‹ En relisant les vieilles pages [microforme]Chapitre 13 sur 16 · TT · texte numérisé non relu

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dévouement; pourtant le silence qui l'enveloppe est celui de l'oubli.

Ceux pour qui elle a donné sa vie plus : l’homme

ne s’en souviennent ’une

uit,

quand ils ont peur et qu'ils appellent dans leur

ieman, maman ! Comme elle n'est pas toute entière

qur Lie core de bois tendu d'étofle, aux poignées terne,

i moisissures du beur une

i du palais qu’elle

issée, revient vers la demeure qui

illusions qui !

Par Un amour quelconque le trésor

ne s'arrête plus,

sera La mienne plus

dix ans, dans vingt tous ceux qui nous indifférence aura glacé cères affections, quand

ceux qui croient à la résurrection se promèneront réveurs dans le dortoir agrandi, par un jour sombre de novembre, plus d’une inconnue, apitoyée par notre solitude, s’attardera à épeler nos noms et à deviner quelle énigme se cache sous nos six pieds de terre.

Si nous sommes assez vaillantes pour mériter d’être alors des élues, combien nous paraîtront mesquines les petites préoccupations de la vie : le désir d’être aimée et la crainte d’être oubliée.

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La coiffe de Ste-Catherine ———"2"e"Catnerine

Dis donc, ma tante, où est-elle cette coiffe dont on parle toujours ? On disait, l’autre soir, que tu y mettrais cette année la dernière épingle. Elle serait jolie,

rieuse de sa nièce qui suivait, avec l’insouciance de ses douse ans, la pensée fugitive qui venait de lui traverser l'esprit, et c’est avec un sourire qu’elle répondit :

Imagination, mais je serais d'âge à en parer la statue de Ia sainte, si c'était la sou. tume ches nous. Me trouve-tu si vieille, Liette ?

fort et aussi souvent que moi.

issant la jupe de poupée qu’elle cousait l'instant d'avant, avec tant d'attention, Liette vient s'a sur l'épaule de tante Marthe pour lui dire d'un ton confidentiel :

—Est-ce vrai, ma tante, que tu as été aussi petite que moi ? Etais-tu une petite fille tranquille ou dissipée ? Quand tu as été grande, avais-tu un amoureux comme tes sœurs ? Pourtant, tu n’as pas de mari ! Ne penses-tu pas que c’est commode, un homme ? Il achète des provisions, il apporte l'argent à la maison, il s'occupe de tant de choses, auxquelles il te faut voir. Tu aurais dû en prendre un, il te trouverait belle quand tu mets ta robe bleue, ton collier et tes boucles d'oreilles, et tu es si bonne et si patiente, tes petits enfants auraient été bien heureux !:

Les questions répétées de Liette ont dispensé Marthe de répondre, que dirait-elle à l'enfant de son passé, qui puisse contenter cette soudaine fringale de curiosité ? Elle se souvient d’avoir été une petite fille très aimante, mais timide et renfermée, une sensitive, à laquelle elle aimerait à songer ce soir, où cette petite bouche innocente et sincère l’avertit qu’elle vieillit. Elle pense aussi à sa jeunesse un peu grave, qui ne fut pourtant pas dénuée d’affections. Avec la meilleure volonté possible, elle ne pouvait pas dire beaucoup de mal des hommes, que Liette jugeait avec un précoce optimisme. Si elle en a connu de légers et d'oublieux, elle a inspiré plus d’un sentiment sérieux, et c’est un peu la faute des circonstances, s’il n’y a ni mari, ni enfants qui l'entourent ce soir.

Liette est un peu embarrassée de ce mutisme inusité, mais le timbre de la vieille horloge lui fournit une heureuse diversion ; elle bondit sur ses pieds : Cinq heures, ma tante ! Maman dira, comme d'habitude, que je t’embarrasse trop longtemps. Merci pour le bon sucre à la

crème, que j'aime tant et dont tu me gardes toujours une grosse part. Je reviendrai bientôt, ma petite tante, et tu sais, je t'aime bien aussi.

Marthe a voulu attacher elle-même le manteau qui enveloppe chaudement sa petite visiteuse, elle a posé le chapeau sur les boucles blondes de Liette et boutonné les gants doublés, afin que les

t dans la glace sa physionomie attristée et sa robuste silhouette, elle ne peut s’empêcher de sourire.

Qu'’a-t-elle à regretter des bonheurs incomplets d’icibas ? Le mari que lui souhaitait Liette, même en remplissant toutes les conditions énoncées par l'enfant, eut pu la faire beaucoup souffrir, et les petits enfants qu’elle aurait soignés avec amour, en repartant pour le ciel ne devaient-ils pas briser son cœur ?

Ce qui serait dur, vraiment, ce serait de se sentir inutile et tant de besognes méritoires restent, en ce monde, aux célibataires de bonne volonté.

Aucun devoir encombrant d’une liberté que pourraient Jeunes filles et des femmes mariées, fait l’injure de se défier d’elle, et nul n charitables à travers la ville. Elle pouvait devenir l'âme d’une bonne œuvre, remplacer un enfant auprès

de vieux parents isolés, et devenir la mère d’un orphelin ou d’un abandonné. D'ailleurs, on n'est pas malheureuse si l’on travaille, si l’on aime, si l’on prie. Marthe est redevenue sereine et souriante, et, sur ces réflexions moins sombres, plane, avec la grâce d’une aile et la légèreté d’un papillon, la coiffe de Ste-Catherine.

FFE |

Réflexions d’une vieille épingle — "Me vieille épingle

C'est la brutalité d’un ouvrier qui m'a tirée de la

pour le punir... je l'ai cruellement déchiré. Quand il m'attira à lui, sans se douter que je l'avais blessé par malice, il voulut bien constater que je n'étais pas une épingle vulgaire et que ma tête caractéristique valait un parchemin

Le premier moment de stupeur passé, quand je fus moins éblouie par le grand air et par la lumière extérieure, je songeai presque à remercier celui que j'avais appelé mon bourreau. Une femme m'avait recueillie sur le meuble où l’on m'avait jetée et semblait fort inté. ressée par mon air vénérable ; elle aurait bien voulu

Si je déteste la violence, je suis sensible à la sympathie et je me gardai bien de meurtrir la petite main de ma nouvelle propriétaire. Je me mis doucement à la considérer, tandis qu’elle me déposait dans une coupe, sur un guéridon. De même qu’elle n’avait pu définir. mon âge, je n'aurais pu dire, non plus, si elle était jeune ou vieille, son aspect différant totalement des femmes que j'avais vues dans ma première existence. Je ne sus pas lire les pensées qui traversaient son front sans rides, encadré de cheveux châtains. Ses yeux gris, qui paraissaient avoit beaucoup vu et sa bouche qu’entr’ouvrait un sourire indulgent ne me livrèrent pas non plus leur secret. Elle était vêtue, malgré la saison rigoureuse, d’un tissu léger et sa jupe étroite, peu faite pour le mouvement, contrastait avec les crinolines dont je garde mémoire.

Certes, le temps avait marché depuis que je dormais douillettement dans cette retraite où la distraction d’une jeune fille m'avait laissée choir un jour; il avait marché tellement vite que je ne reconnaissais plus le mobilier, les habits et les visages et ce fut un soulagement d’apercevoir au loin par la fenêtre un peu de neige blanche, sans laquelle j'aurais eu peine aussi à reconnaître la nature extérieure. Au lieu des champs qui s’étendaient à perte de vue, je ne voyais qu’habitations pressées les unes sur les autres.

Le soir, je fus autrement ahurie : j’entendis un bruit sec comme une détente d’arme à feu..... et une lumière blanche comme un rayon de lune se répandit dans la chambre. Quelle rivale pour le luminaire de jadis, la chandelle fumeuse dans le quinquet de cuivre!

A l'appel d’une sonnerie endiablée, la femme vint s’asseoir en face d’une boîte de bois et tint pendant plusieurs minutes une Conversation avec un personnage invisible. Ces allures étranges me ramenaient, malgré moi, aux histoires d’enchanteurs et de magiciens fort à la mode au bon vieux temps.

Si les femmes qui vivaient alors revenaient en ce monde, elles ouvriraient de grands yeux devant les merveilles que l’on me fait admirer et dont j’entends parler; mais je crois bien cu’elles garderaient de la défiance envers Une époque si prodigue de nouveautés. Il se pourrait que dans leur naïveté elles y voient l’intervention du malin qu’elles craignaient de toute la sincérité de leur âme peu compliquée et dont on semble oublier l'existence en prenant tout ce que la vie offre de douceurs, en mettant de côté tous les devoirs génants.

De mon temps... il est permis à une épingle qui pourrait être votre grand’mère de dire ce qu’elle pense. . je crois que tout était mieux. La femme, dans la maison, était la gardienne du foyer et la reine, une souveraine qui ne craignait pas de mettre la main à la pâte. Les succulentes friandises dont elle régalait ses sujets eussent fait pâlir le menu des restaurants en vogue, et les tisanes de fleurs et d'herbes odoriférantes qu’elle préparait valaient tous les remèdes brevetés dont j’épèle les noms bizarres sur la couverture des revues.

Dans le domaine de cette aïeule, sur la table de la vaste cuisine ou de la salle à manger, il y avait la corbeille à ouvrage encombrée de ravaudages de toutes sortes et de laquelle surgissajent, aux jours de pluie,

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les histoires merveilleuses près desquelles les vues animées dont on me rabat les oreilles seraient bien monotones. Qui eût songé à laisser le cher logis pour s’enfermer pendant des heures, dans une salle obscure, avec des inconnus, pour regarder passer sur l'écran des tragédies révoltantes, malgré leur mise en scène luxueuse, et des comédies d’une vulgarité qui touche à l’idiotie ?

Les modes dont je parlais tout à l’heure seraient grotesques pour les belles dames que je vois sans cesse circuler à travers la vitre, dans des atours aussi ridicules, et qu’il faut, m’a-t-on dit, renouveler tous les trois ou quatre mois si l’on veut être considérée par une certaine classe de snobs.

Le bon sens des lointaines grand’mères n’eut pas permis qu’une robe se démode avant qu’elle soit usée. Elles n'étaient pourtant pas ennemies d’une mise soignée et ne marchandaient pas sur le prix de la soie aux cassures brillantes qui constituait leur toilette d’apparat avec la vraie dentelle que l’on trouve aujourd’hui dans les coffres de mariage, et dont leurs descendantes se parent volontiers. Que d’habitudes nouvelles elles trouveraient à critiquer, de ce ton ferme que je n’entends plus depuis que je suis revenue au jour, et qui savait si bien réprimer les abus. .......

L'épingle fatiguée se tut.... sans se douter que ses reflexions avaient été surprises et que l’on saurait quelles pensées graves s’agitaient dans sa tête presque centenaire.

La première semence FT Miére semence

On parlait de souvenirs, après le dîner. Chacun évoquait les siens, sentimentals ou gais, ridicules ou tragiques, quand un bon vieillard qui écoutait avec indulgence cette conversation mi-sérieuse mi-frivole, prit à son tour la parole :

—Parmi les meilleurs souvenirs de ma vie, dit-il, il ya celui où, tout enfant, on me choisit pour jeter la première graine dans le sillon entr'ouvert. Vous connaissez celte coutume de nos campagnes qui veut que la graine bénite à l’église, aux jours de la Saint-Marc et des Rogations, soit confiée à la terre par la main innocente

d’un enfant.

En revenant de l’église, le jour de la bénédiction des graines de semence, mon grand-père me dit : Mon petit Charlot, c’est à toi que revient cette année la faveur de jeter en terre la première poignée de grains et l’on espère que le bon Dieu donnera une moisson abondante parce qu’il sera touché de ton innocence et de ta faiblesse,

J'étais à la fois flatté et intimidé de l'honneur que me conférait mon aïeul. J'étais son favori, tout probablement parce que j'étais le plus jeune, et nous passions ensemble de bonnes journées à nous chauffer au

soleil, lorsqu'il fumait sa pipe et me taillait des bateaux avec son couteau de poche, de ses vieilles mains alourdies par les rhumatismes. Et sans refuser la part que m’imposait le chef de famille dans ce rite familial, je lui dis en me penchant sur son épaule, si bas que je dus le répéter deux fois : Au moins, pépère, vous me tiendrez par la main, pour que je ne sois pas gêné.

Je me souviens comme si c'était hier du clair matin où, à l’aube, toute la maisonnée s’achemina vers les champs. Il n’y avait dans l’azur du ciel que des petits nuages blancs et gris, présages d’une belle journée, et le soleil dorait les sapins de la montagne voisine. On +’entendait que le gai murmure de la petite rivière qui gazouillait sur les cailloux et le chant des oiseaux qui contruisaient leur nid dans les arbres recouverts de feuilles nouvelles.

Au milieu de tous mes parents, je marchais fier de l'importance de mon rôle, et sans crainte parce que la

/forte main de grand-père s’attachait à la mienne.

Et, après le grand signe de croix que l’on faisait chez nous avant chaque action importante, je lançai de toutes mes forces, dans la bonne terre entr'ouverte, la petite graine qui devait devenir, avec le bon vouloir de Dieula plante verte, l’épi doré, le pur froment, la farine, et le pain nécessaire à l’humanité.

Je sentis ce jour-là, dans mon esprit d'enfant qui ne connaissait pas les longs raisonnements, un peu de cette fierté qui devrait être celle de tout agriculteur, conscient de son rôle, à qui les hommes sont redevables, après Dieu, de leur pain quotidien.

Je n’ai jamais oublié ce matin de printemps et cette

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première poignée de graines que l’on me confia un jour, comme à la main la plus pure, pour que Dieu la bénisse et la féconde.

Il ne m’a point gardé dans le calme des champs, il ne m'a point donné les fonctions augustes du laboureur:; mais j'ai encore l’habitude avant de commencer un travail ou de lancer une idée, de la lui offrir par le même signe de croix ; et dans bien des moments difficiles, quand le devoir semblait obscur, j'aurais voulu retrouver la tranquille assurance que me donnait le voisinage de grand-père et l’étreinte de sa main secourable.

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Crépuscule

Le jour descend: là-bas sur les montagnes, il ne reste

qu’une étroite bande de pourpre et d’or, l’adieu du jour qui finit, l’espoir que demain le soleil nous réjouira encore.

A sa fenêtre, le regard perdu dans le vide, une femme est assise, le menton appuyé sur sa main ; elle suit dans un monde invisible des visions étranges, tour à tour gaies ou tristes, car sa figure, parfois s’éclaire d’une ombre de sourire, parfois aussi le pli amer des lèvres s’accentue et fait de son masque immobile la statue de la tristesse ou de l'ennui.

On ne voit presque plus... la broderie qu’elle tenait à la main s’est échappée. elle rêve encore.

Pauvre femme, ne te laisse pas aller à cette grisante mélancolie du soir. Fais retomber l’épais rideau qui te séparera de ce calme qui t’engourdit. Allume ta lampe, sa clarté douce dissipera les ombres qui te hantent.

Reprendés le travail interrompu, ce bouquet éclos sous tes doigts de fée portera du bonheur sous un toit. Ce vêtement commencé protégera le corps débile d’un pauvre malade ; cette lettre inachevée apportera à celle qui l'attend demain, avec la sympathie de ton amitié fidèle, l'appui de ton courage pour relever le sien.

Ne rêve pas! Si tu songes au passé, tes regrets ne sauront le ressusciter, ni le faire meilleur ; Si c’est l’avenir qui t'inquiète, mets-toi sous la garde de la Providence et ne redoute pas des malheurs chimériques. Songe

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plutôt que Dieu a veillé sur ta vie avec une bonté toute paternelle et qu’il prendra soin de toi aujourd’hui et plus tard, s’il te garde des lendemains. Tu ne sais donc pas que le bonheur arrive quand on ne l'attend plus, et s’il surgissait quelque jour, aurais-tu la force de lui dire : vous venez trop tard, je ne vous connais plus ?

Ne rêve pas, travaille, c’est le devoir et tu es une vaillante. Les hochets vers lesquels tu as tendu les bras eussent été pour toi, comme pour tant d’autres, inutiles ou nuisibles: ils ne t’auraient pas donné la joie qu’ils semblaient promettre, ou ils se seraient brisés dans tes mains, en te blessant de leurs débris informes. Ne rêve pas, espère en cette heure de Dieu qui sonne toujours dans le même lumineux clocher.

Ne scrute pas la félicité problématique des autres : songe plutôt aux parias que n’atteint jamais un rayon de bonheur ; aux prisonniers que gardent de hautes et sombres murailles, aux malheureux que Dieu ne poursuit plus de ses appels et qui sombrent dans le doute.

Oublie-toi devant toutes ces misères, et que tous les loisirs que te laisse le labeur journalier soient remplis du désir de soulager une infortune. Sois ingénieuse à la découvrir, adroite et généreuse à trouver un remède, et que ta charité s'adresse surtout au cœur, à ce vieux mendiant qui ne sait pas se faire au jeûne. Lorsque tu n’as rien de mieux à offrir : souris, ta gaiété est un trésor plus précieux que tu ne penses, et parmi les heureux du monde, plus d’un envie ton rire clair. Ne rêve pas, l’aube de ta vie est close, mais souviens-toi que la dernière lueur du crépuscule n’est pas seulement l’adieu du jour qui tombe, mais l'espoir consolant et la promesse d’un lendemain ensoleillé et sans nuages.

La meilleure année

J'allais mettre sur mon papier la vieille formule : “Je vous souhaite une bonne et heureuse année, quand une reflexion m’arrêta : Si vous alliez trouver, mes chères lectrices, mon souhait dérisoire ? Il yena tant parmi vous qui n’attendent pas de bonheur, il yena tant qui n’ont plus l’âge d’y croire et qui n’ont besoin que d’oubli et de résignation! Ne vaut-il pas mieux vous dire : Que cette année vous soit meilleure et qu’elle vous apporte une volonté plus ferme pour dompter la souffrance, une vertu plus solide pour lutter contre le mal, sous ses aspects multiples.

Sur cette page toute blanche de l’année nouvelle, souhaitons d'écrire le chapitre le mieux rempli de notre histoire ; celui qui en fera un chef-d'œuvre, celui qui sera notre consolation lorsque nous ferons notre adieu à la vie et à ses joies éphémères. Naïf roman, sombre élégie, récit monotone, ce n’est pas le talent de l’auteur qui en fait le prix, mais l’enseignement qui se dégage de l’œuvre ; ce ne sont pas les actions héroïques qui méritent les applaudissements, mais la beauté intérieure qui se reflète sur le visage disgracié d’ouvrières obscures, qui sèment dans le renoncement et la patience, les splendides moissons de demain. Et toutes, nous sommes capables d'écrire une page sublime, pourvu que nous déclarions cette année la guerre à l’'égoïsme, pourvu qu’au culte méprisable du moi, et à la paresse, nous vou-

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lions substituer l'énergique volonté d’agi , et l’amour de l'humanité.

Nous ne devons pas nous complaire dans de stériles regrets ni dans des rêveries amollissantes, cherchons plutôt la direction à imprimer À nos forces, qui mourraient faute d'exercice ; Cherchons le bien à faire dans le petit coin où la Providence nous a mises, parmi des êtres qui ont besoin de nos soins et qui souffriraient davantage, si nous disparaissions tout à coup de leur horizon.

Ne disons jamais : Les difficultés sont trop grandes, je n’en viendrai jamais à bout. Ceux pour qui je travaille sont trop exigeants, je me tue à la besogne sans parvenir à les satisfaire ! La tâche d’ailleurs est trop lourde et mon travail se perd dans ce vaste champ, sans laisser de traces ! Ne regardons jamais le fardeau tout entier : prenons-le jour par jour, heure par heure et tâchons de le porter gaiement. Pas une parcelle du labeur ne s’égare, et pour chaque fatigue, pour chaque ennui, une compensation nous attend plus tard sur la route ; et l'effort élargit notre âme, il l’a fait plus sereine et plus généreuse. Il y a une bénédiction attachée à ces lourdes charges et vous ne savez pas ce que vous dites quand vous plaignez les bonnes créatures qui ne se

‘reposent jamais et qui dépensent leur vie, miette À

miette, au service de tous.

Je suppose que la mort vous à laissée seule sur la terre, aucun des vôtres ne vous réclame, vous êtes libre de votre temps et de vos actions. Devez-vous, pour cela, vus désintéresser du prochain ? N 'y a-t-il pas des œuvres nombreuses qui comptent sur les dévouements comme le vôtre? Etudiez celle qui convient davantage

à votre zèle et à vos aptitudes ; donnez-y les loisirs que vous perdriez à des riens, et pour égayer votre isalement, faites-vous des anis dans l’humble bande des disgraciés, des déshérités et des ignorants.

N'enviez pas, surtout, celles qu’on nomme les heureuses, les pauvres femmes à qui l’on n’a donné qu’un rôle d’idole. Elles ne savent que se parer, s'amuser, se faire admirer, mais elles ne donnent rien en échange, elles sont incapables de dévouement, ni même d’une pensée sérieuse,

Hélas ! qu’il doit lasser vite le diadème dont on écrase leur jolie tête, et l’ennui qui remplit leurs jours est plus dur que l’angoisse qui secoue parfois le vôtre aux heures de détresse intime. La beauté qui fut leur plus grand bien emporte, en s’envolant, plus que la moitié de leur puissance, et devant ses charmes flétris plus d’une regrettera de n’avoir pas mieux utilisé sa jeunesse ; et il s’en trouvera pour envier les laiderons qui n’ont pas connu la grisante épreuve des hommages masculins, mais que la vie intérieure défend contre les amers regrets de l’âge mûr.

Petites filles, aux grands yeux clairs, qui abordez l'existence avec un séduisant sourire, faites des épargnes sur votre joie pour les années futures. N'oubliez pas que le temps a des ailes et que vous serez un jour des vieilles femmes aux traits ridés. Par pitié pour vous-mêmes, soyez compatissantes à la vieillesse, aux crphelins, aux malheureux. Soyez heureuses d’être charmantes, puisque vous êtes la poésie et le rêve, sans lesquels la terre serait sombre ; mais, avant tout, soyez bonnes, et chaque jour de l’année nouvelle ; car pour vus, comme pour moi, elle pourrait être la dernière.

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L'art de choisir un mari ———" "0" Un Mar:

Parmi les étalages de notre vieille ville, il en est deux sortes que j'aime particulièrement, ceux des libraires et ceux des encadreurs d'images ou de gravures, puisque ches nous il n’y a pas d’industriels servant d'intermédiaires entre les artistes et le vublic.

Les premiers m'hypnotisent et je me surprends souvent, absorbée dans cette contemplation des couvertures jaunes ou bleues des nouveautés littéraires, sans même souhaiter qu’elles soient miennes. Je les caresse du regard, supputant leurs qualités plus ou moins réelles, leur valeur probable, leurs beautés intellectuelles ou morales.

Les seconds m'attirent, presqu’au même titre, ne sont-ils pas aussi des poèmes de vie et n’en peut-on jouir plus que des livres, puisqu'ils étalent au soleil leurs manifestations variées et souvent instructives, des sentiments humains. Sur la rue où, en bonne québecuise, je continue à marcher toujours sur le même côté du trottoir, il Y à Un magasin qui a le pouvoir de me faire traverser la chaussée, et c’est là que, l’autre jour, j'ai aperçu la photogravure, devant laquelle, chères lectrices, j'ai fait des réflexions sur l’art de choisir son mari.

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Elle représentait un boudoir luxueux où une lampe à large abat-jour répandait une clarté douce ; deux fauteuils près d’une table chargée de livres aux reliures soignées, et dans l’un, une jeune femme en grande toilette, une femme du monde évidemment, dont l'attitude affaissée provoquait plut‘t la pitié que l’envie. La jolie tête blonde enfouie dans les petites mains chargées de lourdes bagues, apparaissait dans la zône lumineuse. Peut-être s’était-elle endormie à force de larmes, car l’horloge antique marquait deux heures après minuit : et sur l’autre fauteuil, en face, une robe de chambre d’homme, et deux grosses pantoufles s’étalant sur le tapis moëlleux.

Et pour toute légende, ces quelques mots anglais si familiers, que je ne crois pas nécessaire de les traduire : “ For he’s a jolly good fellow !”’

Et j'ai pensé à tant de logis, où des femmes de tout âge attendent ainsi parfois, à des heures aussi tardives, de joyeux bons vivants, et aux petites filles étourdies, qui ont refusé de braves garçons, qui les auraient rendu heureuses, pour mettre leurs petites menottes dans des mains plus aristocratiques, mais combien moins courageuses et moins loyales. Car les mauvais sujets ont toujours eu des succès auprès des filles d’Eve ; l’histoire du serpent se renouvelle tous les jours, et on voit trop souvent des femmes intelligentes et raisonnables, accepter avec enthousiasme les “don Juan” fatigués de mauvais lieux et qui connaissent trop bien les femmes Pour ne pas envier les bonnes. Cette mauvaise réputation, au lieu de leur fermer l’entrée des meilleures familles, leur sert de passeport.

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On ne pardonnera pas à un homme de mal choisir sa cravate ; on lui tiendra compte de ne pas savoir exprimer éloquemment ses sentiments intimes ; On lui fera un crime de n'être pas un valseur émérite ou un sportsman infatigable ; on acceptera un viveur sur sa belle mine, sur les fadaises qu’il débite.

Sans doute, il ne faut pas exiger que, dans un mariage, la raison soit seule consultée. Il faut faire la part du sentiment, et une part très large, pourvu qu’elle ne s'attaque pas aux principes : mais se fier au cœur, cet aveugle qui tâtonne et s’égare, cet insensé, qui ne réfléchit ni ne raisonne, ce révolté, qui ne connaît ni loi, ni maître, c’est se préparer de nombreux mécomptes, quand ce n’est pas gâcher irrémédiablement sa vie.

On pourrait remarquer que les femmes ne choisissent guère, que bien souvent elles acceptent l’unique chance qui s'offre et que, même, elles essaient de piper les dés avec lesquels se joue leur destinée, et en ceci elles ont tort.

Elles ont donc bien peur de la solitude, qu’elles se jettent ainsi à la tête du premier venu qui traverse leur route. Elles regardent donc l'existence sous un jour bien faux si elles croient que des couples ainsi appareillés, par le hasard ou la passion, sauront faire leur devoir dans le sens le plus strict, le plus complet du mot, et qu’ils seront jamais un même esprit et un même Cœur, puisqu'on a eu soin surtout de lier des intérêts matériels et des convenances mondaines. Fonder un foyer est une chose grave et sainte. Si l’homme a le droit d'exiger que sa compagne ait une réputation intacte, la femme, qui devra le regarder comme le chef

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