‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 47 sur 105 · LE, LAG WINIPEG ET L£ FLEUVE BOURBON · texte numérisé non relu

LE, LAG WINIPEG ET L£ FLEUVE BOURBON

— La vieille Gibotte? Cela m'intrigue. Est- ce une

fée où uné &ainte? à — Cest une yiëille sorcière de chavagesse qu’on appelle Wissakoutchask en saulteux, . bancale, bossue et toute croche. All était si mauvaise Que les chavages la poignèrent et la roulèrent dans des ordures. Toute - fochée, all” vint se débarbouiller dans le lac qu'elle troubla. Depuis ce temps-là, a’ chârche qu’à faire du mal, à moins qu'on ne lui fasse qu’que petit présent.

— Ce sont donc des présents que l’on fait à Giboite, ces guenilles que j'ai vu jeter à l'eau. Elle n’est pas difficile, votre vieille. 5

— Oui, Père, c'est pour en optinir du vent. C'est ca

*qu'i disent, les chavages; mais, moë, je les crés pas, bonté! | | .

En dépit des appelé réitérés des Métis superstitieux vers cette autre fée Carabosse, jelle ne daigna point les exaucer, et nous dûmes naviguer d’ile en île, abordant ‘ à l'une d’elles toutes les deux heures pour laisser reposer les rameurs et fumer une pipe. Ces relais nous procurèrent une abondante récolte d'œufs de toutes nuances et de tous dessins. Les chaudières des barques en furent remplies. vi

Au coucher du soleil, le lac devint ravissan!. Ses

” rivages lointains, réfléchis par la première couche dense de l'air, y reproduisirent à rebours toutes leurs sinuosités et leurs éminences Semblables à des scories ‘enflammées, surnageant au milieu de- laves en ébullition, apparaissaient-les îlots sanglants, les-écares jaunes. Puis, le soleil disparu, ce- paysage demeura plongé

dans üne clarté blanchâtre, parce’‘qu’il ne s'était pas - produit-de-ces-énifätions Vapuieuses qui reçoivent et “retiennent Ja livrée dorée de l'étoile ätrjaur, .

Pr A,

— Aokl ao! fais chauyiërel (chaudière), crie la même voix hurlante à laquelle nous sommes déè accouluimés.

Nous accostons tous à un ilot de granit et Dlantons nos tentes au milieu des sapins.

Je laisse aux délicats et aux sybariles la responsabilité des lamentations que l'on à faites sur ce mode'de voyage. Loin dé m'en plaindre, je n’en connais aucun qui ait plus de charmes ct plus de poésie, qui procüre

-phus de plaisir, pour peu qu'on soit amoureux de la

nature et ami de la sauvagerie. Sur ma tête, les arbres se penchent myslérieusement en, murmurant comme

des secrets d'amour. Plus haut, la lumière polaire étend

ses courlines de gaze diaphane à travers lesquélles se poursuivent une. armée de farfadets. Sous “moi, je presse une couche de mousse ou d’herbe moelleuse sur laquelle je vais faire des rêves d'or. À mes pieds, contre le roc qui est mon bois de lit, vainement le flot se brise, vainement il m'éclabousse, symbole des tymultes de‘la société qui ne peuvent plus m ‘atteindre ni me troubler. Tout autour de moi, Dieu me devient sensible .et tangible. la grandeur de.ses œuvres me périètre el je n'ai qu’à m'abandonner à leur contempla-

tion pour voir mon esprit s’envoler vers Lui en une

prière muette, pleine degioie, de reconnaissance et d'amour. . b Si avec cela vois êtés muni d une moüstiquaire, du

* fond de laquelle vous puissiez fairéla nique aÿx milliers

de maringouins qui lutinent autoür de vous, en cherchant à y pénétrer’ r,'je vous assûre que ces heures de bivouac sont les plüs délicieuses que vous puissiez

jamais goûter. : ‘ :

Mais, exposé aux res des maringouins, adieu la

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poésie, ( et la prière, et Les MurMures ; de ja nuit, ë les coruscations du firmament. Vous’étes, et demetrez le plus tourmenté, le plus distrait el. Le-plus malheureux des humains. F

” Nous doublons la rivière Dauphin qui. déverse dans le Winipeg les eaux des lacs Manitoba, Dauphin, Winipégous, Saint-Martin, des Cygnes et des Biches. Je m'étonne qué les Anglais n’aient pas effacé ce souvenir de l'occupation française en‘commuant le.nom du. Dauphin en un nom saxon quelconque.

“Relativement aux trois premiers de ces bassins dont les eaux se transvasent de l’un en l’autre, les lettres de Varennes de La Vérandrye père peuvent donner matière à quiproquo. Cet explorateur ne vit point ces grands lacs que découvrirent et explorèrent ses ‘trois fils ; il ne pu s’en fairè une idée que par leurs récits, et comme il ne paraît pas qu'il fût très érudit, ses lettres témoignent ‘qu’il n'avait pas de leur position une idée adéquate à la réalité. Il conste même que le lac Manitoba, 1 lac du Dauphin et le lac Winipégous reçurent d’abord et conjointement de lui le nom de lac des Prairies. î

Le. lac du Dauphin est à 21 mètres d'allitude audessus du grand lac Bourbon ou Winipégous, jequel à son tour est de 5, 60 plus haut que le lac Manitoba ou lac des Prairies proprement dit. . ‘

Le lac du Dauphin mesure 32 kilomètres par 13: Le grand lac Bourbon 300 kilomètres sur 32, et le lac Manitoba 428 par 21. Leur superf cie totale n n'est pas moindre de 4,514 kilomètres.

A l’époque de l'occupation française, les terres qui

s'étendent à l’est du lac Winipeg étaient habitées par ‘ une nation que les explorateurs français nommaient Cristineaux; corruption du mot saulteux Killistinok,

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