‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 21 sur 105 · ET · texte numérisé non relu

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Enfin les nombreux élangs que nous rencontrons tout le long de Ja roule fourmnillent de musquarh ou rats musqués, dont les gros nids s'élèvent du milieu des roseaux. : ‘

Nous traversâmes ensuite plusieurs villages allemands catholiques, desservis par des bénédictins. Ces “bons Germains uñ.peu lourds, mais sensibles et doués de bon sens, ne s’expatricnt qu’en tratnant la patrie avec eux, comme un escargot sa coquille. Ils Viennent s'implanter en Amérique par villages “entiers, burgmaster et curé en tète. De:la sorte l'exil est à peine sensible pour le cœur. En deux ou trois ans de labeur, ces villages. deviennent prospères et présentenf un aspect florissant. L

A Cold-Spring (Source fraiche) nous primes notre repas däns une misérable cahute en planches, tapissée de vieux journaux illustrés. À travers les fissures de cette pauvre demeuré, le froid et la pluie entraient librement." Autour d'elle, la plaine immense et verte s’étendait solitaire et sans un seul arbre. Dans une cour formée par de misérables palissades, un volier.d’orioles

brun (Oriolus phœniceus). Les Mexicains les appellent Commendatores, au dire de Richardson. C’est une” pitié de voir ces splendides loriots chercher leur vié dans le fumier, Combiea souvent les extrêmes se todchent dans Ja nâturel É FE Les prairies roulantes sont accidentées et formées ‘une succession de coteaux qui, vus. d’une éminence, résentent à l’œil comme une multitude de vagues de erdure. On dirait. un fond de mer que les fluctuations es eâux auraient strié et ondulé"

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dorés picorait entre les pieds des chevaux. Ce sont'de, 4 u n le. a beaux oiseaux au plumage d’or avec les ailes rayées de

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Pendant l'hiver, ce pays doit être épouvantahle par son immensité el sa complète pénurie d'arbres. Aux

premiers jours du printemps, «lors que, diapré des ilons de Flore, il se lrémousse sous les chauds-rayons

dn soleil. il est trois fois beau. La prairie est alors ün— riche tapis de verdure, onduleuse comme une écharpe, veloutée comme de la moquette, égayée de mille coul&urs el mirant dans les conques d'argent de myriades d'étangs la Lendre végétation qui les borde; ‘car au bord de l’eau seulement on voil parfois un peu de bois.

Le Toul-luissant semble avoir voulu se jouer en reproduisant dans les prairies les grands spectacles de la mer. Vertes comine elle, fluctuantes comme elle, leurs grandes houles élèvent tout à coup leurs horizôns, semblables à une marée qui monte; puis tout à coup elles s’affaissent, en décéuvrant un chapelet de lacs, qui ressemblent À ces mares que le reflux abandonne dans le sable des plages en se retiran. Ailleurs c’est une mer courroucée dont les lames moutonnent, chevauchant les unes sur les autres, pressées, éperdues, comme un troupeau qui fuit devant le loup. Cent mamelons se succèdent au près ct äu loin, couronnés des blancs panaches des amélanchiers et des prunelliers en fleur qui imitent Pécume des flots.

Depuis que nous avons quilté le Missi-Sipiy, nous sommes entrés en plein déserl. Tout au plus si l'en rencontre une cabane, aux heures des repas, qui sont celles des relais d& poste. Si nous avions à traverser en.

aravane, les 123 lieues qui séparent Saint-Poi de. Gcorgéstfvwn, nous y cmploierions près d’un mois. Grâceà la Compagnie Burbank, nous franchissons cet océan de verdure en cinq jours.

Avant de quitter les prairies roulantes, je voulus les

ou

contempler pendant la nuit. Je laissai donc égarer mes ‘pas à l'aventure au milieu des ténèbres, pour en savourer la sauvage poésie. C’élait à ‘Sauk-Center, cabane unique, perdue dans le désert. Des vapeurs amüncelées dans les bas-fonds transformaient chaque repli du terrain en. un jac magique, dont le niveau. éprouvait

des-mouvements de hausse et de baisse. Ces ondes fantastiques, spectres aériens, s'éloignaient au fur et à ‘mesure que je les poursuivais, pour se reformer un peu

plus loin. La lune, voilée d’une gaze satinée, comme une décsse, promenail jentement sa face radieuse dans ‘ Péther silencieux. Les étoiles rasaient l'horizon, "d’où elles surgissaien{," grossies par les vapeurs et étincelantes comme des escarboucles. Toute lx prairie semblait avoir pris vie ct mouvement avec l’obscurité. Elle retentissait sur tous-les ons des bruissemenis et des cris de mille ‘êtres invisibles et insaisissables, parmi lesquels, pareils au son argentin de peliles clo-

chettes ou aux notes cristallines d’un harmonica, ré

sonnaicnt de mélancoliques : « Pi! pou! pit pou! » Ce sont les cris, j'allais dire les chants; des crapauds d’Amérique. Ces charmants bairaciens coa$sent ici comme certains 6iseaux chantent ailleurs; tandis-que, de l'étang voisin, répondaient les mugissements de la, gre- -nouille géante (rana mugiens), semblables awx- sons d'une trompette funèbre. n Nous passämes la nuit du 16 mai dans une méchante baraque appelée Chippeway, où nous trouvämes des gens à mine si rude, si sinistre, que nous nous demändions si nous ne ferions pas mieux de continuer notre route. :. | | Le lendemaià, nous déjeunèmes à Pomme-de-Terre. Quel jolf nom pour une future ville, n'est-ce pas? Pour-

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quoi faut-il qu’elle wait ra sorlir de terre et qu’elle ait avorté avant malurité? Vous figurez-vous un des. princes de l’industrie américaine visitant Paris, quelque beau jour, en se glorifiant du titre d” Ionorable General Jonathan Simpleion of Pomme-de-Terrel!

Nous trouvämes dans ce petit coin rustique de braves Irlandais catholiques qui voulurent absolument nous régaler gratuitement d’un repàs bœuf. Sur nos assiettes, larges comme des plats à barbe, nous nous vimes servir simultanément et non sans une secrèle horreur, de

. neuf mets différents de goùt et d'aspect.‘ y avait là,

amoncelés comme une vraie tour Malakof}, du porc rôti

___et-dela-mélasse-du-beurre frais ét dé fa choucroute, du

veau et de la sauce au gingembre, du jambon et de Voseille, des pommes de terre houillies el de la confiture d’attocats. Nous eûmes trois breuvages : du lait froid, du thé sans sucre et du café sucré.

Dans quel but, me direz-vous, les Yankees mangentils si mal, alors même qu’ils ont d’aussi bonnes choses? Évidemment pour ne pas perdre de iemps, conformé- | ment à leur fameux adage : Time is money. Le temps vaut de l'argent. :

L'Américain tient aussi peu à demeurer à table.que nous aimons à nous y prélasser. 11 dévore ses repas à la manière des rapaces, afin de-pouvoir substituer sur la table, le plus promptement possible, la portion infé-" rieure de son individu chaussée d'énormes bottes. La

“sobriété est une vertu incontestable. Cependant je me

demande comment on doit la caractériser quand elle ruine la santé en débilitant l'estomac. Ces bonnes gens ont tous le teint blême et une figüre de papier mâché. Ils sont presque tous atteints de dyspepsie et d’ 'anémie. Quand on leur demande pourquoi ils font un tel gachi

dans leur assiette chargée : à pleins bords, ils répondent

“enriant que cet amalgame s ‘opérant dans leur estomac, ‘ ils ne voient aucune espèce de raison pour ne le point, préparer au préalable. C’est. du temps d’économisé. Eh bien! dois-je l'avouer? je n’aurais jamais cru quel’exemple pt être aussi contagieux. Pendant vingt ans jai imité les Américains et, quand l’occasion s’en présente, je tombe dans la récidive même en France. Seulement j'y mets le temps nécessaire.

Le déploiement de luxe gastronomique dont nous jouimes à Pomme-de-Terre se retrouve dans toutes les fermes du Far-west. La table d’un cullivateur aisé est

toujours abondamment servie, et prouve que, pour être séquestré de la civilisation.et réduit à mener une vie d’anachorète dans le désert, le paysan américain * n’en est pas plus malheureux. Il est hors de doute que l’irlandais nouvellement arrivé dans cette seconde patrie et qui a fait les dents longues chez son landlord, - dans la verte Erin, ne doit pas être fâché de n’en être plus réduit au régime de fresh water and co/d patatoes - que nous présente l’historien protestant Cobbett comme le menu de tout tenancier de tant de vertueux Anglais. Ici, du moins, Patrick est propriétaire et-seigneur, de par Dieu. Il se suffit à lui-même tout en défrichant et

en cultivant à l’aide des machines puissantes dont le .

génie américain a doté le monde, les plus vastes propriétés qui se puissent voir et qu'il n’a point eu )esoin d'acheter. «- Si l’état de sa bourse ne lui permet point encore . d'agir en maitre, et s’il se voit obligé pour un temps ‘ . de prendre du service transitoirement chez des cultivateurs plus fortunés que lui, Pat y est traité avec honaeur et sur le pied d'égalité avec son patron, à la table

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duquel il boit et mange des mêmes mels, se servant des mêmes appartements, et dignement appelé sir ou mamzelle, selon son sexe.

J'ai eu l'avantage d'avoir des parents établis ‘en Amérique. Ils m'ont affirmé que les servantes américaines y sont si cxigeantes, que lon ne peut rien enobtenir si l’on ne met, une, fois par semaine, le salon de famille à la disposition de ces jeunes misses alin qu ’eHes puissent y recevoir celui qu’elles nomment tendrement leur cœur doux, their sweet heart!

Ce niveau égalitaire est poussé ici à un tel point, que le titre de sir, qui équivaut à nolre monsieur, bien qu’ il signifie sire ou sieur, est iudistinctement donné aux serviteurs comme aux plus grands personnages. Les

évêques mêmes ne portent pas d'autre titré que ‘celui

de docteur ou de sir bishop, où plus communément encore bishop tout court, comme l’on dit colonel, capitaine. Mais ce qui est plus fart, c’est que ce mème litre,

sir, les Yankees appliquent aussi aux chevaux et aux”

chiens. Du matin au soir, notre conducteur de sfage ne cessait de dire à ses hèles, de la voix caline d'un muletier castillan el sans plus d’invectives à la bouche :

— Go on, sir, go on, sir Arthur! sir Georges! sir John! Marchez donc, monsieur, avancez, monsieur Arthur, monsieur George, monsieur Jean!

Cette humanité pour les bêtes me plait. Mais n’y at-il pas dans cette gentillesse de procédés quelquechose qui excite l'hilarité? Et ne voyez-Vous pas jusqu'où ces bons républicains poussent la dévotion pour lun de nos grands, grands principes de 89 : l'égalité devant la loi? Naturellement, les chevaux y trouvent leur compile. Mais je ne vois pas trop ce en quoi l'humain bipède y profite.

LES MRALRIES DE LA MINNESOTA. til

à ‘Les prairies plates, dernière porlion de notre route, ‘*; nous offrirent une grande diversité de vic animale. Un Nemrod européen les cùt lraversées avec enivrement. Canards, grucs, grèbes, ‘coqs de bruyères, poules de prairies, bécasses, courlis, vanneaux, tourterelles sillonnaïent les nues de léurs voliers disposés en V, parcouraient l'herbe tendre, dansaient en rond sur Îes buttes comme des poulpiquets sur un cromlea’ch, grattaient le sable des élangs, se sauvaient sous le cou- vert des amélanchiers et des éléagnus, ou bien fuy aient à tire d’ailes à notre approche. Tantôt un vol de tourtes roucoulantes frissonnait dans l'air, tantôt une bande de chevaliers , sans s reproche mäis non sans peur, rasait notre voilure avec la rapidité de la flèche en jetant au vent leurs triolets aigus. Bä-bas-sur un étang, se plai-. guaïl la poule d’eau ou hululait le butor- Là-haut dans la nue, qu’il escaladait par une succession de spirales, l’engoulevent s’apprétait à se précipiter pour recommencer encore le mème manège.

Les entrailles de la terre répondaient à cette fête de l'air. Les chiens de prairie (Cynomys murinus) répandus | en vedettes sur les bulles de leurs villages nous étu- |

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