PROVINCES MARITIMES
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EN ROUTE !/—SAINT-JEAN—-LE NOUVEAU BRUNS- WICK—UNE TRAVERSÉE—LE FORT LA TOUR-—UNE HORREUR !
Il y a des temps d’arrêt qui comptent. dans la vie. Pour ma part je ne saurais oublier le voyage que le syndicat de la presse a fait dans | les provinces maritimes en 1883.
Il y a déjà cinq ans de cela, et pourtant il me semble que ces chôses datent d'hier.
| Nous sommes au mois de septembre. Il est huit heures du matin. Chacun es’ 1 rendez-
vous, et bientôt le train s’élance vers les provinces maritimes. Il pleut des hallebardes :
vers deux heures, les nuages se dissipent.
Le soleil reparaît plus chaud, plus lumineux quejamais, et nous commençons à jouir de ce temps charmant qui ne nous a pas quitté du voyage.
Le train est pavoisé aux couleurs de France:
et d'Angleterre. L'un des surintendants de:
lIntercolonial, M. Roderigue MacDonald, nous accompagne jusqu’à Campbelltown. Cet officier, aussi intelligent que populaire, est aux petits soins avec la presse. Aux Trois-Pistoles, il nous. fait servir un lunch excellent ; à la Rivièredu-Loup, il nous fait visiter en détails les usines de l'administration. Elles sont sous la direction. d’un bon mécanicien, M. Ouëllet. L’habileté de ce spécialiste est reconnue par les autorités de l’Intercolonial ; elle fait honneur à notre race. Les usines de la Rivière-du-Loup sont bien tenues, mais nous aimerions à y voir régner un peu de cette activité que l’on retrouve dans les ateliers de Moncton. Ces derniers tendent à centraliser chez eux les réparations faites au matériel roulant de l'Intercolanial.
A Campbelltown, nouveau diner, Ici, nous nous séparons de M. Mac Donald. Une adresse lui est présentée. Les hourrahs des journalistes el des spectateurs répondent, et la locomotive nous entraine sous la direction du surintendant, M. Price. Ilse montre fort complaisant pour
nous.
Le lendemain nous retrouve à Saint-Jean du Nouveau-Brunswick,
En 1881, cette ville comptait 26,127 âmes.
En 1871, elle en avait 28,8os.
La diminution de la population de Saint-Jean est due au grand incendie qui eût lieu en 1877. Il réduisit en cendres la moitié de la ville. Cette catastrophe obligea un grand nombre de personnes à se rendre dans les districts environnants. Plusieurs d’entre elles, ne retournèrent plus à Saint-Jean. |
La situation commerciale et militaire de cette ville est superbe, Il s’y fait un grand commerce
de bois et de poisson.
Saint-Jean est un rival sérieux pour Halifax ; son port est libre des glaces.
La race chevaline est belle et attire l'admiration de nos camarades. On emploie ici comme
bêtes de trait des chevaux que nous attellerions, chez nous à des carrosses.
Depuis la cession jusqu’en 1787, époque où il fut séparé de la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau- Brunswick portait le nom de comté de Sunbury. { Cette province renferme 17,393,410 âcres de | terre, soit 70,378 kilomètres carrés. La population est de 209,934 âmes. Le Nouveau- Brunswick compte plus de 545 milles de côtes | 4 maritimes : la Nouvelle-Ecosse, en compte 1170 milles. L’avant dernière province est irriguée par plusieurs cours d’eau.
Le plus considérable est la rivière Saint-Jean. De gros navires la remonte à soixante milles ; ceux qui jaugent au-dessous de cent tonnearnx peuvent aller jusqu’à cent milles de son embouchure. Découverts en 1604, le jour de la Saint- Jean-Baptiste, par de Mons qui croyait avoir trouvé ainsi la route la plus courte pour arriver à la baie des Chaleurs et à Tadousac, les bords si tranquilles, si pittoresques de la rivière Saint-
Jean, ont été ensanglantés plus d’une fois par les luttes des guerres acadiennes. Plus d’un coup de mousquet s’y est fait entendre depuis le temps des de la Tour jusqu’à l'époque de la cession définitive de la Nouvelle-France, Ilen a été de même de la rivière Sainte-Croix. Ses rives longtemps contestées servent aujourd’hui de frontière entre l’état du Maine et le Nouveau- Brunswick. De jolis villages s'étendent le long de ses bords. Partout florissent les arts de la paix ; les échos ne sont plus éveillés que par le sifflet de la locomotive qui court maintenant à toute vapeur au milieu de ces champs fertiles, où jadis de Mons et de Champlain sont venus à la tête d’une poignée d'hommes prendre possession de la solitude et y faire flotter les couleurs de France,
La capitale du Nouveau-Brunswick est Frédéricton : elle se trouve à quatre-vingt-quatre milles de la baie de Fundy. Elle a pour rivale, Saint- Jean, bâti: sur les bords de la rivière de ce nom.
Elle fut érigée en ville par une charte royale en date de 1785.
A Saint-Jean, il y a des promenades ravissantes. Une visite à Carleton, à Montplaisant, au pont suspendu, laisse aux voyageurs d’excellents souvenirs. (Cette dernière excursion est la plus agréable. Après avoir parcouru 450 milles et au-delà de quinze millions d’âcres de terre, la rivière Saint-Jean se précipite dans une gorge qui, en quelques endroits, n’a pas une largeur de pius de 450 pieds. A marée basse il se fait ici une chute de quinze pieds de hauteur. À marée haute le courant se renverse : il remonte la rivière. A l’étale, la navigation
fiuviale s’y fait sans danger.
Parmi les édifices publics, j'ai remarqué le palais de l’exposition, la cathédrale catholique, l'asile des aliénés et le marché. Il est d’une grande propreté, Au centre de la ville, il y a un vieux cimetière. Il sert de promenade. Les enfants jouent, les jeunes filles rte, les bourgeois flânent sur les tombes, comme ailleurs on prend ses ébats, on cause, on rêve auprès des
roses et des œillets.
Saint-Jean s’est relevé rapidement de la con-
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‘à SEPT JOURS Ir
flagration du 20 juin 1877. En dix heures, elle détruisit pour trente millions de dollars de propriétés.
M. Stewar , .‘‘ :teur du Morning Chronicle, a fait lachroniqr de cette journée de malheur. C’est une page à 1re.
touriste qui passe : mais....il y a un mais ! Hélas ! dans certain hôtel on s’évertue de toutes les façons à écorcher les voyageurs.
Saint-Jean serait un séjour agréable pour le |
La promenade y est aussi fort dispendieuse. |
Vous faites un marché avec un cocher de place. |
Il est convenu que telle course ne vous coûtera |
que deux piastres ; au retour il plaidera pour: |
avoir quatre dollars. Les journalistes qui sont |
descendus à 7’ Æôtel Dufferin de Saint - Jean |
assurent à leurs confrères plus heureux de l’ÆZ/e7
Waverley qu'ils y ont été rançonnés sans pitié.
Malgré toute la finesse qu’il faut employer pour |
spéculer sur la bourse d’un rédacteur de journal, |
avouons que ce n’est pas en y réussissant, qu'un hôtel se fait de la réclame.
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Carleton se trouve en face de la ville, sur la rivière Saint-Jean. C'est de ce côté-là que se
dressait jadis le fort qui fut si vaillamment défendu par madame de la Tour. Après un combat
de trois jours, cette héroïque femme trahie par un de ses soldats, un Suisse, fut obligée de se rendre. Son vainqueur, d’Aulnay, promit la vie sauve à la petite garnison, mais une fois dans l'enceinte il la faisait pendre sans pitié sous les yeux de madame de la Tour. Quelques semaines après celle-ci mourait de chagrin, et elle était enterrée dans le fort qu’elle avait immortalisé par son courage.
Gérin-Lajoie a su tirer de cet épisode sanglant de notre histoire, un drame que le Æépertoire national a publié.
Aujourd’hui, 1l ne reste plus qu’un monticule du fort la Tour : 1l fait face à l’île de la Marine, —Nauy island. L'emplacement où s'élevait la forteresse appartient à M. Bullier, descendant d’une famille française venue de Bordeaux, au commencement du siècle, mais complètement auglicisée aujourd’hui. Il nous fait, avec plaisir, les honneurs de sa propriété, devenue historique ;