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Ici, comme ailleurs, cette vaillante race a su inspirer les hommes de génie qui sont venus en contact avec elle. Le grand économiste français, Jules Duval, mort en 1870 dans un accident de chemin de fer, a écrit une page émue sur les Miquelonais. Elle était adressé à M. Littaye. commissaire de la marine. Elle a d’autant plus sa place ici qu’elle est inconnue. Il m’a permis d’en prendre une copie. La voici :
« Au souvenir de l’Acadie et de ses valeureux habitants, doivent s’éveiller au cœur de la France bien des regrets amers comme des remords. Issus de familles originaires du pays basque, de la Bretagne et de la Normandie, Acadiens et Canadiens entre eux la différence est petite. Dignes fils des compagnons de Jacques Cartier, de Champlain, de Roberval, ils personnifiaient avec honneur et éclat dans le nord de l'Amérique, le génie éminemment colonisateur de la race française. Ils ne cédèrent qu'à l'inégalité du nombre et des forces, abandonnés par la vieillesse découragée de Louis XIV et par la coupable incurie de son successeur, Port Royal, Louisbourg et Québec succombèrent, l’un
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après l’autre, sous les coups de l'Angleterre ou des colons américains, et leurs vaillants défenseur: comme leurs plus paisibles habitants violemment dispersés sur tous les rivages, éprouvèrent ce qu'aux jours de luttes guerrières contiennent de vengeances le cœur des plus puissantes natures et de faiblesses l’âme des plus généreuses. Les malheurs des vaincus ont inspiré à Longfelluw son touchant poëme d’Evangeline. A partir de 1764, Saint-Pierre et Miquelon devint l'asile de ces victimes errantes de la politique. Les familles qui ne voulurent pas s’incliner devant la fortune britannique s’y rendirent de l’Acadie, de l'île Royale, de l'île Saint-Jean, sans y trouver une longue sécurité, car les nouvelles possessions françaises tombèrent au pouvoir des Anglais à chaque renouvellement de guerre.
» Deux fois transportés en France, en 1778 et en 1794, et deux fois réintégrés à Saint-Pierre et Miquelon, en 1784 et en 1811, les Acadiens primitifs et leurs descendants s’y sont définitivement fixés, non sans trahir quelques inquiétudes sur la durée de leur séjour, par une
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prédilection particulière pour les maisons de bois et les installations provisoires. La Restauration remit chaque famille en possession des grèves qu’elle avait jadis occupées, et distribua de nouveaux lots ; des subventions adoucirent la misère et soutinrent le courage, et l’on a vu une partie de cette énergique population acquérir l’aisance par le travail. C’est à la pêche de la morue qu’elle doit ce bien-être.
« Les Acadiens de Miquelon, comme es pêcheurs de Saint-Pierre la pratiquent sur des barques. montées de deux hommes, dans les eaux très poissonneuses des deux Iles : ils s’avancent jusqu’à mi-canal de Terreneuve, sur des bateaux pontés et des chaloupes avec 4 ou 6 hommes d'équipage pour exploiter des bancs peu éloignés
que leur abandonnent les grands navires dont
l'équipage tout entier n’y trouverait pas de emploi. Enfin, avec des goélettes servies par un plus nombreux personnel, ils vont à l’est jusqu’au Grand Banc et au nord ouest dans le golfe Saint-Laurent, ainsi que dans les baies de la côte occidentale de Terreneuve. Dans leur navigation du golfe, ils cultivent des
relations d'amitié et de lointaine parenté que des mariages renouvellent parfois avec quelques familles de même souche qui sont restées dans les îles de la Madeleine et sur la côte méridionale de Terreneuve.
» Quelques Acadiens sont même descendus dans la Baie de Saint-Georges, à l’ouest de l’île, où ils se sont alliés aux belles familles irlandaises établies sur ce point pour y exercer en toute sécurité leur industrie de pêcheurs. Malgré ces alliances, qui sont peu nombreuses du reste, bien que la communauté de malheurs et de religion y invite, les deux races restent prc ‘\ndément distinctes. Dans tout l'extérieur .e la race acadienne se révèle la supériorité du créole sur l’émigrant, Les traits fins de l’Acadien, son franc et calme sourire, son regard bienveillant quoique assuré, sa taille haute et ferme tout en lui atteste cette noble confiance que développe l'habitude des luttes victorieuses contre la nature, au sein d’une société dont on est un membre utile et actif. Cet instinct de puissante personnalité n’a pu que croître au contact des citoyens libres de l'Angleterre et des Etats-Unis et il
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n’a pourtant pas altéré le caractère originel. Comme leurs ancêtres, les Acadiens de nos jours sont simples, honnêtes, hospitaliers, religieux, indomptables au travail, courageux sans bravade. Chez eux se perpétue la vie patriarcale des familles acadiennes du XVIeet XVIIe siècles, fidèle reflet des mœurs provinciales de la race française à la fois très sociable envers les étrangers et très persistante dans son type propre. »
Eors de la reprise de possession de Miquelon, en 1817, 37 acadiens et acadiennes et deux étrangers vinrent se fixer dans cette île. Un chercheur, un érudit, qui a consacré tous ses loisirs à l'étude de la race acadienne, M. Littaye,
a bien voulu me communiquer une liste de ces courageux pionniers. Je la publie avec la date
de la naissance de chacun, et l’endroit où il est né, Elle contient les noms de 20 personnes du sexe masculin et de 18 femmes, dont deux femmes nées en mer, l’une en-1767, l’autre en
Voici cette liste :
Briand, Jean, Ile Royale, 1744.
Hébert, Anne, Miquelon, 1772.
Boudrot, Jacques, Halifax, 1797.
Briand, Béroni, Ile de la Magdeleine, 1794.
Bourgeois, Pauline, Miquelon, 1773.
Bonnevie, Marie, Miquelon, 1768.
Briand, Babet, Halifax, 1794.
Bertaut, Antoinette, Saint-Pierre, 1783.
Bourgeois, Madeleine, Ile de la Magdeleine,
Gautier, Jacques, Miquelon, 1768.
Guyon, Hippolyte, Miquelon, 1793.
Terriaut, Geneviève, Louisbourg, 1747.
Bourgeois, Auguste, Acadie, 1760.
Gaspard, Jeanne, 1816
Hébert, Anastasie, Caroline, 17 55.
Hannouet, Catherine, Miquelon, 1776.
Leborgne, François, Halifax, 1795.
Moüton, Pierre, Arichat, 1795.
Briand, Julie, Halifax, 1706.
Coste, Jean, Ile Royale, 1747.
Hébert, Madeleine, Boston, 17 59.
Godet, Marie, Louisbourg, 1759.
Cormier, Louis, Miquelon, 1 769.
Detcheverry, François, Miquelon, 1764.
Detcheverry, Grégoire, Halifax, 1797.
Doucet, Joseph, Québec, 1764.
Godet, Rose, Miquelon, 17637.
Grandin, Joseph, Miquelon, 1778.
Poirier, Jacques Acadie, 1748.
Blanchard, Agathe, Louisbourg, 1741,
Petitpas, Louis, Miquelon, 1781.
Petrowich, Louis, Boston, 1731.
Richard, Nelesme, Acadie, 1753.
Rio, Joseph, Port Louis, 1792.
Vigneau, Pierre, Miquelon, 1771.
Vigneau, Marie, veuve Petitpas, Caroline,
Vigneau, Marguerite, Boston, 1776.
Vigneau, Marie, Boston, 1750.
Commeau, Jean-Baptiste, Miquelon, 1793.
Les Commeau ! voilà un nom acadien que l'on retrouve aujourd’hui à partir des côtes du Labrador jusqu'aux Baÿous de la Louisiane,
Une louisiannaise, madame de la Houssaye nous a raconté en termes émus l’histoire de l’un d'eux, Il s'appelait Louis Comeau.
—Au prix de toute sa fortune, disait elle, après avoir couru des dangers extraordinaires,
enduré des fatigues sans nom, il réussit à conduire plusieurs centaines d’Acadiens sur les bords du bayou Têche. Aujourd’hui, leurs descendants les Comeau, les Aucoin, les Boutet, les Mouton—l’un d'eux a été général pendant la guerre de la sécession — les Brassard, les Bodin, les Leblanc, les Dupré, les Hébert, les Bérard, et autres dont les noms m'échappent, appartiennent aux plus nobles familles des Attakapas et des Opelousas. Et certes aucun d'eux n’a oublié les préceptes d'honneur, de Courage, d'énergie, d’intégrité que leur ont legués leurs pères, ces nobles compagnons de Louis Comeau.
» Louis Comeau et ceux qui l’accompagnaient s’arrêtèrent un jour sur les bords du Meschacebé, à cet endroit où le vieux fleuve semble prendre plaisir à revenir sur lui-même comme pour mieux arroser les plaines fertiles qu’il sillonne, et rafrat-
chir ses ondes sous les ombrages des arbres géants qui les abritent. Après bien des escarmouches avec les indiens, après avoir entamé la forêt et asséché le sol par des travaux herculéens ils y fixèrent ne demeure. Pour eux la terre
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