‹ En relisant les vieilles pages [microforme]Chapitre 15 sur 16 · DR METTES · texte numérisé non relu

DR METTES

comme une tendre sœur par ces religieuses qu’elle ne connaissait pas hier. Elle est toujours surprise qu’on réponde gaiement à son coup de cloche, mesuré ou impatient ; qu’on luirende, avec cette douceur inlassable, les services qu’elle ne réclame même pas.

Chez elle, on la soignait par affection, par devoir, pour lui rendre ce qu’elle faisait bien volontiers aux autres ; et puis,: on n'avait qu’elle à gâter, tandis qu'ici, à l'hôpital, d’une chambre à l’autre, c’est toujours à recommencer : lorsqu'elle n’a plus de besoins, il en est d’autres qui demandent assistance et soins empressés.

Sans doute elle paie. . .oui, la chambre qui l’isole des misères qui l’entourent, le droit de choisir le chirurgien qui a supprimé son mal, et qui, si renommé, si habile qu’il soit, se met pourtant gratuitement pendant ses mois de service, à la disposition des souffrants qui affluent dans les salles.

Mais la sympathie, les caresses maternelles des mains qui tournent les oreillers, qui se posent sur le front brûlant, la présence encourageante de la religieuse qui assiste aux opérations, les prières de la garde qui protègent le lourd sommeil de l’anesthésiée, avec quelle monnaie s’en acquittera-t-on ?

D'abord, les reçoit-on toujours avec gratitude ? N'y a-t-il pas des patientes bien maussades qui, toutes à leur mal, ne voient pas les prévenances dont elles sont l’objet, et qui trouvent tout naturel que des femmes délicates, bien élevées, tenues plus que d’autres, par leurs vœux, à la réserve, accomplissent journellement, le sourire aux lèvres, des besognes répugnantes

qu’on hésite parfois à faire pour ses plus proches parents.

Heureusement pour elles, c’est Dieu qui dédommage et la paix, qui devient si rar en ce monde, se réfugie près de ces religieuses au regard pur, au rire franc, qui, entourées des pires tristesses sans cesse renouvelées, s'amusent de rien et de tout.

Oui, la petite malade se souvient de tout ce que son expérience de vingt-cinq ans a déjà découvert dans le monde, en dehors de ce nid douillet qu’on appelle la famille, qui n’est pas même à l'abri des orages et des revers.

Que de luttes, à partir des difficultés internationales qui se règlent à coups de mitrailleuses jusqu'aux piqûres d’épingles qu’on cache sous des sourires étudiés !

Que d’ennemis dont il faut se défendre, que d’amis qui trahissent, que d’amours qui s’éteignent, que de souvenirs qui disparaissent !

Et même parmi ceux qui se piquent de mener une vie utile, de s'occuper d'œuvres, d’être même des dévots, que de jalousies latentes, de commentaires désobligeants, de pensées mesquines, d’ambitions déçues qui se traduisent aux dépens du bien entrepris.

La paix est-elle ailleurs qu’en ces cloîtres où fleurissent les vertus robustes d'autrefois, dont la flamme n’est pas étouffée par les passions débilitantes du siècle ?

Et ce retard que déplorait une pauvre petite fille esseulée, mal aguerrie contre l'isolement de la souffrance morale, ne serait-il pas l'appel de Celui qui se fit petit enfant et près duquel les anges chantèrent : Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

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