais rêvé, voyez-vous, comme si l'on pouvait encore rêver quand il y a la guerre...
MARTHE
{Très doucement) Il faut toujours rêver.
LE LIEUTENANT
Il était trop téméraire, aussi, mon rêve! Enfin... je l'emporterai en moi comme un soleil... Ah! comment m'est-il venu ce rêve audacieux?
LE COLONEL
{Presque bas) En souffrant!
LE LIEUTENANT
Oui, sans doute, en souffrant... {Attirant l'enfant) Au moins ne va pas m'oublier, toi, mon petit Césaire, car c'est qu'il va en passer beaucoup de soldats par ici, quand viendra la Victoire. Car elle s'approche, et tellement belle, tellement éblouissante, n'est-ce pas mon Colonel, que toutes les douleurs s'en trouveront consolées!
MARTHE
Et vous ne serez plus là...
LE LIEUTENANT
Hélas! Pourtant comme j'aurais voulu assister à cette chose immense qui sera la fin, et quelle fin! L'univers entier en tressaillera de fierté, mais c'est la joie de la France qui me donnera le grand bonheur... Enfin, le devoir a parlé, il faut obéir. "Partir, c'est mourir un peu" chante la romance... Comme c'est vrai! {Il regarde, avec attendrissement, le petit Césaire qui a aligné ses soldats de plomb, et s'endort tout contre eux, son fusil de bois serré sur son cœur) . Qu'il est heureux de dormir... ne le réveillez pas lorsque je partirai... J'aurais du mal à entendre sa petite voix me dire adieu... Voilà le moment... Dans un quart d'heure je dois être à la mairie pour la dernière formaUté... Je reviendrai, peut-être... plus tard... plus tard... dans des mois. {A ce moment éclate une canonnade furieuse. La maison en est tout ébranlée. Marthe et Paul se sont redressés pleins d'angoisse, et le Colonel désigne Reims dans le lointain).
LE COLONEL
C'est encore à la Cathédrale qu'ils en veulent, les bandits!
LE LIEUTENANT
Je cours aux nouvelles, et reviens tout de suite. (Il sort précipitaimnerû.)