‹ En revenant des États-Unis [microform]: conférence faite à l'Université des annales, le 19 janvier, 1917Chapitre 1 sur 4 · En revenant des États-Unis [microform]: conférence faite à l'Université des annales, le 19 janvier, 1917 · texte numérisé non relu

En revenant des États-Unis [microform]: conférence faite à l'Université des annales, le 19 janvier, 1917

Je viens de découvrir l'Amérique, (Rires.) Oh ! je sais bien que je ne suis pas le seul. D'alxMnd, il y a eu Quistophe Colomb ; mais, c'est si loin dans le passé !

Et puis il y a, depuis quelque temps, une infinité de gens OMnme moi qui se sont mis à découvrir T Amérique. Le récit de leurs découvertes trouve place quotidiennement dans des journaux, des revues, ou même des conférences — comme celle que vous vous préparez à entendre, avec une résignation dont je suis vivement touché.

Ces pionniers sont, pour la plupart, des hommes de bonne v<^mté dont le gouvernement a mis à profit le goût des voyages en ks envoyant en mission. Quelle était leur mission ? J'ai cru comiNrendre que c'était précisément de découvrir TAmérique.

Ehtnen ! Ufautque je vous fesse un aveu; je suis allé en Amérique sans mission ; je l'ai découverte pour mon ccHnpte, en Uboté. Je suis ce qu'on appelle une individualité sans mandat. Ça m'embarrasse un peu de vous le confesser. En revanche, je bénéficie d'une certaine liberté de langage qui m'est précieuse... Je n'en abuserai pas. La matière est délicate dans ce moment où tant de notes s'échangent entre les gouvernements ; aussi, plutôt que de m'eaqposor aux hasards d'une improvisation ines^âîm^tée, j'ai

Cette cooléraioe a été enteadue ans AmuJes le 19 janvier. En niaon de l'ialerpvétatiaii qu'elle domie dea paiolea du présideat WiboQ et du praooatie qtatflit focnrale d*ime n9>ture immîneate des Etata-Unîs avec rAIlemagne sur la question sous-marine, nous fais(»is observer que la note Wilson demandant aux belligérants leurs buts de guerre est du 19 déœmbre» la réponse des Alliés du II janvier, le message présidentiel sur la paix sans la victoire du 22 janvier, la note allemande annonçant les torpillages de neutres sans avertissement du i«ï février et la rupture du 3 février.

cru prudent de mettre sur le papier les impressîoiis peut-être on peu hâtives que je rapporte, et les conclusions que j'ai tire, au risque de me tromper... tout comme les diplomates. Vous voilà prévenus. (Rires. Applaudissements.)

Cette conférence sera donc ce que, de l'autre côté de l'eau, on a^ppèDe une lecture. Mais, permettez-moi d'abord de vous donner quelques indications préliminaires, à la hâte, car je n'ai guère qu'une heure devant moi pour tant de choses que je voudrais vous dire.

J'ai donc découvert l'Amérique, — comme tout le monde. Cela ne veut pas dire que, durant le voyage, je me sds pris pour Christophe Colomb, ni même pour ces conquistadors que José-Maxia de Heredia, dans un de ses plus beaux sonnets, nous montre

Quand... penchés à l'avant des blanches caravelles. Ils regardaient monter des étoiles nouvelles.

Dans le temps où nous sommes, quand les navigateurs se

penchent à l'avant des caravelles peintes en gris qui traversent l'Océan, c'est pour regarder monter, non des étoiles nouvèttes, mais... des périscopes.

Et j'ai hâte d'ajouter qu'ils n'en voient pas aussi souvent qu'on se l'imaginerait à lire presque chaque jour des noms de bâtiments torpillés.

Le fait est que nous n'avons pas connu le torpillage, ni même le canoonage. — Nous avitms une ïâèce à bord. Elle n'a servi qu'aux tire d'essai du départ. Quant aux canots et aux radeaux de sauvetage, on a exercé les passagère à s'y installer avec lems ceintures de hège ou dans leure gilets de caoutchouc, dont cer* tains sont fort élégants. C'était assez pittoresque, — et un tout petit peu émouvant, — surtout pour ceux des passagère qui avaient le mal de mer.

Tout de même, nous sommes arrivés à bon port ; je suis heureœc de vous en apporter le témoignage.

Vous avez ri tout à l'heure quand je vous ai dit que nous venions de découvrir l'Amérique. Eh bien ! c'est tout de même la vérité, car l'Amérique est un pays qu'on découvre chaque jour, parce qu'il se fait nouveau chaque jour. C'est un pays en formation qui n'a pas encore atteint son plein développement ; si on tourne la tête un moment, il en profite pour graiidir et se transformer.

Ainsi, la ville de New-York est en construction et reconstruction incessantes. Vous savez que c'est le principe des Américains de faire toujours du neuf. En industrie, par exemple, dès qu'ils découvrent un outillage d'un rendement supérieur à celui

dont ils se servent, ils l'adoptent aussitôt et mettent l'autre au rancart, à la ferraille, au « scrap », comme ils disent. Ce n'est pas un pays de savetiors. Quand les chanssnres sont usées, on ne les ressemelle pas ; oa les remplace.

On passe le temps à remplacer les maiaims et à refaire les rues, ce qui change à tout instant l'aspect de cette cité prodigieuse. C'est ce qui faisait dire à un visiteur qui s'y trouvait depuis quelques jours et qu'on interviewait, comme c'est l'usage, sur ce qu'il pensait de New-York :

« Ma foi, c'est une ville qui sera peut-être très bien qmmi eUe sera finie. » (Rires. Applaudissements.)

Vous savez que c'est une viUe immense, mais die n'est pas immense seulement en largeur, eUe l'est aussi ea haateor. J'avais entendu parlw des gratte-cid. J'avoue qu'ils ont dépassé tootes

mes prévisions. L'arrivée à New-York, en présence du grandiose paysage de pierre qui forme des chaînes de montagnes, dans lesquelles il y a des pics dont les cimes s'élèvent à des hauteurs incroyables, est un des spectacles non seulement les plus extraordinaires, mais les plus beaux que l'on rencontre à la surface du globe.

La plus grande bâtisse a cinquante-quatre étages. On l'appelle Ut tour, mais c'est une maison halntée, où il y a surtout des bureaux, et en quantité prodigieuse, ce qui lui a valu l'appdlation de « cathédrale du commerce ». A part cda. dans la partie

de la ville où est le monde des affaires, on compte en grand mmtbfe des édifices qui dépassent les trente étages. Je déjeimais constamment dans un club qui est situé au vingtième et d'où on a une vue incomparable sur le port de New- York. Je fréquentais également un autre club qui est le lieu de réunion des hommes d'affaires les plus considérables, qui s'appelle le « Bankers-Qub », et qui est situé au quarante et unième étage.

A l'hôtel, j'habitais modestement un simple seizième étage. Je m'étais figuré qu'<m était exposé au vertige à de teUes altitudes. Eh bien ! je vous assure qu'cm s'y fait très vite ; même les gens habitués à vivre dans les plaines s'accoutument à cette existence montagnarde ; au bout d'un certain temps, mon seizième étage me faisait l'effet d'un petit rez-de-chaussée.

Tout est dans ces proportions en Amérique, tout y est à la grande échelle, tout y est démesuré. Dans ce pays, où la cascade du Bois de Boulogne est représentée par le Niagara, il y a des trains de chemins de fer qui ont jusqu'à deux kilomètres de long. Ce ne sont pas des trains de v<^ageure, mais des convois de minerai ou de chaibon. Nous aatioi» bien besoin que la générosité

américaine nous en envoyât qudques-ims, sur ces ferry-boats gigantesques qui portent des trains aitiers à travers THii^on

ou sur les lacs. (Vifs applatidissements.)

Les établissements industriels sont d'une taille et d'un rendement formidables. Il y a une station électrique de la force de cinq cent mille chevaux ; im groupe électrogène va jusqu'à trentecinq mille kilowatts.

Les salaires smt ea propwtion, et, naturellement, le prix de la

vie s'en ressent.

Qnant anx fcnrtnnes, elles s'âèvent à des chiffres incroyables. Une statistique récente et tiOaàk évahie à plus de lao le nombre des Américains dont le revetm est siqpérieur annnèlkment à

cinq milUons de francs, et il y en a 3.824 qui ont phis de deox œillions et demi par an.

Que l'Européen est petit quand on le contemple du haut de ces édifices, et que nos millionnaires doivent paraître chétifs à ces

Cela me fait penser au dessin de Forain, dont vous vous souvenez probablement : quelques hommes élégants causant ensemble admirent, à la cravate de l'un d'eux, une ^in^e dont la tête est àdte de je ne sais trop qneOe matière pféciense. Akss, un gros

monsieur qui est là :

« J'aiunecheminéec&m$Hecdachezmoin,Mt^s^

intention de désobliger l'homme à Tépingle.

Je n'ai pas dit que ce gros monsieur fût Américain, et j'ai hâte d'ajouter que ceux de ses compatriotes avec lesquels je me sms rencontré n'ont généralement pas cette façon écrasante de toiser nos épingles de cravate.

Ils semblent plutôt avoir une sorte d'embarras de leurs propwtions excessives, ^ comme un désir de se faire pardonner les dimensions monumaitaks de leurs cheminées précieuses.

Grâce au del, leurs sentiments scmt de taille avec l'ensemble de leurs ressources. Il m est un, notamment, qui s'élève à un niveau inconnu dans nos pays, où il est généralônent assez rare et fort menu : c'est la gratitude.

Figurez-wœ que les Américains d'aujourd'hui n'ont pas oublié le temps où La Fayette et un gtond nombre d'of&ders français sont venus les aid» à combattre pour leur ind^endance, avec une bravoure et im désint^essement dont ils évoquent

volontiers le souvenir.

Une adresse américaine envoyée à la France au début de la guerre, et signée des plus grands noms, se terminait par ces mots : t Tout ce que nous avons fait dans le passé, tout ce que nous

pourrons faire dans l'avenir, ne sera qu'un acompte sur la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers la France, dette que l'histoire n'éteindra jamais. »

Il y a un autre sentiment qui est proportionné chez les Américains aux dimensi^ cdossales. . . (pardon de ce mot, il n'est plus àéoent de remployer t) anx dimoisions ^odigieases de leur fpratitude, c'est la générosité.

Et puis, il y a leur sens pratique, qui porte an msadmwn te rendement de ces vertus ; c'est assez dire que l'as^stance des Américains nous est efficace comme leur amitié nous est douce.

L'amitié des Etats-Unis nous est infiniment précieuse au point de vue moral comme au point de vue matériel. Elle nous a été indispensable dans les moments les plus difl&ciles. Longtemps encme die nous sera nécessaire à bien des égards. Elle nous sera tonjoars désiraUe. (Vifs appIauiissemÊHts.)

Pouvons-nous compter sur die ? Je suis de ceux qui le œnent

fermement et qui ne se laissent pas détourner de leur confiance dans les sentiments généreux de la saine et vigoureuse nation qui est née dans l'amour de la hberté, qui a grandi dans la pratique de la loyauté et qui s'est illustrée dans le culte du droit pubUc ; qui a dcnmé l'exemple du sacrifice poussé jusqu'au bout dans la guerre pour une cause juste ; qui méprise le mensonge et toutes les antres formes de la lâcheté ; qui tient pour la {«emière vertu des naticms comme des dtoyens te re^>ect de la pezote donnée ; qui cultive avec une fidélité passionnée cette antre verta qu'on dit la plus rare de toutes, la gratitude. C'est ainsi qn'dte ne manque jamais une occasion de nous rappeler, qu'à l'heure terribte où il lui fallut tout risquer pour sauver son indépendance, elle a trouvé chez nous des frères d'armes vaillants, enthousiastes et désintéressés, dont les chefs sont restés populaires dans l'Amérique du Nord, à l'ombre du grandiose souvenir de Washington.

L'amitié américaine pour la France n'est pas un sentiment ^bémère et fragite, à la merd des machinations de la propa^^de gemanique et des indnuaticms de cet ambassadenr qui, pour qudque temps eiM^ore» déshonore de sa pré^noe la caintate qui porte le nom du plus noble r^résentant de la loyauté dans l'hdstoire. Non ! il ne suffit pas que le comte Bemstorff fasse en ce moment des m'amours à M, Wilson (dont pourtant il a feit combattre furieusement la réélection par ses dix millions d'Américano- Boches, — c'est un fait incontesté), et que les banqueteurs faméliques de Berlin portent des toasts à l'ambassadeur Gérard, envoyé auprès d'eux pour leur notifier les volontés du gouvernement ^inVa4raiii SUT la gueTTC sou&^naiine ; il ne suffit pas de quelques

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