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et il nous dit qu’un peu plus loin que sa maison, au milieu de la rue, il a trouvé, il y a quelques années, un squelette enveloppé dans des fourrures assez bien conservées. Auprès de lui il y avait une pipe et un tomahawk.
Le nom de la Tour semble être complètement oublié ici. On a négligé de rappeler au passant le souvenir de l’héroïsme d’un autre âge. Seule une locomotive, fait le service d’un quai : elle s'appelle LA ‘Four ?
Pourquoi le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’érigeraitil pas un monument sur le tertre qui indique les derniers vestiges du fort la Tour? Ce souvenir historique ferait pendant à la fontaine que les citoyens de Saint-Jean ont élevée à la mémoire des Zoyalistes de 1783.
Les campagnes avoisinantes sont sur pied.
Le cadavre d’une personne bien connue, morte il y a quelques jours, a été enlevé.
Les étudiants en médecine manquaient de
sujets d'anatomie. Pour s’en procurer, quelquesuns d’entr’eux ont parcouru les campagnes, en-
foncé les charniers, enlevé des cadavres. Il y
x À EN ROUTE
a eu pis que-cela. Des familles éplorées venant réclamer des dépouilles vénérées, ont été dans l’obligation de payer certaines sommes avant de pouvoir ramener les leurs au cimetière. C'était
la vie faisant chanter la mort; et vraiment
d’une chose navrante on avait réussi à en faire une dégoûtante escroquerie.
Qui n’a pas eu une grande douleur dans sa vie ? Un des vôtres meurt. Vous le déposez dans sa tombe ; vous le confiez à cette terre qui est la patrie ; vous le descendez dans cette fosse qui est la porte de l'éternité et de l’immortalité !
Vous croyez prier sur son tombeau. Et la veille, sous prétexte de science, des spéculateurs sont venus furtivement enlever la sainte qui a été votre mère, l’homme bon, énergique, dévoué qui fût votre père, la vierge qui a été votre sœur, ce camarade a l'esprit vif, entrainant, affectueux qui a été votre frère.
Un coup de pic est donné. Le cercueil craque, se disjoint, Un de ces corbeaux de la nuit est là, au fond du trou. Il dépouille violemment le cadavre de ses vêtements. Une corde est passée autour du cou de l’être vénéré.
—Houp ! enlevez !
Tout est fini. La terre est remise en place, bien foulée ; les fleurs sont soigneusement replantées. La croix reste toujours là pour indiquer l’endroit sacré par le contact de dépouilles chéries : et tout est dit.
Et pendant que vous priez sur ce tombeau vide, le cadavre plié, tordu, jeté dans un quart, dans une boîte quelconque, roule de par la ville dans un tombereau. Il va à la gare du chemin de fer prendre la route de telle ou de telle école de médecine. Il est passé à l’état de marchandise : il a maintenant une valeur de $40, de $50 de plus!
Et, le lendemain, des mains brutales palpent, taillent cette chair qui fut la vôtre. Elle est à, inanimée, raide, meurtrie, exposée aux lazzis, aux indiscrétions des yeux. Des membres pantelants, déchiquetés, traînent dans la salle de dissection,
Dans quelques jours, les os bien nettoyés, bien blanchis, reliés ensemble par du fil de laiton, formeront un squelette que l’on placera dans un
coin de chambrette : on fumera des pipes autour et on boira des choppes.
Triste ! n’est-ce pas P
Les morts vont vite, maïs respectons les
morts.
Demain nous voguerons sur les vagues grises de l’ancienne baie Française, de la baie de Fundy. Gare aux estomacs délicats ! La baïe ne jouit pas d’une réputation de grande douceur. C'est ce que semblait savoir mon camarade de chambre : car il souffla sa lampe
en recitant ce vers de Lafontaine :
Le plus sage s'endort sur la foi des zéphirs.
LA BAIE DE FUNDY—LESCARBOT—L'ORDRE DU BON-TEMPS —ANNAPOLIS ET PORT-ROYAL,
Demain, l’insaisissable demain est arrivé et il donne raison à La Fontaine. Jamais la baie de Fundy ne s’est montrée aussi calme, ni aussi
UE
ensoleillée. Notre bateau à vapeur l'Empress, glisse doucement sur le flot endormi ; déjà s’efface la rade de Saint-Jean. On n’entrevoit plus qu’un coin du port. Il est moucheté de flocons d’écume, De loin on croirait que c'est la débâcle. Cette mousse légère .est produite sur les eaux, à marée basse, par le courant des rapides de la rivière Saint-Jean,
La baie de Fundy est renommée dans le monde entier, pour ses grandes marées. Elles atteignent quelquefois 76 pieds.
En route, chacun fume, lit, cause, flâne, Le
guide de Osgoode « Maritime Provinces» a les
honneurs de la journée. On se le prête : on le
‘commente ; on reconnaît sa précision de ren-
seignements, et l’on a raison, Ce livre est un Vade mecum précieux pour celui qui veut étudier a vol d'oiseau cette intéressante partie du Dominion.
L’Empress entre dans le détroit de Digby. A
droite, se dressent des falaises de 6ro pieds,
sombres, couvertes de sapins. A gauche, elles sont en pente assez douce et n'atteignent que 560 pieds. Deux milles encore de course, et nous sommes dans le fameux bassin d'Annapolis. Cette vaste nappe d’eau ressemble à celle qui s'étend entre Québec et Mile à’ Orléans. La ville d’Annapolis-Royal est à dix-huit milles du village de Digby. Ce dernier compte 1000 habitants. Il y avait jadis ici, un fort français. Un peu plus loin, se trouve un flot désigné dans la carte de Charlevoix sous le nom de Zescarbotine. Je n'ai pu savoir comment les Anglais la nomme aujourd’hui, mais on devrait lui conserver le nom de Lescarbot, de ce joyeux avocat, sympathique auteur des Auses de la Nouvelle France, créateur de l’ordre du Bon temps, ami fidèle de Champlain, de Mons et de Poutrincourt.
Lescarbot avait été avocat au Parlement de Paris. Jlnaquit à Vervins et sa famille, qui était de noblesse de robe mais très pauvre, lui fit donner de l'instruction. D’humeur gaie, facile, Lescarbot tournait assez gentiment le vers. Il se montrait partout plein de zèle, de bons sens,
joignant à des vues larges une conversation enjouée et spirituelle. Les historiens qui ont écrit sur les commencem:'s de la Nouvelle- France font grand cas de ses ouvrages. Garneau disait que « cet homme très instruit a été le premier à indiquer les vrais moyens de donner à un établissement de ce genre une base durable. Il représenta que la culture de la terre était la seule garantie du succès ; qu’il fallait s’y attacher particulièrement, et donna lui-même l'exemple aux colons.» «Il animait les uns,—dit à son tour Charlevoix, —piquait les autres d'honneur, se faisait aimer de tous et ne s’épargnait lui-même enrien. 1 inventait tous les jours quelque chose de nouveau pour l'utilité publique, et jamais l’on ne comprit mieux de quelle ressource peut être dans un nouvel établissement un esprit cultivé par l'étude, que le zèle de l'Etat engage à se servir de ses connaissance et de ses réflexions. C’est à lui que nous sommes redevables des meilleurs mémoires que nous ayons de ce qui s’est passé sous ses yeux, et d’une histoire de la Floride française, L'on y voit un
auteur exact, judicieux, un homme qui a des
vues et qui eût été aussi capable d'établir une colonie que d’en écrire l’histoire.» Nature originale et pieuse tout à la fois, Lescarbot disait de l’œuvre de Poutrincourt qu'il n'avait pas comparé ses périls à ceux d'Ulysse et d’Enée, de peur de souiller une sainte entreprise au contact du paganisme. Les ouvrages de Lescarbot ont eu de la vogue dans le temps. 1ls furent traduits en allemand et en anglais. Cet esprit fin et pratique tout à la fois, raconte ainsi comment se passait le temps au fond des bois de l’Acadie.
«—Je dirai que pour nous tenir joyeusement et nettement quant aux vivres, fut établi un Ordre en la Table du dit Sieur de Poutrincourt, qui fut nommé l'Ordre de Bon-Tem,., mis premièrement en avant par Champlain, suivant lequel ceux d'icelle table étaient Maîtres-d’hôtel chacun à son tour, qui était en quinze jours qu’une fois. Or, avait-il le soin de faire que nous fussions bien et honorablement traités. Ce qui fut si bien observé que, quoique les gourmands de deçà nous disent souvent que là nous n’avions point la rue aux Ours de Paris, nous y avons fait ordinairement aussi bonne chère que nous sau-
rions faire en cette rue aux Ours, et à moins de frais. Car il n'y avait que celui qui deux jours devant que son tour vint, ne fut soigneux d’aller à la chasse, ou à la pêcherie, et n ’apportât quelque chose de rare, outre ce qui était de notre ordinaire. Si bien que jamais au déjeuner nous n'avons manqué de saucepiquets de chair ou de poisson ; et au repas du midi et du soir encore moins : car c'était le grand festin, là où l’Architriclin ou Maïtre-d'hôtel, ayant fait préparer toutes choses au cuisinier, marchait la serviette sur l'épaule, le bâton d'office en main, le collier de l'Ordre au cou, et tous ceux d’icelui Ordre après lui portant chacun son plat. Le même était au dessert, non toutefois avec tant de suite. Et au soir avant de rendre Grâce À Dieu, il résignait le collier de l'Ordre, avec un verre du vin à son successeur en la charge, et Luvaient l'un à l'autre.»
Ainsi parle Lescarbot dans son livre vi, cha: pitre XVI.
Un peu plus loin que Lescarbotiné, nous relevos l’île aux Chèvres— Goat island. Elle est cou-
verte de bois à essences résineuses. C’est ici que l'Annibal, frégate anglaise escortée par deux bricks de guerre, fut repoussée en 1707 par les Français. Quatre-vingt quatre ans après, la frégate anglaise le Buckram, venait, à son tour saborder un brick américain de huit canons et le forçait à amener son pavillon.
En 1827, en poursuivant quelques travaux sur cette île, on a mis a découvert une pierre portant le millésime de 1606.
Or les documents de l’époque cités par Harrisse dans ses « Notes pour servir à l’histoire de la Nouvelle-France » disent que Lescarbot partit de la Rochelle sur le /onas le 13 mai et qu’il arriva à Port Royal le 27 juillet 1606.
En arrivant à Annapolis il y a des ilots à fleur d’eau. Ils sont couverts de meules de foin.
Tout respire ici la paix, l’aisance, le bien-être. Ce sol imbibé de sang humain, ce sol où dorment côte-à-côte français, arglais, espagnols, indiens catholiques, protestants, idolâtres, tous morts en combattant pour sa possession, ce sol trempé de larmes, sourit au soleil, comme si ses riches moissons ne germaient pas dans les squelettes
humains qui le forment et qui l’enrichissent, Ainsi vont les choses d'ici bas !
Annapolis est un village de 700 âmes. Pendant plus de deux siècles, les événements les plus importants de l'histoire de l’Acadie sont venus se dérouler à ses portes. Aujourd’hui, il ne reste pas grand’chose de cette forteresse, jadis si célèbre. On y voit le vieux fort anglais ; et en batterie, quelques canons rouillés. Mais pour nous, l'intérêt ne repose pas sur ces pierres Elles ne nous parlent que de proscriptions que d’abominations. Nous songeons à Port Royal.
Nous voulons voir le berceau de la Nouvelle- France,
« Une activité intelligente a régné, ici.»
C’est ainsi que Garneau notre grand historien national écrit sur Port-Royal.
—( On fit du charben de bois ; des chemins furent ouverts dans la forêt ; on const ‘isit un moulin à farine, lequel était mû par l’eau ; on fit des briques et un fourneau dans lequel fut placé un alambic pour clarifier la gomme de sapin et en faire du goudron enfin tous les procédés
des pays civilisés furent ici mis en usage. »
| | L Nous voulions visiter —Charlevoix, Champlain, | Lescarbot en mains—l’endroit où Membertou avait été baptisé,. où Champlain, de Mons, de Poutrincourt avaient vécu une partie de leur
| | rude vie d’explorateurs et de découvreurs. Nous | tenions à fouler la terre où Lescarbot rimait ses | « gaïllardises », où il cultivait son jardin, où il Ji | écrivait ses ouvrages sur la Nouvelle-France, | Hélas ! la vapeur nous entraînait : nous ne fai- Un | sions que passer.
Et pourtant n'était-ce pas là un pays que la presse de Québec devait étudier P
Port-Royal est situé à l’endroit indiqué par la carte de Charlevoix, carte faite en 1744 On distingue les contours effacés des fossés. La | colline—elle est artificielle—-conserve encore les | allures d’une ancienne fortification. Quelques | maisons dominent ce tertre couvert de pom- | miers. Au point de vue stratégique, le choix | de cet endroit fait honneur à nos pères Un j' terrain plat surveillé par le fort s’étend en arrière : (l de ce côté, pas de surprises possibles. De Port- | Royal on commandait aussi l’île où se trouve
| aujourd’hui Annapolis et le bassin.
Mais, ne causons plus de ces choses. Nous allons toujours, et nous n’entrevoyons tout cela qu’au milieu des escarbilles, de la fumée, du bruit de la locomotive. Elle dévore l’espace.
LES ABBOITEAUX — LE GRAND DÉRANGEMENT RACONTÉ PAR UN ANGLAIS—SA VÉRI- TABLE CAUSE.
Le pays que nous traversons est tout simplement merveilleux. C’est une succession de vallées, de bras de mers, de vergers, de prairies enclavées dans ces fameux aboitteaux dont les Acadiens ont emporté le secret de construction.
Diéreville qui a écrit de curieuses choses sur l’Acadie, fait ainsi la description de ces digues dans sa « Relation du voyage du Port-Royal »
publiée à Amsterdam en 1710:
« On n'arrête pas le eours de la mer aisément : cependant les Acadiens en viennent à bout par de puissantes digues qu'ils appellent des Aboiteaux, et voici comment ils font. Ils plantent cinq ou six rangs de gros arbres, tous entiers, aux endroits par où la mer pénètre dans le marais, et entre chaque rang ils couchent d’au-
tres arbres les uns sur les autres, et garnissent
tous les vides si bien avec de la terre glaise bien battue que l’eau n’y saurait plus passer. Ils ajustent au milieu de ces ouvrages un Esseau, de manière qu’il permet à la marée basse, à l’eau des marais de s’écouler par son impulsion, et défend à celle de la mer d'y entrer. Un travail de cette nature, qu’on ne fait en certains temps que la mer ne monte pas si haute, coûte beaucoup à faire et demande bien des journées : mais, la moisson abondante qu’on en retire dès la seconde année, après que l’eau du ciel a lavé ces terres, dédommage des frais qu’on a faits.»
Il n’y a pas d’endroit au monde où l’on respire mieux qu'ici la paix, où l’on jouit mieux du bonheur de se sentir vivre. Fruits, moissons, paysages, murmures des ruisseaux, brises parfumées de la mer, ciel admirable, tout concourt à donner à cette contrée l'aspect d’un jardin enchanté,
Pourtant chaque chose ici bas a son reguiem / Ici il faut se souvenir et prier, Sous ces fleurs gît le tombeau de l’Acadie.
Je ne raconterai pas en détail les faits odieux
qui se sont passés ici, au siècle dernier. Ilssont
inscrits en caractères sanglants dans notre his-
toire.
Aux foyers acadiens comme aux foyers canadiens-français,—et nous sommes de la même souche—on en parle souvent à la veillée.
Qu'il me suffise d'écrire que les Anglais de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick rougissent pour la plupart, de ce qu'ont fait leurs pères.
Ils le disent à leurs enfants.
C’est ainsi que s'exprime M. Duncan Campbell, un historien accepté par le conseil de l’Instruction publique de sa province. Son livre est fort répandu là-bas dans les écoles. Je traduis cette partie de son travail : il forme partie du chapitre VII.
« Nous sommes maintenant rendu à cette période palpitante d'intérêt où les Acadiens furent
expulsés de la Nouvelie-Ecosse, On en comp-
tait à peu près 7,000 : ils étaient propriétaires de 5,000 têtes de bétail,sans mentionner nombre de troupeaux de pores et de moutons. Cette population reconnue pour être excessivement morale, vivait en paix. Elle jouissait du bien-être dans la partie la plus fertile de la province. Le gouvernement anglais crut que la présence des Acadiens était dangereuse. Ils étaient, se disaitil, demeurés sympatiques à la France, à la patrie de leurs ancêtres et la grande-Bretagne faisait constamment la guerre à la France. Ils avaient toujours refusé de prêter le serment d’allégeance et devant cette fermeté, l’Angleterre prit la résolution de les faire disparaître, Les pauvres Acadiens faisaient la moisson, lorsque leur sort fut décidé.
«Le 2 septembre 1755, le colonel Winslow fit placarder un ordre écrit ordonnant aux habibitants de Grand-Pré, du Bassin des Mines et autres lieux de se réunir à l’église paroissiale de Grand-Pré, pour y recevoir certains ordres de Sa Majesté Britannique les concernant. On s'y rendit en foule. Personne ne se doutait du coup de foudre qui allait éclater, lorsque
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