QU'ÉTAIT-CE QUE LE «JOURNAL DE RUSSIE
JE voudrais bien dire tout de suite ce que devint ma misérable vie et continuer directement mon récit. Mais, ce récit, il est indispensable de le situer; il faut expliquer quel était, antérieurement à mon incarcération, mon rôle à Moscou; il faut mettre le lecteur à même de juger si, oui ou non, j'avais commis Tune de ces imprudences ou Tune de ces provocations qui eussent, plus ou moins, fourni une raison au traitement qui allait m'être infligé. Si des maladresses insignes avaient pu m'être imputées, il est clair que la brutalité des bolcheviki se trouverait, à cause de cela, en partie excusée. Il est de ces témérités, il est de ces inopportunités, il est^ussi de ces imbécillités qui expliquent, sans les justifier tout à fait, les plus rigoureux châtiments. Quel avait donc été mon crime? -
Mon crime avait été exposé, tout au long, le dimanche 28 juillet, deux jours avant mon arrestation, dans un article de la Pravda signé Niourine, pseudonyme qui cache un fonctionnaire du commissariat des affaires étrangères. M. Niourine, lui non plus, n'est pas un Russe et, si je ne dis pas ce qu'il est, c'est que je ne veux pas paraître incriminer, globalement, une race, de vilenies dont les auteurs seuls sont personnellement responsables. Bien que le Journal de Russie fût édité depuis février 1918 à Moscou, après lavoir été pendant de nombreux mois à Pétrograd, et qu'il eût été fréquemment cité par la presse russe, l'article de
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