‹ En relisant les vieilles pages [microforme]Chapitre 10 sur 16 · RER · texte numérisé non relu

RER

Giboulée d’avril

Le ciel d’azur qui nous réjouissait tant s’est obseurci, il traîne de l’ennui dans ce jour gris ; un vent violent s'est élevé et de gros flocons de neige se sont succédés sur le sol, comme une volée d'oiseaux surpris par la tempête. Ils se sont abattus, furieux, sur les frais chapeaux de printemps, aux fleurs délicates, comme pour détruire cette floraison hâtive. Ils ont mis des frissons aux épaules des jolies filles dépouillées de leurs chaudes fourrures. Ils ont fait une froide parure aux arbres couverts de bourgeons, ils ont remis à la terre son immense linceul, qu’elle avait secoué au réveil. Sur les baillons des pauvres, ils ont amené une -cruelle réminiscence des mois d'hiver et de pénibles souffrances.

La bourrasque n’a duré que quelques heures, puis, le soleil est revenu, radieux et vainqueur. Il a chassé tous ces vilains nuages, il a fondu en gouttelettes brillantes le voile des arbres, et les bourgeons n’ont pas souffert de ce trop froid contact. Ila délivré les mignons perce-neige de leur blanche prison, il a mis partout son sourire, et sur le chemin qu’il éclaire, les gens, contents de vivre, reprennent leurs allées et venues,

Comme le ciel d'avril, le cœur & ses bourrasques. Tout son horizon, soudain, s’est assombri, le rêve que

dorait l'illusion s’est enfui, et sur l’Âme brisée, les désenchantements tombent à flocons épais.

Plus de chansons joyeuses

ume. La joie mythe introuvable.

qu’on le mettrait volon-

comme alors tout ressusets se renouent, on ne se

fragile rayon d'espoir.

Caressantes, les indiffé-

: qui sont hostiles, on s’en moque,

simplement parce que c’est l’avril, que l'air est doux et que le soleil brille.

Giboulées d'avril, premières déceptions de la jeunesse en fleur, vous avez la même brusquerie, la même intensité, la même durée éphémère. Vous êtes loin du ciel gris et des jours lugubres de novembre, comme de ces longs et silencieux chagrins de ceux que la vie a mûrs et qui n’espèrent plus qu’en l’avril éternel,

ET

Pr ER UNIS

5 pe pat Pc GS re à

Dans les vergers en fleurs

Il y aura dans quelques semaines des journées délicieuses, ensoleillées, où tous les arbres du verger se couvriront de fleurs odorantes qui ne vivront que peu de temps et que nous regretterons, lorsqu'une brise trop forte les aura détachées de la branche, et dispersées sur le sol comme une tombée de neige tardive et parfumée.

Cette floraison éphémère, cette vision de beauté qui disparaît n'éveillent dans notre âme qu'un regret; nous ne songeons pas aux fruits qui viendront et qui sont plus précieux.

Lesquels d’entre nous n’ont pas rêvé dans le verger, sous les pétales neigeux, à des projets extravagants qui n’ont pas duré plus longtemps que les fleurs de pommiers ; et que de beaux visages, encadrés dans les grappes rose tendre ont vu se faner l'éclat de leurs joues et tomber les frimas sur leurs boucles blondes ou brunes sans voir se réaliser ie naïf roman de leurs jeunes imaginations.

Car la vie, comme l’année, a ses jours de floraison : la jeunesse avec sa beauté et ses joies fragiles que nous regrettons comme les fleurs des arbres sans songer que ce ne sont pas les meilleures. La jeunesse ignore trop de choses pour être vraiment puissante, elle est trop

La floraison des illusions, emporter la gaîté et 1

croft Pas avoir besoin de 1 précédée sur la rou

t ses compensations ; efforçonsnous de les voir et ne commettons pas l'erreur irrépa-

ere PATATE RON EH PEER "

ag

VE

di rgenii Hu Dsrramnaen rt:

rable de nous laisser mettre au rancart comme les vieux meubles et les modes surannées. Rendons-nous indispensables pour laisser des regrets lorsque, notre tâche achevée, nous partirons les mains pleines. Nous avons des devoirs à remplir, n’en négligeons aucun pour que nos âmes restent éternellement jeunes. Efforçonsnous de voir les beautés de la nature et de rester en contact avec les progrès de l’esprit humain. Au lieu de chercher les mille petites jouissances de l’égoïsme, de nous livrer aux raffinements de la critique et du commérage—même si nous n'avons plus la force physique nécessairé pour jouer un rôle actif dans la comédie de ce monde, continuons à nous intéresser à la lutte, aux fatigues, aux drames, aux catastrophes où se débattent nos semblables.

Peu importe que nous devenions un peu sourds, que nous soyons myopes, rhumatisants, que notre démarche soit plus lente, que notre silhouette soit moins svelte, s’il nous reste des yeux pour voir la floraison des arbres de mai, et des oreilles pour écouter la plainte de l’humanité ; et si toutes les émotions qui agitent d’autres êtres trouvent un écho dans notre propre cœur.

Première Communion —— -0Mmmunion

Dans la vieille chapelle où le temps a terni les ors éclatants et pâli les tons vifs des tableaux, il se prépare une grande fête. D’innombrables lumières brillent sur l'autel, comme des myriades d'étoiles qui seraient descendues du ciel bleu Pour faire escorte au Roi des rois. Les fleurs embaument le sanctuaire et se mêlent à l’encens comme une prière et un hommage.

A travers la grille, on voit dans les stalles sombres les religieuses immobiles dans l'attitude de la prière.

Les ornements antiques, dons princiers de personnages illustres, ont tous été sortis de leurs enveloppes ut le soleil met de fauves reflets sur leurs dessins brunis.

Voyez-les s’avancer, les petites communiantes ; depuis longtemps elles appellent ce jour qui devait leur apporter un bonheur sans mélange.

Elles sont là, recueillies sous leur voile, adressant à ce Jésus, dont on leur a dévoilé les tendresses, une prière que seuls les cœurs jeunes et purs peuvent formu-

ler. Peut-être viendront-elles plus tard lui offrir, de nouveau, ce cœur donné aujourd’hui si généreusement ; mais pour la plupart, c’est l'épreuve quiles ramènera, et rares seront celles qui laisseront la tendre Victime de l’Hostie régner sur toute leur vi-.

Les mamans et les grandes sœurs revivent,elles aussi cette heure magnifique, où dans la même petite église, parée d» la même manière, elles venaient retevoir le Dieu d'amour. Les larmes coulent abondantes : larmes de regrets de n'être pas ce que leurs dix ans révaient, des saintes, des martyres ! Larmes de reconnaissance d’être, malgré tout, des chrétiennes.

La cérémonie se continue : les voix, tout au fond, chantent l'amour divin ; les religieuses prosternées prient pour leurs filles: les petites, qu’elles ont préparées à cette grande action ; les grandes, qui luttent loin

‘d'elles. Le prêtre a fait descendre Jésus sur l'autel et les robes blanches se dirigent vers la sainte Table.

On les reconnaît à peine, ces petites vierges qui viennent de se frapper la poitrine et de s'appeler pécheresses, elles ont toutes les yeux baissés, les mains jointes ; elles vont s’agenouiller l’une près de l’autre et le miracle de la Cène se renouvelle.

Le prêtre leur distribue ce pain mystérieux qui gardera leur âme pour la vie éternelle, et elles retournent comme accablées de cet immense bonheur. Le frôle-

ment de leurs voiles évoque les bruits d'ailes des anges du beau ciel bleu.

C’est fini !...Comme Pierre sur le Thabor, vous voudries rester sur cette sainte montagne ; descendes, pauvres enfants de la terre. Ne vous désolez pes si

cette heure, bénie entre toutes, est brève, elle sera votre consolation dans le cours d’une destinée qui aura forcément des moments sombres et orageux.

Quand vous verres tout se dérober autour de vous, que les plus sûrs appuis vous manqueront, évoquez le souvenir de votre i i vous a donné, dans du vrai bonheur, récompense. Qu ce dans le péleri

a ES

En ravaudant les bas ee 008 OS

Voilà un sujet bien antique pour une chroniqueuse nouveau siècle, et pourtant, n’a-t-elle pas une poésie réelle cette corbeille de nos grand, mères où voisinaient avec quelque chaud tricot, les bas de nos pères, déchirés par quelques courses folles à travers ronces et halliers

Elles contenaient rarement les nécessaires d'argent solide qui décorent les nôtres ; mais combien elles étaient diligentes, les aig ules à pointe acérée, comme elles faisaient de bonne besogne et comme il était profond, dans le cœur des aïeules, cet amour des humbles devoirs du foyer.

Elles ne se plaignaient pas que les pieds fussent trop nombreux, ni que les jatnbes remuantes les entraftnassent trop loin, à la poursuite de quelque papillon, par les buissons et les broussailles ; ni qu’en se penchant dans le creux des rochers pour saisir quelque poisson nacré, les arêtes du roc fissent une enteille aux bas en éraflant la peau.

Non, elles savaient que ce vagabondage fortifie la santé, que les bas allongés chaque année deviennent bientôt des chaussettes ; et qu’alors, ceux qu’elles aimaient tant ne leur appartiendraient plus. Ils laisseraient la chaumière pour l’école, puis le collège et ils

iraient ensuite vers la ville tenter fortune; et les mères, quand elles avaient accompli tous les autres travaux du ménage, revenaient à leurs éternels reprisages, en priant Dieu tout bas de leur garder longtemps cette encombrante besogne.

T& patience de ces saintes revit pourtant dans l’âme

rougiraient d’être surprises, armées de longues aiguilles et s’escrimant contre le résultat des folles chevauchées

D’autres croient même incompatible avec leur éducation soignée et leur renom d'élégance de mettre la main aux besognes vulgaires, qui assurent le confort

sur un autre terrain.

À quoi cela servirait-il de pouvoir se former une opinion, tout comme un homme, sur une question intéressante, si on est forcée d’avouer qu'on ne sait pas faire la soupe. Comment Pourrions-nous être fières de bien dire si nous ne savons rien faire, si nous ne savons pas endormir un enfant, soigner un malade, coudre et repriser ? Pendant que les doigts sont occupés à quelque besogne facile, la pensée se détache de cet horizon étroit, elle monte vers des sphères plus grandes et plus belles, elle rêve de grandes choses. La femme qui prend pour elle tout ce que le fardeau a de pénible, n’est pas attachée pour cela à la pésante matière. Plus heu-

me

reuse que d’autres, qui dépensent en frivolités les meilleures heures de leur vie, elle a le temps de réfléchir et parfois de réaliser ce qu’elle rêve.

Quand elle a fait tout ce qu’elle jugeait nécessaire pour les siens, quand elle à, par sa prévoyance, adouci Jes ennuis de la journée ou de la semaine, elle regarde au dehors si personne n’a besoin de son activité ou de son zèle, s’il n’y a pas de pauvres à visiter, de malades à panser, d’affligés à consoler, d’ignorants à instruire. ' Elle peut maintenant ouvrir son piano ou ses livres, prendre sa plume ou son violon, elle a acheté le droit de se distraire à sa manière ; d'écouter les beaux vers, de s’enthousiasmer en face des chef ‘œuvre, d'écrire ou de traduire sur un instrument ses pensées ou ses rêves. Son influence ne peut être mauvaise, car son dévouement aux humbles devoirs la protège et ses meilleures inspirations, elle les a caressées….en ravaudant les bas.

Par la fenêtre entr'ouverte —— "Te entr ouverte

’envie parfois ceux qui ont le temps de regarder par avec les saisons le décor

Ceux qui ont le loisir de surveiller l’apparition de la sève qui monte le long des arbres et qui les fait revivre ; de constater la venue des bourgeons et des petites feuilles d’un vert tendre, tel que nul peintre n’en posséda sur sa palette, les petites feuilles qui se défripent sous la caresse du séphir et qui deviennent chaque jour plus fraîches et plus jolies.

Ceux qui savent que le printemps va étendre son tapis vert sur les pelouses et que les oiseaux vont recommencer leurs aubades en reconstruisant leur nid.

En passant par-dessus les toits gris ou rougeâtres des maisons qui représentent la vie matérielle avec ses

viendraient se poser sur |’ Ces allées

vus bondir sur la crête des Vagues, prêts à s’engloutir dans les profondeurs de l’ab '

Au loin, la belle Campagne s'éveille, et c’est vers elle de cette année va la pensée inquiète de ceux qui demandent du pain. Le temps n’est plus où le citadin

pour les garder en bonnes conditions.

C'est lui qui doit nourrir l'humanité, et celle-ci, pour la première fois,comprend la reconnaissance qu’elle doit à l’humble travailleur de la terre, saisit enfin qu'il est le facteur le plus indispensable à la vie économique, le seul qui ne puisse pas, à un moment donné, dispe” raître.

A l'horizon, les Laurentides dressent leurs crêtes couronnées de sapins sombres. Leur beauté, dont nos yeux peuvent s’errplir chaque jour, nous paraît bien sévère ; mais ceux qui ont vécu sous d’autres cieux et dans d’autres climats, savent combien leur aspect familier est gravé dansle cœur des Québecquois, et qu’il n’y a pasde végétation assez riche, ni de ciel assez bleu pour remplacer la vue de nos montagnes couvertes de neige.

Il est une autre fenêtre que je voudrais avoir le temps d’entr'ouvrir, sur un Paysage aussi pittoresque et plus immuable encore.

Il renferme aussi des sommets : ceux de nos désirs

EN RELISANT LES VIEILLES PAGES 161 a RSR

d’idéal et de notre soif de perfection. Il a des champs immenses en culture ou en friche ; des sillons qui rapportent cent pour un et des sols rocailleux où la semence ne pénètre pas, et des buissons d'épines qui étouffent le bon grain.

Il n’a qu’une barque qui file tantôt à bonne allure sous des vents favorables, et qui tantôt menace de se briser sur les récifs et les écueils. Ce qu’elle a subi de naufrages, seule l'âme penchée à la fenêtre pourrait le dire, mais tant que le phare brillera dans les ténèbres, tant que le pilote qui se nomme l'espoir demeurera à son bord, la barque sera prête à reprendre la mer, et à repasser, avec les mêmes risques, aux dangereux tournants.

Et les constructions lourdes ou légères de nos ambi-

tions réalisées ou de notre travail persévérant apparaissent aussi dans le décor. Aucune ne répond exactement au plan conçu. Tel château qui devait s'élever avec des clochetons,des tourelles et un pont-levis est une maisonnette entourée d’un jardin ; trop heureux si le palais, en s’effondrant, a permis de reconstruire avec ses pierres brisées une demeure habitable, et si le malheur n’a pas cloué un crêpe noir sur le seuil de la porte.

Dans l’enclos des souvenirs d'enfance et de jeunesse reposent,sous des pierres tombales recouvertes de fleurs, les rêves les plus doux de notre vie,nos amours défunts, 208 premiers chagrins. Ces morts ne se plaignent pas de l'oubli: ils savent qu'ils ne peuvent plus revivre, et que la poussière odorante qui s'échappe de leurs cen-

dres, est la formule la plus précise que nous possédions du bonheur.

Les sacs de malle —" °° malle Les sacs souillés par la poussière des routes

CE ETS EEE RARE EE EI

, par la pluie, par la neige, devenus gris, presque noirs, par l’usage, que contiennent-ils donc pui

sacs ous

nan RÉ APE LS UE PE uen

la pensée humaine, cœqu'ilya de meilleur et de pire ches "Esope.

; le tapage universel ; Mais à la campagne, c’est là qu’ils sont vraiment les bienvenus, les sacs gris, souillés par la poussière des routes.

On connaît le bruit de l'attelage du postillon et, à

ou livrés aux hasards des grandes villes,

qui attendent des nouvelles de l'amoureux ou de L,

RTS

Deere

1 : joi peines, que d'intérêts, | que de déceptions contiennent ces enveloppes de for. il . ,

Ho Sn TUE

SEÉSE BSS

Page 1