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République ; chez M. Venot, juge de première instance ; chez M. Littaye, père, le patriarche de l’île; poignées de mains à toute la ville; diner offert par la Presse canadienne-française ; revue de la compagnie des disciplinaires commandée par deux héros du Tonquin, le capitaine Lecorgne et le lieutenant Paul Berthe, de l'infanterie de marine ; dîner de gala donné au cercle de l’Union, par les citoyens de Saint- Pierre présidés par M. Dupont ; punch offert à l'hôtel de Joinville, par le capitaine au long cours Vincent; souvenirs délicats offerts à la Presse par Madame veuve Cordon et par son fils, voilà à peu près le bilan des soixante heures passées en ces temps là par nous à Saint-Pierre et Miquelon.
De tous côtés nous arrivaient des invitations.
Les deux journaux de la colonie nous sou-
haitèrent la bienvenue.
L'un deux, la Gazette officielle disait :
« Cette visite toute d’amicale courtoisie, tend à affirmer plus énergiquement encore le lien de sympathie patriotique qui existe entre la France
et ces populations du Nord de l'Amérique dont elle à été séparée il y à un siècle et dont notre colonie à l’heureuse fortune d'être la voisine.
» Les journalistes Canadiens ont été reçus chez nous avec une joie discrète, sans manifestations bruyantes, comme des Camarades depuis longtemps attei, lus et auxquels la meilleure place est toujours réservée sous notre toit.
» [ls sont nos hôtes pour quelques heures seulement. Puissent-ils apprécier, malgré la courte durée de ce séjour, l’affection des F rançais pour le pays qu'ils représentent, et à leur retour dire à ses compatriotes combien elle est profondé-
ment vive et fraternelle.»
De son côté L'Zndépendant, organe républicain des îles Saint-Pierre et Miquelon, disait dans Son numéro du 1r août 1887.
CAUX représentants de la Presse Française du Canada.
» Nous avons lieu de considérer comme une bonne fortune de possèder depuis hier parmi nous plusieurs journalistes de la presse française
canadienne,
» Malgré l’aridité de notre rocher, nos aimables touristes trouveront l’accueil le plus cordial et ie plus empressé de la part d’une population essentiellement française, ayant les mêmes origines ét les mêmes affinités de race que leurs ancêtres.
» Par un sentiment de haute convenance, l’Zndépendant, dans sa modique situation, se trouve trop heureux de pouvoir être l'interprète des sympathies séculaires que le Canada a laissées dans les cœurs vraiment français.
» Nous savons, (nous sommes fiers de le constater à chaque instant), que la réciprocité de sentiments existe à notre endroit sur les bords du Saint-Laurent, d’où jamais désormais, quelles que soient les destinées des deux pays, ne disparaîtra le culte voué au nom de la France, la première mère-patrie du Canada.
» Notre colonie a vue avec plaisir se resserrer les liens de cette attraction réciproque par la création d’une ligne de vapeurs directe entre la France et le Canada. La réalisation de ce désidératum de tant d’années vient enfin de s’accomplir et fonctionne déjà dans les meilleures
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conditions, grâce aux efforts persistants de Ja compagnie Bossière, frères, du Hâvre, qui hâtons nous de le dire, a trouvé bon accueil des deux côtés de l'Atlantique.
» Heureux des beaux résultats obtenus, nous avons espoir de récolter notre petite part de ces bienfaits et de devenir le trait d'union naturel des relations amicales de ces deux beaux pays ; ce sera le plus sûr moyen de ne plus être les tributaires de nos chers voisins, et les Américains, qui, n’ont de culte que pour nos dollars sans la : moindre reconnaissance Pour les mains qui les leur prodiguent.
» En présentant à nos aimables hôtes nos com- | pliments de bienvenue, souhaitons qu’ils emportent malgré leur trop court séjour, un agréable souvenir tant de notre Pays que de la bienveil. lante et courtoise hospitalité de notre bonne | population. { |
Lors de mon premier voyage à Saint-Pierre à j'avais été l’hôte du 8ouverneur le capitaine de
frégate Guien, aujourd’hui capitaine de vaisseau. us ; PNEE É | Le capitaine Guien était de taille moyenne,
sec : il doit l’être encore. Sous son apparence de loup de mer il cachait un cœur de sœur de charité. D'ailleurs tous les matelots—les vrais —sont coulés dans ce moule.
Te le revois encore les deux pieds sur le
it de sa grille.
Nous étions dans le grand salon de l'hôtel du gouvernement. Pendant que ses invités étaient au billard, le commandant me causait des primes de pêche, de la boëtte, de ses administrés, de ses campagnes lointaines. En regardant ce marin tissonner son feu on‘voyait qu’il regrettait la mer, la mer avec ses sombres tristesses, la mer avec ses âpres joies.
Tout autre je trouvai son successeur le comte de Saint-Phalle. De haute taille, type du général de cavalerie, d’un abord froid, il savait au bout de quelques minutes de causerie, faire vibrer son interlocuteur. Il aimait surtout à causer d’elevage, d'agriculture, de vignobles ; il avait aussi un faible pour la chasse,les fourrures — il avait en de fort belles, ---et au milieu de ses administrés il demeurait malgré son aménité le modèle dela discipline,le type de l’homme énergique.
À ce gentilhomme, avait succédé—lors de mon troisième voyage, un ami personnel, M.
Henri de Lamothe, ancien callaborateir du Temps.
Esprit vif, profond observateur, caractère juste, délicat, véritable encyclopédie, c est un patriote dans le fond du cœur et un écrivain remarquable Il a signé plusieurs volumes intéressants, entrautres : Cing mois chez Les Français d'Amérique, ”
M. de la Mothe est un grand voyageur et un grandrcauseur devant l'Eternel. Il a parcouru presque tout l'univers, soit comme touriste, soit comme correspondant de guerre des grands journaux parisiens, Il a fait les campagnes de France, de Russie, de Turquie, du Monténégro, d'Egypte, de Serbie, de Bulgarie. (C’est un soldat doublé d’un lettré et d’un jurisconsulte,
Nous fûmes accueillis comme des frères par lui et par le président de la cour d'appel, M. Maurice Capron un des plus charmants esprits
‘se puisse rencontrer. Ecrivain très fin, très observateur, brillant styliste, M. Capron va
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nous donner bientôt sur la colonie française de Saint-Pierre un livre qui aura du succès.
Voulez-vous connaître son genre? Je vais vous en donner une idée,
« La ferme Théberge, sur Langlade, n’a rien de particulier au point de vue agricole. On y cultive le naufrage. Je m'explique. Vous n'êtes pas sans avoir entendu parlé d'Aimé Théberge, qu'on pourrait surnommé le Monk des navires échoués. Je lui demandais un jour combien de navires il avait relevé.
— Vingt-trois, me répondit-il, avec cette mine d'Ajax qu’il a en toute chose, et monologuant plutôt que s'adressant à moi, Théberge ajouta :
— Quels soins ! quels succès! Et le Dowro !
Et l’Aîmée Beil ! Et la Æenriette ! Et le Sébastopol ! Où seraient-ils sans moi? Ah ! ils me doivent une fière chandelle, un cierge qui vaudrait tous ceux que la bonne femme a fait brûler à mon intention....Tenez, pour les navires Z7enrielle et Aimée Bell, dont je vous parlais tout à l'heure, le croiriez-vous ? Eh bien ! Je les ai fait passer par la dune—de l’ouest à l’est avez mâtures, ancres, chaines, apparaux et tout. Un
travail de Breton! Un navire voyageant sur la terre ferme, Ça ne se voit pas tous les jours ; 990 mêtres à franchir... .huit bœufs qui trainaient, Quel charroi! Pour l’Æenriette, j'ai peut-être triché un peu, mais c'était malin de ma part. Ecoutez un peu. Nous étions en février, le petit février comme ils disent ici. Il pique dur ce vingt-huit jours ! Alors qu'ai-je fait? J'ai pratiqué le système employé par l'anglais Erskine du Skating Rink. Mes hommes et moi, tous les soirs, nous creusions un chenal d’une certaine longueur que nous remplissions d’eau.
L'eau gelait pendant la nuit, et le matin sur ce rail improvisé, le navire se hâlait, absolument comme on tire un lit sur ses coulissaux. Les bœufs étaient enchan:és, nous aussi, Tout marchait à souhait quand le propriétaire du navires nous dit :
— Croyez-vous que je vais passer le carnaval ici? C'est trop triste ! Je veux le passer à Venise. ..Venise c'était Saint-Pierre.
Il fut trois jours.... Trois jours de trop !
Quand il revint, dégel complet. L’Æenriette était enfoncée dans le sible ! Tableau ! Il nous
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fallut à l’aide de coins soulever le navire. Heureusement le temps s'étant mis à la gelée, nous continuâmes notre système de glissades. Au bout de 17 jours de travail, l'Æenrietie se promenait dans la baie.. Oh! dame c'était une belle goëtiette.
Ici, Théberge eut un geste large, comme si tous ces heureux souvenirs qui affluaient simuitanément à sa mémoire et qui le reportaient à vingt ans en arrière, lui mesura: nt le champ dévolu désormais à son activité. Il reprit avec un grand souffle :
— Voyez-vous relever des navires, c’est ma vie, c’est ma santé ! Une bonne chaloupe comme moi ne doit pas se reposer. Je ne me porte bien qu'à Langlade. Là, il me semble que tout l'air de la mer m'entre dans la poitrine. Je me sens d’une force, d’une vigueur à soulever des inontagnes, à prendre un navire à la côte dans le creux de la main, <‘ à le transporter au haut des clochers de Saint-'ierre.
En parlant ainsi Théberge était d’une beauté
surhumaine.
| Théberge est considéré comme un oracle en !
matière de sauvetage, Quand il y à un sinistre | à la côte, il faut savoir comment les choses se passent, Le bâtiment en danger a d’abord |
autour de lui un tas de médecins consultants,
les premiers arrivés, qui émettent sur son compte | des opinions assez contradictoires. | —On le relevera...on ne le relevera pas. | Où est Théberge? Que pense Théberge ? | Attendons Théberge.
Le voilà Théberge ! Il apparait comme une | célébrité médicale au chevet d’un mourant. I] | ausculte le navire généralement assez mal fichée, | l’examine dans toutes ses jointures pour s’assu- { rer s’il n’est pas perforé, lui tâte le pouls pour | savoir quel est son tirant d’eau, en fait le tour | pour se rendre compte s’il n’est pas ankylosé | irrémédiablement, puis cet examen terminé il prononce la diagnostic suivant : | |
-— Ce n’est rien encore pour cette fois : je le
Théberge a parlé... . Tout le monde s'incline. On va quérir les bœufs à la ferme, des bœuts
forts comme des éléphants qui n’obéissent qu’à
[| guérirai avec des amarres et mes bœufs.
Théberge. Le renflouement commence. Les bœufs hâlent, les amarres se tendent, le navire échoué a des craquements inquiétants.
Théberge n’a qu'une peur, c’est que les amarres cassent.
— Si elles tiennent bon, s’écrient-il, enfants le navire est à nous !
Et telle est la confiance de Théberge dans le résultat final qu’il électrise tout son monde,
—Hardi à ! garçons, raidissez ! soulagez par ici ! soucquez dur ! encore un coup, hip !
Il est partout à la fois. On voit 36 Théberge dans le navire, sur la plage, dans la mer, au guindeau, près des bœufs.
C’est à n’en pas croire ses yeux.
Aussi quelle satisfaction, quelle récompense n'obtient-il pas quand l'opération a réussi au gré de ses désirs ? Rappelez-vous ce qui s’est passé pour le Douro, Après des peines infinies ce navire avait été remis à flot. Survint une saute de vent qui rejeta le navire à la côte. Tout était à refaire : Théberge se remit résolument à l'œuvre. Il avait contre lui tous les ingénieurs
de la localité, y compris même ceux des Ponts et
Chaussées : Théberge ne désespera pas. Il avait fourré dans sa tête qu'il releverait le Douro. Il ne voulait pas en avoir le démenti. Le ciel témoin de tant d'efforts, se mit du côté de Théberge. Le vent au lieu de souffler du Nord- Ouest, souffla du Sud-Est.
—Hissez ! cria Théberge, et les voiles mises en place, voilà le Dowro qui évolue au gouvernail et s'éloigne de cette côte de Langlade où son sépulcre était déjà moulé. Quelle entrée triomphale en rade de Saint-Pierre quand le navire sauveté doubla la pointe du Cap à l’Aïgle. Non, jamais proconsul Romain chargé des dépouilles opimes ayant à son char attellées des jeunes esclaves Syriennes, n’a eu un air plus vainqueur que Théberge conduisant au port de ces concitoyens le Douro % valant trente mille piastres comme un sou” disait-il avec un rire qui découvrait une rangée d’incisives fines et blanches, comme les dents aiguisées d’un jeune loup,
Mais faisons trève à ces récits de la mer L'heure est venue de nous séparer.
J'ai tenu, ami lecteur, à vous faire part de ce que j'ai appris dans ces nouveaux voyages. J'ai tenu surtout à vous dire comment nous avons été reçus chaque fois que nous y sommes allés, pär ceux qui forment la petite France du golfe Saint-Laurent,
Si vous interrogez mes excellents compagnons de voyage, M. Joseph-Edmond Roy, ancien rédacteur du Quotidien, M. Jules Tessier, député de Portneuf, M. Paul de Cazes, officier de l’Instruction Publique, et bien d’autres encore, il vous en conteront long sur le chapitre des choses agréables entendues,de l’hospitalité reçue. Le premier a déjà donné à Lévis deux charmantes conférences sur Saint-Pierre et Miquelon, sur la côte française de Terreneuve, les pêcheries, le grand banc, le conflit anglo-français. Le second m'a lu des pages inédites et ravissantes sur les îles françaises ; le troisième qui a beaucoup promis se contente de me lire.
Il s'est laissé distraire par les railliers de paperasses qui l’attendent à l’Instruction Publique,
bon an, mal an, depuis le 1° janvier, jusqu’au
31 décembre.
Un jour, jen suis certain sa plume exercée viendra, elle aussi, dire son mot sur les bonnes gens de Saint-Pierre qui, comme nous, croissent et multiplient lentement, mais sûrement.
Là bas sur leurs îlots désolés, basques, acadiens, bretons, normands, mettent en pratique, tout comme leurs pères du Canada et des provinces maritimes, le refrain de la vieille chanson normande, qui a tant fait refléchir ceux qui le comprennent bien :—
Nos enfants sont par douzaine Par cent nos petits enfants.
C’est qu’elle est bonne la graine Qui fait pousser les Normands,
Au moment de terminer ce récit de voyage, je reçois de France la curieuse pièce suivante sur l’histoire de Saint-Pierre Miquelon.
L’original est signé par Louis XVI. J'enai fait hommage à l’Université Laval.
DE PAR LE Roy.
Sa Majesté considérant que les Isles Saint- Pierré et Miquelon ne peuvent être regardées que comme propres à servir d’abris aux pêcheurs français et voulant les réduire à l’état de simples pêcheries, Elle a jugé qu’il n’était nécessaire d’y entretenir ni gouverneur, ni ordonnateur, et que le service, tant militaire que civil, pouvait être
utilement rempli à l’île Saint-Pierre, chef lieu,
par l'officier commandant la compagnie d’infanterie de soixante hommes qui y sera seulement entretenue pour la police en même temps que les mêmes fonctions seront sous ses ordres, remplies à l’Isle de Miquelon par le second officier de la même compagnie. Veut en conséquence Sa Majesté, qu'’aussitôt après l’enrédistrement du présent ordre au contrôle des dites Isles, le Sieur Baron de l’Espérance, Gouverneur d’icelles et le Sieur Malherbe ordonnateur cessent leurs fonctions respectives et qu'ils les remettent à l'officier commandant la compagnie d'infanterie sous les ordres duquel les écrivains principaux et ordinaires employés aux dites Isles, continueront de faire le service qui leur est propre et particulièrement celui relatif aux revues et à la discipline de la dite compagnie d'infanterie, se reservant, Sa Majesté, de donner aux dits Sieurs Baron de l’Espérance et Mal.
herbe après leur retour en France des marques de la satisfaction qu’elle a de leurs services, ct sera le présent enrégistré au contrôle des dites Isles sur l’ordre particulier du dit Sieur Baron
de lEsperance lequel mettra immédiatement
me
l'officier commandant la compagnie d’infanterie en possession du commandement de la colonie, Fait à Versaille le 13 mars 1780.
Louis DE CASTRIES.
Enrégistré au contrôle de la Marine, en vertu de l’ordre de M. le Baron de l’Esperance, Gouverneur des Isles Saint-Pierre et Miquelon, en date du 15 juin 1789, par nous contrôleurs des colonies, aux dites Isles à Saint Pierre Miquelon le 16 juin 1780.
PIÈCHE DE LOUBIÈRE.
PR
En route—Saint-Jean—Le Nouvoau-Brunswick—Une traversée—Le fort Latour—Une horreur...
IT
La baie de Fundy—Lescarbot—L’ordre du Bon-temps —Annapolis et Port Royal... CRT IT ONE
Les Abboiteaux—Le grand dérangement raconté par un
anglais—Sa véritable cause. ss ‘
Les suites et les précédents du grand dérangement
— Une lettre et un placet......,.........sss