‹ En relisant les vieilles pages [microforme]Chapitre 3 sur 16 · LISE · texte numérisé non relu

LISE

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embelli par un perpétuel sourire, ou par une façon plus seyante de se coiffer ou de se vêtir ? quelles manières gauches ou maladroites résisteront à une atmosphère 1e sympathie ou d'affection ?

Le malheur vient de ce qu’on laisse s’aigrir ceux qui attachent trop d'importance aux dons extérieurs dont ils sont privés et qu’on les laise< devenir méchants et envieux, cherchant à faire peser sur d’autres plus heureux, les épreuves qui les écrasent.

Ce sont parfois les mères qui exaspèrent sans s’en douter leur sensibilité inquiète : c’est une remarque faite au moment où elles ne croient pas être entendues ; c’est une comparaison faite entre eux et leurs frères ou leurs sœurs qui enfoncent plus profondément les coups d’épingles quotidiens.

Que d’âmes ardentes, pourtant, se seraient perdues, si elles n’avaient traîné après elles le fardeau d’un corps débile et souffreteux : que d’esprits pénétrants

doivent leur supériorité à la solitude faite autour d’eux par a maladie et les infirmités. Une mère patiente et réfléchie peut réformer presque tous les défauts d'intelligence, excepté peut-être la fatuité, faite d’ignorance, de vanité et de sottise, et qui, par conséquent, est toujours à l'abri des déceptions : que ce soit une mémoire rebelle, une incontrôlable légèreté, un manque de jugement, des exercices bien dosés et répétés auront raison des difficultés et combleront toutes les lacunes, au moins jusqu’à un certain degré. Le manque d'intelligence vient le plus souvent de l'éducation première, le cerveau de l’enfant est comme une page blanche, comme un livre tout neuf, il reçoit et retient tout

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ce que l’on veut y mettre. Plus tard, il n’a plus la même facilité, bien qu'il y ait des gens qui se développent plus lentement, et que l’on use parfois l’activité cérébrale en la surchargeant de connaisssnces trop nombreuses.

Tous les efforts d’une mère devraient se concentrer sur l’étude du caractère de ses enfants. De même qu’il n'y a pas deux fleurs absolument semblables dans la création, on n’y trouve pas non plus deux visages ou deux caractères identiques ; mais le Bon Dieu, qui a voulu cette diversité dans ses créatures, a ajouté dans le cœur des femmes une qualité qui devrait plutôt appartenir à l'intelligence et qui remplace souvent chez elles le raisonnement et l'étude, la finesse d'analyse du psychologue et les arguments du savant. Cette petite vertu féminime : c’est l'intuition.

C'est elle qui permet à la mère de lire, comme dans un livre ouvert, des caractères plus compliqués que le sien ; c’est elle qui lui fait voir les passions naissantes qui causeront plus tard des désastres et des catastrophes. Il faut à la mère un grand courage et beaucoup de tact pour indiquer à ses filles des défauts qu’elles n’aperçoivent pas encore, pour les aider à les combattre et à les transformer.

Beaucoup de ces défauts ne sont que l’exagération d'excellentes qualités : la vanité tient à une espèce de myopie morale qui empêche d'apprécier ses mérites à leur valeur véritable, mais elle peut conduire aux sommets par l’émulation dans le travail et la vertu ; la jalousie vient d’une affection trop exclusive qui rend malheureux et la personne qui aime et celle qui est aimée ; l’avarice est une corruption de la vertu d’éco-

nomie, la prodigalité ést le Complément de la générosité ; l'amour de ses aises et la paresse viennent souvent d’un état maladif qu’il faut soigner ; la colère part parfois d’un désir exagéré du bien ; enfin dans

que la plupart des gens passionnés es. Chaque manifestation

C’est le devoir des mères chrétiennes de montrer que la lutte est toujours possible, et de fortifier, par degrés, une volonté qui sera l’ouvrière la plus habile du bonheur de leurs filles.

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Le culte des traditions

Nous avons de vieilles traditions, apportées sur nos rives par ces Françaises courageuses qui suivirent les premiers colons au milieu des difficultés de leur vie aventureuse, partagée entre les fatigues de la forêt à abattre, de la terre nouvelle à ensemencer, et les guerres continuelles avec les Sauvages, les envahissements périodiques de l'étranger.

Ces traditions augmentées et adaptées à notre milieu, vous les avez reçues de vos mères ; appliquezvous à les transmettre à vos filles dans toute leur richesse, dans toute leur pureté.

La première et la plus importante, avec la foi à laquelle elle a été intimement liée, c'est la langue : ce doux parler de France, harmonieux et limpide comme une source d’eau vive.

Cette langue, si elle nous est parvenue, sonore et vibrante à travers les siècles ; si elle a survécu, avec notre foi,toujours, à la conquête et à la persécution, ce n’est pas seulement parce qu’elle a été défendue par des hommes à l’âme indomptable et fière, ce n’est même pas parce qu’elle a eu des apôtres et des martyrs. C’est surtout parce que de faibles femmes l’ont murmurée à l'oreille de frêles petits enfants, c’est parce qu’elles leur ont fait balbutier des prières naïves; c’est

qu’elles les ont endormis avec les Noëls touchants et les belles chansons Populaires, qu’un de nos contemporains, aussi bon musicien qu’habile philologue, M. Ernest G

combien vous deve

Partout où s'élève un cabane ou palais, qu'importe, il y a un rempart contre l’envahisseur, s’il y a une patriote

un petit enfant

plus grand que le monde ; fêtes de famille, avec leur

joies simples et profondes, que bientôt nul

ne pourra plus goûter, si les mères ne réagissent contre le courant mondain qui les traverse,

Ne craignez pas d’égayer l’âme de vos enfants avec les jolies légendes qui ont ensoleillé la vôtre ; la venue du petit Jésus à travers les cheminées, éclairé par des étoiles détachées de la voûte céleste, escorté par des vols d’anges qui portent ses paquets, est plus radieuse que celle du vieux Santa Claus qui voyage en chemin de fer, comme le commun des mortels, ou avec un attelage de rennes inportés de pays moins lointains et mieux connus et surtout moins beaux que le ciel.

Que vos enfants gardent la touchante coutume de suspendre leurs bas au pied de leur lit ou dans la cheminée, pour que, dans la nuit solennelle, ils attendent un cadeau du petit Jésus, car plus tard, quand vous les aurez quittés pour les splendeurs féériques des fêtes éternelles et que les fêtes de la terre ne leur apporteront que des regrets, ils pourront, pour occuper leur veillée mélancolique et solitaire, suivre la promenade du petit Jésus sur les toits. Ils s’imagineront trouver dans leurs souliers déformés par les cailloux, souillés par la fange et mouillés par la neige de la route, le bonheur que vous aures sollicité pour eux, et dont ils seront plus avides à mesure que leurs rêves deviendront plus précis et moins réalisables. A défaut même de ce bonheur, l'espérance rayonnera par les trous de ces chaussures meurtries qui ne sont encore que des chaussettes, si petites, qu’il y a peine à y trouver la place d’un baiser.

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La fleur de la reconnaissance ——" «€ (a reconnaissance

Habituez vos filles, dès la petite enfance, À recevoir avec gratitude tout ce qu’on fait pour elles, tout ce qu’on leur donne ; ce n’est pas la valeur du cadeau qu’on regarde, c’est l'intention et le cœur qui l’a choisi.

L'esprit délicat qui se met à la torture pour faire plaisir, la pauvre bourse qui se vide avec un joyeux cliquetis, à la pensée de la joie qu’elle achète pour quelqu'un, valent mieux que le cadeau somptueux offert avec arrogance, ou que la grosse somme d’argent dépensée sans discernement ; et c’est au premier que devrait s’adresser le plus chaleureux merci.

Que vos filles sachent reconnaître les petites attentions, qui sont la menue monnaie de la politesse, et même les légers services qu’un homme bien élevé leur rend dans un édifice public, sur la rue, dans un tramway. On ne doit jamais prendre le siège qu’un monsieur cède avec obligeance, sans le remercier de la voix et du geste: °n ne passe pas dans une porte qu’un bras masculin tient ouverte, sans s’incliner poliment. C’est une pruderie exagérée et déplacée qui permet à une femme d'accepter, avec la raideur d’une automate, de prendre ses aises aux dépens d’un homme qui se gêne pour elle.

Les femmes comme il faut ne sont jamais embarrassées

tances ; elles peuvent sourire sans craindre qu’on les traite familièrement.

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Que vos filles se rappellent surtout les peines et les fatigues qu’elles vous ont causées, enfants ; les longues heures où vous vous débattiez contre la maladie, les privations que vous avez endurées pour assurer leur confort. Trop souvent elles s’imaginent que vous n'avez fait que votre devoir, et que leur dévouement n’est dû qu’à leurs enfants, si elles en ont, que rien ne doit remonter de cet amour dont vous les avez bercées depuis qu’elles sont au monde.

Moatrez-leur, par les soins dont vous entourez vos vieux parents, qu’une des plus grandes douceurs de la vie, c’est de pouvoir payer sans compter ce qu’on a coûté aux siens; de soutenir, de sôn bras ferme et viril, la démarche chancelante de la mère affaiblie, qui guida jadis vos premiers pas ; d’égayer de votre vaillance la tristesse et les regrets de ceux qui vous endormaient tout enfants, du refrain des vieilles berceuses, ou qui appelaient sur vos lèvres le premier sourire. D’employer enfin tout ce que la lutte pour l'existence vous garde de loisirs, à refaire du bonheur à ceux qui ont consumé . leur vie à poursuivre le vôtre ; n'est-ce pas l’a. b. c. de la gratitude humaine, et pourtant, combien de gens négligent ce devoir essentiel, laissent leurs vieux parents s’étioler dans la solitude et la misère.

Apprenez à vos filles à garder de la reconnaissance et à la témoigner, à l’occasion, à ceux qui développèrent leur esprit ; ilest devenu de mode de critiquer l’éducation et l’enseignement qu’on a reçus ; pourtant, que de personnes dédaigneuses ne seraient point parvenues à ces hauteurs qui les éblouissent, si elles n’avaient pas eu une instruction solide. Ce n’est pas la faute des

dignes femmes qui les ont contractées dans la

Etre vraie

La jeunesse est portée à s'attacher à ce qui brille ; elle ne distingue pas souvent entre le diamant et le verre, entre le cuivre et l'or, pourvu que la monture soit à la mode. Elle ne demande que le charme aux apparences, sans s'inquiéter si elles répondent à la réalité. Apprenes à vos filles à n’ambitionner que ce qui est vrai, et À laisser aux natures vulgaires, dans tous les domaines, le clinquant et la pacotille.

La toilette doit s’adapter avec la bourse et avec la position : un simple lainage habillera très bien la femme d’un petit employé, tandis que la soie et le velours conviendront davantage aux bourgeoises cossues qui font ainsi honneur à la fortune de leur mari.

La rigueur de notre climat justifie ici le luxe des fourrures : mais combien d'erreurs de jugement voit-on commettre dans ce sens! Que de manteaux de mouton de Perse, que de peaux de renard achetées à la semaine, et qui font sourire de pitié ceux qui les rencontrent sur certaines épaules ! Que de pauvres hommes ne sortent pas avec leur trop brillante moitié, pour que ces parures, obtenues de guerre lasse de leur amour aveugle ou de leur patience exaspérée, ne jurent pas trop avec leur paletot au collet de velours usé, et le pantalon blanchi aux genoux qu'ils ne peuvent pas renouveler.

Vos filles peuvent avoir le désir d’être élégantes et

bien mises, mais que ce ne soit pas aux dépens de leur confort. Qu’elles s'appliquent plutôt à faire valoir leurs charmes naturels qu’à emprunter à l’industrie et aux trois règnes des substituts qui ne trompent personne.

L'emploi du maquillage, qui semble se généraliser, est une preuve de très mauvais goût. Quel visage et quel teint de jeune fille n’est pas plus agréable à regarder qu’un éclat obtenu avec la boîte de rouge et le crayon noir. Que celles qui en font usage et oui risquent d’être confondues avec des personnes :. elles ne voudraient pas coudoyer soient certaines qu'’elies seules s’illusionnent. Un œil un peu clairvoyant, surtout un œil masculin, a vite découvert le truc et cherche peut-être ensuite quel défaut on a voulu cacher. Le plus souvent ce n’est qu’un très joli minois qui a voulu s’embellir et qui s’est enlaidi.

Ce que nous disons de l’extérieur peut s'appliquer à l’intelligence : que de personnes tranchent toutes les

petitesse de son esprit, il hésite avant de donner son opinion, il semble s’excuser de contredire, il admet d'avance qu’il « pu se tromper.

Que vos filles n’aient pas la vanité de leurs talents et surtout qu’elles ne se parent pas de ceux des autres.

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Nous avons une étrange pitié, proche voisine du mépris, pour celles qui veulent être admirées au détriment d'autrui ; et chaque fois qu’il nous faut frapper sur des plagiaires qui, à des intervalles toujours trop rapprochés, nous envoient des articles d'auteurs connus ou de collaborateurs étrangers, auxquels elles ne craignent pas d’ajouter leur nom. Après avoir fait la part de la sottise qui est presque aussi grande que le monde, il nous reste l’étonnement qu'il y ait des gens assez peu fiers pour se contenter d’éloges achetés À ce prix.

Que vos filles soient sincères dans leurs amitiés : qu’elles choisissent avec soin ceux auxquels elles donnent leur confiance et leur affection ; qu’elles songent moins à avoir beaucoup que de bons et de fidèles amis ; qu’elles ne se laissent aveugler ni par les préjugés, ni par les passions ; mais que, pour un soupçon, pour un différend, pour une querelle, pour des racontars, elles ne renient pas ce qui a fait si longtemps la douceur de leur vie ; et qu'une amitié perdue, brisée par la mort ou par une absence sans retour, leur laisse des regrets profonds et durables.

Que les vertus de vos filles soient vraies : sur ce point encore, que d’imitations, que de cuivre doré, que de cailloux du Rhin qui étincellent à l'électricité et au soleil, mais qui ne supporteraient pas l'examen attentif d’un joaillier.

Petites ou grandes vertus, que vos filles n’ambitionnent que celles qui sont à leur taille : qu’elles ne se croient pas facilement héroï

Les humbles vertus de la ménagère

L'une des sciences les plus nécessaires et celle à laquelle on songe le moins, surtout dans la classe aisée, c’est celle du ménage et en particulier l’art culinaire.

L'homme qui vous enlèvera votre fille, et qui la prendra pour sa beauté, pour l’élé-ance de ses toilettes, Pour son sourire d'enfant et la fossette qui rit au coin de sa joue, ne se contentera pas longtemps des dons futiles qui l’ont charmé, et par une absence de logique qui ne dépare pas le sexe fo: » il rendra votre fille responsable de cette absence de qualités sérieuses qu’il n’a pas cherchées. Les larmes étincelantes qui avaient un si grand pouvoir sur son cœur, lorsqu'elles tombaient des yeux candides de sa mignonne fiancée, n’auront plus qu’une influence très seccndaire lorsqu’elles couleront pour la troisième ou quatrième fois sur des pommes de terre roussies, sur un potage trop clair, sur des côtelettes carbonisées ; elles ajouteront même au malaise d’un estomac qui crie famine, une mauvaise humeur qui se traduira, même ches un homme bien élevé, par des expressions très énergiques, empruntées à un vocabulaire qui n’a rien d’aristocratique. Si le mauvais sort voulait que vous, la mère, vous assisties À cette première

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querelle de ménage, et que vous risquiez une parole en faveur de votre fille, vous seriez englobée du Coup, sans pouvoir vous en défendre, dans l’universelle réprobation qui enveloppe les belles-m ;

C'est donc le repos de votre fille et le vôtre que vous cherchez quand vous développez en elle les humbles vertus de la ménagère ; et vous avez soin en même temps de sa prospérité future. La meilleure économie, c’est d’avoir pour son argent la meilleure qualité et le premier choix ; il faut que votre fille ne soit pas à la merci de son boucher et de son épicier. Elle doit connaître t le morceau de viande qu’il lui faut, dans quelle partie de l’animal on le prend, quelle apparence il doit avoir pour être propre à la consommation. Elle aura aussi une idée des poids, et n’achètera pas pour son nouveau foyer les pièces volumineuses Gui figuraient sur la table paternelle, Elle n’en saura pas moins accommoder les restes d’un repas précédent, mais sans le dire, et en masquant le mets déguisé sous une apparence et un nom nouveaux. C’est ainsi qu’un reste de gigot de veau ou d'agneau peut se servir en crème ou en croquettes ; qu’une moitié de poulet fait la plus succulente des salades, Elle aura soin aussi de

splendeur monotone.

neaux ; ce qui ne vous a pas cordon bleu modèle, et d

ignorance condamnable. Celle-ci ne manquera pas de faire la moue en me lisant et dira : —De quoi se mélet-elle ? On a bien d'autre chose À faire, à vingt ans, que de se brûler les doigts à la queue de la poêle à frire: Savez-vous ce que c'est que l'amour, Ginevra ? Et comme il se nourrit de choses éthérées et charmantes! Avec un glteau sec et un verre de vin mousseux où se mouillerait la fusée de mon rire, mon petit mari se moquerait du dîner manqué !

—Vous le croyez, petite poupée, à la cervelle légère, mais l’amour est une chose plus compliquée et, hélas, peu durable, il ne faut épargner ni son travail ni ses pei-

Les bienfaits de la lutte

Si votre dévouement s’interpose entre chacune des difficultés et la volonté naissante de vos filles, si vous prenez pour vous toutes les petites peines proportionnées À leur faiblesse, vous travaillez contre leurs plus chers intérêts ; vous les condamnes à rester toute leur vie des êtres impuissants et peut-être inutiles.

Inities-les plutôt de bonne heure au combat, en leur montrant comme très profitable tout ce qui s’acquiert avec difficulté. Montrez-leur à utiliser les heures destinées à l’étude, à donner une attention supérieure aux matières arides qui forment la base de l’éducation plutôt qu’aux arts d'agrément qui n’en sont que l’ornement et le superflu.

Comme vous ne pourres les dispenser plus tard des austères devoirs de la vie, ne les exemptes pas toutes jeunes de la rude loi du travail, imposée à toute créature humaine, quelles que soient d’ailleurs votre position et votre fortune. Exiges qu’elles remplissent chaque jour une tâche déterminée, où le travail manuel devra trouver sa place, au moins par hygiène, car rien ne vaut la gymnastique du balai et des plumeaux, pour stimuler l'appétit et garder la bonne humeur.

Ne nuises pas à l’ordre de la maison d'éducation à laquelle vous les aves confiées, en leur donnant des congés supplémentaires qu’elles passent, le plus sou-

vent, d’une façon peu reccmmandable. Au danger de l'oisiveté, s’ajouteront les excès de gourmandise et des distractions d’une opportunité discutable : les vues animées offrent un exemple bien caractéristique des permissions arrachées à votre faiblesse, et contre lesquelles votre conscience proteste, quand il serait si facile de les interdire, en donnant à vos enfants une bien meilleure opinion de votre fermeté.

Apprenes-leur à lutter contre les épreuves ; il n’est pas d'existence qui soit à l'abri du chagrin, tôt ou tard vos filles devront se mesurer avec la souffrance. Que ce soit la maladie qui les saisisse en pleine jeunesse et qui crucifie leur chair ; que ce soient les peines du cœur qui leur apprennent trop tôt l’inanité des rêves humains ; que ce soient les angoisses de l'esprit ou les tortures de l’âme ; si vous vives pour les voir grandir, vous les verrez, à certaines heures, accablées d’un fardeau que vous ne pourrez pas leur enlever.

Vous seres consolées si vous avez su leur montrer à ne pas rester écrasées sous un poids, quel qu’il soit, et si vous les voyez, broyées, mais vaillantes, se relever lestement du qui semblait, à première vue, des-

qu’elles savent

ternel, du secours

der et à attendre

jaillir sur leur entou-

, leurs inquiétudes intimes, Desti-

ce, pour la plupart, à fonder des

familles, dans lesquelles elles représenteront la force

morale et consolatrice, qu’elles s’habituent à souffrir en silence, à attendre le chagrin de pied ferme et à garder, sous son étreinte, une ferme contenance. Plus encore ; qu’oubliant leurs propres ennuis, elles soient toujours prêtes à encourager. Le mari sera, dans toutes les circonstances de la vie, dans les succès et les revers, dans la bonne et la mauvaise fortune, ce que voudra la modeste créature aux traits effacés, qui semble absorbée par ses humbles devoirs, mais dont l’amour éclairé et tout puiësant sait parfois accomplir des miracles. A côté de tous les grands hommes, on retrouve la collaboratrice dont le nom est parfois oublié, mais qui mérite une part de la gloire dont elle n’a pas voulu pour elle-même.

Apprenes surtout à vos filles À :utter contre leurs défauts. Vous savez de quels contrastes singuliers est

faite la nature fénimine : quels penchants bisarres et mauvais y coudoient souvent les vertus hautes et fières;

manque

définitives, et

t vies méritoires, ternes

en apparence, qui se dépensent dans la lutte, sous le regard de Dieu. à

L'oubli de soi et le dévouement — "<<" ‘e dévouement

Vous le savez mieux que tout autre, une femme égoïste est une anomalie elle, qui exige un culte et froide, sur son piédes plus insensible

Si vous aviez vu, au début de votre carrière, tous les sacrifices que devait vous imposer le dévouement, vous auries reculé, effrayée ; et Pourtant, vous êtes passée entre tous ces obstacles, vous vous êtes oubliée chaque fois que cela a été nécessaire, vous vous êtes donnée Sans Mesure pour que ceux qui vous entourent fussent heureux

Il importe que vos filles se pénôtrent à leur tour de de petites reines que : que celui qui viendra

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Celle qui se marie doit s'attendre à bien des sacrifices : le premier, c’est celui de sa liberté, de sa vie actuelle faite de devoirs et de responsabilités minuscules, de petites joies et de chagrins sans profondeur, Pour une existence nouvelle dont les débuts ont une grande importance et où elle entre un peu à tâtons. La séparation d'avec les sienr, elle n’en souffre pas trop d'avance. Les préparatifs du mariage, que les exigences modernes compliquent de plus en plus, voilent l’amertume du départ. Elle se détache de la maison et de la famille comme l'oiseau quitte le vieux nid avec un grand battement d’ailes vers le monde extérieur et vers la liberté.

Elle fait ensuite le sacrifice de ses goûts; quoique l'influence de la femme soit toujours visible au foyer, qu’il garde l’empreinte de son éducation et de ses manières, elle doit être prête à faire joyeusement des concessions à son mari. Tout ce qui lui paraît désagréable ou pénible, doit s’atténuer et disparaître. Si l'homme aime le coin du feu, elle devra retrancher dans une certaine mesure ses obligations mondaines : lorsqu’il rêve de repos, après une journée de fatigue, elle ne le forcera pas à endosser un habit qui le gêne et à promener sa vanité dans une cohue plus ou moins aristocratique. De même s’il juge nécessaire de faire une apparition dans le monde, elle n’apportera pas sa corbeille à racommodage et n’étalers pas sous ses yeux du reprisage pour une semaine. :

Elle subira avec calme les contrariétés journalières, sans les faire retomber sur des innocents. Pour une couturière en retard, pour une porcelaine brisée, elle

et À préparer pour la gén Phère plus chaude de dévouement ét d'amour.

EN RELISANT LES VIEILLES PAGES een e n

Le bor sens

Quand ie vois une jeune mère penchée sur le serceau de sa fille et fsirant d’orgueilleux rêves d'avenir, je suis toujours tentée de lui dire : ne demandes pas pour elle tous ces dons futiles gt charmants qui sont le plus souvent une épreuve redoutable. Demandes plutôt une qualité qui la serve dans toutes les circonstances, dans les bons ct les mauvais jours. Pries celui qui est le Maître des destinues, de la doter d’un robustr bon sens qui la garde dans les sentiers de la modération et de la prudence, dût-il lui enlever, en échange, quelque faculté brillante et inutile, qui sera peut-être à la fois sa vanité et son tourment.

Le bon sens, qui n'est autre que de la droiture du jugement, était la qualité maîtresse de nos grand’mères. Il se peut que leur mémoire fût moins ornée que la nôtre, que leur imagination ne fut pas susceptible d'aussi hautes, ni d'aussi subtiles envolées. Elles ignoraient, pour la plupart, le nom de tous les philosophes, dont les systèmes nous sont familiers; elles n'avaient lu qu’un bien petit nombre de livres d'auteurs classiques et sévèrement triés ; mais dans ies -irconstances difficiles, dans les cas de conscience obscurs, comme leur jugement savait s’affi mer ferme et droit.

Apprenes à vos filles à sur celle de leur

dégager la vérité

à ne pas avoir contre les gens et contre sottes préventions, comme paroles d’évangile, l'avis pathiques, à ne pas repousser aveuglément ce qui leur déplaît au premier abord.

Apprenes-leur à mettre leur vie d'accord avec le sens

; à donner t plus durable par un exercice igente, une diète appropriée.

t une allure en rapport plutôt que de prendre où s'étale un luxe de

———————————————___paa

mauvais aloi qui ne trompe personne et qui n’est, au fond, que de la misère dorée.

i aussi de ne pus forcer leurs talents ;

que celles qui n’ont qu’un tout petit filet de voix, ne se donnent pas des airs de cantatrices ; mais qu’elles disent sans prétention, des mélodies chantantes, douces et agréables à entendre ; que celles qui n'ont ni doigts, ni tempérament, ne se croient pas les émules de Chopin ou de Lists, mais qu'elles jouent sans se faire prier, de la musique facile À comprendre et à exécuter: qu’elles prêtent de bonne grâce leur concours lorsqu'il est réclamé.

Les véritables dispositions artistiques sont plus rares qu'on ne croit : la patience, la persévérance, le travail opiniâtre, sont encore plus difficiles à rencontrer. Avant de se lancer dans une carrière où les succès s’achètent par des mois de labeur et d'étude, par des échecs successifs, vaillamment supportés, que vos filles s'interrogent avec sincérité pour savoir si elles auront la force de lutter si longtemps pour un résultat incertain.

Le bon sens aura sa place jusque dans le bien que vos filles entreprendront ; là, surtout, il ne faut pas se laisser mener par l'imagination et par la fantaisie : il ne faut pas refuser d’aider les autres par égoïlsme, ni surcharger sa vie d'œuvres trop absorbantes et trop nombreuses, ni les adopter à tour de rôle pour les abandonner ensuite sans motif sérieux.

Il y a un bien providentiel auquel vos filles sont destinées : les unes resteront dans l’atmosphère de la famille, faisant rayonner autour d’elles l'éclat de leurs

EN RELISANT LES VIEILLES PAGES 83 ma Eumbles vertus; d’autres, les plus actives et les plus

Ï » étendront au dehors leur sphère d'action, soutenant les œuvres de

’est à l’aide du bon sens que les unes et les autres découvriront ce qui leur convient ; si elles ont des loisirs qui leur imposent de chercher à utiliser les ressources de leur esprit et de leur cœur, ou si elles ont tout près d'elles assez d'occasions d'exercer leur besoin de dévouement. Il en sera de même de la piété que tant de fem. mes semblent avoir à cœur de faire détester dans le monde

fier les étrangers et de contenter son goût pour les belles cérémonies du culte.

Vos filles sauront,

Ayez une âme contente =Ntente

Nous avons reçu, l’autre jour, une lettre d’une jeune fille qui se dit blasée et se croit malheureuse, qui n’aime que les livres parce: qu'ils la font vivre dans un décor factice et que le temps lui manque pour découvrir autour d'elle, dans les joies et dans les chagrins de ceux qui l’entourent, de quoi occuper son esprit, ses mains et son cœur.

Elle parle, avec tout l’aplomb de l’inexpérience, de ses peines imaginaires et de la sottise humaine, de l'amour qu’elle nie, de la fatuité masculine qu’elle trouve insupportable. Elle ignore que lorsqu'elle aura vécu plus longtemps et sera devenue plus indulgente, elle jugera avec moins de sévérité des créatures comme elles, fragiles et bornées.

Notre petite correspondante, qui est loin d’être sotte, a encore oublié une chose élémentaire, c’est que la vie n'est que le reflet de notre attitude envers elle, et qu’elle est dure ou facile, suivant que nous sommes révoltés ou résignés.

C’est pourquoi nous vous souhaitons d'être des âmes contentes, qui trouvent la force de se réjouir au milieu des épreuves les plus réelles et des circonstances les plus difficiles.

Elles font le bien grâce, et s'il arrive

dire. Comparez-les

tables, mais qui

Ce qui sont des autres.

On va à celles-là d'instincet parce qu’on ne craint pas de reproches ni de réprimandes ; et si l'on a du chagrin, on sait que leur compassion est douce. On ne les croit pas insensibles si, en écoutant le récit de nos tristesses, leurs lèvres gardent le bon sourire qui leur est habituel. Si l’on est gauche ou timide, si l’on a des vieux habits ou un chapeau à l’ancienne mode, l’on ne craint pas qu'une lueur moqueuse s'allume au fond des yeux clairs, des yeux qui voient, au-delà de l'enveloppe dis. #racieuse, la beauté intéieure qui a certes une autre valeur

in ; soyes des âmes de tentes qui éclairent, qui reposent

et qui réchauffent.

Amour de sorur

Je suppose que vos filles ont fini leurs étuc. et qu'elles reviennent au logis pour y apprendre sous vutre gj5#ion et à votre contact, à travailler et à ne dévore

ne tiennent aucun compte de vos observations, que leur langage est grossier et vulgaire, qu’ils ne songent qu'à s'amuser, quand ils ne vous inquiètent pas par des sorties prolongées à des heures indues,

La gronderie continuelle est absolument inutile

devoirs religieux ; qu'ils sont Paresseux, insoumis, irrespectueux : qu'ils s'oublient dens des compagnies

ou suspectes, vous n'en seriez pas plus avancées ; et si vous joignies les supplications aux menaces, vous vous apercevries que cette jeunesse qourdie n'aime pas plus les larmes que les reproahes Confies-les plutôt à l'affection des sœurs aînées ; elles n'ont pas besoin, elles de parler du haut de leur auto-

88 EN RELISANT LES VIEILLES PAGES mm,

rité, elles n’ont pas à surveiller ce qui se passe dans ces cervelles où la raison est encore mal établie, et dans lesquelles la soif d’i épendance soulève des tempêtes.

Leur première et plus grande ressource sera la sympathie. Chaque fois qu’un garçon de dix à vingt ans entre dans la maison, il est accueilli par une observa. tion. Pourquoi ne pas essuyer tes pieds sur le paillasson ? Pourquoi fermer la porte à tour de bras ? Pourquoi laisser tes livres et ton chapeau sur les meubles ?

Observations très justes, mais qui irritent l’adolescent parce ow’il se sent en faute et que sa brusquerie cache surto: + beaucoup de timidité.

Au lieu c: voix grondeuse de la mère de famille, excédée de far que, s'il entendait sur le seuil de la porte le timbre joyeux de sa sœur, lui demander de retirer ses caoutchouc : si elle s'emparait, pour les mettre en lieu sûr, de sbjets qu’il laissera invariablement sur la table; si elle sui confiait d’un air intéressé les petits événements de la journée, en provoquant, sans en avoir l’air, le récit de ce qui lui est arrivé lui-même: si elle réclamait gentiment son aide pour le transport d’un meuble trop lourd, pour un message pressé qu'elle n’a pas le temps de faire, aura-t-il le de répondre en bougonnant qu'il n’a pas de temps à perdre, qu’on l'attend et qu’il ne fera que ce qui lui plaît ?

Le sœur consciente de son rôle aura un soin particulier de la chambre de l’écolier. Elle n’exigera pas que tout soit rangé symétriquement, que l’on ne puisse

une chaise ou laisser un livre ouvert, sans

’ils prennent goût aux sorties, ‘emmener. Sans faire

térêt, elle se montrera

r partout, elle mettra

pas de mauvaise

imprévue vient déjouer leurs projets communs. comprendra femme, qu’elle railleries. A cet âge pinion des autres, où ilsuffit d’une parole

gnent dans l'esprit

de ceux qui en sont les victimes plus que les auteurs.

Enfin, si l’un de ses frères se it pleurer

à vos fils de pouvoir l’éprouver.

La moguerie —"t"crte Qu dit due la moitié du monde rit de l'autre moitié

» Pour éviter qu’on le bafoue, étudie avec soin ridicules de son semblable

battu,

accusent je

i qui eur Pesante croix ; on rit de l’écoli sa leçon

vent et qui gens et sur les choses tan perficielles ou fausses et vous deves les surveiller de

’égard même

nn

parfois pour l’ameublement auquel vous êtes attachée par des souvenirs de vingt à trente ans.

Devres-vous, pour plaire à mademoiselle, faire maison nette de tout ce que vous aves aimé? Si vous aves du bon sens et du caractère, vous ne permettres pas à vos filles, peut-être plus raffinées de manières, de vous en imposer sur ce point. Sans doute, elles rajeuniront inconsciemment tout ce qui vit autour d'elles, mais que ce ne soit pas par mépris et qu'elles sachent respecter vos amitiés et vos goûts.

Essayes de réagir contre la manie qu’elles ont de tout critiquer ; qu’elles puissent entrer dans un salon et en

Qu'’elles sacuent louer sans restriction et sans arrièrepensée le talent d’une chanteuse, d’une pianiste, d’un conférencier. Qu'elles comprennent que, pour parler d'art et de littérature, il faut avoir certaines connaissances, et qu'à se moquer de gens plus instruits et plus intelligents,on s'expose à se couvrir soi-même de confusion.

Que vos filles apprennent à ne pas juger un homme sur sa belle mine, sur sa cravate, sur son habit, qu’il doit peut-être à un fournisseur très patient. Qu'’elles se gardent bien de rire du prétendant sérieux qui les admire de loin comme un précieux bijou qu'il convoite, sans savoir s’il est asses riche pour s’en passer ia fantaisie ; comme une fleur de serre qu'il voudrait emporter sans pouvoir dire si elle vivra dans une atmosphère moins surchauffée, dans une terre exposée aux tempêtes et aux bourrasques. Que de bons mariages, désirables

en tous points, ont été rompus pour un méchant sourire gsant une confiance prête à naître, pour une parois

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