‹ En route [microforme]Chapitre 26 sur 30 · HABITANTS · texte numérisé non relu

HABITANTS

A Anselme (Marie-Jeanne), veuve d’un sergent canonier, tué au siège de l’île royale, 15 janvier 1719, Rochefort, à vie... uéirotésedtures |: ROBE Amiot (Marguerite), fille éio habitant. 27 septembre 1745, Rochelle, nn PP CUIR OL Aubin (Marie), veuve de François Benard, 1722, Bordeaux, à vie... 54 “ Amien (Geneviève), Leblanc, Rochefort, à vie... PR PEER 108 ‘ Audirac (Marguerite Dumesnil), veuve d’un habitant du Canada, Rochelle, à vie... gereses von

Berbudeau (Marie-Anne), fille d'un ancien chirurgien, 24 mai 1750, Rochefort, à vie... 160

Branet (Marguerite Normandeau),

épouse d’un chirurgien, 20 juillet

1710, Romegoux, à vie... 108

Breau (Marguerite), Guedry, veuve d’un habitant tué au siège de Québec, 27 septembre 1724, Rocheit M Vicente

Beaudoin Ducluseaux (Mar'e-Magdeleine}, fille d’un habitant, > avril 1732, Bordeaux, à vie...............

Barbier Duplessis (Anne) fille d’un chirurgien, 2r avril 1737, Roche- (OMR AIN rosrcrsacererentérstpistes

Barbi-r Duplessis (Gilette), sa sœur, 28 juillet 1744, idem... tete

Barré (Anne) le Manquet, veuve d’un capitaine de navire, 1712, le HAVTS D VIB ir ssrsvoeneisesedesenes

Besançon (Marie-Agathe) fille d’un ancient habitant, 1759, Rochelle,

Blacquier (Barbe), fille d’un sergent des troupes de Miquelon, 1773, idem, à vie... vus ARRET

Blacquier (Marie-Anne), sa sœur,

1771, édem........ cs sssosee vosssssssee

108 liv.

Beaumoncel (Marguerite), La Lande, veuve, 1758, le Hâvre, à vie... 54 liv.

Bornic (Jeanne), à vie................…. 54 ‘

Nota.—Employée à compter du premier janvier 1783, ‘par décision du premier août suivant, et n’a jusqu’à ce jour fait aucune réclamation ; Brichet (Marie-Agnès et Marie-Fran- Gaine) à Vlr seoscsesseossssesessoe CRU

Nota.—Employées à compter du premier janvier 1785, sans réclamation.

Bornic (Marie), à vie..............,,.… 54 ‘

ÎNota.—Employée à compter du premier janvier 1873, n’a point réclamé. | Bertrand (Reine), veuve l’'Hermitte,

Rochelle, à. Vieissssessesesoonrnnse 168 “ Bourgeois (Françoise), fille d’un ha-

bitant de Saint-Pierre et Miquelon,

1744, idem, jusqu’à 18 et 20 ans. 72 ‘ Brunet (Elizabeth), ci-devant habitante des dites îles, 24m, à vie... 108

Claparet (Louise- Angelique), Fouchue, veuve d’un négociant, 1739, Rochelle, à vie... ?

Claparède (Renée), fille d’un négociant, Viols-le-Fort, près Montpellier, à Vies cccocsestenenr ere sess

Casting (Jeanne-Elizabeth), fille d’un habitant, 28 mai 1755, Rochefort,

Carbonnèle (Marie- Marguerite), fille d’un capitaine marchand, 24 septembre 1765, Charente, à vie...

Corperon (Anne - Madeleine) fille d’un habitant, 27 octobre 1753, Rochefort, à vie...

Chatou (Louise), fille d’un arpenteur, 17 septembre 1754, Toulouse, à

Chailloux (Marie), veuve d’un habitant, 1735, Rochefort, à vie...

Clermont (Pierre-Augustin), ancien habitant, 1734, Cherbourg, à vie.

HN

Chalois (Françoise) Guérard, veuve, Saint-Malo, à vie... doscretcies 108 liv Coœttret (Angélique), fille d’un gardemagasin à l'ile royale, 1752, Violsle-Fo:. près Montpellier, à vie... 108 “ Camus (Marie) femme de Louis Devaux, Paris, à vie... 180 “ Chapuis, veuve d’ün pêcheur de Louisbourg, à vie... 4“

Nota.—Employées du premier janvier r738, par décision du premier août suivant, n’ont point réclamé.

Caurtel (Anne) veuve Gentil, 1734, le Hâvre, à vie... FRNAER 108 “

Conard (Marguerité) femme de Louis ‘Harel, ancient habitant de Saint- Saint - Pierre -et- Miquelon, 1756,

Rochelle, à vie... dites

Dutraque (Marie-Anne), fille d'un négociant, 2 novenbre 1718, Rochefort, à vie... er Moss ‘200

De Covinac (Jeanne), fiile d’un habi-

tant, premier mai 1749, Saint-

Thomas-des-Bois, à vie... core ns 300 liv.

Dumoncel (Geneviève), Clermont,

veuve d’un négociant 19 mars 1 ; 19,

Rochelle, à vie RARE sssssssssessssse 200 Dumoncel (Geneviève), sa fille, 21

décembre 1737, idem, à vie... 150 “ Dumoncel (Barbe-Françoise-Jacque-

DV sn rreasrentaretetns 150 * Dumoncel (Marie), autre dem, 21

avril 12747, édem, à VIe... ue 150 Dumoncel (Jeanne-Lo ise), autre,

édem, 30 avril 1756, dem, à vie. 150 “ Didion (Marie - Jeanne), Lessêne,

veuve d’un habitant, 2u juillet 1727,

EE, À Viens. se Honttiterrdes ses TO Ducheneau (Joséphine), fille d’un

habitant tué au siège de Québec,

1748, Rochefort, à vie... "108 “ David (Jacques), soldat blessé au

siège de l’île royale, $ avril 1785, Rochefort, à vie... Votirett 108 “ |

Er RES ETS —

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« ET ERNST creer ue mine HS -

“Are . = = , Sr mers D PR QE D TPS MSI LP DR PETER er D

Dugué (Cécile de Pinet), femme d’un

David (Marie-Landert), sa femme 23 octobre 1718, 1dem, à vie .........…, De Rudder (Julienne), fille d’un habitant, 15 juin 1750, #dem, à vie.

Dominique (Geneviève-Grault), fille d’un gardien des magasins du roi, 19 décembre 1741, la Tremblade,

Dupont (Marie - Catherine - Auvrai), veuve d’unofficier marinieretcréole, premier janvier 1726, Bayonne, VIe aa oentes é

Dupont (Fr-nçoise), fille d’un habitant, 4 août 1729, #dem, à vie...

De Laforest (Jeanne-Lafargue), veuve d'un ancien pilote, 13 décembre 1728, Rochefort, à vie.............….

De Laforest (Jeanne), sa fille, 28 décembre 1762, idem, à vie...

De Laforest nn g mai PAS DM iris cases Mouveriauss

D’Accaret (René), fille d’un habitant,

Bardeaux, à vie......................

108 liv.

150 ce

sergent des troupes de l’île royale, 2 décembre 1782, Taillebourg, à Vitres PEER PNR PRE

Doyer (Jaquemin), veuve Gautier, 59 ans, Saint-Malo, à vie... relie

Duplex Silvain (Marie - Geneviève), fille d’un juge royal de Saint-Pierre et Miquelon, le 10 octobre 1723, Vannes, à VI@. ss sosee Ars

Daguerre (Angélique), 28 août 17209,

Nota.— Employée depuis 1783 par décision du rer août de la dite année, et n’a point fait jusqu’à ce jour de réclamation.

Fixel (Marie-Françoise), fille d’un

habitant de Louisbourg, 1764, Bordeaux, à vie... ARE T ANR Fixel (Joséphine - Cécile), sa sœur, 1103,.440m, À VIE: ssssvsevssssnesooses Fixel (Barbe-Louise), autre em, 1762, fem, à VI... sc sosovovonse

108 liv.

liv,

Fautoux (Marie-Jeanne), fille d’un négociant, 25 mai 1744, la Rochelle, à vie... ON sat 0 SONO.

Fleury (Olive), femme de Jean Marandel, 1750, Saint-Malo, à vie... 108 ‘

Gauthier (Marie), fille d’un habitant,

r4 octobre 1759,la Rochelle, à vie. 108 “ Grandbois (Jeanne-Elizabeth), Pilon,

2723, le Hâvre, à vie... sa Guyot, (Marguerite), Painbœuf, à vie. 54 ‘* Gaudet (Anastasie Doré), veuve Bou- 54 ‘“

drot, le Hâvre, à vie... MS PDP RE 54 ‘ H Hiriard (Cécile), fille d’un habitant,

22 novembre 1741, la Rochelle, à

ViG.s...s ARE NOR EPA CET 200

Herpain (Jeanne-Marie), fille d’un ha-

: bitant, 11 septembre 1744, #dem... 108 “ Herpain (Marie-Périne), fille d’un habitant, 22 octobre 1751, idem... 108 ‘“ Hébert (Marie Athalie, veuve), 1752, le Hâvre, à vie...............

Hébert (Louise-Félicité), fille de Jean, habitant de Saint-Pierre et Miquelon, 1782

MNota.—Jusqu’à dix-sept ans.

Imbert, veuve d’un négociant, 1723, Bordeaux, à vie

Jourdan (Agnès), Rochelle Jouet (Charles), ancien habitant, Miquelon... ARR APRES

Lartigue (Marguerite-Hertel-Courvoisier), épouse d’un négociant, 23 septembre 1727, Ile de France, à i sonne 250 Lessène (Marie-Madeleine), fille d’un habitant, 24 août 1733, la Rorochelle, à vie........................ 100 Lessène (Catherine-Maurin), veuve, 1730, la Rochelle, à vie

Lessène (Marie-Madeleine), fille de la précédente, 1768, idem...

Labrouche (Jeanne-Madeleine), fille d’un habitant, 7 septembre 1038, PONS D VIN ere iidenenenenstee Livère (Therèse), fille d'un pouilleur de Québec, mort à Cayenne, rer septembre 1746, Rochefort à vie...

Lagonnaire (Jeanne-Marie), fille de Blaise habitant, 28 mai 1729, Bordus MB ss ésivereetenatiacstes Lagonnaire (Catherine), sœur de la précédente, 23 avril 1740, idem...

Lagonnaire (Marie), fille de Cyprien, autre habitant, 1741, £dem.......…… Lagonnaire (Catherine), sœur de la précédente, 20 septembre 1743, MR Mainnnns: rase oise en ee Lagonnaire (Marguerite), autre sœnr, 21 septembre 1747, idem...

Lagonnaire (Claire), dem, 22 octobre 17405 ÉdE Miro sonsssonsoveso sos sés ve se Lelièvre (Jeanne), fille d’un habitant, 1741, Miquelon, à vie..............….

108 liv.

150 ce

Lelièvre (Jeanne), femme d’un habi-

tant, 1736, Saint-Malo, à vie... 72 liv.

Lapierre (Rosalie Hébert), veuve de

Joseph, 1745, le Hâvre, à vie... 54 :

Landry (Anne), fille de Pierre et

femme et Jean Melançon, le Hâvre,

À VIOL sr scemresnereanersep ro ta nritenses 7 Ji ‘M Le Moyne (Françoise), fiile d’un ha- |

bitant, Saint - Pierre-et - Miquelon,

D Manette tentent 108 Le Moyne (Jeanne), veuve Laustalet, |

D à LL RENARD AU 7 SR RO PE AREAS 108 “ Lefour (Maurisette), veuve de Gilles à

1726, Rochefort, à vie..............…, 60 ‘“ Le François (Anne), veuve Martin, l

1721, la Rochelle, à vie.......…...... 10a | Lavergne (Marguerite), femme Dou- |

cet, le Hâvre, à vie... sà ‘ | Lavergne (Ovide), £dem...............… CP A (l Le Borgne (Jeanne), habitante, 1782, q

In Rochelle. s.ssssorsssssncensecs + A

Nota.—Jusqu'à 17 ans.

Legros (Louise), femme d'un habi- .

tant HA AMIE ssrmenreetens pa

Letourneur, ancien habitant...

MNota.— Employé du 1er janvier 1787 par décision du 6 mai suivant, n’a pas réclamé.

Maurin (Elisabeth Gauthier), veuve d’un capitaine marchand, 12 janvier 1727, Bessac près-Marmande, AVI itrernnsantrirnsnntremientiesi ent

Milly (Louise), fille d'un habitant, 4 août 1723, la Rochelle, à vie...

Milly (Françoise), fille d’un habitant, 11 avril 1719, la Rochelle, à vie.

Milly (Marie-Jeanne), idem, 22 mai 1730; HElassssescsesseseossasersnese

Mor.! (Marie Reine - Paris}, v ‘ve d’un négociant, 16 mars 1716, idem.

Martin (Marie), fille d’un sergent, 22 janvier 1765, Rochefort, à vie...

Malguerie (Marguerite-Saux), femme

s d’un habitant, 1747, la Rochelle,

à Nr EU te ec nd En de à

120 liv

Mukin (Christine), orpheline émigrée de Cayenne, Rochefort, à vie...

Milly la Croix du Trouy (Anne-Françoise), fille d’un capitaine marchand, Paris, à vie...

Poujet )Anne), fille d’un habitant, 20 août 1747, la Rochelle, à vie...

Poujet (Judith), veuve Josse, ci-devant habitante, 1721, idem, à vie...

Rocher (Madeleine), fille d’un charpentier, entretenu en cette qualité à la Martinique, r2 octobre 1766, Rochefort, à vie...

Phélippot (Marie-Anne), fille d’un soldat et d’un habitant pêcheur, 9 septembre 1715, Saint-Malo, à vie.

Poitès (Marie - Catherine - Martel), femme d’un habitant, 1725, la Rochelle, à vie... RE ATEN EM Portès (Angélique), fille du précédent, 1756, la Rochelle, à vie...........…

ni | {1 "|! | | 206 EN ROUTE 11 CARRE 1 Portès (Françoise-Thérèse), sa sœur, | | 28 février 1767, idem, à vie... ‘5, 54 “ il | Portès (Marie-Catherine), dem 14 til! août 1766, idem, à vie... LL qu | : , À 14 Poïtès (Geneviève), idem, à vie... s4 ‘ 1 | Picheau (Réné), ancien habitant, [ll 1723, Saint-Malo, à vie... M4 sS s4 ‘ || | Plock (Marie-Madeleine), fille d’un | habitant, 1737, dem, à vie... C7 TEL | il | Pichaud (Thérèse), fille d’un habitant RH IA o [1h pêcheur, 20 février 1741, la Ro- ; HAN 14 ‘ | qi chelle, À vie... TPE 108 “ Ju ; .

Hu Perrin (Marie), veuve de Jacques, 4j | habitant, Rochefort, à vie... 54 “ ant Q 1l | Querton (Jeanne - Barbe - Grénard), il | veuve d’un habitant, 8 janvier 1722, | Rochefort, à vie... ones MO ti qi pal | |! | R FE | | | Raux (Angélique-Allaire), veuve, | Saint-Malo, à vie......,...……. PTE P INR | - | AR lil { ÿ |

Ramlourg (Jérome), charpentier, 1745, la Rochelle, à vie...

Rambourg (Margucrite Groussain), femme du précédent, 1744, idem, à À LC CONTE PARENT CAT TPE PT EPA Robion (Marguerite), veuve Gil, 1732, Toulouse, à vie...

Radoux , (Victoire), femme de Jean Begaud, 1750, la Rochelle, à vie.

Radoux (Marie), femme de Jeru Joly, DAS MM RNB octecres creuses Rayer (Thérèse), veuve Hemingré, 1753, dem, à vie... ares spths Rosse, ancien habitant, i2em, à vie.

Nota.—Employé du rer janvier 1787, par décision du 6 mai suivant, n’a pas réclamé.

Saint-Martin (Geneviève), fille d'un habitant, 2 janvier 1728, Angers,

Sémer (Elizabeth), Saulnier, 1750, 18 HAvre, viens

Saunnier (Marguerite), orpheline, idem, à PORT PES LRRLRERARLRLELRELELELXEX]

‘Tranchard (Françoise), veuve Goupil, ancien habitant de Saint-Pierre-et- Miquelon, 1702, Saint-Malo, à vie..

Thérèse, sauvage de nation, la Ro-

Chelles imistesovisessssedécootesrs cts

Vagnier (Valentin), Allemand, devenu aveugle à Cayenne, 1745, Roche- TON N VE eseite cent tin eine

Vrignaud (Louise), fille du sieur Iger, Bordeaux, À vie..ssssssesscssos one

Vrignaud, sa sœur, £dem, à vie...

Vicette (Marie), femme de Pierre Chaufaud, ancien habitant des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, 1756, la

Rochelle, à vie... ssossesoeoeese

La

LS

Yon (Marie), veuve Jehume, ci-devant habitant des dites îles, la Rochelle, À VB sesssoscssneenessninenstéenentet 168 LV

Zémard, fille du premier mariage de Madame Milly, épouse d’un juge de Saint-Pierre -et- Miquelon, la Rochelle, à vie... 168

Total 45,696 liv.

Rochefort, le 17 septembre 1790. | (Signé), BERGEVIN DE QUESMAUD.

Vu par nous, Intendant de la Marine.

(Signé), C. CHARLOT.

En voilà long ; mais voici des pièces qui ne doivent pas passer inapperçues.

Plus tard sous le tribunal, en date du r7 floréal, on traita de nouveau la question des Acadiens et des Canadiens refugiés en France.

C'était sous la présidence du citoyen Chabot, de l'Allier.

RE SR ISIN APE > SEE sise

L'ordre du jour comporte ce récit.

De colons refugiés exposent le dénuement absolu dans lequel ils se trouvent et reclament l'exécution de la loi du 27 germinal an VII qui leur accorde des secours. Ils font observer que malgré leurs vives sollicitations il leur est dû trois mois d’arriéré de l’an IX et quatre mois de l'an X.

Ils demandent que le Tribunal veuille bien être leur organe et leur appuis auprès du Premier consul.

Lucien Bonaparte.—]Je convertis en motion la demande qui vous est faite par les colons réfugiés. La paix leur offre sans doute une perspective plus heureuse ; mais le mal se fait promptement et se répare toujours avec lenteur. Rien n’est affreux comme la position de l’homme qui se trouve placé entre la prospérité passée et la prospérité à venir. Les colons refugiés ressemblent à ces matelots qui longtemps battus par la tempête, découvrent enfin le port objet de toutes leurs espérances. Je demande que le Tribunal appuie auprès du Gouvernement la pétition qui vient d’être lue.

Boissy d'Anglas.—J'appuis la proposition très humaine de notre collègue Bonaparte ; mais je demande, dans le cas où le Tribunal voudrait émettre un vœu sur la petition qui vient d’être présentée, que cette petition soit renvoyée à une commission qui fera son rapport.

Le Tribunal se trouve à prononcer le renvoi au gouvernement.

Dernièrement M. Foursin Escande le secrétaire de la légation canadienne de Paris, publiait un cur: . document. En voici la teneur.

Pétition n° 608 déposée par M. Cantagrel, député de la Seine. — Le sieur Prévost. À Paris, s'adresse à la Chanbre pour obtenir un secours,

Motifs de la commission.

— M. Prévost, ancien avocat, âgé de quatreving-dix ans, qui a été dix ans, de 1830 à 1840, professeur au collège de Sairt Tean-d’Angely, d'il n’a quitté qu'en obtenant un congé, et quatre ans, de 1844 à 1848, juge de paix dans la même ville, demande qu’il lui soit alloué un secours annuel, soit à ces deux titres, soit comme ancien Canadien.

La commission remarque que, si M. Prévost n’a pas été maintenu au poste de juge de paix, cela peut tenir sans doute à ce que le Gouvernement ne fut pas content de son service ; mais elle rappelle qu'à ce moment troublé 1848) beaucoup de juges de paix furent remerciés qui ne méritaient pas de l'être.

A c:s divers égards, elle s’en rapporte à ce que pourra décider le Gouvernement après un nouvel et mûr examen.

Comme Canadien, M. Prévost semble être dans une situation plus favorable si son récit est exact, et il porte toutes les marques de la sincérité; il aurait, comme descendant des Canadiens, un droit à une pension qu’il aurait touchée jusqu’en 1877, époque à laquelle, par une erreur où par une disposition adminiitrative dont il ne peut donner le motif, il fut confondu, — lui, seul Canadien survivant dès lors, -— dans la lisie des colons de Siint-Domingue.

Mais tandis que la pension des Canadiens devait -suivre le dernier survivant, celle des colons de Saint-Domingue avait un terme fixe, et elle l'avait atteint.

Le pétitionnaire aurait donc été victime d’une erreur ou d’une disposition non motivée et abusive ?

Ce serait donc à bon droit qu’il réclame la pension qui lui a été indûment supprimée?

La commission appelle sur ce malheureux vieillard aveugle, chargé d’un fils impotent, toute la bienveillante sollicitude du Gouvernement, auquel elle renvoie la présente pétition, ne sachant pas bien q.el ministère cela peut concerner spécialement aujourd’hui. —(Renvoi au

président du conseil.)

Enfin plus tard, le Paris Canada, publiait sous le titre les ACADIENS EN FRANGE les documents suivants qui aideront à compléter l’histoire de ces malheureux exilés. Voici d’abord la lettre de M. Farjon.

Boulogne-sur-Mer, 13 juillet 1887.

Cher Monsieur.

En parcourant l’un des derniers numéros du Paris-Canada, j'ai été très intéressé par le récit des misères des Acadiens transportés en Europe

par les Anglais et notamment du groupe de ceux

qu'unnaufrage avait amenés à Boulogne en 1759.

J'ai prié M. Ernest Deseille, archiviste de la ville et secrétaire de notre société académique, de vouloir bien faire quelques recherches à ce sujet. Avec un soin et une patience …. d’archiviste, M. Deseille me paraît avoir épuisé la question. Pensantque cela pourrait avoir quelque valur pour vous et pour vos lecteurs, je vous adresse en communication le résultat des fouilles de M. Deseille, savoir : 1° une liste des noms qu’il a pu retrouver (118 sur 179); 2° la copie des documents d’archives concernant « les Canadiens », et les extraits des registres de catholicité s'appliquant à leurs naissances,. décès et m°riages ; 3° une notice.

Veuillez agréez, cher Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.

F. FARJON.

Puis vient la notice de M. Ernest Deseille.

Elle est curieuse à plus d’un titre.

« Les Canadiens, » dit-il, «sont arrivés ici de l’'Acadie, le 26 décembre 1758 et soni partis le

22 novembre 1764 pour la Cayenne dans le vaisseau nommé Zes Deux Frères, appartenant à MM. Guillaume et Jean-François Coilliot » etc. (Livret de J. Cuvillier —Buil. Soc. acad., t. 1).

Ainsi s'exprime Jacques Cuvillier l’unique contemporain qui, à ma connaissance, ait parlé de cet événement intéressant à plusieurs titres.

Pour trouver des renseignement sur le nombre des expatriés et sur leur séjour en notre ville, il faut parcourir un grand nombre d’actes déposés aux archives communales, dont le dépouillement attentif permet d'ajouter à la note si concise du chroniqueur boulonnais que les Canadiens, au nombre de 179 (lettre de l’intendance, arch.

comm.) transportés par les ennemis de l'Etat (Requète de J. Dugast, n° 1563) et qui habitaient en majorité sur la paroisse de Saint-Pierre et Saint-Paul, en l’île Saint-Jean (Reg. de cathol.), avaient été forcés par la tempête d'aborder à Boulogne (Reg. de cath., acte du 23 décembre 1759).

Peut-être m'excuserait on si, à propos de cet

épisode du grand drame colonial, je répétais ce que l’histoire dit de la latte qui amena la perte de

la colonie française par excellence, si je m'indignais contre la barbarie que les Anglais renouvelèrent au xvirie siècle d’une déportation en masse de vaincus dont l’indomptable amour pour la mère-patrie était le seul crime ; mais cette répétition, si intéressante qu’elle pourrait être, n’en serait pas moins une répétition, ct je comprends différemment le devoir des travailleurs de province. S'ils veulent être utiles, qu’ils disent simplement ce que personne n’a dit, ce qu'ils peuvent dire sur le témoignage de document non connus, n’eussent-ils que deux lignes de texte nouveau, ces deux lignes s’ajouteront au trésor de l’histoire, tandis qu’en agissant différemment ils restent des compilateurs dont tout le mérite est dans l’habilité de démarquage, habilité que quelques-uns poussent assez loin. Ne les troublons pas plus que leur conscience ne les trouble en leur petit métier et revenons aux Canadiens.

La date d'arrivée précisée par J. Cuvillier, reçoit une espèce de confirmation dans un acte de déces, inscrit sur le registre & l'hôpital, le 27 décembre 1758. Il y eut dès le lendemain une

première victime : les autres aliaient suivre à peu d'intervalle et dans une proportion eéffrayante, comme nous le verrons bientôt.

Cent soixante-dix-neuf malheureux, étaient tombés comme une charge supplémentaire sur une ville déjà obérée, On conçoit l'embarras de notre échevinage : logement, chauffage, subsistance, il faut pourvoir à tout, et l’on a pourvu à tout si nous en croyons le mémoire de Deulin (arch n° 211) où est inscrit le prix du montage des lits et le salaire de six hommes qui aidèrent à charger le bois porté aux capucins « pour les Canadiens ».

Les bonnes âmes s’émurent aussi, et le bureau des pauvres étendit ses charités sur les naufragés.

Mais il était du devoir de nos magistrats de faire connaître à l’intendant de Picardie que la ville n’aurait pu.continuer longtemps à subir une pareille charge qui incombait au gouvernement, et l'intendant leur répondait, le 6 janvier 1759, de s'entendre avec le subdélégué,

Que fut-il arrêté alors ? D'après une lettre du

12 Maïs Suivant on apprend que les Canadiens,

Î DEN RP EE DS mm Sn ES

assimilés aux troupes de garnison, recevaient une solde du roi, — six sous par tête, je crois, — et qu'ils étaient logés chez les habitants comme les soldats, avec plus de gêne, cependant « à cause des femmes et des enfants » (arch. comm. n° 917). C’est pour remédier à cet inconvénient du logement, à cette charge pouvons-nous ajouter, car les Boulonnais avaient encore à supporter le régiment de Vierzay, que le maire et les échevins, sous la date du 12 mars 1759, écrivaient à l’intendant s’il ne jugeait à propos d’envoyer les Canadiens dans les villes voisines, de les mettre à Desvres où ils trouveraient à vivre à bon compte et de l'ouvrage pour tous, soit aux champs, soit dans les forêts, soit comme ouvriers d’une petite manufacture de fracs établie depuis longtemps. (Arch. comm. n° 917).

L’intendant comprend bien la sollicitude de nos échevins pour leurs administrés ; mais il ne veut pas que ce soit aux dépens des malheureux déportés et il répond qu'il va examiner la proposition, Il tient surtout à ne pas faie sortir les Acadiens de Boulogne sans les mettre tout d’un

coup en état de gagner leur vie, parce qu'il pré-

voit qu’il cesseront de recevoir les secours du roi dès qu’ils quitteront la ville.

Ces secours étaient modiques et devenaient insuffisants lorsque la maladie atteignit tour à tour chaque famille exilée, épuisa toutes leurs ressources, tout leur crédit. Alors la charité inspira à l’un de nos magistrats un système de comptabilité dont il fit plus tard un aveu naïf à l'intendant d'Amiens auquel il écrivait, le 22 février 1763, qu’il avait reçu du caissier de l’octroi les sols accordés aux habitants de l’île Saint- Jean, comme si ces habitants étaient restés au nombre de 179, car les sols de ceux qui mouraient servaient à payer les dettes contractées dans leur maladie. (Arch. comm. n° 938.)

Dans cette colonie transplantée il y avait des exilés de tout âge, depuis les vieillards'septuagénaires jusqu'aux enfants à la mamelle ; les misères supportées avaient débilité leur corps :ils furent une proie facile pour la mort qui les faucha sans pitié.

Que pouvaient-ils faire pour gagner leur sub-

sistance en une petite ville sans industrie autre

que la pêche et la course. La course de mer !

Mais voilà ce qui va le mieux aux jeunes gens valides : ils y trouvent les moyens de se venger contre les Anglais, leurs bourreaux. Tous n'ont pas la male-chance de Joseph Dugast, l’un d'eux, embarqué comme novice à bord du corsaire da Marquise de Nazelle, qui pour entrée en exercice, subit un échouement, la perte de ses effets et refus d’autres vêtements. Comment travailler à peu près nu, au mois de février, à bord d’un bateau ? La rigueur du temps le force à quitter le Tréport où se trouvait le bâtiment et à venir chercher à Boulognne les secours qu’on lui refusait,

Fut:il soupconné de désertion par l’armateur ?

A peine arrivé en notre ville, il se rend chez le père de cet armateur qui promet d'en parler à son fils.

Ce fils a mauvaise tête, semble-t il. Du moins on apprend par une enquête que, se faisant suivre de quatre fusiliers d’un prochain corps de garde, il se met à la recherche de Joseph Dugast. Lorsqu'il sait qu’il se chauffe chez Mme Sauvage, il entre sabre nu, dans cette maison, et sans explication en porte deux coups

sur le bras du novice. D'un troisième coup il menaçÇait la tête, lorsque l'intervention d’un voisin sauve la victime d’une mort certaine.

C'est du moins ainsi que Dugast raconte l'aventure. Mme Sauvage et deux autres témoins ne parlent que des coups de sabre sur le bras, dont le sang jaillit abondamment, Dugast fut tellement saisi « qu’il n’eut la force ni de se plaindre, ni de crier».

La bonne Mme Sauvage veut le protéger mais armateur, le fils Bray, l’insulte, la menace, et oblige sa victime à le suivre chez son père (Arch. n° 1563).

Voilà bien un procédé de corsaire.

Si tous les armateurs ne ressemblaient pas à celui là, le métisr présentait d'autres dangers. On constate bientôt qu’il y a sept Canadiens: dans les prisons d'Angleterre, et nos registres de catholicité portent mention de services chantés pour le repos de l’âme de deux d’entr’eux «morts au service du roi » prisonniers de guerre.

Mais qu’étaient ces dangers qui avaient leur gloire auprès de celui que les exilés trouvrrent

dans l’acclimatation ! Jamais colons ne furent plus éprouvés que ceux-là !

Au lendemain du naufrage on trouve une première victime, un enfant de trois ans.

Le mois suivant, janvier 1759, sept décès frappent l'enfance et la jeunesse, de 9 mois à 18 ans:

En mai une fille de 17 ans.

En octobre, une femme de 72 ans.

Ce n’est rien jusque-là, mais une épidémie de petite vérole prend vingt-un sujets, de la minovembre, à fin décembre et cinq dans le mois suivant, soit 26 décès sur les 170 réfugiés restant de la colonie, presque la sixièm” partie en deux mois et demi.

Les naissances ne compensaient pas. A peine nés, les enfants semblaient voués à la mort et six jeunes Acadiens nés en notre ville sont morts le deuxième ou le cinquième jour de leur nais sance.

Que de deuils coup sur coup, frappant parfois la même famille jusqu’à l'extinction. Quels regrets alors pour le pays natal où ils vivaient,

repoussés de la terre où ils mourraient,

L'année 1760 prit encore six victimes, trois en 1761 ; deux en 1762 ; quatre en 1773 ; quatre en 1764: . totalité 56, triple dîime payée à l'acclimatation par les 179 naufragés de l’île Saint-Jean.

Et les alliances entre elles, que révèle la liste de ces familles que j'ai dressée d’après les actes de baptême, de mariage et d’enterrement de nos paroisses, ont fait de leur séjour à Boulogne un deuil coatinuel pour toutes, et dans ce deuil, la misère, l'amertume du pain de l'exil, Sa Majesté toujours désireuse de réduire les secours que, du reste, elle devait étendre à d’autres Canadiens débarqués à Lorient. Oh ! la pénible situation.

A Boulogne on s’en émut ; nour leur venir en aide, on puisa même à la caisse de charité du pays. Une somme de 600 francs fut prise dans la bourse des pauvres, afin de soulager leur misère ; on pria l’intendant d'autoriser que sur reliquat de compte provenant de l'emprise dont nous avons parlé ci-dessus, quand notre échevinage percevait les sols des décédés, on dépensât ce qu’il fallait pour acheter des sonliers

ét des chemises aux plus pauvres, lors de leur départ de Boulogne.

En 1763 on parlait de Sainte-Lucie où ils devaient être envoyés ; mais d’après le livret de J. Cuvillier ils ne partirent que le 22 novembre 1764 pour Cayenne. Le capitaine Duhamel, du Tréport, commandait le vaisseau qui fit la traversée, déclarée très heureuse, en quarantedeux jours, sans maladie aucune,

Mais comme si la mort avait eu regret de n'avoir pas frapper les passagers, elle enleva le capitaine dans son trajet de Cayenne à la Martinique.

Etaient-ils tous partis? N'y a-t-il pas dans notre population des descendants de ces exilés ayant trouvé une nouvelle patrie et une nouvelle demeure familiale ?

Je consulte les noms de ma liste et dès le second je rencontre Firmin Aucoin qui en 178$ se marie à Boulogne et qui devient le père de Mme Haffreingue Aucoin dont l’un des fils a le prénom du grand-père.

Il y a des Sauvé, et M. Ernest Quignon est le descendant des Quignon Sauvé.

Il devait s'en trouvez: d’autres encore, sans doute, mais j'avoue mon ignorance à leur égard et il est sage de temps à autre de dire : je ne sais pas. C’est une assez bonne conclusion et ce sera la mienne,

Ces renseignements précieux ne doivent pas être perdus et c’est pour cette raison que je les consigne dans ces notes de voyages.

LES PHARES MIQUELONNAIS — LE CAPITAINE LORRAINE—NOTES SUR LES ILES—LEUR GOUVERNEMENT—LA BOETTE STATISTIQUE ET COMMERCE

Nous sommes en route.

Langlade est célèbre par ses nombreux naufrages, et le gouverneur des iles M. le comte de Saint Phalle me montra une carte où il avait fait relever le lieu du sinistre et les noms des navires perdus. A peine peut on glisser une:

épingle entre les croix indiquant ce lugubre défilé,

Cette navigation, jadis redoutée, est devenue relativement facile aujourd’hui. Déjà l’île de Saint-Pierre, était éclairée « par le phare de Gälantry.» . (Ses feux, de l’aveu de tous, sont les plus brillants de toutes les côtes de Terreneuve.» Aujourd'hui, Langlade a ses lumières et la sirène qui annonce les brouillards est la plus perfecticnnée, la plus puissante du monde. Elle a coûté 60,000 francs. À la suite du naufrage de la frégate anglaise, la Viobé, l'amirauté d’Angleterre avait demandé au ministère de la marine de construire un phare à cet endroit, s’offrant d’en faire la dépense dans le cas où le gouvernement français ne serait pas disposé à donner suite à cette demande. La France s’empressa de se rendre à cette suggestion. Le comte de Saint Phalle fut chargé de faire exécuter les travaux. Il a attaché son nom à cette grande œuvre humanitaire, Il n’est pas arrivé à ce beau résultat sans rencontrer d'obstacles. On lui faisait la guerre dans certains quartiers ; mais le caractère ferme et froid du gouverneur a su passer outre. Aujourd’hui le phare de la Pointe Platte |—-pourquoi ne l’appelle-t-on pas le phare

de Saint-Phalle ?—complète la magnifique série des lumières du golfe Saint-Laurent.

Les temps ne sont plus où il nous sera donné d'entendre dire à un capitaine de frégate— j'en ai été le témoin à Paris, —lorsqu'il s'est agi de la création d’une ligne de bateaux à vapeur entre Québec et le Hâvre, avec escale à Saint-Pierre et Miquelon :

— “Le golfe Saint-Laurent est l'endroit le plus dangereux du monde. Il n’y a pas de phares, ni d’amarques. La brume le couvre depuis la saint-Sylvestre jusqu’à la saint-Urbain. )

En causant des difficultés qu'il a éprouvées pour la construction du phare de la Pointe Platte, le comte de Saint-Phalle m'a assuré que les travaux et les cartes du commandant Fortin mort sénateur du Canada — lui avaient été de la plus haute utilité Honneur à qui de droit |

Il est assez curieux de constater comment s’est accompli ce travail gigantesque. Chacun se

rappelle avec douleur les malheurs qui assaillirent la compagnie transatlantique française, après la guerre franco-prussienne. Une série de naufrages, d'accidents, d’avaries de mer faillirent compromettre gravement les succès que n'avait cessé de remporter cette puissante entreprise. Vers cette époque une frégate anglaise, la Vzobé, commandée par sir Charles Lorraine — un nom

qui oblige —se trouvait en rade de New York.

rêté par les officiers de la marine américaine, sir Charles Lorraine eût le goût douteux de faire allusion aux malheurs destransatlantiques français. Il s'agissait d’un toast porté à l'American Navy. Il y avait impéritie, disait:l, manque d’études, de surveillance, de discipline chez les Français. Que sais-je encore? Quelques jours après, la AViobé par un temps calme mais brumeux allait se jeter sur Saint-Pierre et Miquelon. L'équipage fût sauvé a grande peine par des Français, et sir Charles passa par un conseil de guerre qui aurait pu lui permettre de réfléchir longuement sur les lacunes qui existent dans les marines du monde.

Dean dinar rene rai mettent mi otetp mine mage e dense bee nn TO

Il est vrai que cet aventure autant que l’énergie du comte de Saint-Phalle, ont puissement contribué à l'érection du phare de la Pointe Platte,

D’après M. Maurice Caperon «la constitution géologique des îles Saint-Pierre et Miquelon n'est pas compliquée. Ces îles sont presque exclusivement formées par des porphyres pétro siliceux, à pâte d’un brun violâtre, ou d’un rouge vineux, dont les fissures sont remplies par des injections de quartz le plus souvent opaque, quelquefois limpide, vitreux, et alors cristallisé»

Toujours d’après la même autorité «en 1874- 75 onatrouvé à Miquelon des minières de terre de Sienne en ocre jaune. En outre il y a trois ans des schistes ardoisiers ont été découverts Sur Langlade. Les ardoises dures sont rouges, violettes et vertes,

» La superficie totale est évaluée à 2 3,500 hectares ; la Grande Miquelon entre pour 1 2,000 et la petite Miquelon pour 9,000 hectares dans cette évaluation : il ne reste à l’île Saint Pierre, qui dans sa plus grande longueur n'a pas plus de sept kilomètres et demi, et ne mesure que sept

kilomètres en largeur, de la Pointe Verte à la pointe de Gallantry, qu’une superficie de 2,500 hectares.» En été, règne sur cet archipel une température égale à celle d’Archangel ; l'hiver ressemble à celui du sud de la Suède.

Saint-Pierre ne saurait être trop connue du Canada, au point de vue historique, géographique et commercial.

Un lieutenant de l'infanterie de marine, M.

Nicolas, —il vient de faire une fort belle campagne au Madagascar —commandait alors la petite garnison de Saint-Pierre. T1 charmait ses loisirs en écrivant ses observations. Réunis plus tard, elles devaient être un des meilleurs chapitres de la France coloniale de Rambaud.

—Ici, disait Nicolas, les pouvoirs publics sont exercés par un commandant qui est dépositaire de l’autorité du gouvernement. Il est chargé de l'exécution des décisions du conser! général et de la commission colontale Il est assisté d’un chef du service judiciaire. Le chef du service administratif de la marine est préposé à l'administration et à la comptabilité des

dépenses des services militaires à la charge de l'Etat,

» Le conseil général.est composé de 12 membres élus, dont 9 pour Saint-Pierre, 1 pour l’île aux Chiens, et 2 pour Miquelon et Langlade. Il est chargé de l'administration des ressources locales. Une commission coloniale est tirée du sein du conseil, pour étudier toutes les questions qui lui sont déférées par la législation en vigueur. :

» Un conseil privé est placé près du commandant pour l’éclairer de ses avis.

» Chaque commune comporte un conseil municipal. À Saint-Pierre, ce corps est divisé en deux sections, dont une pour l'île aux Chiens. Ce corps se compose d’un maire, de 3 adjoints dont un remplit les fonctions d’officier de l’état civil à l’île aux Chiens et de 16 conseillers municipaux.

» À Miquelon il y a un maire, 2 adjoint et 12 conseillers municipaux.

» La colonie n’élit ni sénateur, ni député. Elle envoie un délégué pour la représenter à Paris.

» Il y a une justice de paix à Miquelon et une autre à Saint-Pierre. Il y a aussi un tribunal de première instance et une cour d’appel.

» À Saint-Pierre il y a une chambre de commerce et un tribunal de commerce.

» Le délégué représentant la colonie auprès du conseil supérieur des Colonies est élu pour 3 ans par les citoyens français, âgés de 21 ans, jouissant de leurs droits civils et politiques et residant dans la colonie depuis sx mois au moins, »

Voilà le rouage politique de Saint-Pierre et iquelon tel que me l’expliqua le lieutenant Nicolas.

Chacun de vous a entendu parler du fameux Bait bill, le bill de la Boëtte, que vient de passer la Législature de Terreneuve. Cette île a le prévilège d'ouvrir les deux premiers boëttes, le hareng, puis le capelan. Il n’arrive qu'après sur les côtes de Saint-Pierre. Quant à la troisième boëtte, l’encornet, —le syusd des anglais, —elle se

prend entièrement dans les îles de l'archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Le hareng se pêche ordinairement toute l’année ; le capelan au mois de juin ; l’encornet en juillet.

Voilà pour la boëtte.

Un mot maintenant de statistique. Voici le résumé commercial pour 1884 Ilest fourni par les documents officiels de la colonie.

Valeur des exportations en France, aux colo nies françaises et dans les ‘pays étrangers, 16,639,229 francs.

Importation à Saint-Pierre de marchandises françaises et étrangères, 12,692,425 francs.

Valeur du commerce des îles Saint-Pierre et Miquelon pour l’année 1884, 29,331,654 francs.

Les principaux objets importés de France sont les étoffes, les habillements confectionnés 121,200 francs : les divers tissus de laine 245,- 000 francs : la quincaillerie, la bimbelotterie, le beurre, le lard salé, le vin, 597,764 francs : le cidre, les alcools, 256,356 francs : les liqueurs, 159,335 francs : le sel de pêche, 978,946 francs les ustensiles de pêche, 99,600 francs.

M. Caperon écrivait :

» De petits bateaux, dits Ga/opeurs, faisaient le va-et-vient entre la côte méridionale de Terreneuve, jadis avec de la boëtte. Dorénavent ce commerce étant supprimé, ils ne porteront que du bois de chauffage. Entre notre port et le cap Breton, voyagent également des petites goëlettes de 45 à 60 tonneaux, appelés ici Jocotards. 1ls portent des bestiaux, des légumes frais, des volailles et du gibier. Notre charbon vient de Sydney, Cap Breton. Le Canada nous fournit les farines, les beurres, les fourrages, les bois de construction : Halifax, ses articles de manufacture pour métier et pour ménage. De Bangor, nous arrivent les matériaux à bâtir, la chaux, la brique. Boston et New-York fournissent la poëlerie, l’anthracite, les doris et en général divers objets de première nécessité que le commerce de France ne saurait importer qu’à des prix très onéreux pour la consommation. Des commis voyageurs, munis d’échantillons, visitent nos négociants et obtiennent d’eux des commandes qu’ils font exécuter par les maisons de commission qu’ils représentent.

» Chaque année, deux ou trois navires français importent de Rotterdam un chargement de 2 50 à 300 tonneaux de genièvre en caisses et en barils ; aussi du tabac et des cigares.

» Il nous vient encore du tabac du Canada. »

» Chaque année, un navire anglais vient de Liverpool, au printemps avec un chargement de chaines, d’ancres de toutes dimensions, d’hameçons, de fer en barres, de peinture, d'huile de lin, de caisse de pipes, de ballets, de filets à hareng, de patins, de caisses de verres à vitre, de cloches, de petits canons.

» En 1884, 23,454 tonneaux de «el, ont été importé d'Espagne. Il venait de C: x.

» En 1885 la population des îles Saint-Pierre- Miquelon était de 6377, soit une augmentation de 632 habitants sur le recensement ds 1884.

» Le mouvement maritime en 1885 a été

comme suit :

3475 entrées 3446 sorties ce qui représente un tonnage de 377,275. »

Tous ces chiffres, bien minutieux, peut-être, vous renseigneront mieux que mes phrases sur

le commerce et le mouvement annuel de Saint- Pierre et Miquelon.

Ces données sont puisées aux meilleures sources.

L'AMOUREUSE DE CHATEAUBRIAND—FLEURS ET MUSIQUE — TAMBOUR ET CLAIRON— TORÉADORS BASQUES—VISITE AU CIMITIÈRE--FLANERIES EN VILLE

Saint-Pierre est un rocher couvert de mousses et de lichens. Il est fait pour ceux qui aiment la solitude, l'isolement ; pour ceux qui se sentent portés vers la mélancolie. Chateaubriand y a laissé son cœur. Vous rappelez-vous de cet épisode de la vie de l’illustre breton ? Elle est racontée ainsi dans ses mémoires d’Outre Tombe ?

« —Un matin, à Saint-Pierre-Miquelon, j'étais allé seul au Cap-à-l’Aigle, pour voir se lever le soleil du côté de la France. Je m'’assis au ressaut d’une roche, les pieds pendants sur la vague qui déferlait au bas de la falaise. Une jeune

marinière parut dans les déclivités supérieures du morne ; elle avait les jambes nues, quoiqu'il fit froid, et marchait parmi la rosée. Ses cheveux noirs passaient en touffes sous le mouchoir des Indes, dont sa tête était entortillée ; pardessus ce.mouchoir elle portait un chapeau de roseaux du pays en façon de nef ou de berceau. Un bouquet de bruyères lilas sortait de son corsage. De temps en temps, elle se baissait et cueillait des feuilles d’une plante aromatique qu’on appelle, dans l’île, #%é naturel. D'une main, elle jetait ces feuilles dans un panier qu’elle tenait de l’autre main. Elle m’aperçut : sans être effrayée, elle se vint asseoir à mon côté, posa son panier près d’elle, et se mit, comme moi, les jambes ballantes sur la mer, à regarder le soleil.

» Nous restâmes quelques minutes sans parler : enfin, je fus le plus courageux et je dis : «—Que cueillez-vous là ? La saison des bluets et des atocas est passée.» Elle leva de grands

yeux noirs, timides et fiers, et me répondit : «—Je cueillais du thé.» Elle me présenta son panier, 4(—-Vous portez ce thé à votre père et à

votre mère P» (—Mon père est à la pêche avec Guillaumy.» (—Que faites-vous dans l'ile ? »

« Nous tressons des filets, nous pêchons les étangs, en faisant des trous dans la glace ; le dimanche, nous allons à la messe et aux vêpres, où nous chantons des cantiques. »

»—Votre père va bientôt revenir P» (—Oh !

non ! le capitaine mène le navire à Gènes avec Guillaumy »—« Mais Guillaumy reviendra ? »

«—Oh ! oui, à la saison prochaine, au retour des pêcheurs. Il m’apportera un corset de soie rayée, un jupon de mousseline et un collier noir» —1 Et vous serez parée pour le vent, la montagne et la mer—« Voulez-vous que je vous envoie un corset, un jupon et un collier ? »—« Oh |! non. »

» Elle se leva, prit son panier et se précipita par un sentier rapide, le long d’une sapinière. Elle chantait d’une voix sonore un cantique des missions :

Tout brulant d'une ardeur immortelle C'est vers Dieu que tendent mes désirs,

» Elle faisait envoler sur sa route de beaux oiseaux appelés aigrettes, à cause du panache

de leur tête : elle avait l'air d’être de leur troupe, Arrivée à la mer, elle sauta dans un bateau.

déploya la voile et s’assit au gouvernail : on l’eût prise pour la Fortune ; elle s’éloigna de moi, »

Depuis Chateaubriand a promené son cœur et sa mélancolie un peu partout.

—Son amoureuse du Cap-à-lAigle s'appelait mademoiselle Dupont. Mon père l’a bien connue, me disait Littaye, mon ami.

Les négociants, les hommes d’affaires qui habitent Saint-Pierre ne sont guère portés au sentimentalisme, Leurs mémoires d’'Outre- Tombe s’écrivent dans leurs grands livres. Leur éditeur est l'Océan. Ils y puisent d’intarissables richesses. Ils s'efforcent de corriger ici autant que se peut faire l’aridité de leur rocher, Il n'y a guère d’humbles maisonnettes de pêcheurs où les fenêtres ne soient pas ornées de fleurs.

En faisant un tour de jardin avec le patriarche de l'île, M. Littaye, il m'offrit une rose et des violettes en souvenir de son fils. Son œil se mouilla en me rappelant celui qui n'est plus,

celui qui était destiné dans ses rèves à faire l'orgueuil de sa vieillesse.

Il me lut une étude charmante trouvée dans les papiers de son fils. Elle était signée par Louis Veuillot.

«Un soir, écrivaitl, j'écoutais avec receuilement le bruit de la mer calme, brisant sur sable : je cherchais le sens de ces trois lames, plus fortes que les autres, qui reviennent toujours ensemble à des intervalles réguliers, comme un rhythme marqué dans l'harmonie éternelle.

J'entendis un pêcheur qui chantait aux étoiles, étendu sur le dos dans sa barque. Sans doute, j'avais entendu le chant des pêcheurs de la côte, et celui la peut-être aussi souvent que les autres. Mes oreilles avaient toujours été fermées à la musique comme mon cerveau à la poésie. Je n'avais vû dans les chants du peuple que l’expression des passions grossières, et j'en avais détourné mon attention avec mépris. Ce soir là, comme les autres soirs, je fus d’abord blessé d'entendre cette voix qui couvrait celle des flots et qui troublait mon audition : mais au bout de quelques instants, je

remarquai que le chant du pêcheur suivait ins

tinctivement le rhythme de la mer, et je pensai

que c'était là peut-être un de ces grands et vrais

artistes que la nature elle-même prend soin d’instruire, et qui, pour la plupart, meurent ignorés comme ils ont vécu. J’écoutais donc sans impatience le chant à demi sauvage de cet ïomme, à demi sauvage aussi qui célebrait d’une voix lente et mélancolique les mystères de la nuit et la douceur de la brise. Les vers avaient peu de rime et peu de mesure, les paroles encore moins de sens et de poésie ; mais le charme de sa voix, lhabilité naïve de son rhythme et l’étonnante beauté de sa mélodie, triste, large et monotone comme celle des vagues, me frappèrent si vivement que tout à coup la musique me fut révélée. La musique me semble devoir être la véritable langue poétique de l’homme, indépendante de toute parole et de toute poésie écrite, soumise à une logique particulière et pouvant exprimer des idées de l’ordre le plus élevé «les idées trop vastes pour être bien rendues dans toute autre langue. »

A Saint-Pierre, chaque famille a son jardinet. Il y pousse des fleurs et des légumes superbes. Les choux, les oignons, les carottes, les salsifis, les concombres arrivent bien, mais à force de soins. Ce qui manque à Saint-Pierre, c’est le terreau ; quelques chargements de navires s'y vendraient chaque année avec avantage.

Le couvre feu existe encore à St. Pierre. Un roulement de tambour annonce à dix heures la fermeture des cafés: exception toute fois est faite pour l’hôtel de Joinville. Il a le privilége de recevoir les consommateurs jusqu’à 11 heures.

Clairons et tambours jouent un grand rôle ici. Ils annoncent les enchèr s, les ventes, les objets perdus ou trouvés, les récompenses promises, les décrets municipaux, tout ce qui peut intéresser les habitants.

Ce sont les chroniqueurs de la ville ; aussi quand tambour ou trompette se campent au coin d’une rue, bat un ban, ou fait retentir une sonnerie, chacun de s’empresser. On écoute d’un air grave, puis on reprend la route en dis-

cutant l’annonce pendant que le ban ou la sonnerie va se répétant un peu plus loin.

Qui le croirait? Cette vieille coutume faillit disparaître dans les neiges d’entan, Le général Farre était au ministère de la guerre. Il voulut frapper un grand coup pour laisser trace de son passage : il supprima le tambour. Le clairon de Saint-Pierre eut alors la préséance, et son col. lègue allait être emporté par la nostalgie, quand il y eut un autre changement de ministère.

Hélès, ils sont tous exposés à ces choses ! Le nouveau ministre de la guerre ne voulut pas frapper un moindre Coup que son prédécesseur, I rétablit le tambour. La peau du descendant de l'âne de Buridan a maintenant le haut du pavé, et cette question de préséance est défini. tivement réglée. Tant pis pour la trompette,

Le mouvement de la ville est curieuxà observer. Ce qui frappe le plus, ce sont les conducteurs des attelages. Ici il n'ya que des bœufs, La colonie de mon temps ne possédait qu’un cheval ; il appartenait au boulanger, et celui-ci s’en montrait tout aussi fier que notre ancien

gouverneur M. de Montmagny, l'était du sien.

Les bœufs vont deux par deux, soutenus par d'énormes bâts. Lents, lourds, ils trainent des charrettes aussi lourdes que leur marche. Les piqueurs, tous basques, portent bérets, chemises, pentalons bleus relevés par une ceinture rouge. Ils poussent de temps à autres le cri: Hu! Dia! ‘Les basques tiennent leur longue pique comme un sceptre tout en conservant le pas majestueux de ceux qu’ils mènent, où plutôt soyons francs : de ceux qui les conduisent.

J'emboitai le pas derrière l’un d’eux et j’arrivai à un cimetière. Il se trouve dans le haut de la ville. Il est adossé à un morne. Rien de mélancolique comme ce champ de la mort. L’herbe y pousse, les poules y picorent. La plupart des croix sont brisées où s’affaisent de vétusté. Une tombe est assez remarquable. C'est celle d'un aumonier de la division de la station navale des Antilles, mort en mer, à bord de la Minerve. Elle est entourée d’un treillis en métal Au pied de la croix en fer est placé un calice en cuivre doré. Un peu plus loin est la tome d’un maréchal de logis chef de l'artillerie de marine. Les camarades pour ho-

norer sa mémoire ont sculpté quatre petits canons en bois. Ce sont les seuls, qui défendent le morne. À côté gît un matelot, mort dans le triste abordage du Marquis de Canisay avec la Louise. D'autres tombes ne sont couvertes que de pensées et de marguerittes. Une seule est ombragée à peine par un petit saule, Tout cela est fort touchant, mais tout cela est fort triste,

Le mur d'enceinte est en cailloux ronds empilés.

Saint-Pierre compte deux autres cimetière.

La ville à un excellent acqueduc: elle est éclairée au schiste. Son église est grande : elle contient quatre autels. Celui du milieu est disposé comme la confession de Saint-Pierre : celui du fond est dédié à la Sainte-Vierge, Il y a des bancs comme chez nous ; Un orgue est dans le jubé, ün harmonium derrière le maître-

autel. J'ai entendu la messeici La mer rapproche de Dieu ; j'ai été frappé du récueillement, de la dévotion de tous ces matelots, de tous ces pêcheurs. Au sortir de l’église rien de gai, de pittoresque comme devoir les femmes former

des groupes et causer ensemble. Elles portent,

suivant leur origine, la coiffure des pays basques,

bretons, normands. J'ai vu ce jour là une coiffe

du pays de Caux qui en aurait remontré à ce

légendaire bonnet de coton que Béranger prête

au bon roy d’Yvetot.

Ï1 était un roy d’Yvetot Peu connu dans l’histoire,

, Se levant tard se couchant tôt, Dormant fort bien sans gloire

Et couronné par Jeanneton

D'un simple bonnet de coton Dit-on ?

Mais passons vite.

Au palais de justice un crucifix semble par-

donner à l’article 7. Il contemple avec une

résignation vraiment touchante un buste en

plâtre de la république.

Le collége de Saint-Pierre est dirigé par les . P.P. du Saint-Esprit et du Sacré Cœur de Marie. Son programme comprend l’enseignement pri-

maire élémentaire, l’enseignement primaire su-

périeure, l’enseignement secondaire. La langue

anglaise y est obligatoire : l’allemand est facultatif.

Qui le croira? Le ollége de Saint-Pierre a été autrefois, sous le règne de Napoléon Ier, une des casernes de Bayonne. Les bois furent transportés ici pour construire la première eglise ; puis le sanctuaire servit de dépôt aux disciplinaires, puis au séminaire,

La société de Saint-Pierre est charmante.

Elle se livre peu. Une fois la porte ouverte on est de la famille. Il y a ici une colonie ang'-ise fort agréable, composée d'officiers des deux ‘ompagnies du cable translantique. Ils ont leur chapelle protestante, leur skating rink, leur lawn-tennis. Ils étaient 42 lors de mon dernier passage : leur traitement variait de $800 à $1,500.

L'AGRICULTURE A SAINT-PIERRE-—LA CHASSE—LA CUEILLETTE DES GRAINES —UN MOT DE BOTANIQUE ET DE PÊCHE

Tout voyageur sait qu’à terre les marins aiment les chevaux, les voitures et qu’ils s’improvisent volontiers élèves d'équitation. Dans les garnisons maritimes, les troupes de terre

passent leurs loisirs à canoter, à pêcher. Les

uns,—les soldats, —ne rêvent que Yaéck Club ;

les autres,—les marins,—que ‘“ steeple chase,”

course au clocher. Ilen est ainsi des Saint-

Pierrois. Ils aiment à causer de ce qu’ils n’ont

pas. L'agriculture est un de leur thème favori.

D'autre vont plus loin : ils mettent leurs idées

en pratique. C’est ainsi qu’il y a deux fermes

à Saint-Pierre, et que Langlade en compte

treize.

—( Quelques-unes de ces fermes prospèrent bien, nous assure l'Annuaire. Les céréales ne

sont pas l’objet d’une culture suivie. Les fer-

miers se contentent d'entretenir du bétail sur

des pâturages, plantureux par endroits, notam-

ment aux environs du Grand-Barachois. Les

herbages sont hauts et drus, entremêlés de

boutons d’or et de marguerites, et aussi d’une

fleur de pois sauvages dont les vaches sont très

friandes. Et août, toute cette frondaison aqueuse

est fauchée, séchée, mise en moule et engrangée.

C'est du join pour la nourriture des aüimaux

pendant l'hiver, Comme on le voit, les efforts

des fermiers tendent surtout a engraisser des

bestiaux achetés sur les pays voisins, à des prix inférieurs, pour les revendre ensuite en belle chair. Cette opération assez simple—qui est plutôt du commerce que de l’agriculture, — donne des bénéfices certains.

Le Canada trouverait à Saint-Pierre un marché pour la vente du bétail. Le gouverneur, M. le comte de Saint-Phalle,—il est de la Nièvre, pays d'élevage par excellence, —me disait qu'il était tout étonné du bon marché de nos animaux. Des vaches du Cap-Breton se sont vendues ici 40 et 50 francs. On les fait paître sur les pseudofermes de l’île, pendant l'hiver : ceux qui les ont achetées les revende 250 à 300 frarcs.

«L'eau fraiche est abondante dans les îles : Saint-Pierre est desservi par l’Etarg du Pain de Sucre. Dans certains endroits on prend de la truite. À la Belle-Rivière, on pêche le saumon, et ce poisson se trouve en quantité à Miquelon.

» La chasse est abondante. On peut l'hiver tuer ici beaucoup de lagopèdes,—perdrix blanches du pôle. On tire ici la bécassine, le canard sauvage, le pleuvier, le courlis, les oiseaux de neige et tous les palmipèdes familiers aux mers

du nord,

» En 1881, l'administration a essayé d’acclimater le lapin sur Langlade. Vingt et un couples y ont été lâchés.»

En parlant de la chasse à la moyac, au cacaouite et autres oiseaux de mer, l’annuaire dit : «Cette chasse n’a lieu que pendant l’hiver et par les pêcheurs résidents alors inoccupés. Bravant la neige, les verglas, le poudrin —qui est notre poudrerie du Canada,—ils attendent à l'affût, quelquefois un jour entier. Un chien de Terreneuve, dressé à cet effet, ira chercher dans les flots glacés, si le coup a porté juste ! »

Une autre chasse assez curieuse et toute spéciale au chien de Terreneuve nous est décrite par M. Maurice Caperon. |

« Dans le grand barachois de Langlade, quand la mer decouvre, les loups-marins s’issemblent sur les plages laissées à sec. On les voit par bandes de cent à cent-cinquante paresseusement étendus au soleil sur le sable garni de coquilles et d’écailles de moules ; à la première alerte, le campement est levé avec une célérité qu’on ne saurait égaler. Mal servis par leurs pattes trop

Courtes, ils sautent les uns par dessus les autres. C'est, pendant quelques minutes, une bousculade, un pêle-mêle de dos noùs et de ventres blancs, —le ventre des petits —une hâte effrénée vers la coulée d’eau la plus voisine. Ils plongent avec fracas, et de toute cette troupe affolée un bouillon d’eau atteste seul le passage, Un moment invisible, ils reparaissent À une cinquantaine de mètres plus loin ; mais on ne voit que leurs têtes émerger de la surface de l'eau, un point noir percé d’un petit œil rond. C’est là toute la cible qu'ils présentent à la balle du chasseur. Aussi ne sont ce pas les chasseurs qui puissent prétendre à leurs dépouilles. Ce sont les chiens de Terreneuve, qui profitent de la sieste de ces amphibies sur la plage, pour Courir sus aux retardataires et les étrangler sur place. Le propriétaire de ces molosses, un fermier établi au goulet de Langlade, tire profit de ces loups-marins capturés, dont, l'huile et la peau se vendent un bon prix. »

Quant aux ours blancs entrevus par Château-

briand, et qui « semblent, écrivait-il, avoir accro-

ché leur poil aux arbres, dont ils sont les étranges grimpereaux, » de mémoire de vieillard, il n'en a été vu dans ces îles. Refoulés, avec le morse, vers les solitudes arctiques, ils

vont cacher sous les glaces éternelles du pôle leurs orgies de viandes de phoques et leurs terribles amours.

Il n’y a pas que la chasse qui attire à Langlade: les plaisirs champêtres ont aussi leur tour.

L'annuaire de Saint-Pierre mentionne ainsi la cueillette des graines.

«Vers la fin de juillet, on remarque, tranchant sur l’'éméraude pâle des mousses, des petites baies de couleur écarlate, ou bien d’un bleu foncé, ou encore d’un jaune safran. Ce sont «les pommes des prés, les bluets, les plats de bière. » Quand vient l’époque de la ramasser, la montagne se couvre de bandes joyeuses. Æ//es vont aux graines. On fait une ample provision de ces petits fruits d’un goût fruste qui, plongés dans l’eau bouillante, avec additions de beaucoup de sucre, font d'excellentes confitures que la ménagère precautionneuse gardera pour

l'hiver, A Miquelon, comme à Terreneuve, ces graines tapissent le sol par endroits, en quantité considérable, Il ÿ a, en outre des fraisiers et des framboisiers sauvages, délicieux. »

(Une autre récolte précieuse est celle de la Sarracenea purpurea. C'est un remède efficace Contre les rhumatismes. La faculté de médecine de Paris le fait souvent demander à Saint- Pierre, par l’entremise du ministère de la marine, »

La sarrazine se trouve au Canada, généralement partout où il y a des savanes. Cette plante est l’antithèse du fameux ginseng, décrite si bien par le père Lafiteau. Le ginseng ne pousse que dans les bois francs, surtout dans les terrains où viennent les noyers. M, Saint-Cyr, un savant, aussi modeste que distingué, me disait dernièrement qu’il y en avait beaucoup dans le comté de Bagot, ct dans le comté de Champlain, à Ste-Anne de la Pérade,

En 1866, un pharmacien de la marine, M.

Alphonse Gauthier, écrivait une étude intitulée : (U Quelques mots sur l'histoire naturelle ét la météorologie des îles de Saint-Pierre-Miquelon. »

Dans ce livre, fort rare aujourd’hui, il jette un coup d'œil sur la flore miquelonaise. Elle consiste en algues de toute beauté, en lichens, en champignons, en mousses, en fougères, en graminées, en ériocaulonées—il n'y en a qu’une seule espèce—en juncacées, en smilacées, en iridées, en orchidées—dont trois sont fort remarquables—en conifères, en julioflorées composées.

Né à Dinan, département des côtes du Nord, M. Gauthier a été tour à tour pharmacien universitaire de première classe et pharmacien de la marine, Ilestallé mourir tout jeuneau T'onquin, et sa mort a été vivement ressentie dans le monde savant.

Il a classé ainsi les plantes élémentaires qui acquèrent à Saint Pierre un développement suffisant pour pouvoir servir à la nourriture de l’homme et des animaux.

Elle*comprennent :

— Le maïs, l’avoine, l'orge, le seigle, le froment, l'ail, la ciboule, la ciboulette, le poireau, l'oignon, l’épinard, l’arrache, la betterave, le blé noir, l’oseille, l’artichaut, la chardonnette, la

chicorée, la laitue, la pomme de terre, la

carotte, le cari, le panais, le cerfeuil, le persil, le céleri, le cresson, le choux pommé, le choux rave, le choux fleur, la rave, le radis, le raifort, les pois sucrés, la luzerne, le trêfle, la grosseille rouge et noire.

On fabrique ici de la bière de spruse, qui se vend au commerce et à la marine marchande et militaire. Elle est distribuée en ration aux matelots de la croisière de Terreneuve.

À Saint-Pierre, l'étendue des terrains mis en valeur est de 2,551 hectares. La main-d'œuvre est chère : la pêche avsorbe tous les bras disponibles,

En terminant son intéressante étude sur la culture et les produits de Saint-Pierre et Miquelon. M. Caperon conclut ainsi :

(—Le voisinage du Canada et de l’île du Prince Edouard, contrées de céréales et de fruits anéantit dans son germe toute velléité de

concurrence. Saint-Pierre recevra toujours à meilleur compte des pays voisins plus favorisés, des fourrages qui demanderaient de grands frais

Preire ho atere ss ei

et des labeurs ardus. Ce sol est improductif. Pourquoi le nier ? Mais il est baigné par une mer qui rachète aux centuple l’infécondité terrestre, par une mer qui fournit aux monde entier

ST ae uen

un poisson toujours pêché, jamais épuisé. »

Un journal français admirablement fait—la MNature—disait dernièrement.

— Dans une conférence faite à Londres, le hi | professeur Huxley estime qu’en janvier et février

114) 1886, les morues étaient si abondantes sur les côtes de Norvège qu’elles auraient formé une hauteur de 120 à 160 pieds, consistant en 120 millions de poissons par mille carré. En calculant que chacun d’eux mangeât un seul hareng par jour ils en consommeraient à eux tous 840 millions par semaine. Tous les pêcheurs de la Norvège réunis ne sont jamais parvenus à en prendre 400 millions.

« La totalité des pêcheurs du monde entier ne prennent pas encore 5 pour 100 des poissons auxquels ils font la chasse : morues, maquereaux, harengs, sardines.—En d’autres mots, les richesses en poisson dans l'Océan sont inépui-

sables.»

Les pêcheries canadiennes valent encore mieux que celle de la Norvège.

Quand ferons nous comme la Hollande ?

N'est-ce pas Jules Janin qui disait ?

—Îl n'y a pas de petits services rendus à la cause de humanité. La Hollande à élevé une Statue au matelot qui lui a enseigné à sècher le hareng.

XTI

LE STEAMER 1« SAINT-PIERRE )—LE CAPITAINE ANGROVE — NOPCES ET FESTINS — ENTRE JOURNALISTES—LE COMMANDANT GUIEN-— LE COMTE DE SAINT-PHALLE—HENRI DE LA MOTHE—THÉBERGE « LE SAUVETEUR »—NOS ENFANTS SONT PAR DOUZAINE

Ce premier voyage à Saint-Pierre fut fait sur le Skaftuck. Depuis, j'ai conduit dans l’île, 12 syndicat de la presse de la province de Québec. Nous étions sur le Saint-Pierre. Ce steamer jauge 867 tonnes, mesure 41 mètres de longueur, 7 mètres de largeur. Sa machine est de 70 chevaux, sa vitesse moyenne de 8 nœuds à l'heure. Son permis de mer dit qu’il est ame-

nagé pour 32 Passagers. Sa coque est en bois

FE

avec une étrave blindée réunie à un soufflage en bois dur appliqué sur toute la longueur du navire à la ligne flottaison : construction nécessitée, mentionne le contrat signé par le constructeur, à raison des glaces que le steamer peut rencontrer dans sa traversée entre Halifax et Saint- Pierre.

Il est commandé par un québecquois, ancien capitaine de Satfuck, le capitaine Angrove.

Hiver comme été il fait depuis 36 ans, la navigation périlleuse de Saint-Pierre et Miquelon:

Angrove est un marin expérimenté dans toute la force du terme. L'été dans la brume, l'hiver par la neige il dirige hardiment son navire.

Souvent on l’a cru perdu. Toujours le capitaine: est revenu à son quai au milieu des félicitations de ses amis. Voilà un homme précieux pour une compagnie d’armateurs. Loup de mer plus solide que Angrove se trouve difficilement. Hélas ! que ne puis-je en dire autant de son bateau! Il est aussi instable que le poing d’Angrove est immuable quand il appuie le grappin sur quelqu'un, ou sur quelque chose, A bord du Saint-Pierre chacun peut réfléchir à

loisir sur ces quatre mots latins qui ne peuvent bien se comprendre qu’en mer, mieux encore peut-être sur les bancs de Terreneuve.—« Viscera eructantes cum geMétu. »

Cette seconde fois, comme pour la première, notre voyage hélas ! trop court ne fut qu’une série de fêtes.. Réception au câble transatlantique français, où nous fûmes accueillis par M. Sweeney, remplaçant, depuis la veille, M. Waiter Betts, nommé directeur du télégraphe de Paris à New-York ; déjeuners chez le commandant ; chez M. Caperon : chez M. Certonciny, chef du service maritime : dîner au mess des officiers présidé par le commissaire de la marine, Gleizes ; (1) pic-nic à Robinson ; visite à la sécherie Dupont ; visite au révérend P. Oster, digne prêtre alsacien, remplaçant par intérim Mgr Letourneux, préfet apostolique, en voyage au Canada ; visites chez mon compagnon d'armes du Mexique le lieutenant-colonel de Boulan, trésorier-payeur ; chez M. LeFol, directeur du service adminis-

tratif; chez M. Hébert-Suffrin, procureur de la

(1) M. Gieizes est maintenant au Tonquin. Il est sousintendant militaire de la 10 région et du cercle des Sept Pagodes de la ge région, avec rèsidence à Dap-Caw.

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