VI . AVERTISSEMENT
je di/J'ame et moi je le nie. M. Marcel Cachin affirme, dans THumanîté, qu'il faut permettre cùux Russes de se diiriger librement. Mais gui donc les en empêche sinon une minorité séditieuse qui^ en novembre 1917, profitant de Vimmense détresse d'un peuple en désarroi, s*emparq du pouvoir par un pronunciamento à la mexicaine? Qui donc, sinon les mêmes conspirateurs, dispersa par la violence j le 21 janvier 1918, cette Assemblée constituante qui était V émanation sacrée de la Révolution? Le crime commis ce jouv-là, sous mes yeux, au Palais de Tauride, contre les élus du suffrage universel, n'a cessé de projeter une ombre livide sur les événements qiU allaient se dérouler par la suite en Russie. J\n appelle aux mânes de ces citoyens démocrates qui furent tués /e 21 janvier 1918 dans les rues de Péérograd. J'en appelle à tous ces constituants, à tous ces chefs socialistes révolutionnaires qui furent traqués sans merci par les bolcheviki 'et dont je coudoyai un si grand nombre dans les geôles de Moscou : seule r Assemblée pouvait parler au nom de la Russie.
Tous les subterfuges employés par les bolcheviki ne prévaudront par coyitre ce fait qu'ils formaient seulement la cinquième partie de ce parlement et qu'ils n'ont reçu depersonne le mandat de se substituer à lui. Une persécution chaque jour plus sauvage, ime tyrannie comme on n'en avait jamais vu prolongent le règne des usurpateurs et pourtant Vusurpation finira. Quand V Assemblée constituante aura repris ses délibérations, alors bien fou ou bien criminel celui qui prétendrait empêcher la Russie de déterminer ses propres destinées.
La victoire des « travaillistes » anglais aux élections municipales transporte de joie les socialistes français. Pourtant ceux-ci continuent à entonner la louange des bolcheviki russes. Contradiction!
Les travaillistes, avec leur programme de réalisations progressives^ ont des méthodes radicaler^ent différentes des frénésies mpscovites. Autant qu'on puisse comparer des partis
AVERTISSEMENT. vu
dnglais et des parhs russes, les travaillistes eussent eu quelques affinités avec la majorité' des membres de la Constiiuante; il^ n'en ofit aucune avec ses fourreaux.
Ceux de nos SQoialistes qui se sont solidarisés avec les terraristes russes ont commis une erreur de tactique; ils o^t été le^ j€tuets d'une aberration puisque^ par cette adhésion même, ils se déclaraient hQStiles à une Assemblée qui après avoir été élue par le suffrage universel fut, de la manièr^Kla plt^ révoltante, insultée. Ce crime sans excuse, ce péché originel des bolcheviki fut une molestation infligée à la Russie entière et voilà pourquoi toute entreprise ayant réellement pour but la restauration de la Constituante est, fondamentalement, légitime. —
La parodie d*une dictature du prolétariat aboutissant, dans la pratique, à une tyrannie exercée par un petit nombre de théoriciens monomanes^ de visionnaires^ de lunatiques, de bohèmes ou de galefreiiers^ est-ce dpnc là ce qui a séduit quelq%éeS'Uns de nos compatriotes, et dans leur naïf appétit de puissance, ont-ils cru que la démocratie française formée par 130 années de vie politique se laisserait subjuguer comme le malléable peuple des naoujiks blafards? Pour que le despotisme des bolcheviki pût s'imposer à la Russie, il a fallu, au préalable, Un ensemble de circonstances extraordinaires et tout à fait particulières à ce pays si primitif, des circonstçinces dont pas une seule n^ existe et ne peut exister en France,
Il ne faut voir dans le bolchevisme ni ce mythe d'idéalisme que contemplent dans leurs rêves certains socialistes fran* çais, ni non plus, un mythe d'épouvante infernale échappant inévitablement à toute observation positive. Le bolchevisme est une réalité, un ensemble d'actions que nous aurions à étudier objectivement et à nous efforcer de connaître.
Pour la première/ fois dans V histoire du monde, une grande nation a vécu pendant plus de deux années sous le régime communiste. Née d'un attentat et maintenue en vie par une série d'attentats, la république des Soviets, malgré