CHARLES
Une nuance d’attendrissement passa sur la figure fanée de mademoiselle Amélie ; la fidélité de cet amoureûx de jadis, l’offrande fleurie et même l’aveu tardif ne pouvaient plus la faire sourire. Elle disposa dans une jardinière japonaise aux dessins éclatants les fleurs odoriférantes, et expédiant à la hâte son modeste souper,
elle composa pour le lendemain un menu presque recherché, afin que son vieil ami reconnût la douceur de l’hospitalité québecquoise.
Quoique ce ne fut que la veille d’une fête, mademoiselle Amélie se fit belle ; elle arrangea ses cheveux gris avec un soin inaccoutumé, et attacha le bijou ancien à' la dentelle de son col. Elle avait à peine
terminé sa toilette qu’un coup de timbre la fit tressailir, et l'instant d’après elle accueillait, les mains tendues, un grand vieillard qu’à première vue elle eût pris pour un étranger. Lui la reconnut tout de suite, grâce à ce décor qui était resté le même, et peut-être
était entrée le matin, et dans sa détresse, il avait songé à sa vieille amie. ‘Le même où vous étiez entrée autrefois Comment se fait-il qu’à tant d'années de distance il me prenne encore cette dernière affection ? Ma petite Simone ne connaissait pas même le costume de vos religieuses ! D'où lui est venue la fantaisie de laisser son vieux père qui l’aimait tant, pour ces grilles et cette vie austère? J'ai essayé de la préserver des rudes contacts du destin, pourquoi a-t-elle voulu se séparer de tout ce qui fait la douceur et le charme de vivre ?”
Dans tous les clochers de la ville, les cloches s’ébranlèrent et sonnèrent à toutes volées le second coup de la messe de minuit ; mademoiselle Amélie les montra
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d’un geste à son compagnon : “Ecoutez, Charles, elles vous répondent. Elles disent “Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux Ames de bonne volonté!”
“Avez-vous donc été si heureux que vous ne puissiez permettre à votre fille de réaliser son rêve de bonheur mystique, si elle le peut. Vous ne savez pas la douceur de certains sacrifices. C’est à notre âge que l’on doit voir la fragilité des choses humaines et l’inutilité de nos
EL
‘Venez à l’église, nous Y sommes entrés souvent ensemble jadis; nous y prierons pour ceux que nous aimons et qui nous ont quittés, pour ceux qui souffriront et lutteront après nous, avec les mêmes préoccupations et les mêmes espoirs. ”