IMPRESSIONS ET SOUVENIRS
Chez-Nous
eurs qui rappelle la joie des premiers repas. C’est la chambre nuptiale, voilée de blanche mousseline, que protège le Christ c’est le petit salon aux i les livres qui s’ouvrent léquel s’attardaient les dont la lueur dessine les Chez nous, c’est maison bourdonnante les petits lits nombreux battre les ailes des anges és au ford des armoires,
nesse qui s’épanouït, les yeux qui s'ouvrent tout grands devant la beauté de la vie ;—et c'est le nid qui se dépeuple, l’étreinte désespérée des premières séparations, les cercueils qui s’en vont lourds des espérances qu'ils emportent. Ce sont les reliques des disparus : chaise longue où l’invalide a passé tant d'heures, place à la table dont chacun s’écarte avec respect comme s’il craignait de faire injure à celui qui ne s’y assiéra plus, objets familiers qu’un long usage nous a rendus plus précieux.
Chez nous, c’est le logis du grand-père avec ses meubles de noyer antique, dont le damas usé garde la forme des têtes familières, c’est la faïence à larges fleurs, c’est la fine porcelaine à filets d’or, ce sont les tableaux aux tons effacés, le clavecin au timbre vieillot qui ne peut redire que des airs du passé. C’est l'horloge au tic-tac mélancolique qui évoque les vies closes dont elle a sonné la naissance et le glas.
C'est ches nous, on y revient avec plaisir, on y reste tant qu’on peut, caressé par le double charme des gens et des choses. On se sent délicieusement jeune au milieu de toutes ces vieilleries, on se sent tout petit, même lorsqu'on est grand et qu’on a couru le monde.
On peut y oublier tant de choses mauvaises, et jusau’aux dures leçons de l'expérience. Et lorsque la rude main du temps ferme à jamais le chez nous, on en garde à jamais la nostalgie et le regret.
Chez nous, c’est encore le village ou la ville où l’on a grandi ; c’est la petite école avec ses visages d’enfants rieurs ou sombres, c’est l’église où l’on a été baptisé,
ce sont les rues et les vieux arbres, c’est le cimetière où dorment nos morts.
Ce sont les monuments qui racontent nos victoires et nos héroïques défaites, c’est le grand fleuve à la voix sonore, ce sont les montagnes qui découpent sur l’horison leurs fines arêtes. Chez nous c’est encore le pays, et ceux qui gardent notre foi et ceux qui parlent notre
C’est encore ceux qui vivent près de nous, même quand leurs destinées ne sauraient se confondre avec les nôtres.
Chez nous, c’est toute la terre qu’il nous faudrait défendre, pour laquelle les mères canadiennes ne seraient point avares et livreraient avec joie les fils sur les berceaux desquels elles font de si beaux rêves.