‹ En route [microforme]Chapitre 11 sur 30 · EN ROUTE—UN DIMANCHE A HALIFAX—LA · texte numérisé non relu

EN ROUTE—UN DIMANCHE A HALIFAX—LA

CORVETTE & ALLIANCE, h

L’Intercolonial est un des plus beau chemin de fer du monde. Il est bien conduit : il parcourt un pays ravissant, Le touriste ne saurait trouver une route plus pittoresque. ,

Au Bic, il peut se croire en Suisse ; les montagnes du Matapédiac ressemblent à celles du Jura, pendant que le lac lui-même vous rappelle involontairement celui de Genève.

Tout le long de la route, le paysage varie sans cesse,

Ici, une vailée verdoyante, là un ravin sombre, un pic embrumé, Dans le lointain, l'immensité du saint Laurent. Ici, les eaux noires d’un lac qui ressemble à une mer intérieure. Tout près,

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l’humble cabane en bois rond de notre paysan. Saluez! c’est ainsi que commence chez nous la paroisse, et la paroisse c’est le Canada français. De Québec à Halifax, la route est merveilleuse ; on la fait en vingt-six heures.

Dans la Nouvelle-Ecosse les récoltes s’annoncent aussi bien que dans la province de Quebec. On est au milieu de juillet et on a commencé à faire les foins dans les environs de Truro. Les essences forestières sont plus belles que chez nous, surtout celles dés arbres d’ornement.

Mais je m'arrête. Truro est presque sur la baie de.Fundy, dans le pays où ont pleuré, où ont combattu, où ont souffert et d’où ont été exilés les Acadiens. Ainsi que dans là Caire Fontaine, « j'ai le cœur à pleurer.»

|. | Dans deux heures, nous serons à Halifax et F demain matin, en mer.

Halifax n’a guère changé. La semaine, c’est 1 | une cité bruyante, commerciale, äwsiness like. li. Le dimanche, c’est une ville morte. On glisse

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le long dès murailles sans faire de bruit. Au club,

dans la rue, partout on cause bas de peur d’éveiller la quiétude du voisin. Les uns lisent leurs journaux et ils ne se gênent pas de baiïller au nez du syndicat de la presse : d’autres étudient consciencieusement le vol des mouches : quelques fois les choses ne se passent pas aussi tranquillement. En 1882, mon ami Farnham, du Harpers Magazine voulut un dimanche, faire de la photographie dans un petit village des environs. On le prit tout bonnement pour un sorcier. Artiste, plaques, collodion, cameras obscuras furent expulsés du bourg avec tous les honneurs que l’on doit à ce qui peut sentir le fagot et tendre à devenir la propriété de Belzébuth.

Le dimanche, à Halifax, les débits de liqueurs sont ostensiblement fermés, La première chose qui s’offrit à notre vue, en arrivant dans cette ville, fut un homme porté sur une civière par quatre municipaux. Ils le promènaient solennellement dans Hollis street.

Le corps se dessinait sous un drap. Je m'in-

formai respectueusement du nom du mort. Le municipal sourit et me dit à mi-voix :

—C’est un ivrogne que nous menons au poste.

—Mais on boit donc, ici le dimanche ?

—Oui. Les bar rooms sont fermées, mais on se fait apporter ce que l’on veut au salon.

Ainsi s'appliquent les lois :

| Les environs d'Halifax fourmillent de ravis-

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santes promenades. Le AVorth West Arm est k

h | unique en son genre. Pendant que notre voirure 4 4 court sous bois, on entend le déferlement de la À mer. On respire à pleins poumons les odeurs des algues marines et des varéchs. Les riches, 11 les heureux d'Halifax se construisent ici des | | villas sur le bord de l’océan. La santé, le plaisir, ie repos, se trouvent ainsi pour eux à deux pas de leurs bureaux d’affaires.

Le cuirassé anglais le Æorthampton, la cor-

l'Alliance, sont sur rade.

À | veêtte la CAarybde et la corvette américaine Je suis allé avec mes compagnons de route

wisiter cette dernière.

Cette corvette qui est d’un ancien type naval La “st mue par une machine de 360 chevaux, style

À | américain. Elle porte six canons, deux mitrail-

euses ‘perfectionnées tirant 120 coups à la minute, un gros canon de chasse, un pierrier de débarquement et deux canons de fort calibre.

Elle a cent vingt hommes d’équipe et 21 officiers ainsi répartis :—un commandant ; un lieutenantcommandant ; quatre lieutenants ; trois enseignes ; un maître mécanicien ; un assistant-commissaire ; deux assistants-maîtres mécaniciens ; quatre aspirants ; un commis stipendié,

Ne dirait-on pas d’un navire école ? Et pourtant tout ce luxe de futurs amiraux en herbe est facile à expliquer.

L'Alliance est rharæée--nous étions alors en 1883—de la c :: ‘+ du golfe Saint-Laurent.

Elle va étudier nos pêcheries, nos archipels, nos côtes, Chatun a voulu s’embarquer ; et voilà pourquoi l'A//ance compte un état-major aussi nombreux.

Depuis le traité de Genève nos pêcheries sont devenues un sujet d’études sérieuses de la part de nos voisins.

L'Alliance est commandée par un officier distingué, le commodore Reid. Il nous a fait l'accueil le plus hospitalier. Ila le type amé-

ricain. Il est petit, porte moustache noire, a œil vif mais doux: il est très simple de manière et très aimé de ses hommes. Il nous a fait visiter sa corvette. JL’A/iancé est arrivée, hier, de New-York après huit jours de mer ; néanmo'ns tout est propre, tout est luisant à Boru : on croirait être à un jour de parade.

À six heures le consul d’Espagne, don Antonio de Zéa, nous attend pour diner. Nous. passons quelques heures de bonne causerie avec cet homme aussi spirituel qu’obligeant, et nous faisons nos préparatifs d'embarquement.

H est huit heures et quart : le steamer le Shattuck quitte son quai. Tout le monde est à son poste, même le monsieur en retard.

Debout sur la jetée, sa valise à la main, il nous fait des signes désespérés. Le capitaine est immuable sur son banc de quart ; le vapeur s'éloigne et le monsieur en retard finit par s’évanouir dans le brouillard.

Il doit se consoler en songeant qu'il n’est pas le seul de son espèce. Partout où je suis allé,

partout où il y a un chemin de fer, un bateau à vapeur, une diligence, un bureau de poste, la famille du monsieur en retard compte un de ses membre les plus distingués.

SILHOUETTES MARINES—BRUME—MICMACS--LE CANAL SAINT-PIERRE—LE PETIT ET LE GRAND BRAS D’OR—BADDECK.

Le George Shattuck est un bateau à vapeur de 236 tonneaux, commandé par le capitaine Angrove, québecquois comme nous. J'aurai l’occasion de parler plus tard de ce marin expérimenté. i

Le second du Szattuck est un petit Acadien, tout en nerfs et en muscles. Il est d’Arichat ; il s’appelle Lemarchand : il navigue depuis 28 ans. Il a l’œil à tout, possède à fond son métier et n'a pas dit deux mots depuis le départ.

Notre maître d'hôtel est un type. : Il ressemble aux portraits de Dickens. Il fait tout à bord avec le plus grand air du monde, I tient

les comptes, sert la table, descend les plats, cire les bottes, soigne les malades et arrive souriant sur le pont en me tendant un journal.

— Pro bono publico, me dit-il en ôtant sa casquette.

Au besoin il aide à la manœuvre, vend du vin pas trop mauvais, et dans ses loisirs il lit Horace. Entre nous, je crois qu’il a peu de loisirs.

Toute la journée, toute la nuit du 16 au 17 juillet, nous avons marché dans la brume. Le ciel est teinté de plomb. Tout est grisâtre, moite, indéfini autour de nous. De temps à autres nous croisons une voile, un steamer. Ils grandissent tout à coup sous le brouillard, passent comme une ombre et s’enfoncent aussitôt dans l'inconnu. Vers le soir la brume s’épaissit de nouveau; la nuit est entremêlée de coups de sirène, de tintements de cloches, d’arrêts de la machine, de sondages. Au matin nous n’entendons plus de bruit. Le navire est stoppé ; à bâbord on perçoit distinctement le bruit de la mer déferlant sur les brisants.

Vers 7 heures nous sommes hélés par. une barque de pêcheurs montée par trois Acadiens. Ils sont de l’Ardoise, Cap Breton. Ils sont perdus dans le brouillard, depuis hier. Nous leur offrons nos services : ils déclinent poliment et s’éloignent.

À dix heures et demie le rideau de brume se lève et nous montre le Cap Rond sur l’île Madame. Elle est habitée par quelques familles acadiennes. Le capitaine Angrove ne s’est guère trompé. Tout la nuitila navigué par estime.

Le Shattuck est venu dar l’obcurité s’embosser presqu'en face du petit détroit par où nous devons pénétrer bientôt dans le Bras d’or, une des merveilles du Cap Breton.

C'est bien là l’ancienne Ile Royale, ainsi que l'avaient nommée nos ancêtres. Oui, nous sommes au Cap-Breton, à Saint-Pierre, petit village irlandais, d’assez pauvre apparence.

—Ÿ at-il des Acadiens ici ? demandai-je à un flâneur sur le quai.

— is, sir, me répondit mon interlocuteur :

Their is a French woman, from Paris. She kceps a shop.

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