LES MENUS SECRETS DU BONHEUR
Réalités et devoirs
Ces modestes chroniques n’ont pas la prétention de constituer un nouveau code d'éducation, ni de réformer le monde ; ce sont de simples réflexions, suggérées par l'observation et l'expérience, que nous livrons à la méditation des mères que tourmente ce problème angoissant du bonheur de leurs filles, et qui, devant le piètre résultat de leurs constants efforts, se demandent, parfois, si elles ont fait fausse route.
Nous croyons que le nombre de jeunes filles qui ne sont pas contentes de leur sort, se fait chaque jour plus grand et que ce malaise, qui se constate dans tous les rangs de la société, est plus fréquent dans notre pays qu’ailleurs. Il y a donc dans l'éducation, telle qu’on la comprend chez nous, une lacune regrettable ; un manque de sève qui ne permet pas à l’âme de la jeune fille de s'épanouir librement, et de faire rayonner autour d’elle la joie qui est la récompense de la bonne volonté.
La faute en est peut-être au dévouement trop exclusif de la mère canadienne, qui s’épuise à écarter du chemin de sa fille une souffrance qui l’atteindra pourtant ; elle est aussi dans l'ignorance voulue des devoirs
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que la jeune fille accepte à la légère en se mariant et qu’elle remplit à contre-cœur : elle est surtout dans le peu d'importance que la jeune femme attache à sa tâche d’éducatrice.
Il commence au berceau, ce devoir impérieux de la mère envers son petit enfant ; il faut que par son affettion, et chaque fois qu’apparaît une lueur de raison, sa volonté qui pour lui sera le premier frein, la loi qui précèdera même celle de Dieu, s'impose à ce petit cœur tout neuf. L'enfant dit : Maman veut, ou maman ne veut pas ; c’est la limite qu’il connaît et qu'il ne franchit pas sans en avoir conscience : aussi chaque caprice toléré, chaque fantaisie réclamée par une tempête de cris ou par un déluge de larmes et que la maman satisfait, fortifie la révolte de cette volonté naissante.
La mère soucieuse du bonheur futur de son enfant, ne doit pas céder ; mais elle ne doit pas non plus s’impatienter. Le petit ange que Dieu lui prête n’est pas fait pour les reproches, il ne les comprend pas ; mais il connaît la douceur du sourire et la brusquerie de certains gestes lui fait peur. Il ne faut pas l’élever comme un petit animal craintif, par la peur des COUPS ; il deviendrait un être sournois, uniquement soucieux d'échapper au châtiment et ne guettant qu’une occasion de faire le mal loin des yeux trop sévères. Il est nécessaire de le corriger parfois, mais sans colère, pour qu’il se souvienne qu’il a eu tort.
Il faut se garder d’éveiller dans l’âme de la toute petite fille, une vanité précoce qui la rendrait insuppor-
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table : il est entendu qu’il n’y a qu’un enfant au monde dont les yeux sont si brillants, dont la bouche est si mignonne, dont les cheveux ont cette teinte d’or en fusion et cette soyeuse finesse. Cet enfant vous l’avez bien reconnu, c’est le vôtre ! Ne gâtez pas ce chefd'œuvre par des louanges et par des parures exagérées. Ce petit bout de femme sait très bien que vous lui mettez une robe neuve, elle a une façon très amusante de s’offrir à votre baiser, en répétant après vous que bébé est belle ; défiez-vous du mal que lui fera plus tard ce besoin d’applaudissements et cette soif de parures.
Surveillez dans la petite âme, l’éclosion de la jalousie. Dès qu’il a un remplaçant dans vos bras, bébé croit qu’on lui a volé votre amour ; loin de vous amuser de ses accès de fureur, de son petit cœur gonflé quand il cherche à se hisser sur vos genoux, apprenez-lui à aimer cette petite chose vagissante qui a sa part de votre sollicitude, sans que la sienne soit diminuée ; gardez-lui cette confiance sereine qui allègera plus tard ses plus pénib'es épreuves.
Ne vous déchargez pas sur une personne salariée de la surveillance des tout petits. Je sais qu’une aide matérielle vous est indispensable ; sans cela votre courage, si robuste qu’il soit, fléchirait par moments. Vous ne pouvez pas non pius choisir à votre gré, celle qui est pour un temps votre auxiliaire nécessaire dans cette œuvre importante de l'éducation. En tenant compte des difficultés trop réelles de l’heure présente n’abandonnez pas à des mains mercenaires, plus long-
temps qu’il ne faut, ces trésors dont Dieu vous demandera compte.
Songez à tous les malheurs qui peuvent arriver dans l’ordre matériel et dans l’ordre moral, quand ils sont ainsi loin de vos yeux ; et songez aussi au remords qui vous poursuivrait si, pendant que vous vous absorbez à une table de cartes ou que vous grignotez avec un gâteau arrosé d’une tasse de thé, la réputation du - 9chain, une imprudence rendait votre enfant ï: irme ou un souffle corrupteur flétrissait la petite âme blanche qui fait l’admiration de l’ange qui l’accompagne.
Il faut un idéal dans la vie
Les existences sans but sont des vies manquées. Vous ne voudriez pas qu’on appliquât cette rude vérité à vos filles ; et pourtant, combien d’entre elles parcourent chaque jour du même pas lassé, le même cercle d'actions anodines qui ne servent ni pour ce monde ni pour l’autre. Combien traînent le poids de leurs journées inutiles, remplies de visites mondaines, de conversations médisantes, de lectures frivoles. Combien de jeunes et jolies filles apportent à la table familiale un air ennuyé et boudeur, et se prêtent de mauvaise grâce à tout ce qu’on leur demande, parce que vous avez négligé de leur apprendre le vrai sens de la vie.
Elles ont cru, au sortir du couvent, qu’elles ne devaient plus s’astreindre à aucune contrainte ; et que vous, les mères, vous deviez vous multiplier pour qu’elles jouissent d’ur repos perpétuel, vous priver de parure pour qu’elles soient toujours mises à la dernière mode, et garder la maison pour qu’on les voient partout où il y a une occasion de se faire admirer.
Elles n’étaient point faites pourteat pour ce rôle de poupées coquettes et bavardes. Elles possédaient des dons précieux qui s’atrophient dans l’inaction ou qu’elles emploient uniquement pour satisfaire leur vanité et leurs caprices. Elles ignorent la loi bienfai-
sante du travail qui vous a arrachées tant de fois aux suggestions mauvaises ; et les grands mots de dévouement et de charité ne trouvent plus d’écho dans leur petite cervelle étroite ou dans leur cœur rétréci par l’égoïsme.
Il ne faut pas leur demander d’entrer dans les mansardes sans feu, de se pencher sur les grabats, de sourire aux déshérités. Elles vous opposeraient les prescriptions sévères de l’hygiène qu’elles se gardent bien d’invoquer lorsqu'il s’agit de sortir à moitié vêtues ou de s’enfermer pour une soirée dans l'obscurité malsaine d’un théâtre de vues animées.
Quel idéal pourrait-on faire miroiter devant ces âmes de vingt ans, blasées avant d’avoir vécu, quel motif serait assez puissant pour stimuler leur enthousiasme de précoces désenchantées ?
Il faudr: * tout simplement les convaincre que nul n’a le droit de vivre pour soi, et qu’elles doivent chercher de bonne heure l’état de vie qui convient davantage à leurs aptitudes et à leurs aspirations, sans s’inquiéter du vide qu’elles laisseront après elles dans vos cœurs et dans vos :naisons.
Celles qui suivront la voie commune deviendront des épouses et des mères, mais elles n’ont pas le droit, plus que les autres, de gaspiller le temps précieux qui leur est donné pour préparer l'avenir. Elles doivent apprendre de bonne heure la tenue d’une maison, les petits secrets de cuisine, l’art d’acheter les provisions, la couture et le racommodage, et surtout, les soins à donner aux tout petits. C’est une grande et belle
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vocation que la leur, pourquoi leur en ferait-on un mystère ? Et pourquoi ne leur apprendrait-on pas à aimer et à choyer les enfants, pour qu’elles ne considèrent pas, plus tard, comme des trouble-fête ceux que Dieu leur enverra.
Comment les mères qui savent de quel prix elles ont payé toutes leurs petites expériences de maîtresses de maisons peuvent-elles condamner, de gaîté de cœur, leurs filles à subir les mêmes épreuves, lorsqu'elles pourraient si facilement les leur épargner en les astreignant, chaque jour, à un travail de quelques heures.
Celles auxquelles le mariage répugne, qui aspirent à une vie plus parfaite ou qui n’ont pas trouvé à se placer suivent leurs rêves ou suivant leurs exigences, ont cependant une mission personnelle à remplir. Qu’elles soient appelées à la vie religieuse, que leur famille ou les œuvres de charité ou de réforme sociale les réclament, elles doivent marcher vers un but déterminé, et développer au profit de quelqu'un les talents dont le père de famille leur demandera compte un jour.
Il n’est pas nécessaire que leurs travaux soient couronnés de succès, qu'ils leur attirent l'admiration et les applaudissements: les vies les plus heureuses et les mieux remplies sont celles qui se dépensent miette à miette dans des tâches obscures et difficiles au profit du prochain, et qui, de chaque heure monotone, savent tirer un rayon de joie qui réconforte et encourage une âme de leur entourage.
Ce qui console de vieillir
Votre cœur se serre à l’idée que plus tard ces enfants, pour lesquels vous dépensez tant de dévouement et de tendresse, seront isolées dans la vie; et que dans toutes leurs difficultés, leurs épreuves les plus dures, elles vous appelleront en vain à leur aide. A mesure que vos forces diminuent, que les maladies et les infirmités vous torturent, l'inquiétude de ce que deviendront vos enfants, vous fait redouter de vieillir. C’est sous cette forme que la mort vous apparaît plus cruelle et plus difficile à accepter.
Vous ne sauriez trouver à vos filles une ressource meilleure contre les surprises de l’existence et les incertitudes du lendemain qu’une robuste confiance en Lieu. Cette foi ne s’acquiert pas en un certain nombre de leç\:18 comme un art d'agrément ou une langue vivante. Elle s’inspire au petit enfant, elle se grave dans le cœur de la première cemmuniante, elle se fortifie par le bon exemple et par l'exercice tant que la jeune fille est protégée par le foyer familial, pour s'épanouir lorsqu’elle embrasse un nouvel état de vie ou qu’elle se trouve, par la force des circonstances, livrée à ses propres ressources. :
Y a-t-il un plus beau spectacle que le bébé en toilette de nuit, quand sa mère lui fait joindre ses petites mains et balbutier une prière qui ressemble au gazouillement d’un petit oiseau Ÿ,
Quelle femme ne serait jalouse de graver dans cette âme toute neuve la loi d'amour qui la fera heureuse et sage. La mère est mieux douée que tout autre pour ce premier apostolat et c’est sur l'autorité de sa parole très douce que l’enfant croira, sans hésitation, aussitôt que sa raison sera suffisamment établie, aux grands mystères qui révoltent l’orguei! de tant d’hommes faits parce qu’ils se dérobent à leurs recherches curieuses.
C'est encore elle qui devra enseigner, réponse par réponse, le catéchisme que l’enfant répètera le lendemain à l’école, et les belles prières qui remontent parfois par miracle aux lèvres des mourants qui vécurent éloignés de Dieu. C’est elle qui doit préparer la petite âme à la première communion. Quoiqu'’elle ne soit pas la seule à exercer ce pieux ministère, elle ne peut se désintéresser d’un acte qui aura un tel retentissement sur une vie qui lui est si chère. -
C'est elle qui indiquera les défauts à corriger, les vertus à acquérir, les petits sacrifices À faire. C’est encore la mère qui formera cette conscience naissante et qui adoucira l’amertune des premiers aveux.
Elle sera vite récompensée des peines qu’elle aura prises: une famille où l’on sert bien le bon Dieu donne moins de soucis et de tracas. Si les épreuves y sont aussi nombreuses que dans les milieux moins chrétiens, elles y sont plus patiemment supportées et considérées au point de vue de la foi, elles brisent et affinent les caractères au lieu de les aigrir et de les décou-
C’est surtout lorsqu’arrive l'adolescence, avec l'éveil des passions, que la piété qu'elle aura su inculquer à ses
enfants permettra à la mère de garder sur eux une influence salutaire, en empêchant leur âme de se fermer sous son regard clairvoyant, en leur donnant la docilité nécessaire pour suivre les conseils de son expérience.
Lorsque la jeune fille revient de son couvent où elle a été formée à la science et à la vertu, c’est l'exemple de sa mère qui aura sur sa piété une influence décisive. Si elle constate que celle-ci se tourne vers Dieu dans toutes ses difficultés, qu’elle le met de moitié dans ses projets, dans ses joies, dans ses peines et que cela lui donne la force d’être patiente, douce, résignée : si elle sait que sa dévotion consiste moins dans l'assistance à tous les offices que dans l’accomplissement rigoureux de tous ses devoirs d'état, que sa charité vient du cœur et qu’elle s’exerce envers tout le monde et qu’elle sait faire jeûner sa langue aussi bien que son estomac: elle voudra aussi devenir une femme pieuse, sans s’inquiéter de ce qu'on peut dire ou penser d'elle. Elle saura, par l'estime dont on entoure sa mère, que le monde ne ridiculise que les imitations et qu’il admire tous les sentiments vrais et désintéressés, même et surtout ceux qu’il peut difficilement comprendre ou pratiquer.
Le jour où, par des revers de fortune ou par des deuils inévitables, ou plus vraisemblablement pour fonder un foyer dont elle sera prête à devenir la providence et la reine, la jeune fille devra se séparer des siens, elle emportera avec elle l'héritage maternel, la piété qui aide, qui console et qui sauve.
La meilleure éducation
Bien peu d’entre vous peuvent suffire à l'instruction complète de vos filles : les complications de la vie moderne ne vous laisseraient pas le temps nécessaire, et vos connaissances, si complètes qu’elles aient été, sont souvent réduites à leur plus simple expression parce que, depuis un certain nombre d’années vous avez négligé toute culture intellectuelle. C’est tout au plus s’il vous reste les aptitudes et la patience pour enseigner aux tout petits l’abécédaire et le catéchisme ; car c’est À vous que revient le laborieux honneur d’initier bébé aux mystères du b..a..ba et il faut toute votre diplomatie pour lui faire traduire par des sons les signes cabalistiques auxquels il préfère de beaucoup les constructions dans le sable et la chasse aux papillons.
La plupart des mères aiment à confier leurs filles à celles qui furent leurs éducatrices. C’est à la fois un hommage de reconnaissance et une marque de confiance très sensible au cœur de celles qui donnent leur vie à cette tâche ingrate ; et c’est en même temps une douceur pour la fille de suivre la même route que sa mère parcourut jadis, d'occuper sa place en classe et à l'étude, et de prier dans la même chapelle, devant le Christ sanglant et défiguré et la madone aux traits purs couronnée d'étoiles,
Si les circonstances ne vous permettent pas d'envoyer vos filles à votre Alma Mater, que la vanité ne vous guide pas dans le choix de l'institution et si votre fortune est modeste, ne leur donnez pas des ambitions dont vous seriez la première victime. Epargnez-leur le contact d’un luxe dont elles ne jouiront pas plus tard; ne les laissez pas nouer des relations qui les blesseront en se brisant. Ne les exposez pas à rougir au parloir, devant leurs brillantes compagnes de votre manteau de l’an dernier, des plumes de votre chapeau achetées à une vente d'occasion, de vos chaussures boueuses qui soulignent que vous n’aves pas de voiture. Ne vous dites pas: ma fille a trop de talent et de cœur pour s’attacher à de pareilles vétilles.
Si votre fille a du talent il accentuera autour d’elle l'inégalité des conditions sociales, et si elle a du cœur elle sentira plus vivement l’agacement des piqures d'épingles. On ne lui pardonnera pas d’occuper les premières places, de remporter tous les prix et si elle ne souffre pas pendant ses années de pensionnat, elle ne se résignera pas à son retour à la maison à la petite vie étroite dont vous vous contentez depuis tant d’années. Elle critiquera votre langage et vos manières et, après avoir fait des sacrifices exagérés, vous aurez contribué à dresser la barrière qui existe entre tant de mères et de filles et qui les fait vivre presqu’en étrangères.
Ne faites pas donner indistinctement à vos filles des leçons de piano, de chant, de peinture, etc. Chacune doit avoir des aptitudes spéciales qu’il importe vraiment de cultiver. Si elles ont peu de voix, si leurs doigts sont rebelles, si elles n’ont rien d’artisti-
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que dans le tempérament pourquoi les condamner à faire toute leur vie des gammes et des roulades ? Pourquoi gaspiller de l'argent qui judicieusement dépensé donnerait de la joie à toute la famille? Votre fille possède sfrement quelque don que vous pouvez lui aider à développer, qui deviendra une ressource contre les heures d’ennui et qui lui permettra d’être agréable à son entourage.
Je suppose que votre fille, après sept ou huit ans d’études, est revenue à la maison. Elle possède ses brevets dans les deux langues, outre celui de l’école ménagère, et comme vous êtes une femme prudente et avisée, la sténographie et la dactylographie ont figuré sur son programme, lui fournissant une ressource en cas de revers de fortune. Elle a bien supporté la fatigue de ces dernières années, elle est saine, joyeuse et bien équilibrée.
Devez-vous la persuader qu’eile est assez savante pour mettre tous ses livres de côté, ou plutôt ne devezvous pas la convaincre que tout ce qu’elle a appris jusqu'ici n’a fait que préparer son esprit À recevoir les enseignements de la vie.
Une heure ou deux de travail sérieux chaque jour, ajouterait grandement aux connaissances de vos filles si depuis quelques années, vous vous êtes préparée à leur servir de guide, en vous renseignant par tous les livres, revues, journaux susceptibles de former votre jugement.
Au lieu de les laisser dévorer en cachette une littérature malsaine, de les laisser assister avec des gens que
vous connaissez à peine, à des pièces de théâtre peu recommandables, vous pouvez, par un choix judicieux de livres bien écrits et bien pensés, éclairer ces intelligences, en leur donnant des aliments appropriés et bien dosés, vous pouvez former leur goût en leur indiquant des œuvres qui ont une forme artistique et littéraire.
Pour ce qui regarde les beaux-arts, vous agirez de même en ne louant que les vrais talents de vos filles, mais en ne leur ménageant pas cette chaude sympathie qui est si nécessaire parfois aux mieux douées, pour qu’elles ne doutent pas d’elles-mêmes. Si vous découvrez dans vos enfants des aspirations et des dispositions que vous ne possédez pas, gardez-vous de les étouffer par un étonnement qui ressemble à un blâme, mais que votre appui les aide à les développer.
Nul ne peut décrire la douceur d’une oreille toujours attentive à la mélodie qui vibre sous des doigts guidés par une âme ardente, et les applaudissements d’une salle en délire ne vaudront pas pour l'artiste l’approbation d’une larme surprise dans les yeux de sa mère.
Que les plaisirs que vous leur procurerez soient tous marqués du même cachet de distinction. Evitez de les amener à des spectacles vulgaires ou burlesques, ou à des drames sensationnels où le couteau et le revolver vecupent une si grande place.
Aprenez-leur plutôt à goûter une belle conférence, à apprécier un violoniste virtuose, une chanteuse de marque: Ne leur donnez qu’une distraction par mois si votre bourse ne vous permet pas davantage, mais qu’elle soit de nature à cultiver leur esprit et à élever
leur âme, et gardez-vous bien, sous prétexte que le prix d'entrée n’est que de dix sous, de leur laisser prendre le goût des spectacles de vues animées qui leur inspireraient le goût de l’oisiveté et dépraveraient leur jugement.
Combien ces heures passées à goûter en commun l’œuvre d’un musicien ou à méditer sur les meilleures pages d’un livre seront douces à la mère et à la fille, et comme il restera peu de temps à consacrer à la frivolité et aux plaisirs malsains, dans ces vies dont tous les loisirs sont consacrés au culte de la beauté!
Une perle rare, la discrétion
C’est peut-être la qualité la plus précieuse à cultiver chez vos filles et qui leur assurera la plus grande somme de bonheur.
D'abord, prêchez d'exemple : qu’elles ne vous sentent jamais avides de tout voir et de tout entendre ; de savoir toutes les nouvelles vraies ou fausses, de prêter aux actions du prochain des motifs que vous ne pouvez pas connaître ; de raconter, sans nécessité, le mal que vous savez par d’autres et dont vous n'êtes pas absolument sûres.
Réprimez la curiosité qui devient un besoin impérieux à mesure qu’on la satisfait. Apprenez-leur à ne pas empiéter sur la liberté de ceux qui les entourent en les épiant, en les critiquant, en les juzeant ; à ne jamais écouter les secrets qui ne leur sont point destinés; à ne pas lire les lettres, même ouvertes, qui tombent entre leurs mains.
Apprenez-leur aussi à ne pas vous questionner sans cesse : qu’elles aient en votre jugement une confiance assez grande pour croire que vous agissez pour le mieux; vous n'êtes pas tenue à leur rendre compte de vos actes. N'hésitez pas à leur montrer par votre fermeté que leur insistance vous blesse et qu’il y a une limite qu’elles ne doivent pas franchir.
Enseignez-leur surtout à se taire à propos ; à écouter
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patiemment , sans les interrompre, ceux qui sont plus vieux, plus instruits, mieux renseignés, ce qui est le meilleur moyen d'apprendre à parler à bon escient. Pour qu’elles ne racontent pas, à tort et à travers, ce qui se passe chez vous, mettez-les en garde contre les personnes peu délicates qui ne craignent pas de faire dire aux enfants ce qu’elles :.’oseraient pas demander aux grandes personnes. La famille est un sanctuaire avec son culte, ses fêtes, ses deuils, ses épreuves, ses désastres, mais rien n’en doit paraître au dehors, ni la douceur de ses joies, ni l’amertune de ses peines. Au dedans elle peut être déchirée, divisée; à l'extérieur elle doit être unie par un sentiment de protection et de solidarité.
Que vos filles apprennent à respecter la vérité : qu’elles ne convoitent aucun bien : fortune, honneur, affection, qu’il leur faudrait acheter par l’hypocrisie et la trahison. Qu'’elles respectent la réputation du prochain ce bien précieux qui ne peut se remplacer et qui meurt par la calomnie et par la médisance. Qu'’elles aient l’horreur des petites langues roses qui en deux tours noircissent un caractère, et des petites quenottes pointues qui grignotent sans remords une ou deux bonnes renommées par après-midi. +
Apprenez-leur à juger avec indulgence, à ne point se montrer si fières de leurs fragi'es vertus qui n’ont point connu la tentation et qui dans les mêmes circonstances eussent sombré plus vite que celles envers qui elles se montrent si méprisantes. Pour calmer cette démangeaison de parler des fautes des autres, gravez dans leurs jeunes esprits cette belle maxime qui est basée sur la
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stricte équité : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous ft.
Que vos filles sachent recevoir un reproche, même injuste, sans murmurer, car elles doivent croire en vos sentiments de justice. Elles peuvent se disculper, s’il y a lieu, sans aigreur et sans emportement, et cette habitude leur sera d’un grand secours. Un des plus grands écueils dans les ménages, c’est la discussion, et votre propre expérience ne vous permettra pas de me contredire sur ce point. Je vous accorde, et d’ailleurs ce n’est pas pour eux que j'écris, que les hommes ne sont pas des anges ; je vous concèderai même que quelquesuns ne valent pas la corde pour les pendre. Vous pensiez tout autrement quand vous avez accepté avec tant d’empressement le premier qui vous a demandée en mariage. Rien ne vous empêche de prémunir vos filles contre les enthousiasmes irréfléchis, mais vous savez que votre expérience ne leur servira guère, et que le plus grand nombre ne demande qu’à entrer dans le saint état dont on dit qu’il aurait peu de profès s’il avait un noviciat.
Puisqu’il n’est pas en votre pouvoir de les empêcher de faire ce que vous n’êtes pas loin de considérer comme une bêtise, comme le point de vue change, donnez-leur au moins un moyen de se tirer le mieux possible de cet épineuse aventure.
L’argument irrésistible pour clore les querelles domestiques, la ressource qui dompte le mieux les époux les plus osbtinés: c’esc le silence. Si vous apprenez à vos filles à l’employer avec tact, vous ne serez pas loin d’avoir assuré leur bonheur.
Quand le mari arrive à la maison fatigué des luttes de la journée, rendu plus maussade par les difficultés de l'existence ou qu’il est retard parce qu’il a rencontré en route un autre bon vivant, si sa femme le contredit, si elle l’accueille par une bordée d’injures, en essayant de le convaincre de l’indignité de sa conduite, il y a gros à parier que le monsieur, qui regrette parfois ce mouvemen* “’impatience ou de dissipation et qui ne demandera:t qu’à implorer son pardon, s’entête à soutenir qu’il est le maître chez lui, et qu’après une scène épouvantable où il déroule toute la kyrielle des jurons connus et inconnus, il s’en aille retrouver au club d’autres victimes de son acabit, laissant madame pleurer toutes ses larmes sur une déception dont elle est à moitié responsable. Il se peut que la semonce qu’elle aura servi à son seigneur et maître soit en tous points méritée, mais avouez qu’elle n’est pas diplomate, et qu’un bon feu, un bon diner et un visage aimable eussent mieux servi ses intérêts. L'homme qui lui paraissait un chérubin au temps de ses fiançailles, et qui lui semble aujourd’hui un démon, r’a pas tant changé ; c’est surtout un grand enfant égoïste et vaniteux qu’elle mènerait à sa guise si elle savait seulement gouverner sa langue.
La réforme du code et des usages ne donneront pas de sitôt à la femme l'égalité par la force brutale, et bien des ménages offrent, pourvu que les femmes soient habiles et discrètes, l’image d’une parfaite monarchie constitutionnelle: le mari, qui estleroi,règne mais ne gouverne pas,
dre oh rhone ue orme nn can nn
Les épreuves inévitables
Votre plus haute ambition est d’épargner à vos enfants toute souffrance et toute inquiétude. Pourquoi faut-il que vous compreniez si mal leurs intérêts, et que certaines d’entre vous soient si habiles à enlever tous les obstacles de leur route. C’est votre faute si, à vingt ans, vos filles sont malheureuses et désarmées d'avance contre les épreuves inévitables ; c’est parce que vous avez négligé de les prémunir contre les petites contrariétés quotidiennes, parce que vous en avez fait des âmes pusillanimes.
Les petits ennuis, on pourrait les comparer aux nuages qui assombrissent si souvent la voute azurée ; ils en ont la mobilité et l'aspect fantastique. Ils vont, viennert, parfois plus lourds et parfois plus légers ; divers par la forme et semblables par la sensation de fatigue qu’ils apportent. Il n’y a qu’un moyen de les combattre efficacement, c’est de leur faire bon visage, et de même que le soleil perce parfois les sombres nues, votre bonne humeur les poursuit et les chasse.
Ils ne sont rien comparés aux vrais chagrins, à ces coups inattendus qui vous frappent en pleine quiétude; et pourtant ils vous y préparent. C’est sur eux que votre âme s’exerce et acquiert de la vaillance.
Petites déceptions d’amour-propre, aspérités de
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caractères de ceux qui vous entourent, critiques mal. veillantes du travail que vous faites avec joie et avec amour, oubli apparent de ceux auxquels vous tenez davantage, rancunes et jalousies amoncelées à votre insu, sympathies que vous avez laissé refroidir par timidité ou par manque de loisirs ; tout cela prend à certains moments les proportions de catastrophes. Apprenez À vos filles à les considérer avec philosophie, à ne pas s’en désoler outre mesure, afin que, lorsque le malheur les touchera de sa grande aile, eiles ne soient pas renversées au premier choc. Il n’y a guère de destinées qu’il respecte ; à un moment de leur vie, qu’elles le veuillent ou non, il viendra à elles ; et c’est alors que vous reconnaîtrez ce que valent ces cœurs que vous avez façonnés dans l'argile ou ciselés dans le métal.
Ce sera peut-être la maladie qui les clouera en pleine jeunesse sur un grabat de souffrances, qui les rendra inutiles au moment où leurs forces leur seront plus nécessaires. Ce sera l’infirmité d’un être cher qu’elles verront dépérir sous leurs yeux, dont elles devront soigner le corps débile et consoler l'esprit chagrin. Ce sera la souffrance du cœur plus profonde et plus terrible : une affection partagée, brisée par un coup de tonnerre, l’abandon dans ce qu’il y a de plus poignant: toutes ces détresses auxquelles les vouent à l’avance leur sensibilité excessive, leur âme ardente et leur imagination exaltée. Ou bien ce sera un revers de fortune qui leur enlèvera d’un seul coup l’aisance et le luxe, le superflu et le nécessaire ; ce sera la pauvreté dont on ne connsit vraiment le poids que lorsqu'on a été habitué
à la vie large et facile ; ce sera le deuil qui couvrira leur existence d’un voile funèbre, qui arrachera, une à une, toutes leurs affections et qui, de l’enclos ombragé et fleuri de leur cœur, fera bientôt un cimetière.
Celles qui se révoltent contre la souffrance ne réussissent pas pour cela à s’en débarrasser ; elles ajoutent à des maux cruels l’amertume de leur perpétuel mécontentement, et sortent amoindries du creuset où se purifient et grandissent les âmes d'élite. Elles ignoreront toujours quelles joies austères étaient attachées aux sacrifices qu’elles ont faits à contre-cœur, et quels biens auraient pu germer,au moins pour ceux qu’elles aimaient, d’un paisible renoncement.
Ceux qui prétendent que le bonheur et la vertu ne sont pas de ce monde, ne connaissent pas le bataillon héroïque et silencieux de la résignation chrétienne féminine.
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Le pouvoir de l'imagination 1" € (imagination
Nul n'oserait nier l'influence de l'imagination dans l'existence féminine ; c’est une fée à la robe changeante qui nous fait voir blanc ou noir, suivant qu’elle nous présente le bon ou le mauvais côté de sa lorgnette ; c’est une puissance redoutable, d’où naissent la moitié de nos joies et les trois quarts de nos peines ; c’est la source de l’enthousiasme et de la générosité et de nos plus amers découragements. Les natures les mieux équilibrées et surtout les plus riches ne sont pas celles où tout se case avec une précision mathématique : et les êtres positifs qui mesurent parcimonieusement leurs efforts et leurs sentiments, inspireront toujours un peu de pitié aux cœurs larges qui ne craignent pas de dépasser un peu la mesure, qu’il s'agisse de faire triompher une idée, de se dévouer pour une œuvre de miséricorde ou de se donner à tous ceux qui ont besoin d’une aide matérielle ou d’un peu de compassion.
C’est l'imagination qui inspire tous les chefs-d'œuvre de l'esprit humain ; c’est elle qui guide le pinceau du peintre et le ciseau du sculpteur, qui murmure à l'oreille € 1 compositeur des mélodies inédites et ravissantes, cest elle qui fait pénétrer l'écrivain dans les régions presqu’inaccessibles du cœur humain et qui fait tomber de sa plume les mots qui éveillent les
visions consolantes ; c’est elle qui fait vibrer la sensibilité du poète et qui prête aux objets inanimés un cœur et une voix.
C’est encore l'imagination qui transforme les vies ternes et cachées, qui les embellit d’un souffle de vie intérieure et qui donne aux âmes de bonne volonté la force de recommencer tous les jours l’immolation de tous leurs goûts ; c’est elle qui soutient le missionnaire dans les fatigues de l’apostolat, qui stimule la petite sœur des pauvres qui a dédaigné toutes les promesses d’un riant avenir pour adopter tous les orphelins et tous les déshérités. ‘
On n’en finirait plus s’il fallait énumérer tous les bienfaits de l'imagination ; mais la liste est plus longue encore des malheurs qu’elle cause et des existences qu’elle empoisonne.
C’est l'imagination mal dirigée et surtout nourrie de romans qui fausse le jugement de la jeune fille et qui l’empêche de bien employer sa jeunesse.
C’est souvent au couvent que commence ce désenchantement précoce; la petite fille voit le monde d’après les idées qui circulent dans cet univers en miniature ; elle se figure que la félicité qui l'attend est faite de luxe, de toilettes, de plaisirs extravagants et d’amour romanesque.
A peine revenue à la maison, elle se trouve dépaysée dans ce décor mesquin ; elle n’admet pas que sa mère réclame son aide pour les humbles travaux du ménage ; elle passe son temps à guetter des princes charmants qui n’ont ni le visage, ni les manières de ses camarades d'enfance, qui eux la trouvent si gentille. Pendant
qu'elle rêve de conquêtes chimériques, il lui arrivera plus d’une fois, de laisser échapper le petit bonheur paisible qui se trouvait à sa portée. Est-ce que les mères ne devraient pas se préoccuper davantage des folles idées qui rôdent sous le front lisse de leurs filles ? \e devraient-elles pas leur aider à déchiffrer une énigme dont la solution vient trop souvent lorsque leur liberté est à jamais enchafnée ?
Les mères mettent une étrange pudeur à ne jamais prononcer devant leurs filles le nom même de l'amour ; elles en parlent entre elles, avec des airs de mystère, sans se préoccuper des s.rabesques échevelées que la folle du logis brode dans les jeunes cervelles, qui entendent des bribes de Conversations, qui observent le manège des amoureux et qui croient que l’amour consiste à se regarder dans les yeux, à échanger des étreintes furtives ou à s’embrasser à la dérobée sous l'œil peu clairvoyant d’un chaperon plus ou moins sévère.
Est-il raisonnable, pauvres mères, de laisser s’égarer vos filles sur ce grave sujet, dans le domaine de la fantaisie ? Ne devez-vous pas les préparer graduellement à leurs austères devoirs, en leur montrant quelle proportion de dévouement, de douceur, de courage, elles devront apporter dans leur contrat de mariage.
Ne faut-il pas leur faire comprendre que la vie n’est pas une fête continuelle et qu’elles seront moins libres lorsqu'elles dépendront d’un mari, qu’elles ne l’étaient sous votre maternelle surveillance.
Ne doit-on pas les persuader aussi qu’elles ne seront pas malheureuses parce que les attentions auxquelles on les a accoutumées pendant les fiançailles et la lune
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de miel, disparaîtront peu à peu. Sans dédaigner ce superflu dont elles feraient volontiers le nécessaire, ne doivent-elles pas apprendre à ensoleiller le f yer, sans exiger de recevoir autant qu’elles peuvent donner.
Dans la vie de l’homme, cette période sentimentale n’est qu'un incident plus ou moins important, ce n’est pas, comme chez la femme, l’unique évènement de sa carrière; et les trop grandes exigences romanesques pourraient détruire plus d’une affection solide et sincère. Le meilleur des hammes n’aime pas à se trouver en faute et le moyen de stimuler son zèle, ce n’est pas de l’accabler de reproches, c’est de ne le croire capable que de grandes et belles choses.
Au lieu de s’attrister des découvertes souvent pénibles qu'amène la vie commune, la femme qui se soucie d’avoir un peu de joie, doit s'attacher aux côtés favorables du caractère de son mari et s’interdire de rêver sur les qualités qui lui manquent. Si l'imagination a égaré son choix, qu’elle ne lui permette pas de la bercer de nouvelles illusions.
Que sa vie manquée serve d’expiation aux erreurs de celui qu’elle a juré d’aimer dans la bonne et la mauvaise fortune ; qu’elle demande au travail et à la charité la force de vivre et d'oublier.
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La véritable charité us CN TES
Que os filles, à votre exemple, sachent d’abord faire l’aumône ; non seulement avec l'argent que vous leur donnez dans ce but spécial, mais plus particulièrement avec celui qu’elles doivent économiser sur leurs chiffons et leurs plaisirs. Un ruban de moins chaque semaine, une promenade retranchée, donneront de plus douces jouissances que la satisfaction de l’égoïsme. Cet argent qu’elles ne l’étalent point à côté de leur nom sur une liste de souscription,qu’elles ne le consacrent pas à un billet le concert de bienfaisance ou de concours de bridge, qu’elles achètent des provisions, qu’elles confectionnent des vêtements et qu’elles aillent les porter dans ces maisons froides et nues, où pâtissent de petits enfants, où sanglotent de Pauvres femmes, où se plaignent des infirmes immobilisés par des plaies répugnantes. Qu’elles apprennent à se courber sur ces misères ; à donner discrètement, sans bumilier, avec le bon conseil qui éclaire et qui relève, le doux mot qui console.
Quand leu: petite bourse est vide, et c’est le plus souvent, qu’elles se souviennent que leur radieuse jeunesse n’a pas besoin d'argent, et que les malheureux ne sont pas tous logés dans des taudis et sous des
toits sans feu. Avec leur intuition de femme, elles en trouveront souvent tout auprès d’elles : bons vieillards que l’âge courbe vers la terre et qui souffrent de se croire inutiles, qui tremblent de devenir à charge. Une heure passée à les écouter raconter de très anciennes choses, n’aurait pourtant rien de pénible et comme cela réchaufferait leur vieux cœur engourdi, de trouver une oreille attentive et de jeunes yeux toujours prêts à lire à la même heure le journal favori. Au retour d’un voyage, comme le grand-père serait heureux d'entendre raconter tous les petits détails de la route : et comme grand'mère apprécierait les menus soins qu’elle ne peut plus donner à sa toilette, si elle sentait que près d'elle, une petite fille attentive étudie tout ce qui peut lui manquer.
Ce ne sont pas seulement les vieux qui manquent d'affection ; que de malades auxquels on donne le nécessaire, auxquels on paie des infirmières sans songer à leur donner un peu de sympathie.
Vous trouverez de très bonnes gens qui ne songent jamais à égayer une chambre d’invalide, et pourtant, n'est-ce pas le tribut que doit payer toute personne en bonne santé à ceux que le mal emprisonne ?
Une fleur odorante est une compagnie agréable, lorsque la neige couvre tout l'horizon ; une reproduction de tableaux religieux, un livre consolant sont une aide pendant les heures mauvaises où le coëèur et l’Ââme sont en détresse ; une figure calme et souriante, quelques paroles affectueuses sont des rayons qui traversent l'atmosphère embrumée de ceux qui suuffrent.
Un plateau recouvert d’un napperon brode «+ frat. chement blanchi, une assiette de porcelaine fine nveÿ un mets bien apprêté, un dessert décoré de fruits tentent le pauvre appétit et réjouissent le malade.
Il est une classe de délaissés qui, par leur faiblesse, réclament plus que les autres la tendresse féminine ; ce sont les petits enfants négligés par des mères sans cervelle et sans cœur. Toujours aux mains des servantes, bousculés, meurtris avant l'heure, ils ne connaftront pas la douceur des premiers souvenirs, d’une maman très bonne qui les caresse, qui les endort le soir et qui les borde dans de petits lits blancs et qui leur donne, s'ils ont Peur, une main secourable qui les défend contre tout mal.
Leur maman à eux, toujours parée, n’a pas le temps d'écouter leur babil, ils ne la voient qu’une minute entre les courses de l'après-midi et de la soirée, et elle les embrasse du bout des lèvres Pour ne pas déranger sa coiffure, pour que les petites mains n’enlèvent point le carmin de ses joues et ne déchirent pas les volants de ses dentelles.
S'il y a dans votre entourage, des enfants abandonnés, confies à vos filles la mission de les caresser, de les amuser, de les dédommager de cette solitude qui ne devrait atteindre que des coeurs formés et virils ; cette pitié leur fera une âme maternelle et nul n’aura plus tard à suivre d’un regard apitoyé la figure pensive et désolée d’un de leurs propres enfants. Il est une dernière charité que vous deves enseigner à vos filles ; la charité envers les morts, ce sont elles qui doivent
veiller à ce que les tombes de leurs parents soient toujours bien entretenues, que des fleurs en été en égaient l’aspect sombre, funèbre, et surtout elles ne doivent pas laisser envahir le petit enclos où ils reposent, d’herbes folles qui ressemblent trop à l'oubli qui pousse si tôt dans les mémoires et dans les cœurs. Qu’elles sachent honorer leurs disparus d’un culte de vénération, qu’elles demandent à ces vies closes des enseignements et des conseils pour fortifier la leur, et que, de leur cœur pur et filial, sortent des prières ferventes qui les conduisent dans un séjour de lumière et de paix.
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Pour dominer ses nerfs —— "ner ses nerfs
Je ne songe pas à nier la réalité, l'intensité des maladies nerveuses ; je sais que la vie contemporaine avec son activité fiévreuse, ses habitudes irrationnelles et son gaspillage des forces physiques et morales, mène tout droit à la névrose.
Ceux qui haussent les épaules devant les manifestations d'états morbides, ne manquent pas seuleïñent de sympathie envers des êtres cruellement éprouvés, ils affirment une médiocrité d'intelligence, une étroitesse de vue déplorable.
Il faut être aveugle ou très naïf pour refuser de reconnaître certaines souffrances, sous prétexte qu’elles viennent de l'imagination, ou qu’elles échappent à l’analyse. Les positifs qui s'expriment avec tant de sécheresse, mériteraient qu'on leur inflige pour quelques heures les maux qu’ils nient avec tant de désinvolture.
La neurasthénie n’est pas non plus une forme de la folie ; c’est un épuisement du système nerveux, pro-
par l'excès de travail, le
Pourvu qu’on soit dans un atmosphère de calme et de repos, qu’on ait des soins Y
ou. 45
ont besoin plus que les autres d’affection et de dévouement, de quelqu'un qui étudie leurs craintes et qui s'efforce de remonter leur courage, qui les persuade que la volonté reviendra avec leurs forces et qui les fait constater de jour en jour qu’ils sont plus forts et moins abattus. Rien ne leur est plus pénible que cette remarque désobligeante : vous vous écoutez trop; rien ne paralyse leurs efforts comme de croire qu’ils sont à charge ou qu’on les regarde comme inutiles.
Si votre délicate bonté féminine vous permet de compatir à toutes les peines, ne devez-vous pas chercher à préserver vos filles d’une épreuve qui s'étend chaque jour davantage ; leur enseigner à garder leur corps et leur esprit en bonne santé, et à stimuler leur énergie par la réflexion et par l’exercice.
Qu'’elles se lèvent et se couchent à heures fixes, qu’elles prennent à des intervalles réguliers une nourriture saine et substantielle plutôt que recherchée ; qu’elles portent, en toutes saisons, des vêtements et des chaussures appropriés, assez larges pour ne pas comprimer leurs organes ; qu’elles n’utilisent pas l'argent destiné à leur confort pour afficher une fausse réputation d'élégance ; qu’elles sachent se reposer à propos, ne pas prolonger outre mesure des plaisirs ou des travaux dont rien ne vient interrompre la monotonie. Qu'il y ait, dans leur journée, une heure de silence ; dans leur année, quelques jours ou quelques semaines d’une vie différente et meileure. Qu'’elles soient des mondaines effrénées ou des travailleuses acharnées, elles ont besoin de vacances pour échapper au monstre de la névrose. ak eff 45
EN RELISANT LES VIEILLES PAGES 45 mm mm
* appropriée, de la patience, de la bonne volonté et le
voisinage de personnes joyeuses et compatissantes.
On doit épargner à ceux qui souffrent des nerfs
toute inquiétude, tout reproche, tout chagrin ; ni } 9# s# Quelles ne gaspillent pas la source pure et rafraf-
chissante des larmes ; qu’elles pleurent lorsque la
souffrance est trop lourde et leur cœur trop déchiré,
mais qu’elles se défient des malheurs inaginaires qui
tentent de les émouvoir et qu’elles luttent contre les sollicitations de la sensiblerie.
Qu'’elles sachent, à votre exemrie, mépriser la souffrance physique, ne pas s’évanouir pour une égratignure, ne pas s’emporter pour des bagatelles, prendre les évènements insignifiants et les pires malheurs sans tapage et sans récriminations.
Qu’elles ne soient pas des femmes que la peur chasse du chevet des malades : qu’il s’agisse de panser une plaie, de porter secours à une personne prise de crachement de sang, de calmer un fiévreux qui délire ou d'assister un mourant, qu’elles comprennent qu’une douce main de femme doit savoir essuyer le front moite de sueurs, soutenir une épaule défaillante, laver les lèvres souillées de sang. Qu’elles ne disent pas : ce sont les miens, je les aime trop pour les regarder souffrir. Je sais que leur vie s’en va et je ne puis y penser sans crier ma détresse,
Si elles ne les aimaient pas, elles seraient loin de ce lit d’agonie, à se distraire des pensées sombres et des noirs pressentiments. C’est parce qu’elles les aiment tendrement, profondément, qu’elles auront la force de les
aider jusqu’au bout, de leur sourire, à chaque crise, pour diminuer leur angoisse, de prier sans que leur voix tremble, pour que leur chagrin ne trouble pas ces derniers moments.
Et lorsque la mort sournoise sera venue prendre ceux qu’elles ne laissaient pas d’une seconde, lorsqu'elle les aura arrachés à leurs bras, ce ne sont pas leurs cris qui ébranleront le silence de la chambre funèbre. Elles songeront que, dans toute maison dévastée par la sinistre visiteuse, c'est sur une femme que doivent s'appuyer ceux qui restent. En refoulart des larmes brûlantes, s’oubliant eiles-mêmes, elles croiront honorer leurs niorts mieux que par des crises de nerfs, en acceptant tous les devoirs qu’ils abandonnent forcé- |! ment, toutes les tàches méritoires qu'ils n’ont pas terminées et qu’ils lèguent à leur tendresse.
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Pourquoi il faut se passer du luxe 1" °° Passer au luxe
Le luxe, suivant quelques-uns, est le plus grand ennemi du bonheur ; pour la plupart, il en est le complément et l’expression la plus juste. A voir l’acharnement de ceux qui le poursuivent, on se fait une idée très fausse de ce petit mot et de la place qu’il occupe dans nos vies. Si nous devenons ses esclaves, c'est que la vie moderne nous a créé des besoins nombreux et que nous ne savons plus où finit le nécessaire, où commence le superfiu.
Il faudrait de temps à autre étudier où nous en sommes et sur quelle base véritable ou illusoire, s'établit notre budget.!Le luxe des riches et celui des pauvres n’est évidemment pas le même, ce qui est du gaspillage chez les uns peut s'appeler justice et devoir chez les autres.
Les dépenses bien ordonnées font vivre l’industrie et le commerce ; elles font acheter les meubles artistiques, les statues, les tableaux, les livres, les reliures de prix ; elles pourvoient aux réceptions nécessaires aux relations mondaines, aux sompteueux diners où brillent l’argenterie massive, les vins d’or pâle ou de rubis dans les verres taillés à facettes, en l'honneur des hôtes qu’on veut honorer ; aux voyages de santé, d'agrément ou d’études.
Tout ce qu’on peut exiger du luxe des riches, c’est qu’il soit intelligent, qu’ils cherchent dans un objet coûteux une autre beauté que la somme qu’ils ont déboursée, qu’ils aiment moins les bibelots médiocres
que les ‘iefs-d'œuvre immortels ; qu’ils voyagent pour s’instruire, pour admirer les sites, les monuments, les paysages, les vestiges de civilisations disparues plutôt que de se contenter d’avoir parcouru l’ancien et le nouveau monde, sans faire d’autre comparaison que le confort des hôtels et le nombre des voyageurs. Ce qu’on peut demander à ceux qui sèment l'argent à tous les vents, c’est que personne nemeure de froid ou de faim, dans leur entourage; c’est que l’aumône prélève sa dîme sur leurs prodigalités, et que l'influence qu'ils exercent autour d’eux ne soit ni dissolvante, ni immorale.
Il existe un superflu plus pénible à regarder : celui des petites gens qui le prennent sur leur nécessaire et qui rognent sur la nourriture substantielle de leurs enfants qui grandissent, sur celle des serviteurs trop nombreux ; sur le salaire des ouvrières et des institutrices; sur les notes des fournisseurs, qui restent en souffrance, sur le budget du culte et de la charité. ;
Pour satisfaire leur vanité, pour recevoir des gens plus riches qui ridiculisent les petites lacunes que leur désir de paraître ne parvient pas à cacher, pour ne pas mettre une robe démodée ou un chapeau de la dernière saison, pour qu’on les voie dans tous les endroits où l’on s’amuse, pour que l’on y voie surtout leurs filles, ils ne reculent devant aucun sacrifice, devant aucune humiliation.
Quel exemple pour vos filles, et comment voulez-vous qu’élevées dans de telles idées, elles se résignent au sort modeste qui seul peut être leur partage ? Pourquoi désirer pour elles le mariage brillant qui tourne si rarement à l’avantage de leur sœur plus fortunée ?
Ce luxe, il effarouche l’homme aux pensées sérieuses
fices temporaires, l’ouvri rités futures.
C’est parce que vous n’avez pas eu le Courage de la plier a
nner dans le mondaine; tandis que celui qui l’a
aurait pu partager les inquiétudes
Pour être utile, gagner la confiance
Une âme de jeune fille livrée à elle-même est bientôt peuplée de fantômes ; elle est incapable de discerner la vérité des opinions qu’elle entend énoncer tous les jours; elle se fabrique, avec l’aide de son imagination, des principes et une morale qui la laissent désarmée contre la première tentation. À
Le bon sens et l'expérience d’une mère chrétienne, % avec cette intuition qui permet toujours à une femme de deviner les sentiments d’une autre femme, serait sa meilleure sauvegarde ; mais combien de mères possèdent vraiment cette bonne influence ? Combien de filles vont en toute confiance jeter leurs petits ennuis, | leurs projets, leurs détresses intimes dans une oreille | patiente et toujours attentive ? Les confidences que j'ai reçues depuis que je tiens une plume, les observations que j'ai recueillies en déchiffrant au jour le jour & bien des problèmes, ne me permettent pas de croire qu'il y en a beaucoup. Celles qui ont recours, dans leurs ! difficultés matérielles ou sentimentales, au dévouement $ ‘et à la science d’une chroniqueuse inconnue manquent évidemment d’un secours plus affectueux et plus efficace. Si je pouvais inspirer à quelques mères le désir de mieux
étudier le caractère de leurs filles et de chercher à leur inspirer une confiance de bon aloi, j'aurais trouvé pour plusieurs une des plus pures et des meilleures sources du bonheur.
Le premier défaut d'entente vient d’un manque d'intelligence : l'éducation et la condition des femmes ont changé depuis tren ui refusent de le
au courant de tout mouvement
orifient de ne jamais ouvrir un
t volontairement l'autorité sur
ces esprits mieux cultivés ; il faudra à leurs filles une
humilité peu commune pour leur soumettre un jugement
qui, sur tant de questions, est mieux formé et plus sûr que le leur.
Le manque de confiance vient encore d’un excès de timidité: la mère n'ose pas explorer certains recoins du cœur de sa fille, elle ne sait pas dire la parole d’affection et de sympathie qui, dans bien des cas renverserait toutes les barrières ; elle attend, renfrognée dans sa dignité tandis que son enfant se replie et souffre de son côté.
Ce qui glace le plus la confiance, c’est la sévérité : Vous avez été jeune, pourtant, chère madame, vous avez eu une âme ardente et une jolie tête étourdie, rappelez-vous ceux qui autrefuis vous ont fait du bien.
Etaient-ils des Caractères inflexibles ou des cœurs bons
et indulgents? Si, pour une peccadille, vous faites jaillir une tempête de reproches, vous n’aures jamais l’occasion de donner un bor: conseil dans une de ces circonstances graves qui orientent une vie.
Que d'erreurs seraient évitées, que d’imprudences omises, que de fautes supprimées par ce recours filial : Maman, je suis embarrassée, voulez-vous me donner un conseil. Cela se glisserait à l’heure où l’on saurait que la mère est toujours prête à recevoir, sans se heurter à quelque-connaissance mondaine, sans crainte de voir passer un nuage d’ennui parce qu’il faut laisser un roman, sans peur, parce qu’on se 3ait tendrement aimée. On exposerait son cas, à demi mot, parce que les mamans comprennent toujours ; décidée, si c’est nécessaire, à faire quelque gros sacrifice, comme ils semblent tous, à vingt ans ; mais décidée surtout à garder à tout prix la tranquillité de l’âme.
Combien de jeunes femmes, dont la réputation a sombré dans des démarches inconsidérées, combien d’épouses coupables et de jeunes filles compromises par des gens indignes qui ont abusé de leur ignorance et de leur crédulité, auraient conservé leur propre estime et leur bonne renommée, si elles avaient trouvé un refuge contre leur propre faiblesse. En remontant plus loin que la première faute, la plupart verraient un moment d’indécision et d'angoisse, où une influence féminine faite d’indulgence et de bonté, aurait pu, en gagnant leur confiance, les éclairer et les sauver.
Le choix d’un état de vie =" © Un etat de vie
Votre fille a té créée pour un genre de vie particulier, qu’il ne vous appartient pas de déterminer vousmême ; vous avez le devoir de l’éclairer, de la conseiller, de l’aider, mais toujours avec la conviction intime que vous agissez pour son bien et que votre sollicitude n’est pas une forme déguisée d’égoisme.
La vocation religieuse, si décriée en certains milieux, existe cependant en dépit de ses détracteurs. Jusqu'à la fin du monde, il y anra des natures délite auxquelles le Christ répétera le conseil évangélique : Que celui qui veut venir après moi, se renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu’il me suivre ; et toujours des âmes de bonne volonté répondront en sacrifiant les promesses de prospérité matérielle, les affections de famille et les joies du cœur qui semblent si désirables aux cœurs neufs, qui n'ont pas encore effleuré la coupe aux bords parfumés, dont les profondeurs recèlent tant d’amertume.
Les âmes candides, effrayées de cette marée du mal, qui envahit jusqu'aux cîmes, se réfugient dans les cloftres : elles intercèdent pour les pécheurs devant la blanche hostie qui arrête la colère de Dieu ; elles couchent sur la dure, elles se lèvent pour prier dans la nuit froide et noire, qui cache tant de crimes ; elles flagellent
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leur chair innocente pour obtenir le pardon de ceux qui oublient que toute faute est une menace de châtiment.
Les âmes aimantes qui ont compris que nul cœur en ce monde n’était fait à la mesure du leur, se sont tournées vers la souffrance humaine sous toutes ses formes, mêmes les plus répugnantes. Elles adoptent les enfants abandonnés, les orphelins, les contrefaits, les infirmes, les épileptiques, les cancéreux, et parce qu’elles savent que la douleur physique n’est pas la plus lourde, leur miséricorde s'étend aux difformités morales : elles savent instruire les ignorants, relever les âmes déchues, consoler tous ceux que tourmente un chagrin, une inquiétude ou un remords. Elles sourient, parce que leur âme est en paix et que l'oubli de soi-même est un bonheur véritable : et les mères qui ont édifié parfois avec tant de peine leur félicité conjugale si fragile, si éphémère, ne sont pas logiques lorsqu'elles veulent chasser du cœur de leurs enfants cet attrait pour une vie meilleure et plus parfaite.
La majorité des femmes n’en est pas moins destinée au rôle d’épouse et de mère ; un trop petit nombre, malheureusement, le considère comme un ensemble de devoirs stricts et attachants, plutôt qu’un épisode sentimental ou une émancipation définitive.
La chasse au mari, qui lui sert de préparation, n’est pas faite pour donner aux jeunes filles une idée bien élevée de la dignité à laquelle elles peuvent prétendre. Ces petites pensionnaires qui, l’an dernier, dormaient dès neuf heures dans le dortoir aux blanches alcôves et qui s’éveillaient à la cloche pour descendre à la
chapelle en uniforme et bandeaux, sont déjà transformées par la main d’habiles couturières. On emprisonne leur taille Menue, suivant la formule de l’année, on les coiffe de torsades
tueux encore, des messieurs
une parole destinée à les éclairer sur les réalités de la vie, les autorisent, sans la moindre inquiétude, à mener pendant toute une saison et même pendant des hivers successifs, ‘ne vie enfiévrée et factice, qui ne leur enlève pas seulement leur fraîcheur d'âme, mais qui les rend incapables de toute pensée sérieuse.
amour qu’on n’interrompt
que par consentement mutuel, mais à voir l’insouciance de certaines mères, les prétendants qu’elles autorisent, les partis qu’elles convoitent, on ne peut pas songer sans frémir qu’elles vouent à un malheur certain les filles dont elles servent si mal les intérêts.
Qu’une imagination de vingt ans s’enthousiasme pour une paire d’yeux brillants ou pour une moustache conquérante, c’est dans l’ordre, mais une mère expérimentée qui sait que cet amoureux est un viveur et un égoïste et qui laisse marier sa fille dans ces conditions, parce qu’elle aura une belle position ou une grande fortüne, est une mauvaise mère, qui plus tard, si elle voit son enfant écrasée sous des épreuves trop lourdes, liée par des chaînes indestructibles, regrettera de l’avoir vendue au plus pressé ou au plus haut enchérisseur.
Que ne lui enseigne-t-elle plutôt que le célibat dans le monde, pourvu qu’il ne soit pas inspiré par l’égoïsme et par la peur de vivre, ne doit pas être regardé comme un épouvantail ou comme un déshonneur.
S’il sèvre des joies trop vives, il préserve des grosses déceptions et garde à celles qui coiffent Sainte-Catherine, la liberté d’arranger leur existence à leur guise, d'y faire une large part aux choses de l'esprit, d'ouvrir leur coeur aux déshérités pour le jour où leur manqueront les affections de famille.
Que le temps ou les circonstances ne leur aient pas permis de se produire ; que, trop délicates, elles ne se soient pas contentées du bonheur médiocre qui s’offrait à elles ; que, par dévouement, elles aient exagéré les devoirs qui les retenaient au foyer ; elles n’en ont pas
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moins tous les droits à la sympathie et parfois, à l’admiration. Mais comme elles doivent lutter contre des vieux préjugés, elles ont besoin, plus que les autres femmes, d’avoir le souci de leur dignité et de leur perfection.
Elles doivent se contenter de leur petit bonheur un peu incolore; sans braquer sur celui des autres les lunettes malveillantes de l'envie ; elles se feront surtout un point d’honneur de ne jamais le mettre en péril par une parole médisante ou calomniatrice.
Ce que le nom d’un homme honorable apporte à une femme d'estime et de considération, elles doivent l’acquérir elles-mêmes, par leurs efforts quotidiens contre leurs défauts de caractère, par l’acc:isition patiente de toutes les vertus.
Elles doivent demander à cette Catherine d’Alexandrie, leur patronne, dont la sagesse confondait les philosophes et qui refusait, au péril de sa vie, de s'asseoir sur un trône, de leur faire apprécier de plus en plus un état de vie pour lequel beaucoup d’entre elles ne semblaient point faites ; bien qu’en le comparant au sort de tant de femmes malheureuses, il paraisse une manifestation miséricordieuse de la Providence à leur égard.
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Utiliser ses défauts
Vous avez constaté, dans une vie déjà longue, que les plus grands obstacles au bonheur sont vos défauts : 4 que d'œuvres patiemment édifiées ont été anéanties |: dans un mouvement de découragement ou de colère : que d’amitiés brisées par votre précipitation à croire des racontars peu véridiques et malveillants.
Si ces dispositions naturelles, dont vous êtes les esclaves, ne pouvaient pas se détruire en un jour, vous pouviez apprendre à les t ansfonner, à les utiliser. Le désir de les connaître, la vaillance à les combattre, la patience à les supporter sont la marque des vrais caractères, trempés pour les grandes luttes de la vie.
Les défauts peuvent se ranger en trois classes : défauts extérieurs, défauts d'intelligence, défauts de caractère.
Les défauts extérieurs ne sont le plus souvent que des infirmités qui vous rendent vos filles plus chères : laideur accentuée qui les désole, taille disproportionnée ou difformité qui excite la raillerie ; manières brusques ou vulgaires, difficulté à s'exprimer, timidité ou maladresse excessives ; tout ce qui cause leur souffrance trouve un écho dans un cœur de mère bien doué.
Ilest peu de ces défauts pourtant qui ne soient pas susceptibles d'amélioration ; quel visage disgracié n’est