‹ En prison sous la terreur russeChapitre 4 sur 22 · MON ARRESTATION · texte numérisé non relu

MON ARRESTATION

Nous écrivions dans le bureau du Journal de Russie y à Moscou, vers dix heures du matin, le mardi 50 juillet 1918, quand il y eut, du côté de Tantichambre, un bruit de bottes. Aussitôt apparurent un jeune officier de Tarmée rouge et un soldat dont la stature était colossale. L*officier, cela sautait aux yeux, appartejiait à une race que la Russie naguère a persécutée. Le soldat était un Letton à moustaches couleur tabac; il était hérissé d'armes; son aspect était celui d'uii Peau-Rouge qui a déterré la hache de guerre.

L'officier ne salua personne, il s'assit sans y être invité, puis il exhiba un document que je ne lus pas car il était trop facile d'en deviner la teneur. Il déclara que, par ordre de la Commission extraordinaire, le Journal de Russie était supprimé à cause de sa propagande contre-révolutionnaire ; une^ perquisition allait avoir lieu dans nos locaux, et quant aux manuscrits que je venais de produire, immédiatement, avant son arrivée, il exigea qu'ils lui fussent remis.

« Fort bien, dis-je, et maintenant il ne nous reste plus qu'à rentrer chez nous.

-^ Cela dépend, fit le jeune Macchabée, vous êtes, à ce que je crois, 1^ féflacteur eji chpf et J'éfliteur responsable de ce journal. Dani§ ce c^^ voys i^'irej. pa^ chez vous mais vous devrez venir avec nous. Voici un mandat de la Commiss|0i^ ex|.r^prdippirp en vQrtu dviquel je vqu^ i[r\e\,s en état d'arrestation, j» ,

Ah diable! songeai-je, voilà qui va un peu loin. Mais, néanmoins, je m'efforçai de demeurer impassible. L4nterdiction prononcée au dam du Journal de Htissie ne m'avait ni étonné, ni même déplu; j'y voyais la plus propice des circonstances qui pussent mettre un terme, sans que j'en eusse pris moi-même la décision et qu'on eût rien à me reprocher, à des campagnes devenues inutiles. Fermer boutique et rentrer en France, cela m'eût paru un sort enviable, mais l'idée d'aller en prison m'était par contre antipathique.

J'avais, sans doute, maintes fois prévu, au cours de l'apnée 1918, que je pourrais finir par être arrêté mais, cependant, j'étais resté enclin à croire que cela n'arriverait pas, ou tout au moins qu'avisé à temps, j'aurais la possibilité de me rendre introuvable. Désormais, il n^y avait plus à tergiverser ou à nourrir de stériles regrets. J'étais pris! C'est ainsi que je montai, flanqué du jeune officier rouge et du Letton athlétique dans une correcte automobile qui, aussitôt, partit pour la rue Bolshaia Lioubianka où se trouvait le siège de la redoutable Commission extraordinaire. J'allais, fort peu de temps après, apprendre que la justice du peuple dispose d'autres véhicules et plus sinistres! Voilà comment débuta ma captivité à Moscou, époque lugubre, oui; vraiment la plus sombre époque de toute ma vie qui avait cependant été assez féconde déjà en aventures.

Au moulent où il me quittait après m'avoir remis entre les mains des gardiens débraillés de la Commission extraordinaire, le cauteleux officier rouge qui m'avait capturé se pencha vers moi et crut devoir bredouiller à mon oreille :

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