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EN ROUTE Ainsi va l’histoire.

Pour ce brave homme, acadiens et parisiens sont mêmes choses. Au fait, ila raison. Ne

sommes-nous pas tous de la grande famille française ?

Ici, les femmes portent sur la tête un foulard de couleurs nuancées. Il leur fait à ravir, et leur donne un petit air italien, assez original sous ces latitudes.

Le Shattuck doit être à quai pendant une heure. J'en profite pour faire une promenade,

En sortant du village je tombe sur quatre wigwams indiens. Ce sont des Micmacs, pauvres, déguenillés, Ils vivent en faisant des paniers, des cuves, des nattes en osier. Dans une de ces cases une femme git sur un lit d'écorces. Elle est très malade, Son mari est absent ; mieux vaut dire qu’elle est seule. Les autres n’ont guère l'air de s’en occuper. La plupart des Micmacs du cap Breton parlent anglais. Ils sont restés catholiques. Une chapelle est érigée tout près de là. Chaque année un prêtre vient leur prêcher une mission. On

est bon pour les anciens rois du sol du Cap Breton, et les compagnies de bateau à vapeur, transportent gratis les Indiens !

Au retour du voyage que je vous raconte, nous vîmes le pélérinage de la tribu des Micmacs, Leur escadrille entrait dans le canal Saint- Pierre : nos anciens alliés venaient faire leur visite annuelle à leur patronne la bonne sainte Anne du Cap Breton. Assis gravement dans leurs canots d’écorce ils pagayaient leurs passagers. (C'étaient des femmes, des enfants, des chiens, dês chats, des poules. Tout cela babillait, riait, criait, japait, miaulait, gloussait au milieu des fusils, des engins de pêche, des écorces pour la confection des wigwams, les maigres provisions de voyage, Ces bonnes gens venaient pout la plupart de fort loin : les uns de Terreneuve, d’autres de la Nouvelle- Ecosse, d’autres du Nouveau-Brunswick. L'un d’eux, Pierre Jullien parlait le français. Quand je le vis il était âgé de 74 ans. En cotoyant le Cap Breton il avait pris à son bord une vieille femme et un enfant. Ils montaient à pied au

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de.

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pélérinage. Cette charité de la mer en vaut une autre. Chacun est Peabody à sa manière,

—Notre mission, me dit Pierre en soulignant le mot sôfre, dure quinze jours.

Puis comme nous partions il me serra la main en me disant :

—Frère, s’il y a des sauvages à Québec, dis leur qu'ils fassent comme nous, qu’ils s’entr'aident.

Saint-Pierre se trouve à l’entrée du Bras d’or.

Un rocher bouchait cet immense fiord ; le gouv@nement fédéral l’a fait disparaître. Un canal d’un demi rille de longueur et de quinze pieds de profondeur permet aux goëlettes et aux steamers d'y passer. Il met ainsi le Bras d’or en communication avec la baie Saint-Pierre, Ce canal

très commode aurait été moins coûteux, sil eût été taillé en ligne droite. L'ingénieur a rêvé de la haute fantaisie. Il a fait de cette artère commerciale un vrai serpentin, et il faut voir la tête des marins lorsqu'ils s'engagent là dedans.

Ce’canal 2 deux écluses et un pont tournant,

Son entrée n’est pas assez indiquée par le

ministère de la marine. 11 faudrait ici plusieurs bouées. Une bouée et une amarque ne suffisent pas sur le Æorses Head, banc de sable qui git pas bien loin de 1à.

En quittant ce petit Suez, on voit défiler devant soi les merveilles du Bras d’or. C’est une enfilade de lacs, ou plutôt de fords qui rappellent les beautés de Mille Isles. “+ un Parcours de 74 milles, on voit tout ce que le Paysage canadien peut avoir de nuances. A tout instant, elles nous arrachent des paroles d'admiration. Ici, on retrouve le Saguenay ; là le Saint-Laurent entre la Malbaie et Kamouraska ; plus loin, notre beau fleuve entre Trois- Rivières et Québec. Sur les rives, on entrevoit des chaumières bâties sur des pentes qui finissent par devenir des montagnes couvertes de bouquets. de sapins. Dans certains endroits, la végétatiôn laisse à désirer. Elle est terne et n'a pas ce ton vert qu’elle a chez nous. Les

falaises ont. quelquefois les teintes roussâtres-

des côtes des îles de la Madeleine ; à un certain endroit, -elles sont blanches comme neige.

La population vit ici de culture et de pêche. Régulièrement elle consacre deux mois de l’année à cette dernière industrie. Les habitations sont admirablement situées pour cela. Dans les deux Bras d’or se pêchent toutes espèces de poissons : morues, harengs, maquereaux, sardines, Saumons, etc., etc. La profondeur de ces lacs varie depuis quatre jusqu'à quatrevingt-dix brasses.

A une heures, nous arrivons à Baddeck village d’une centaine de maisons. Il a été découvert et rendu célèbre par l'écrivain américain Charles Dudley Warner.

Il y a dix-sept ans, plus ou moins, Baddeck était inconnu. Warner se mit en tête de le révéler à ses compatriotes ; mais une grave objection se soulevait Warner lui-même ne connaissait pas Baddeck. Pour y arriver il se mit à la recherche de cette /erra incognita, C’est dans son livre—à mon avis le plus humoristique—qu'il

nous décrit ses tribulations, ses aventures plus ‘ou moins comiques, sa joie d’avoir découvert

Baddeck à ses propres habitants. Aujourd’hui, sur la foi de leurs compatriotes, les Américains ‘ y viennent en villégiature. Baddeck a fini par exister réellement. Tout de même, entre nous, Baddeck n'est pas gai. On respire ici le puritanisme. Les habitants ont l'air de croire que tout étranger qui n’est pas yankee n’est pas de bon ton. En attendant leur tour de devenir puritains comme leurs pères, les petit Baddec- * quois s’en donnent à corps nus sur les quais. Ce sont tous des petits tritons: en ce jour ensoleillé le port de la ville est couvert de nageurs en costume de paradis terrestre.

Il n’y a pas qu’à Baddeck,où nos voisins viennent passer la belle saison. Ils envahissent de plus en plus ce côté des provinces maritimes.

Un Français de Saint-Pierre Miquelon, M.

Poulain, me dit qu’ils sont en nombre aux villages acadiens d’Arichat, de Chéticamp, de Marguerie et au village français—Ærench village. Quand ils ne peuvent trouver à se loger, ils tentent sous bois,

Ce brave négociant miquelonais arrive d’un

voyage dans l’intérieur du Cap Breton. Ila été

ar a

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