‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 18 sur 105 · DS UE · texte numérisé non relu

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tion. Ils-connaissent le thé, le café, la farine, le sucre et le brandy. Mais l’on oublie que, au milieu de celle abondance de superfluités, l’Indien constaté journellement d’un air désolé que son pays se dépeuple toujours davantage des animaux qui formaient sa subsistance, et qu’il mourrait de faim s’il n’était nourri par les Blancs qui les tiennent en tutelle. Vainement lPAméricain crie aux Peaux-Rouges : « Imitez-nous, cultivez la terre. "Elle séulé vous sauveral » La vie sédentaire étie travail

des mains sont deux opprobres que ne supporteront jamais ces hommes foncièrement nomades. Ils ne seront jamais que les Bohémiens de l'Amérique civilisée. Les avantages que la civilisation leur a procurés ne sauraient compenser à leurs yeux la perte de leur liberté, lexproprialion du sol qui les vit naître, la concentration forcée sur un pelit nombre de points déterminés, la nécessité absolue, sous peine de perdre la vie, de ne point s'éloigner de ces réserves, la honte de ne pouvoir plus se suffire à eux-mêmes, l'héritage de maladies incurables et d’épidémies qui leur étaient inconnues, lavilissement ct enfin l'extinction lente mais sûre et irrémédiable de leur race.

Pour bien juger la question indienne, il faut donc se mettre à la place des vaincus. I est facile de dire :.

« Nous sommes la grande majorité, nous avons le droit de nous fixer et de demeurer sur toute terre dépouvue d'habitants ou dont l'immense superficie est en disproportion avec leur petit nombre. » Personne ne le nie, et les malheureux Peaux-Rouges moins que qui que ce soit. La manière dont ils accueillirent les Européens l'a bien prouvé. Mais notre droit n’empèchera pas quenvus : ‘ne soyons pour cette race des.instruments de ruine, et qu’il est de toute justice d'empêcher leur extinction et.

de Ja prévenir par tous les moyens en notre pouvoir,

enassurant à ces hommes, nos frères, des moyens d’existence, des garanties de conservation ct de peuplement . pour l'avenir, et surtout l'usage de leur liberté. Malgré les imperfections que j'ai constatées dans notre système colonial au Canada et dans la Louisiane, les Anglais qui nous ont succédé dans le premier de ces deux pays, ont été bien heureux d’hériter de nos erre= . ments vis-à-vis de la race peau-rouge. S'ils ont aussi complètement réussi parmi les tribus du Nord-Ouest, c’est que, abandonnant la tactique que les Puritains avaient adoptée dans la Nouvelle-Angleterre, et celle que suivent encore les Américains dans l'Ouest, ils ont imité la délicatesse des sentiments, le respect des cou- ” tumes, les ménagements des susceptibilités populaires qui avaient présidé à nos rapports avec ces mêmes Indiens. Ils n’ont jamais porté atleinte à leur liberté. Les Anglais ont même tellement su se mettre à notre | place dans le nord-ouest du Canada, qu’ils y ont pris jusqu'à notre nom. Ils se sont mis en quelque sorte dans notre peau pour se gagner les esprits, et ils y ont parfaitement réussi.

Jamais découvertes etconquètes nefurent à la fois plus glorieuses et plus pacifiques que les nôtres. N’eussent été les entraves que nous’suscitèrent les Anglais, pas. une. goutte de sang indien n’eût été répandue par nous, en Amérique. Elles furent entreprises et conduites par des chrétiens et par -des prêtres français. Avant de connaître leau-de-feu et les balles homicides, les Peaux-Rouges apprécièrent la douceur et les vertus de nos missionnaires, la courtoisie et les belles manières d’une noblesse pauvre et aventurière, il est vrai, mais vaillande, et péchant plus par excès de galanterie et de

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